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Revue de presse de l’April pour la semaine 44 de l’année 2026

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[ZDNET] Libre et open source express: apocalypse de vulnérabilité, entreprises européennes, sortir des Gafam, boycott d’Omarchy

✍ Thierry Noisette, le samedi 31 octobre 2026.

En bref. L’open source a besoin de financements et d’entreprises qui participent, alertent l’EFF et la fondation Linux. Alternatives à la Big Tech. Une distribution Linux controversée.

[Libération] Message anonyme, couacs en série, secret… Dans les coulisses de la crise «PHP», cette journée où le web a tremblé (€)

✍ Elise Viniacourt, le samedi 31 octobre 2026.

La semaine dernière, des milliers de sites, dont celui des impôts ou de préfectures, ont dû être débranchés en urgence. En cause: deux failles découvertes grâce à l’IA dans PHP, un langage informatique. Retour sur un «effet boule de neige» qui a semé la panique.

[Le Monde Informatique] Anthropic révèle que Mythos 5 a tenté de soumettre du code malveillant à un projet open source

✍ Louise Costa, le mercredi 28 octobre 2026.

Lors d’un test de cybersécurité mené par l’AI Security Institute britannique, Mythos 5, le modèle d’Anthropic, a tenté de faire accepter du code malveillant dans un dépôt GitHub. Malgré un premier refus, l’IA a renouvelé sa tentative.

[Next] IA: la Linux Foundation constate l'épuisement croissant des contributeurs

✍ Vincent Hermann, le mardi 27 octobre 2026.

Quel effet produit l’IA sur le développement open source ? Selon un rapport de la Linux Foundation, il est conséquent, entre augmentation de la production brute, abaissement du ticket d’entrée, obligation plus intense de relecture et épuisement d’une partie des personnes impliquées.

[LaDepeche.fr] La Cour des comptes alerte: 100 millions d'euros dépensés par l'État pour Microsoft, des économies possibles avec des logiciels libres

✍ Philippe Rioux, le mardi 27 octobre 2026.

Parler de souveraineté numérique, c’est bien; la mettre en pratique, c’est mieux. Et cela est d’autant plus vrai en ce qui concerne l’État. Telle est la vision de la Cour des comptes qui vient de publier un rapport sur “Les outils bureautiques et collaboratifs au sein de l’État”. À la suite d’une campagne d’initiative citoyenne menée en septembre 2024 par l’institution de la rue Cambon, celle-ci s’est intéressée aux suites bureautiques (traitement de texte, tableur, supports de présentation) et aux logiciels collaboratifs (messageries électroniques ou instantanées, visioconférences, partages de documents, etc.) dans les administrations centrales et déconcentrées de l’État. Ce qui représente rien moins que 860 000 postes de travail informatique.

[01net.] Le Danemark abandonne en silence son test d'un Office open source, sans même en tirer le bilan

✍ Thomas Estimbre, le mardi 27 octobre 2026.

Annoncé en grande pompe l’an dernier, le test d’une suite bureautique open source au ministère danois de la Numérisation a été arrêté sans bruit. Faute d’évaluation, personne ne saura si le ministère pouvait vraiment se passer de Microsoft.

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Capitole du Libre les 14 & 15 novembre 2026 à Toulouse

Le Capitole du Libre est un week-end dédié au Logiciel Libre et à la culture libre en Occitanie. Cette année, la treizième édition se tiendra les samedi 14 et dimanche 15 novembre 2026 à l’INP-N7 en centre‐ville de Toulouse.

Logo du Capitole du Libre

Comme chaque année, Toulouse va connaitre les 14 et 15 novembre un week-end placé sous le signe du partage communautaire, autour du numérique et des solutions libres. L’entrée est gratuite, sur simple inscription en ligne.

Sous le slogan « L’événement du Logiciel Libre et de la culture libre en Occitanie », le Capitole du Libre s’adresse à toute personne : novice curieuse, bidouilleuse confirmée, passionnée, ou simple flâneuse numérique.

Que nous réserve ce week-end libre & convivial ?

  • Beaucoup de personnes ont voulu partager leur passion en proposant de nombreuses présentations parmi lesquelles près de 120 conférences et 10 ateliers ont été retenues. Au menu : sécurité informatique, DevOps, développement web, création graphique libre, jeux libres, enjeux sociétaux autour du numérique ouvert, de nombreux débats sur l'Intelligence Artificielle et ses impacts, il y en aura pour tous les goûts !
  • Un village associatif riche de personnes engagées du libre : discutez avec de nombreuses associations et leurs bénévoles. C'est l'occasion de découvrir, et pourquoi pas, de s’impliquer !
  • Un espace “Adoptez le logiciel libre” : que ce soit pour installer Linux ou simplement poser vos questions, des bénévoles efficaces seront là pour vous renseigner, et peut-être repartir avec des outils libres ! L'atelier est ouvert aux propriétaires d'ordinateurs mais aussi de téléphones. Organisé en collaboration avec le club informatique de l'N7.
  • Un atelier "Initiation au Code" : venez découvrir de manière ludique le code. L'atelier est adapté à tous les âges (y compris les plus jeunes) et est réalisé en collaboration avec l'EPITECH.
  • Et bien sûr, la convivialité : un week-end pour rencontrer de nouvelles personnes, échanger avec les habitué·e·s, et surtout apprendre dans une ambiance détendue. Le samedi soir, un moment festif est prévu.

Deux conférences plénières

Quelques exemples de conférences/ateliers

Pourquoi faut-il y aller ?

Le libre ne se limite pas au code : c’est d'abord une culture et des valeurs partagées, des projets humains qui se construisent ensemble.
Nous avons la chance de vivre dans une région peuplée de passionnés de technologie libre, et comme le Capitole du Libre attire aussi des visiteurs·ses de bien au delà de l'Occitanie, c'est un rendez-vous à ne pas manquer pour aller à leur rencontre.
Que l'on souhaite y passer par simple curiosité, découvrir de nouvelles choses, ou bien retrouver d'autres passionné·e·s, toutes et tous sont les bienvenues !
Et en plus c'est gratuit, alors pourquoi se priver ?

Infos pratiques

  • 📅 Dates : samedi 14 et dimanche 15 novembre 2026.
  • 📍 Lieu : INP-N7, 2 rue Charles Camichel, 31000 Toulouse.
  • 🎟️ Entrée gratuite, mais inscription en ligne obligatoire.
  • ✅ Ouvert à tous les ages et tous les niveaux.
  • 🍴 Sur place : food-trucks pour les midis (et de nombreux choix à l'extérieur dans le quartier).

Affiche

En un mot

Avec le Capitole du Libre, plongez dans l’univers du libre sous toutes ses formes : un lieu de découvertes, de rencontres et de partages.
Réservez votre week-end : inscrivez-vous gratuitement et venez vivre le numérique autrement !

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Sénégal. En Casamance, la justice passe, le zircon reste

Depuis vingt ans, les habitants de Niafrang, en Casamance, s'opposent à l'exploitation du zircon sur leur littoral. En novembre 2025, la Cour suprême du Sénégal a annulé le permis de l'entreprise. Mais l'extraction se poursuit en violation de cette décision, menaçant la dune, la mangrove et les ressources en eau du village.

C'est une lutte de vingt ans, menée sans relâche contre les pressions et les menaces. Dans le village de Niafrang (ou Niafourang), en Casamance, au sud du Sénégal, les habitants s'opposent avec détermination à un projet minier qui menace leur littoral.

Mangrove, Casamance.
Crédit Jbdodane CC-BY-NC 2.0

En novembre 2025, leur combat a connu un tournant décisif : la Cour suprême du Sénégal a annulé l'autorisation d'extraction de zircon délivrée par le ministère des Mines pour un site voisin du village. Une victoire judiciaire majeure, définitive.

Pourtant, cette décision n'a pas suffi à faire cesser les opérations. À quelques kilomètres seulement de Niafrang, l'entreprise exploitante continue de travailler les sables minéralisés pour en tirer ce minerai très prisé par de nombreuses industries.

L'origine de cette longue bataille remonte à 2004. Cette année-là, l'État du Sénégal accorde à la société australienne Carnegie Minerals un permis d'exploration des sables minéralisés du littoral casamançais, riches en zircon, en titane et en d'autres minerais stratégiques. Une centaine de kilomètres carrés de dunes côtières sont concernés, dont celle qui borde Niafrang.

Une zone vulnérable à une submersion

Très vite, le projet d'extraction suscite l'inquiétude des populations locales : derrière la dune s'étend une vaste zone d'environ 50 000 hectares, où vivent et travaillent près de 25 000 personnes réparties dans une quarantaine de villages. Située au niveau de la mer, cette zone serait particulièrement vulnérable à une submersion en cas de dégradation accrue de la dune.

À partir de 2006, un comité de lutte contre l'exploitation du zircon, réunissant quarante-quatre villages, interpelle les médias et les autorités publiques. « Nous avons mené des recherches et visité des sites où du zircon avait été exploité. Nous avons ainsi pris conscience de la gravité des conséquences que ce type d'exploitation pouvait avoir sur notre environnement », explique à Afrique XXI le responsable de ce collectif, Ousmane Sané, qui vit à Niafrang, où il exploite un campement d'écotourisme.

La mobilisation contre le projet est telle que Carnegie Minerals finit par jeter l'éponge sans avoir pu lancer les travaux. Une autre société australienne, Astron Corporation Limited, basée à Hong Kong, reprend alors le flambeau et obtient, en 2017, un permis d'exploitation. Mais elle se heurte, à son tour, à la même détermination des habitants.

En 2023, le gouvernement finit par annuler le permis d'Astron pour « inactivité ». « On a essayé tout ce qu'il fallait pour que le projet puisse voir le jour, des concertations ont été initiées par les autorités de la région de Ziguinchor. Malheureusement, il y a eu un manque d'adhésion de la part des populations », explique alors Roseline Mbaye Carlos, directrice générale des Mines, au journal Le Quotidien, en octobre 2023 [1].

À Abéné, voiture et enveloppes

Mais le répit est de courte durée. Avant même ce retrait, l'État a accordé un autre permis à une autre entreprise, G-Sand, liée à des intérêts chinois et basée en Gambie. Cette autorisation couvre la zone d'Abéné, une localité située à environ cinq kilomètres à vol d'oiseau de Niafrang.

Cette fois, un changement majeur s'opère : G-Sand ne rencontre aucune opposition notable sur le terrain. Pourtant membre du comité de lutte, la population d'Abéné ne fait plus barrage au projet. G-Sand lance donc ses travaux en 2024, menés par une dizaine de ressortissants chinois et plusieurs dizaines d'ouvriers recrutés à Abéné.

Pour expliquer ce revirement, plusieurs témoignages évoquent des faits de corruption. « Le lendemain de l'accord avec la société d'extraction, le maire de l'une des communes concernées par le plan d'exploitation du zircon, celle où se situe le village d'Abéné, recevait une voiture d'une valeur de 3 millions de francs CFA [4 500 euros], ainsi qu'une enveloppe de 3,5 millions », a rapporté le journaliste Pape Sané [2]. D'après Amnesty International, des chèques d'un montant de 200 000 francs CFA auraient également été distribués à certaines familles, détentrices du pouvoir local.

Une personne ressortissante d'Abéné, qui a demandé l'anonymat, affirme que « G-Sand a soudoyé des responsables locaux avec quelques milliers d'euros et des promesses dérisoires, comme la réfection de la mosquée ou la mise à disposition d'une ambulance, afin d'obtenir leur soutien ». Dans un système politique local fortement hiérarchisé, ces figures influentes auraient ensuite pu imposer leur position au reste de la population, notamment aux jeunes, qui étaient généralement opposés au projet.

« Aujourd'hui, après de fortes tensions, le sujet est devenu quasiment tabou à Abéné : la plupart des habitants ne veulent plus en parler. Beaucoup sont écœurés par l'exploitation en cours, mais se montrent désormais résignés », ajoute cette source. Contactés par messagerie électronique, ni G-Sand ni le ministère sénégalais des Mines n'ont réagi.

Niafrang continue de résister

À Niafrang, l'ambiance est tout autre : il n'est pas question de plier ou de se résigner. L'inquiétude et la colère ne cessent au contraire de grandir. Deux événements en particulier ont choqué les habitants.

En février 2025, ils constatent d'abord que G-Sand a outrepassé son périmètre d'exploitation et commencé à travailler sur une partie de leur territoire. Puis ils découvrent que, dès octobre 2023, l'entreprise avait déposé une demande d'extension de son permis afin d'y inclure la dune de Niafrang, considérée comme la plus prometteuse du gisement.

Pour le village, qui compte environ 250 habitants, l'enjeu est vital : c'est l'équilibre même du territoire qui est menacé. L'écosystème de Niafrang est particulièrement fragile, comme le détaille Ousmane Sané : « À l'est, il y a les habitations, avec, dans les bas-fonds, les rizières et les plantations situées au niveau de la mer ; à l'ouest, il y a la dune, la mangrove et l'océan Atlantique. En une dizaine d'années, on constate que la mer a avancé de plus de trente mètres. Et notre seul rempart contre cela, c'est la dune. Dans le village, tout le monde est conscient que c'est une digue naturelle : sans elle, l'eau salée s'engouffrera dans les rizières, les autres plantations et les habitations. Pour un village qui dépend de l'agriculture, ce serait catastrophique : il perdrait tout. »

En 2015, les géographes Luc Descroix et Jean-Claude Marut [3] signalaient déjà que la bande dunaire côtière où se trouve le zircon était fragilisée par le changement climatique et soumise à une érosion marine accélérée. Ils posaient alors cette question : « À l'assaut de l'océan à l'ouest, est-il raisonnable d'ajouter l'assaut des pelleteuses à l'est ? »

La crainte d'une pénurie d'eau

Les travaux d'extraction menaceraient également la mangrove qui sépare la dune de l'océan. À la fois fragile et exceptionnellement riche en biodiversité, cet écosystème joue un rôle crucial dans l'équilibre du littoral. Il constitue aussi une ressource essentielle pour une partie de la population, qui y trouve notamment coquillages et poissons.

Les inquiétudes de Niafrang portent aussi sur l'eau. Depuis le début de l'exploitation du zircon, les habitants de plusieurs villages environnants constatent une baisse du niveau de la nappe phréatique. Les femmes, qui pratiquent le maraîchage, rencontrent des difficultés croissantes pour arroser leurs cultures. Faute d'eau en quantité suffisante, elles doivent désormais s'organiser par roulement : certaines arrosent un jour, les autres le lendemain.

Ces observations font écho aux mises en garde formulées par des scientifiques dès la conception du projet. Ceux-ci avaient averti que les opérations de pompage nécessaires à l'exploitation risquaient d'entraîner un abaissement du niveau de la nappe. L'extraction des sables minéralisés nécessite en effet des millions de mètres cubes d'eau puisés dans le sous-sol. Dans le nord du Sénégal, où une autre entreprise, le groupe français Eramet [4], exploite également du zircon, des agriculteurs font état de perturbations hydriques similaires.

L'eau aurait également changé de couleur, indique Ousmane Sané : elle serait devenue rougeâtre. Est-elle toxique ? Impossible, à ce stade, de l'affirmer. Des experts avaient toutefois alerté sur les risques de pollution liés à l'exploitation minière, notamment du fait de l'utilisation de divers engins.

Des procédures contestées

À ces inquiétudes environnementales s'ajoutent des questions sur la manière dont le projet est conduit. Les habitants de Niafrang dénoncent un manque de transparence et estiment que plusieurs procédures n'ont pas été respectées. Ils rapportent avoir les plus grandes difficultés à obtenir des informations, tant sur le projet lui-même que sur les démarches administratives qui l'ont précédé.

D'après une source juridique, la demande de permis pour Abéné aurait ainsi été déposée sans qu'une étude d'impact environnemental et social ait été réalisée au préalable. Or celle-ci est obligatoire et nécessaire à l'obtention d'un certificat de conformité environnementale, lui-même indispensable avant le début de toute exploitation.

L'étude d'impact requise pour demander une extension du permis à Niafrang aurait, elle aussi, été réalisée a posteriori. C'est ainsi qu'en octobre 2025, une audience publique a été organisée dans ce cadre. Elle ne s'est d'ailleurs pas tenue à Niafrang, pourtant directement concerné : elle a eu lieu à Kabadio, une localité voisine. Des habitants de Niafrang s'y sont néanmoins rendus pour manifester leur opposition au projet.

Un autre problème, majeur selon Bocar Kanté, avocat d'un groupe de ressortissants de Niafrang, tient au respect des distances réglementaires. L'article 48 du Code de l'environnement impose à la catégorie d'installation dont relève l'exploitation industrielle du zircon une distance minimale de 200 mètres par rapport à un cours d'eau. Or la dune de Niafrang se trouve à seulement 108 mètres au maximum d'un fleuve. À cette distance, une exploitation industrielle du zircon ne devrait donc, en principe, pas être autorisée.

« Les parlementaires n'ont rien fait pour arrêter G-Sand »

Face aux risques et à ces manquements présumés, une quinzaine d'habitants ont engagé, malgré des menaces et des tentatives de corruption, plusieurs démarches judiciaires pour tenter de préserver leur territoire.

C'est l'un de ces recours qui a conduit à la décision de novembre 2025 : la Cour suprême a annulé le permis d'exploitation accordé à G-Sand pour la zone d'Abéné, jugeant que les procédures de consultation des populations et de protection de l'environnement n'avaient pas été respectées. Cette annulation prive également de fondement l'extension du permis à la zone de Niafrang.

En principe, G-Sand aurait donc dû cesser ses activités. Mais après une brève suspension, les travaux ont repris comme si de rien n'était. « La société continue d'exploiter à cinq kilomètres de chez nous malgré la décision de la Cour suprême », déplore une source locale. Depuis, les habitants de Niafrang multiplient les démarches pour faire respecter l'arrêt de la Cour.

« Nous avons écrit à un groupe de parlementaires, dont une élue du département, constate, amer, Ousmane Sané. Nous les avons interpellés pour qu'ils agissent et mettent fin au projet, en raison des nombreux manquements constatés. Une commission, avec notamment le président de la commission des Mines, est venue sur place. Elle a constaté l'exploitation et nous a rencontrés. Mais nous avons compris que l'État du Sénégal s'inscrivait dans une dynamique favorable à l'exploitation minière. Cela n'a jamais été dit ouvertement, mais ces parlementaires n'ont rien fait pour arrêter G-Sand. »

« Ils cherchent à m'isoler »

« Les populations de cette zone vivent de l'agriculture, de la pêche et du tourisme. Donc l'État doit les protéger et non les exposer », souligne l'un de leurs soutiens, Serigne Sarr, président de l'Association pour la défense des droits à l'eau et à l'assainissement du Sénégal.

Mais sa résistance est en train d'isoler progressivement Niafrang. Après près de vingt ans de solidarité entre les villages de la zone, sa position est désormais mal perçue dans la région. Les relations se sont dégradées, au point que Niafrang « se retrouve seul face aux autres », constate une source locale.

Ousmane Sané raconte avoir été la cible d'agressions verbales et physiques, de tentatives de corruption et de menaces. « Je suis devenu un bouc émissaire car je suis originaire d'une autre partie de la Casamance, et les promoteurs du projet pensent que j'influence les villageois. Le fait que je m'exprime dans les médias et lors de conférences de presse les dérange. Ils cherchent à m'isoler. »

Il évoque également plusieurs tentatives d'intimidation qui auraient pu mal tourner : « L'an dernier, des individus sont venus jusqu'à mon domicile. Ils ont encerclé la maison, armés de machettes et de couteaux, avec l'intention de l'incendier. Je n'étais pas là, mais ma femme est sortie et leur a tenu tête. C'étaient des jeunes venus de Kabadio. »

Après l'exploitation, « la précarité »

Les habitants de Niafrang ne rejettent pas l'idée d'un développement de leur région, mais défendent une autre vision de son avenir. Selon eux, il est possible de créer des activités et des emplois sans sacrifier l'équilibre fragile de l'écosystème. Pour faire entendre cette alternative, le comité de lutte a élaboré un « protocole communautaire » [5], qui fixe les principes de gestion du territoire, de préservation de la biodiversité et des savoirs traditionnels, tout en réaffirmant le droit des populations locales à prendre part aux décisions concernant leurs ressources et à en tirer des bénéfices partagés équitablement.

« La zone a un réel potentiel et ne demande qu'à être accompagnée dans une dynamique de développement durable et bénéfique pour les populations, explique Ousmane Sané. Le zircon, c'est une activité qui ne durera que quelques années. Ensuite, les populations se retrouveront dans la précarité car, entre-temps, elles auront perdu une forêt, les ressources de la mangrove... » Un groupe d'habitants a donc déposé une demande visant à faire classer Niafrang en zone de protection minière, conformément au Code des mines. Une nouvelle bataille afin de préserver l'avenir, contre vents et marées.


[2] « Sénégal : extractivisme prédateur », magazine Amnesty n°117, juin 2024.

[3] Luc Descroix et Jean-Claude Marut, « L'exploitation des sables métallifères du littoral casamançais (Sénégal) : un projet à risques », Regards géopolitiques, 1 (3), 2015, p. 11-17.

[4] Fanny Pigeaud, « Un groupe minier français détruit un désert unique au Sénégal », Reporterre, 13 janvier 2025.

Cet article a été publié le 23 septembre 2026 sur le site d'Afrique XXI. Nous le republions dans le cadre d'un accord de partenariat, il n'est donc pas reproductible selon la licence appliquée à l'ensemble de notre site (CC BY-NC-ND 3.0).

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Découverte du langage Elixir

Beaucoup de Rust par-ci… Un peu de Go par-là… Saupoudrez de LLM selon vos goûts et vous aurez une bonne photographie des sujets qui préoccupent les développeurs sur l'Internet d'aujourd'hui.
Alors, n'est-ce pas le meilleur moment pour se rafraîchir l'esprit avec des langages plus discrets ?
Je vous propose ici une présentation accélérée d'Elixir.

Sommaire

Un langage de programmation fonctionnelle

Ceux qui ont déjà fait de la programmation orientée objet organisent principalement leur code autour d'objets et d'instances. Cette approche a ses avantages, mais cela nécessite d'encapsuler la donnée et la gestion des changements d'état peut parfois devenir complexe.
De son côté, la programmation fonctionnelle privilégie les fonctions qui, au lieu de masquer les données, transforment simplement des entrées en sorties.
Elixir s'appuie essentiellement sur ce paradigme.

Correspondance de motifs (ou Pattern matching)

En Elixir, le signe égal n'est pas une affectation mais plutôt une assertion.
Ainsi, on n'affecte ou ne modifie la valeur que de la variable située à gauche du signe égal. À droite, la variable est remplacée par sa valeur. Exemple avec iex, la console interactive :

iex> a = 2
2
iex> 2 = a
2
iex> 1 = a
** (MatchError) no match of right hand side value: 2

Cette ligne de code échoue car elle équivaut à 1 = 2, ce qui provoque une erreur.
À noter que le caractère _ sert à ignorer une valeur, ainsi :

iex> [1, _, _] = [1, 2, 3]
[1, 2, 3]

La correspondance de motifs en Elixir est similaire à celle d'Erlang (ces deux langages utilisent la même VM).
Joe Armstrong, le créateur d'Erlang, compare ce signe égal à celui utilisé en algèbre : lorsque vous écrivez l'équation x = a + 1, vous n'attribuez pas la valeur de a + 1 à x.
Cette correspondance sert essentiellement à vérifier la forme d'une valeur, à en extraire des éléments et à traiter différemment les résultats d'une opération selon qu'elle réussit ou échoue.
Tout cela est un peu déroutant au début mais très puissant.

Module, fonctions et clauses de garde

Dès qu'un programme dépasse quelques lignes, il devient nécessaire de le structurer.
En Elixir, les fonctions nommées doivent être écrites à l'intérieur de modules :

defmodule BestMovie do
  def ever(name) do
    IO.puts "Le meilleur film de tous les temps est `#{name}`."
  end
end
BestMovie.ever("La cité de la peur") #=> Le meilleur film de tous les temps est `La cité de la peur`.

De son côté, la macro defp définit une fonction privée, c'est-à-dire une fonction qui ne peut être appelée qu'au sein du module qui la déclare :

defmodule MonModule do
  def fonction_publique do
    fonction_privée()
  end

  defp fonction_privée do
    IO.puts "Je suis appelé depuis une fonction privée"
  end
end
MonModule.fonction_privée()   #=> ** (UndefinedFunctionError) function MonModule.fonction_privée/0 is undefined or private.
MonModule.fonction_publique() #=> Je suis appelé depuis une fonction privée

En Elixir, la correspondance de motifs s'applique aux arguments des fonctions : plusieurs peuvent porter le même nom mais le langage choisira la fonction dont les motifs correspondent aux arguments.
Au moyen du mot clé when, les clauses de garde permettent d'étendre cette correspondance de motifs à des vérifications plus complexes comme la distinction des types d'arguments ou un test portant sur leurs valeurs :

defmodule GuardClause do
  def what_is(x) when is_number(x) and x > 0 do
    IO.puts "#{x} est un nombre positif"
  end

  def what_is(x) when is_list(x) do
    IO.puts "#{inspect(x)} est une liste"
  end
end
GuardClause.what_is(99)      #=> 99 est un nombre positif
GuardClause.what_is([1,2,3]) #=> [1,2,3] est une liste

Toutes les expressions ne sont pas autorisées dans les clauses de garde, mais seulement quelques-unes.
Il s'agit d'un choix délibéré du langage pour garantir une exécution efficace.

Listes et récursivité

En Elixir, une liste peut être vide ou se composer d'une tête et d'une queue. La tête (head) contient une valeur et la queue (tail) est elle-même une liste :

iex> [ head | tail ] = [ 1, 2, 3 ]
[1, 2, 3]
iex> head
1
iex> tail
[2, 3]

Ainsi, une liste à un seul élément (que nous écririons habituellement sous la forme [4]) peut s'écrire comme la valeur 4 jointe à une liste vide, soit [ 4 | [ ] ].
Cette définition permet d'aborder certains problèmes de manière récursifs et donc sans s'appuyer sur une variable de boucle et/ou les traditionnels if et else :

defmodule MyList do
  def flip([]), do: []
  def flip([ head | tail ]) do
    flip(tail) ++ [head] # `++` permet de concaténer des listes
  end
end
MyList.flip([1, 2, 3, 4, 5]) #=> [5, 4, 3, 2, 1]
# Explication pas à pas :
#   flip([1, 2, 3, 4, 5])
#     ↳ flip([2, 3, 4, 5]) ++ [1]
#         ↳ flip([3, 4, 5]) ++ [2] ++ [1]
#             ↳ flip([4, 5]) ++ [3] ++ [2] ++ [1]
#                 ↳ flip([5]) ++ [4] ++ [3] ++ [2] ++ [1]
#                     ↳ flip([]) ++ [5] ++ [4] ++ [3] ++ [2] ++ [1]
#                         ↳ [] ++ [5] ++ [4] ++ [3] ++ [2] ++ [1]
#                             ↳ [5, 4, 3, 2, 1]

Note : l'usage de ++ est moins efficace qu'une version utilisant une variable pour accumuler le résultat mais cette approche reste plus didactique pour découvrir la récursion.

L'opérateur pipe

Nous avons tous déjà croisé du code séquentiel où chaque étape dépend du résultat de la précédente :

  cart = ShoppingCart.for_user(user_id)
  items = Inventory.check_availability(cart)
  total = Pricing.calculate_total(items, tax: 1.2)

L'ordre des opérations est clair, mais au final les variables intermédiaires sont là pour éviter des appels imbriqués :

Pricing.calculate_total(
  Inventory.check_availability(
    ShoppingCart.for_user(user_id)
  ),
  tax: 1.2
)

Elixir propose d'écrire ce type de code d'une façon fluide et sans variable intermédiaire :

user_id
|> ShoppingCart.for_user()
|> Inventory.check_availability()
|> Pricing.calculate_total(tax: 1.2)

L'opérateur |> prend le résultat de l'expression située précédemment et l'insère en tant que premier paramètre de l'appel de la fonction suivante.

L'exercice sympa qui utilise tout ça (ou presque)

Maintenant que vous avez les bases, je vous propose un exercice qui m'avait bien plu lorsque j'ai découvert le langage au travers le livre de Dave Thomas : trouver un nombre compris dans un intervalle donné (ex : 1..100 dans une expression ou 1..100//1 pour effectuer une correspondance de motifs, //1 correspondant au pas).
Il existe plusieurs façon de résoudre le problème mais voici ma solution :

defmodule Devine do
  def en_tatonnant(cible, min..max//1) when is_integer(cible) and is_integer(min) and is_integer(max) and cible > min and cible < max do
    estimation = div(min + max, 2)
    IO.puts "Est-ce #{estimation} ?"
    guess(cible, min..max, estimation)
  end
  def en_tatonnant(cible, min..max//1) when not is_integer(cible) or not is_integer(min) or not is_integer(max) or cible < min or cible > max do
    IO.puts "Très drôle…"
  end
  defp guess(cible, min.._//1, estimation) when estimation > cible do
    IO.puts "Non, c'est plus petit… Maintenant on va rechercher entre #{min} et #{estimation}"
    en_tatonnant(cible, min..estimation)
  end
  defp guess(cible, _..max//1, estimation) when estimation < cible do
    IO.puts "Non, c'est plus grand… Maintenant on va rechercher entre #{estimation} et #{max}"
    en_tatonnant(cible, estimation..max)
  end
  defp guess(cible, _, estimation) when estimation == cible do
    IO.puts "Mais oui, c'est bien #{estimation} 🤩"
  end
end
Devine.en_tatonnant(273, 1..1000)
#=> Est-ce 500 ?
#=> Non, c'est plus petit… Maintenant on va rechercher entre 1 et 500
#=> Est-ce 250 ?
#=> Non, c'est plus grand… Maintenant on va rechercher entre 250 et 500
#=> Est-ce 375 ?
#=> Non, c'est plus petit… Maintenant on va rechercher entre 250 et 375
#=> Est-ce 312 ?
#=> Non, c'est plus petit… Maintenant on va rechercher entre 250 et 312
#=> Est-ce 281 ?
#=> Non, c'est plus petit… Maintenant on va rechercher entre 250 et 281
#=> Est-ce 265 ?
#=> Non, c'est plus grand… Maintenant on va rechercher entre 265 et 281
#=> Est-ce 273 ?
#=> Mais oui, c'est bien 273 🤩

Et maintenant

Vous vous doutez bien que je n'ai fait qu'effleurer le sujet mais j'ai trouvé le langage Elixir tellement singulier que je n'ai pas résisté à l'envie de vous le présenter.
Je continue ma découverte de ce langage, à mon rythme ; en ce moment, j'aborde la programmation concurrente.
À n'en pas douter, j'enchaînerai sur le framework Phoenix !

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Khrys’presso du lundi 2 novembre 2026

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

Brave New World

RIP

Spécial IA

Spécial Israël

Spécial femmes dans le monde

  • Corps à crédit et souffle féministe dans les rues de Tokyo (revue21.fr)

    « Dans les années 1990, la profession d’hôte était encore honorable. Les garçons devaient être cultivés, avoir du charme. Mais les hôtes d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec ça, ils sont juste obsédés par leur physique. La situation a commencé à vriller dans les années 2000. C’est à cette époque qu’on a commencé à voir des hôtes de plus en plus jeunes cibler des jeunes femmes sans moyens… Mais personne n’en parlait. »[…]« Les clubs d’hôtes se sont multipliés en vendant l’image de jeunes hommes à la peau blanche et lisse, aux longs cils. Ils font tout pour ressembler aux menz idols [les stars de la pop japonaise ou coréenne], ils dépensent des fortunes en chirurgie esthétique – opération des paupières, épilation définitive du corps… Ensuite, ils mettent leurs photos sur les réseaux et attendent leur proie. Lorsqu’une fille les rejoint au club, ils lui font commander des bouteilles de champagne en lui disant qu’elle pourra payer plus tard… Mais on parle de sommes qui se chiffrent en millions de yens [des milliers d’euros] ! Vous savez, les filles japonaises ne savent pas dire non. Et si l’une d’elles tente de s’en échapper, l’hôte la harcèle jusqu’à ce qu’elle revienne. »[…]« Pendant le covid, j’ai noté une augmentation drastique du nombre de filles dans les rues. Beaucoup étaient mineures et fuyaient leur foyer à cause de violences dans leur famille confinée. Ça en a fait des cibles de choix pour les recruteurs des bars à hôtes. En quelques semaines, des centaines de filles se sont retrouvées avec des ardoises démesurées. »Plus de 50 000 euros, parfois. Cet engrenage a même un nom : urikake.

  • « Je ne suis pas un lustre » : au Maroc, la Première ministre Fatima Ezzahra El Mansouri recadre ses opposants (lesnouvellesnews.fr)

    Exhumant une sortie devenue tristement célèbre de l’ex-chef du gouvernement Abdelilah Benkirane qui, en 2014, comparait allègrement les femmes à des « lustres qui illuminent leur foyer », elle a affirmé sous les applaudissements : « Malheureusement, je ne suis pas un lustre. Je suis une raison, une conscience, des convictions et un combat »

  • Une publicité de Sydney Sweeney pour une plateforme de paris sportifs a soulevé la colère de nombreuses athlètes (vertigemedia.fr)

    Leur réaction remet en lumière un problème ancien : la difficulté des femmes à être reconnues pour leurs accomplissements plutôt que pour leur apparence. Dans la publicité de Novig, une plateforme américaine de paris sportifs, l’actrice Sydney Sweeney apparaît presque nue, dissimulée derrière des ballons et d’autres accessoires sportifs. « Du sport, rien d’autre », promet la campagne.[…] Des athlètes ont répliqué en publiant des images de leurs entraînements et de leurs compétitions. La sprinteuse britannique Amy Hunt a directement interpellé l’actrice : « Sydney Sweeney, voilà à quoi ressemblent les femmes dans le sport ». Les grimpeuses ont rejoint le mouvement, partageant des vidéos de mouvements à la limite de la chute, de doigts cramponnés à de minuscules prises, d’heures d’effort pour quelques mètres de rocher.

  • Pérou : la justice classe l’affaire des 300 000 femmes autochtones stérilisées de force sous Alberto Fujimori (rfi.fr)

    Dans les années 1990, sous le gouvernement d’Alberto Fujimori (président de 1990 à 2000), près de 300 000 personnes ont été stérilisées de force, en grande majorité des femmes vivant dans les régions les plus pauvres du pays, originaires des Andes et de l’Amazonie. L’ancien président péruvien est mort en 2024 sans jamais avoir été jugé pour ces faits.Pour justifier le classement de l’affaire, le parquet invoque une loi de 2024, portée par Fuerza Popular, le parti de Keiko Fujimori, fille de l’ancien chef de l’État et actuelle présidente du Pérou. Cette loi interdit de poursuivre les crimes contre l’humanité commis avant 2002, ce qui inclut les faits survenus sous la présidence de son père.

  • La poule aux œufs d’or, l’horloge technologique et le grand congélateur (oclibertaire.lautre.net)

    Le plan de lutte contre l’infertilité, tel qu’il est présenté avec ses mesures pour inciter à la congélation des gamètes, occulte la différence profonde du traitement des corps masculins et féminins, en mettant sur le même plan congélation de gamètes mâles (spermatozoïdes) et congélation de gamètes femelles (ovocytes). Si la congélation du sperme est ancienne et indolore, la congélation des ovocytes est quant à elle beaucoup plus récente, complexe et éprouvante.[…]l’extraction des ovocytes est autrement plus lourde et invasive qu’un prélèvement de sperme, obtenu par simple masturbation. Le prélèvement des ovocytes requiert une hyper-médicalisation : batterie d’examens, injections d’hormones pendant plus de dix jours et intervention chirurgicale sous anesthésie, ce qui n’est pas sans risque pour la santé puisque le traitement peut provoquer un syndrome d’hyperstimulation ovarienne nocif pour la fertilité.L’impact physique et psychique de ces pratiques est d’ailleurs sous-étudié, comme bien souvent lorsqu’il s’agit de s’intéresser aux spécificités des corps féminins. Pourtant, le fait que des femmes fertiles et en bonne santé soient encouragées à recourir à une procréation hyper-technicisée comportant des risques mérite, a minima, de s’interroger sur cette trajectoire.

  • Donald Trump désormais accusé de viol par une ancienne mannequin suisse (huffingtonpost.fr)

    Beatrice Keul a pris part à des auditions réalisées par des démocrates de la Chambre des représentants. Leur rapport pourrait nourrir une procédure de destitution.

  • Why the Far Right Fears Organised Women ? (bellacaledonia.org.uk)

Spécial France

Spécial femmes en France

  • Covid-19, guerres, inflation : sept années mouvementées pour Christine Lagarde à la tête de la BCE (rfi.fr)

    Après sept ans à la tête de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde a annoncé, jeudi 29 octobre, son départ en février 2027. Depuis 2019, [elle] aura traversé la pandémie du Covid-19, la flambée des prix et plusieurs chocs géopolitiques. […] en France, l’opposition critique un départ anticipé et une potentielle manœuvre politicienne dans l’intérêt de Macron.

  • Sophie Marceau raconte une jeunesse marquée par l’emprise dans son autobiographie « Warszawa » (huffingtonpost.fr)
  • « L’incroyable réalité de Léa » : le film qui n’existe pas, les stéréotypes si (lesnouvellesnews.fr)

    L’associationElles bougentle dénonce depuis 20 ans : les stéréotypes de genre se construisent dès l’enfance, à travers de simples mots, des réactions ou des attentes dont l’entourage n’a même pas conscience, et peuvent progressivement amener les filles à écarter certaines ambitions avant même d’avoir eu l’occasion de les explorer.[…] Aujourd’hui encore, une femme sur deux déclare avoir été influencée par les stéréotypes de sexe dans ses choix d’orientation selon OpinionWay / L’Étudiant. Une censure sociale intériorisée dès le plus jeune âge qui se traduit très concrètement sur le marché du travail : les femmes ne représentent toujours que 24 % des ingénieur·es et à peine 15 % des technicien·nes en France.

  • Mobilisations lycéennes : le manterrupting s’invite chez les jeunes (lesnouvellesnews.fr)

    Après la rencontre à Matignon, un jeune représentant lycéen a coupé la parole à sa camarade, comme un vieux briscard de la politique.

  • Ballon d’Or 2026 : des victoires occultées par le sexisme (lesnouvellesnews.fr)

    Suivie par 2,2 millions de spectateurs en France, sur la chaîne de L’Équipe, la cérémonie a été prolongée par une vague de commentaires sexistes. Le discours d’Alexia Putellas, qui a duré moins de sept minutes, aurait dérangé certains internautes, dont l’ancien défenseur de l’Équipe de France, Adil Rami, reconverti en créateur de contenu sur Twitch. « Alexia Putellas, elle a commencé à parler, c’était mignon, mais frérot, lâche le micro, mais lâche le micro putain », a-t-il lancé. Le discours du Ballon d’Or masculin, Harry Kane, a pourtant duré 10 minutes et 30 secondes… et il n’a rien trouvé à redire. La parole des sportives dérange encore.Mais Alexia Putellas n’est pas la seule à avoir été visée par des remarques sexistes. Katie Goodland, la femme d’Harry Kane, a été prise pour cible. « Et si la clé du succès, c’était que ta femme soit grosse », « Ce genre de filles, c’est un bon tremplin au début de ta carrière, mais quand tu fais partie de l’élite mondiale du football, tu ne peux pas venir à une cérémonie du Ballon d’or avec une fille comme ça, alors qu’il y a des Latinas qui sont 10/10 »

  • « Band of connasses » : la justice donne raison à Tara Heuzé-Sarmini et confirme le droit de dénoncer le sexisme (lesnouvellesnews.fr)

    Condamnée en septembre après avoir publié sur LinkedIn une insulte sexiste qu’elle avait reçue en message privé, l’entrepreneuse et militante féministe Tara Heuzé-Sarmini a obtenu gain de cause en appel. La cour d’appel de Douai a remis les pendules à l’heure dans une affaire où la justice s’était montrée prompte à protéger l’auteur d’une insulte sexiste plutôt que sa victime. Condamnée en référé à Lille, à une vitesse fulgurante, le 4 septembre 2026 pour « atteinte au secret des correspondances », la fondatrice de l’association Règles Élémentaires semblait faire les frais d’un système juridique déconnecté de la réalité des violences numériques.Plus d’un mois plus tard, « la Cour d’appel de Douai a renversé la décision […] et a décidé que oui, le post LinkedIn de Tara Heuzé-Sarmini pouvait rester en ligne, y compris avec le nom de Nicolas Belnou, y compris avec le texte intégral de ses messages, le commentaire de Tara et ses réponses aux différentes réactions, relevant de l’exercice légitime de la liberté d’expression sur ce qui relève aujourd’hui de l’intérêt général »

  • Les violences économiques au sein du couple, un sujet tabou (60millions-mag.com)

    Contrôler les dépenses du conjoint, détourner l’argent du couple, endetter le foyer en cachette… les violences économiques conjugales sont méconnues, y compris des banques. Qui, parfois, profitent de la situation et ajoutent au malheur.Pauline a porté plainte contre le père de son enfant, qui avait tenté de l’étrangler devant le petit. À la sortie de sa garde à vue, son premier geste a été de faire opposition à la carte bancaire de sa compagne en prétextant un vol qui n’avait pas eu lieu. Conséquence pour Pauline : impossible d’acheter un billet de train, de payer une nuit d’hôtel ou même de se nourrir. Parfois, la stratégie est inverse : les comptes sont séparés, mais le conjoint impose à sa compagne la charge de toutes les dépenses courantes du foyer.

  • « Mieux vaut être une vitrine qu’une femme battue » : la justice dénoncée par les féministes (lesnouvellesnews.fr)

    Après les journées de mobilisation lycéenne et contre la vie chère, la justice se rend de manière express à l’encontre des interpellés. Les féministes dénoncent cette répression et s’indignent, à l’inverse, de la lenteur des procédures pour les affaires de VSS.

  • « Les pires douleurs de leur vie » : des milliers de femmes signalent des troubles menstruels à cause des lacrymos (lareleveetlapeste.fr)

    Règles hémorragiques, douleurs insoutenables, cycles perturbés et fausses couches : depuis les manifestations d’octobre, les témoignages se multiplient. Le collectif Lacrymos de sang en a recueilli près de 6 000. Si plusieurs études internationales documentent des symptômes similaires, les conséquences des gaz lacrymogènes sur la santé reproductive restent encore mal comprises.

Spécial médias et pouvoir

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

Spécial résistances

Spécial outils de résistance

Spécial MAGAM et cie

Les autres lectures de la semaine

  • Le plan des étudiants serbes qui ont renversé Vučić (texte intégral) (legrandcontinent.eu)
  • « Cher·es collègues, il va falloir cesser d’être respectables… » (lundi.am)

    Quelques réflexions de professeur-es en colère sur le mouvement lycéen en cours

  • Et les Data Centers, c’est comme les chasseurs ? (lelephantaumilieuducouloir.substack.com)
  • Racisme environnemental : les lacunes de l’écologie et du droit (visionscarto.net)

    Les autorités refusent souvent aux Voyageurs l’accès à de nouveaux lieux d’accueil en leur opposant des arguments environnementaux : protection des sols, risques sanitaires, biodiversité. Ce sont des motifs possiblement légitimes, mais qui produisent des effets d’exclusion. […] La cartographie peut rendre visibles ces injustices, mais elle ne suffit pas à déplacer les rapports de pouvoir.

  • Control (taggart-tech.com)

    Nobody can buy RAM right now. SSDs are in a similar situation. Now, even spinning disks are hard to come by. Of course, GPU prices have been skyrocketing for some time. While geopolitics and supply chain issues compound the issue, the largest driver of demand is clear : the AI industry spinning up more and more compute to serve their oracles. Our inability to buy computing power, while not necessarily the AI companies’ direct objective, is absolutely a happy outcome for their bosom buddies, cloud service providers.

  • Apocalypse Now and Then (equator.org)

    The auguries are raining down hard. Think or Sink. Comply or Die. Look Up or be Left Out. And so, with these not-so-gentle threats, it has come to pass that the Age of AI – Actual Idiocy, Actual Super Idiocy, Recursive Snowballing-Idiocy – is upon us. Heck, I’ve already used two dashes in this opening paragraph. That, as they say, is a tell. So, perhaps I haven’t written this essay at all. You’d have to use an AI app to check if it’s actually AI, and whether I’m really, or not really, or only partially me. You can no longer use your instincts. You have to use the App.[…] Remember how, in Thailand and Indonesia, the ocean drew back from the coastline ? People ran out to marvel at the miles of pristine new beach that suddenly emerged, not realising that, far out at sea, a wall of water was building up and would come crashing over them. We’re in that moment now. A towering wall of stupidity is about to inundate us.

  • Passe‑muraille quantique : une nouvelle expérience sur l’effet tunnel relance le débat sur l’interprétation de la physique quantique (theconversation.com)
  • Et si les scientifiques s’étaient complètement plantés sur le nombre d’humains sur Terre ? (slate.fr)

    Une étude révèle que les cartes de population sous-estimeraient le nombre d’habitant·es des zones rurales. Ce qui aurait des conséquences sur les plans de gestion des catastrophes.

  • How to build real peace (aeon.co)

    From Colombia to Syria, I’ve seen that capitalist logic can’t help to rebuild postwar countries but cooperatives can

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les trucs chouettes de la semaine

Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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Emacs a 50 ans

Joyeux anniversaire Emacs ! Comme Slashdot l’a opportunément relevé, ce bel éditeur a maintenant un demi-siècle, ce qui semble complètement dingue.

J’avais déjà clamé mon admiration ici il y a quelques années, alors c’est l’occasion de revenir sur ce beau morceau de logiciel, qui ne fait pas son âge (comme moi, donc), et sur ce qu’on peut encore faire avec aujourd’hui.

Il a eu une vie un poil mouvementée, né à partir de TECO, réécrit complètement par Richard Stallman pour devenir GNU Emacs, forké vers XEmacs… On pourra bien entendu rappeler les innombrables flame wars avec Vim, les aphorismes usuels (Eight megs and constantly swapping, Emacs est un système d’exploitation auquel il manque un bon éditeur de texte…). C’était le bon temps.

Emacs a perdu de sa superbe aux grands moments des IDE tout intégrés, mais finalement c’est de là qu’est venue la libération, et ironiquement on peut remercier Microsoft. Avec l’apparition du Language Server Protocol, qui a découplé le langage de l’éditeur et permis le lint, l’auto-complétion, les erreurs en ligne et autres, Emacs est redevenu tout à fait productif, et j’aurais envie de dire, tout du moins dans mon cas, un meilleur éditeur C++ que les VScode et CLion, proposant des fonctionnalités similaires, voire supérieures (Mode tramp ssh + docker par exemple), pour une bien plus grande légèreté et stabilité. Et à chaque fois que je dois écrire ou lire quelque chose, que ce soit du texte, ma TODO list, du C++, du shell, du Latex, du Yaml, ou, Cthulhu me protège, du Python, eh bien Emacs reste l’endroit le plus pratique pour tout ça, avec dans le pire des cas un petit paquet melpa à installer rapidos pour être complètement dans le bain.

Emacs est surprenamment encore pertinent en ces jours de vibe coding: les LLMs sont plutôt doués en LISP, et faire écrire son propre mode devient trivial. Il y a tout un tas de modes pour s’intégrer avec un agent, dont agent-shell est l’un des plus aboutis. J’ai ainsi codé un petit mode très spécialisé qui m’affiche ma liste de projets, et me permet de créer un nouveau workspace git en m’ouvrant une fenêtre magit, une fenêtre agent-shell, et une fenêtre dired, le tout à travers un tramp - Me donnant un espace de travail complet et intégré pour travailler sur une machine de dev à distance comme si j’y étais.

Prochaine étape, le centenaire !

Ce texte a bien entendu été tapé dans Emacs. On ne se refait pas.

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Hadron, le futur de macOS court-circuite tout macOS

Un hadron est une particule composite, composée de particules subatomiques régies par l'interaction forte, nous dit Wikipédia. Si cela vous fait penser à Proton, ce n’est peut-être pas parce qu’un proton est un hadron, mais parce que Hadron, comme Proton, promet de faire tourner vos jeux (et plus) n’importe où, même sur des systèmes terreux.

Logo Hadron

Vous connaissez peut-être Proton, l’assemblage de Wine et d’autres composants libres que Valve emploie pour faire tourner des jeux Windows sous Linux pour sa plate-forme Steam. Hadron propose la même chose pour macOS.

Des jeux Windows ? Sous macOS ? Quel est le 🌀️💀️⚡️⁉️ de rapport avec LinuxFr.org et son objectif de promotion des logiciels libres ? C’est parce que Hadron est construit de briques libres du sol au plafond : Wine, FEX, Mesa, vkd3d…

Sommaire

7zFM sur macOS et Apple Silicon grâce à HadronLe logiciel libre 7zFM pour Windows x86-64 s‘exécutant sur un Mac mini M1 sous macOS 27 sans utiliser Rosetta 2.

Le développement de Hadron est encore très jeune, confidentiel, mais très rapide et réactif. Votre serviteur a testé de faire tourner le jeu libre Unvanquished et a rencontré deux bugs (1, 2) qui ont tous deux été corrigés dans les deux jours (1, 2), et une nouvelle version incorporant les correctifs a été publiée sous cinq jours (1).

Les spéculations sur « qui est derrière Hadron » pourraient se tourner naturellement vers Valve, qui est le premier bénéficiaire économique d’un tel système, mais le README du projet Hadron est explicite : « It is unofficial. Hadron is not affiliated with or endorsed by Valve, Apple, CodeWeavers or any of the projects it builds on », « C’est un projet non officiel. Hadron n’est ni affilié à, ni approuvé par Valve, Apple, CodeWeavers ou l’un des projets sur lesquels il s’appuie ».

Il semble donc que Hadron soit simplement l’initiative de son auteur David Andrews (Broyojo), ni plus ni moins.

Au delà de la proximité de nom entre Hadron et Proton, Hadron reste délibérément focalisé sur Steam : la fenêtre qui s’affiche quand vous lancez Hadron ne sert qu’à intégrer Hadron à Steam, et les premières versions ne proposaient d’ailleurs pas d’option pour lancer un programme non-Steam (fonctionnalité ajoutée très rapidement en quelques jours aussi). Le but premier de Hadron est Steam, et quand vous rapportez un bug pour un jeu, il vous est demandé l’identifiant Steam de ce jeu (cet identifiant est heureusement optionnel).

Pourquoi Hadron ?

En 2027, Apple sortira macOS 28 et à cette occasion, a prévu de drastiquement réduire l’étendue de la compatibilité Rosetta 2. Rosetta 2 est le système de traduction automatique qui permet de faire tourner des binaires amd64 (x86-64) sur arm64 (Apple Silicon ici, dans les macs « M »). Rosetta 2 a un 2 parce que Rosetta premier du nom s’occupait de traduire les binaires PowerPC vers Intel il y a très longtemps. Par commodité nous dirons simplement Rosetta au lieu de Rosetta 2 dans la suite de l’article.

Apple a annoncé que Rosetta ne sera plus disponible pour les applications, mais qu’ils conserveront une petite sous-partie prévue uniquement pour faire tourner des vieux jeux non maintenus s'appuyant sur des bibliothèques pour Intel (« we will keep a subset of Rosetta functionality aimed at supporting older unmaintained gaming titles, that rely on Intel-based frameworks » (source). C’est une affirmation super floue. Que restera-t-il de Rosetta ? Sur quoi pourra-t-on compter et ne pas compter ?

Pour Apple, décommissionner Rosetta a un intérêt : ne plus fournir toutes les bibliothèques systèmes en double, ne plus avoir à apporter de la maintenance et du code système pour l’architecture amd64, etc. Tout l’effort de migration vers arm64 est entièrement externalisé vers le développeur indépendant. Ça coûte très cher à l’échelle globale, mais rien du tout pour Apple, et leur clientèle est suffisamment captive pour que le développeur au milieu y soit contraint. Si un développeur échoue à porter son logiciel, le développeur perdra des ventes, mais pas nécessairement Apple. Ce n’est pas le problème d’Apple, surtout quand l’acquisition du logiciel a lieu probablement en dehors de leur marché. Ceci est d’autant plus vrai en dehors du jeu : un logiciel de production concurrent remplace facilement un autre s’il venait à disparaître.

Pour un consommateur de jeu, c’est insupportable : il ne veut pas perdre son jeu parce que le développeur ne le développe plus. Il y a un attachement affectif, le joueur y a investi une partie de sa vie, il peut être attaché à l’histoire, etc. Et si le jeu est encore développé, le joueur ne trouve pas d’intérêt à ce que le développeur se retrouve avec plus de travail qui ne lui apportera aucun changement en jeu. Rajouter gratuitement du travail au développeur de jeu n’apporte rien au joueur.

Et pour une plate-forme tierce de vente et de location de logiciels comme Steam et autre GOG GALAXY, c’est une catastrophe : si un développeur échoue à porter son logiciel, ou n’est plus disponible pour cette tâche, ce sont des ventes en moins pour le développeur et pour le vendeur. Un vendeur de jeux qui prend sa commission à chaque vente (et dont ce serait la première sinon la seule activité économique) a intérêt à ce que le moindre effort soit proposé aux développeurs de jeux.

L’architecture de Hadron

Ne pas confondre avec le Grand collisionneur de hadrons ! L’architecture de Hadron est très différente, mais fait aussi se rencontrer plein de particules élémentaires libres pour observer des effets très intéressants.

Diagramme de l’architecture de Hadron Diagramme de l’architecture de Hadron, telle que décrite dans la documentation du projet.

FEX, le traducteur automatique d’instruction processeur

Comme alternative à Rosetta pour traduire les instructions amd64 vers arm64 pour exécuter des logiciels, il existe au moins deux logiciels libres : FEX (dont le développement était initialement secrètement soutenu par Valve), et Box64 développé par notre ptitSeb national.

Ces deux logiciels libres ont été à la base développés pour s’exécuter sous Linux. Hadron a choisi FEX et le fait tourner sous macOS. Ainsi, plus besoin de compter sur Rosetta et d’être dépendant du bon-vouloir d’Apple !

Le choix de FEX correspond bien à l’écosystème de Valve : l’intégration de FEX peut prendre exemple sur celle déjà réalisée pour Steam sur le Steam Frame (un produit de réalité virtuelle tournant sous Linux et sur ARM), et permet d’hériter des tests déjà réalisés par Valve pour le Steam Frame.

En intégrant FEX, Hadron rend les jeux et autres logiciels indépendants de la volonté d’Apple d’abandonner la prise en charge de l’architecture x86.

Wine, l’implémentation libre des API Windows

On ne présente plus Wine, le logiciel libre qui permet de faire tourner depuis des décennies des programmes Windows sous Linux, BSD et macOS. En 2022 Arek Hiler avait prononcé la désormais célèbre phrase Win32 Is The Only Stable ABI on Linux, Win32 est la seule interface binaire de programmation qui soit stable sous Linux. Ce constat de l’ABI Win32 comme une interface très stable s’étend en fait bien au-delà des utilisateurs de Linux.

Wine est une brique fondamentale de Proton, la sous-couche de Valve pour faire tourner des jeux Windows sous Linux. Hadron fait de même pour macOS.

Hadron intègre donc FEX et Wine pour faire tourner des programmes Windows compilés pour x86 (32-bit et 64-bit) sur les macs exécutant macOS sur des processeurs ARM. L’héritage Wintel ne s’effacera donc jamais.

En intégrant Wine, Hadron rend les jeux et autres logiciels indépendants des interfaces de programmation de macOS.

Mesa, Zink et KosmicKrisp

Mesa est la collection de pilotes graphiques libres qui domine nos écosystèmes Linux et BSD. Mais Mesa propose aussi des pilotes pour d’autres plate-formes, comme Windows et macOS.

L’article Le pilote open-source Vulkan pour AMD “RADV” de chez Mesa bientôt disponible sous Windows ? posait ce constat en répondant à la question « Et pour Vulkan sur macOS ? » :

En participant au développement de RADV sous Linux et Windows, Valve se donne le pouvoir de contrôler la qualité de la pile logicielle d’exécution des jeux qu’ils vendent, jusqu’au pilote graphique inclus.

Pour macOS, la solution n’est pas à voir du côté de RADV (les derniers macs n’ont plus de cartes graphiques AMD de toute façon), mais du côté de MolktenVK et KosmicKrisp, des pilotes libres convertissant les appels Vulkan vers l’API Metal de macOS.

Sur macOS Vulkan est déjà disponible grâce à MoltenVK, une implémentation libre traduisant Vulkan pour l’API propriétaire Metal de macOS. Valve a investi dans MoltenVK. Cela permet par exemple à Valve de faire tourner leur jeu Dota2 sur macOS et pouvoir continuer à le vendre aux utilisateurs de macOS sans se soucier de l’obsolétisation d’OpenGL sur macOS par Apple.

KosmicKrisp est lui un pilote Mesa qui fait de même (convertir Vulkan vers Metal) mais de façon intimement spécialisée pour les puces AGX que l’on trouve dans les ordinateurs Apple M1, M2, etc. (aussi appelé « Apple Silicon »).

Et vous le voyez venir en mille, Hadron intègre KosmicKrisp pour fournir la prise en charge de l’API graphique Vulkan. KosmicKrisp traduit les appels Vulkan vers l’Interface de programmation (API) propriétaire Metal.

En intégrant KosmicKrisp, Hadron rend les jeux et autres logiciels indépendants de la politique d’Apple refusant de prendre en charge le standard industriel Vulkan.

Mais, et pour OpenGL ? Zink est un pilote Mesa qui implémente OpenGL au dessus de Vulkan, quel que soit le système (Zink tourne déjà sous Linux et Windows, et donc aussi macOS comme on peut le voir). Voilà, problème résolu.

En fait macOS fournit déjà OpenGL, mais ils l’ont déclaré obsolète depuis longtemps et ne fournissent qu’une ancienne version 4.1 qui date de 2010 (16 ans déjà !) qui est 7 ans plus ancienne que la dernière version d’OpenGL (4.6).

Zink implémente donc OpenGL 4.6 et en intégrant Zink, Hadron rend les jeux et autres logiciels indépendant de la volonté d’Apple d’abandonner OpenGL.

Et au passage, Zink propose la dernière version d’OpenGL et est un pilote désormais bien connu des développeurs de jeu, c’est tout bénef !

Hadron a comme politique de favoriser Zink à la place de l’implémentation OpenGL maison d’Apple. Quand un des bugs donnés comme exemple et affectant Unvanquished a été rapporté, l’expérimentation avait été réalisée avant que Hadron ne propose un moyen simple de lancer un logiciel en dehors de Steam, et donc l’expérimentation avait été faite en appelant Wine directement sans passer par le lanceur de Hadron. Le développeur Broyojo a constaté en lisant le journal du moteur de jeu Dæmon que dans ces circonstances, le jeu utilisait l’implémentation OpenGL d’Apple, chose qu’il s’est empressé de corriger fissa. Et pour le coup, ce changement est ce qui a corrigé le bug, trop facile.

L’article sur RADV et Windows indiquait :

Pour un distributeur de jeu vidéo comme Valve c’est excellent : ça signifie que — si nécessaire — le jeu peut être distribué avec RADV sur Windows et Linux pour les utilisateurs de cartes graphiques AMD, et MoltenVK ou KosmicKrisp sur macOS afin de fournir une expérience Vulkan finement contrôlée, et autres combinaisons sus-mentionnées. Cela permet de contrôler et donc d’assurer au maximum la compatibilité d’un jeu.

Nous y sommes. À part que cette fois-ci, ce n’est pas Valve qui en aurait eu l’initiative.

vkd3d-proton, DirectX 12 sur KosmicKrisp

Là où Zink implémente OpenGL sur Vulkan, vkd3d-proton fait de même et implémente DirectX 12 sur Vulkan, lui-même implémenté par KosmicKrisp.

DirectX 12 est l’interface de programmation graphique propriétaire de Microsoft pour Windows, elle est similaire à Metal et Vulkan.

Un développeur de jeu libre n’en a pas besoin : il peut utiliser OpenGL ou Vulkan, mais de très nombreux jeux utilisent Direct X 12, et Hadron s’assure donc de fournir cette prise en charge.

Comme son nom l’indique, vkd3d-proton est une brique essentielle de Proton, et l’est aussi maintenant pour Hadron.

mtld3d et DXMT, les plus anciens Direct3D sur Metal

Vous connaissez peut-être le logiciel DXVK qui implémentent Direct3D 8, 9, 10 et 11 au dessus de Vulkan. Vous aviez peut-être entendu parlé de D9VK qui faisait de même pour D3D9 mais qui est désormais intégré à DXVK, ou WineD3D qui implémentait Direct3D 8, 9, 10 et 11 au dessus de OpenGL.

Proton utilise DXVK sous Linux, implémentant donc D3D sur Vulkan, et Hadron pourrait faire de même, à la façon dont c’est effectivement implémenté avec vkd3d-proton.

Mais il existe deux logiciels qui implémentent D3D sur l’API Metal directement, ce qui permet de supprimer une couche intermédiaire de traduction.

Ces deux logiciels libres sont mtld3d qui implémente D3D9 sur Metal, et dxmt qui implémente D3D10 et D3D11 sur Metal.

Pour D3D8, Hadron ne précise pas si quelque chose est prévu, mais il devrait être possible d’utiliser DXVK, ou encore d3d8to9 qui implémente D3D8 sur D3D9. Et on peut supposer que rien ne devrait techniquement empêcher d’utiliser dd7to9 et autres projets de ce type (voir dxwrapper pour plus de détails).

Win32 + Vulkan + AMD64, la plate-forme universelle ?

Pour un développeur de logiciel libre, ces APIs DirectX sont peu utiles, mais tout le reste de cet écosystème peut profiter aux développeurs de logiciels libres.

Les compilateurs libres du projet MinGW permettent de compiler pour Win32. Wine permet de faire tourner ces programmes Win32 ailleurs que sur Windows. Et en s’appuyant sur les API graphiques OpenGL ou Vulkan, et des bibliothèques comme OpenAL ou SDL pour le son, le fenêtrage et les entrées, un développeur de jeu libre peut donc produire un seul binaire entièrement libre de la tête aux pieds qui tourne partout, sous Linux, BSD, macOS ou Windows.

Alors bien évidemment, certains préféreront un programme natif à leur système, avec de bonnes raisons. Mais quand un lanceur comme Steam ou une alternative libre comme Lutris fait toute l’intégration pour vous, tout ce qui retient se réduit à un attachement affectif (et ça compte beaucoup). C’est un chagrin légitime mais il n’empêche pas de jouer.

Wine fait déjà tourner naturellement les programmes x86 sur Linux et autres BSD. FEX peut être associé à Wine pour faire tourner des programmes Windows x86 sous Linux et macOS sur les processeurs ARM. Et Box64 sait faire de même sous Linux, non-seulement sur ARM64, mais aussi sur PowerPC (en mode petit-boutiste), RISC-V et Loongson.

Certains ont pu déclarer que « AMD64 is the new Java », en réalité, c’est peut-être la triforce Win32 + Vulkan + AMD64 qui est ce nouveau Java. Vous ferez peut-être autant la grimace, mais ça ne marche pas moins.

Et avec Hadron, votre prochain environnement de développement pour macOS pourrait simplement être MinGW, trop bien !

Avec Hadron, le futur de macOS court-circuite tout macOS, et Apple ne peut rien y faire.

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On attaque bien les frigos.

[Article rédigé le 13 Octobre 2026 puis j’ai été un peu pris par diverses mobilisations qui ont donné lieu à d’autres articles]

C’est la dernière cyber-attaque dont tout le monde parle. L’attaque de la moussaka géante des frigos de grandes enseignes. Stock détruits et inconsommables, immense perte et gâchis. Les cyber-attaquants ne se sont pas contentés de couper le froid, ils ont fait en sorte de monter la température jusqu’à parfois 50 degrés. Je vous laisse imaginer la suite. Et la complète avec ce dessin de Coco dans Libération.

 

Les frigos occupent une place particulière dans l’histoire numérique (me semble-t-il en tout cas). D’abord parce que depuis les débuts du rêve puis du règne de la domotique, ils figurent parmi les premiers objets numérisables de la grande famille de l’électroménager : on les informatise (ils se mettent alors à afficher des trucs) puis on nous promet (et on en a certains exemples) des frigos qui parlent et puis tant qu’à y être ils vont aussi devenir « intelligents » (« smart fridges ») et moyennant moultes données collectées et analysées, nous proposer des menus à partir de l’analyse de leur stock ou nous dresser la prochaine liste des courses à faire au rayon frais et tant qu’on y est pourquoi pas les faire eux-mêmes en dialoguant avec d’autres dispositifs de commande et de livraison tout aussi « smart », et qu’on appellerait ça des « frigos pervasifs ».

L’imaginaire culturel va très vite s’emparer de tout cela pour donner, par exemple il y a déjà plus de 10 ans dans la série humoristique « Silicon Valley », ce genre de scènes où le piratage d’un seul « smart fridge » (frigo intelligent) en contamine 30 000 autres. Visionnaire.

Le truc c’est qu’en effet au milieu de tout cela on finit par perdre un peu de vue l’utilité principale de l’appareil en question : garder les bières au frais dans le bac à légumes.

Selon certaines sources il existerait réellement des gens qui mettent des légumes dans le bac à légumes.
(source : « Le réfrigérateur, un miroir social ?« )

 

Or donc, on attaque bien les frigos.

Ceux de nos domiciles connectés peuvent être une cible, ceux de la grande distribution en sont une autre. On notera qu’une grande enseigne pourtant spécialiste de produits frais et surgelés a échappé à l’attaque, non pas qu’elle n’ait pas été ciblée, non pas parce que ses défenses cyber étaient plus puissantes ou mieux dimensionnées que chez d’autres, mais simplement parce que la gestion automatique des températures était assurée par ce truc étrange que l’on appelle … un salarié. « Smart Human ».

Quand j’aborde dans mes écrits la question de la surveillance numérique, je le fais sous l’angle du concept d’une anecdotisation des régimes de surveillance. L’idée que cette surveillance est de plus en plus  disséminée, au plus près de chacun de nos comportements sociaux comme de nos équipements matériels tous plus ou moins connectés : dans chaque rue mais aussi dans chaque voiture, carte de crédit, équipement domotique, etc.

On retrouve cette anecdotisation à l’échelle des attaques cyber. Il ne s’agit plus – uniquement en tout cas – de faire tomber des infrastructures majeures de défense (par exemple) mais de se tourner vers des infrastructures plus triviales, plus anecdotiques donc, mais quelque part tout aussi essentiellement vitales. Il peut aussi s’agir de « tests » pour de futures attaques ou chevaux de troie.

Là où les salariés ont conquis, depuis 2017, un droit à la déconnexion, peut-être nous faudrait-il réfléchir à instaurer un devoir de déconnexion à l’ensemble majoritaire de nos « objets connectés » si l’on ne veut pas voir à court terme des piratages massifs de nos trivialités journalières. De la même manière qu’une grande partie de nos données, au regard des piratages massifs quasi-quotidiens, ne devraient tout simplement plus être en ligne (mais là encore cela impliquerait de remettre un peu partout des « smart humans » …), l’internet des objets devrait peut-être se cantonner aux nécessités à être connectés qui devraient elles-mêmes être ramenées et limitées à la fonction première de chaque objet envisagé, plutôt que de considérer par défaut que tout objet, de la voiture au grille-pain en passant par le sextoy, aurait nécessairement vocation à être connecté. Il a fallu de longues années et une accumulation de scandales avant que l’on ne prenne en considération la conception dite « privacy by design« , il semble temps de franchir une étape supplémentaire en installant une « disconnection by design« .

Comme l’écrivait Samuel Szoniecky début 2000 :

Les fabricants de réfrigérateurs connectés nous vantent l’utilité de dispositifs capables de reconnaître automatiquement la date de péremption des aliments, de commander automatiquement ceux qui manquent ou de retrouver leur composition pour évaluer s’ils sont bons ou mauvais pour notre santé. Mais l’utilité de ces fonctionnalités n’est pas évidente pour tous. Par exemple, commander automatiquement des aliments est variable suivant le crédit disponible sur le compte de l’usager ou suivant les analyses de sang des personnes composant le foyer qui recommandent de privilégier tel aliment plutôt qu’un autre. Pour être utile, le réfrigérateur devrait connaître la situation financière et sérologique des usagers et cela en continu afin de s’adapter en temps réel aux changements de situations. 

 

La course à l’automatisation numérique constante, considérant chaque objet ou service comme un biotope devant être à la fois totalement autonome de toute décision humaine mais en permanence relié à un ensemble d’autres écosystèmes eux-mêmes tout à la fois autonomes et connectés, et plus largement tout ce qui nous a conduit à réfléchir sérieusement à la manière de décliner « l’écosystème d’une blockchain pour un réfrigérateur connecté » aurait dû, et depuis longtemps, nous rappeler la phrase de Balzac : « L’homme est un bouffon qui construit des blockchains de frigos intelligents danse sur des précipices. »

Il y avait pourtant tant d’autres choses à faire : même les frigos peuvent faire collectif.

Cette sorte de constante d’une « surenchère connectique » dessine aussi un horizon de conditionnement qui rappelle ce que Roland Barthes écrivait dans l’article « Jouets » de ses mythologies :

Que les jouets français préfigurent littéralement l’univers des fonctions adultes ne peut évidemment que préparer l’enfant à les accepter toutes, en lui constituant avant même qu’il réfléchisse l’alibi d’une nature qui a créé de tout temps des soldats, des postiers et des vespas. Le jouet livre ici le catalogue de tout ce dont l’adulte ne s’étonne pas : la guerre, la bureaucratie, la laideur, les Martiens, etc. Ce n’est pas tant, d’ailleurs, l’imitation qui est signe d’abdication, que sa littéralité : le jouet français est comme une tête réduite de Jivaro, où l’on retrouve à la taille d’une pomme les rides et les cheveux de l’adulte. Il existe par exemple des poupées qui urinent (…). On peut par là préparer la petite fille à la causalité ménagère, la « conditionner » à son futur rôle de mère. Seulement, devant cet univers d’objets fidèles et compliqués, l’enfant ne peut se constituer qu’en propriétaire, en usager, jamais en créateur ; il n’invente pas le monde, il l’utilise.

 

La fait que chaque objet soit aujourd’hui connecté (y compris bien sûr les jouets) nous conditionne semblablement à une causalité numérique hors laquelle le monde demeure impensable.

Il est un autre passage de Barthes dans ce même article qui m’intéresse autant :

L’embourgeoisement du jouet ne se reconnaît pas seulement à ses formes, toutes fonctionnelles, mais aussi à sa substance. Les jouets courants sont d’une matière ingrate, produits d’une chimie, non d’une nature. Beaucoup sont maintenant moulés dans des pâtes compliquées ; la matière plastique y a une apparence à la fois grossière et hygiénique, elle éteint le plaisir, la douceur, l’humanité du toucher. Un signe consternant, c’est la disparition progressive du bois. (…) Le jouet est désormais chimique, de substance et de couleur : son matériau même introduit à une cénesthésie de l’usage, non du plaisir. Ces jouets meurent d’ailleurs très vite, et une fois morts, ils n’ont pour l’enfant aucune vie posthume.

 

La fin de la naturalité du bois au profit de l’artificialité du plastique est semblable aujourd’hui à la systématicité de cette (fausse) nécessité connectique. Les frigos doivent être connectés tout comme Carthage doit être détruite. C’est cette fois la connectivité qui introduit de nouvelles « cénesthésies de l’usage », c’est à dire de nouvelles affordances qui ne se contentent plus de suggérer (des usages) mais d’en imposer d’autres, superbement superfétatoires. Et le résultat n’est pas, comme au passage des jouets en bois aux jouets en plastique, que nos objets connectés, comme ces derniers, meurent plus vite (quoi que …) mais qu’ils font de nos domesticités des espaces poreux à de nouvelles surveillances (cf l’anecdotisation évoquée plus haut) tout autant qu’à de nouvelles infractions.

Dans l’article « Anthropologie du froid domestique : le frigo et ses utilsateurs » (2006), Marie-Christine Zélem écrivait :

En France, les Trente Glorieuses (1945-1975 : années de l’abondance et de la prospérité) caractérisent une période de profondes mutations au cours de laquelle le progrès technique se diffuse largement. Cela se traduit notamment par une « technicisation » du confort. Cette période jette les bases d’une « démocratie du standing » qui rend ce confort accessible à une large population. Le confort entre dans les modes de vie. Il n’est plus uniquement un luxe. Il devient « confort d’usage », confort utile. Le changement profond qui s’opère alors dans les modes de vie s’accompagne de nouveaux comportements en matière de consommation. Les biens de consommation durables jusque là réservés à un univers de privilégiés vont se multiplier et devenir accessibles à la majorité de la société. On parlera plus tard du développement de la « consommation de masse ». Grâce à une hausse de leur pouvoir d’achat, et par la pratique toute nouvelle du crédit, la plupart des ménages peuvent alors s’équiper d’un certain nombre d’appareils dont les appareils électroménagers qui vont perdre peu à peu leur caractère de luxe. »

 

Le confort aujourd’hui ne consiste plus à disposer d’un froid domestique, mais à contrôler ce froid, cette fonction réfrigérante, et à la contrôler à distance, voire à confier ce contrôle à d’autres dispositifs ou tiers dits « de confiance » (mais qui ne le sont évidemment en rien, tout au contraire).

Des frigos à l’Ukraine.

Quelques jours avant ces attaques, sur un terrain de guerre, on apprenait que l’Ukraine avait détruit certains Data Centers russes, notamment ceux de Yandex (le Google local), et que cela aurait occasionné une baisse spectaculaire du trafic généré par les bots russes, notamment sur X, et donc aurait aussi diminué les opérations de désinformation. La réalité est en fait un peu plus complexe mais pour autant, les infrastructures numériques de communication demeurent une clé stratégique et opérationnelle essentielle. Ce qui, certes, était déjà le cas de toutes les guerres « modernes » mais qui redessine par contre totalement les rapports de puissance entre la décision politique des états et celle du peu de milliardaires qui possèdent et administrent à leur seul intérêt la quasi-totalité de ces infrastructures massives aujourd’hui.

Pour ne prendre qu’un seul exemple, en février 2022, au début de l’invasion russe contre l’Ukraine, Elon Musk se posait en chef de guerre et en sauveur en mettant à disposition du gouvernement de Kyiv son réseau de communication satellitaire Starlink. En Ootobre 2026, les communications Starlink sont coupées depuis quelques jours. Plus exactement (mais c’est Trump qui parle), c’est le réseau Starshield (déclinaison militaire de Starlink) qui a été délibérément coupé. Celui qui hier était le sauveur de l’Ukraine en est aujourd’hui l’un des principaux fossoyeurs. A l’époque (2022) j’écrivais :

Le déploiement d’accès à l’internet rapide par satellites en constellation à basse altitude est un nouveau théâtre d’opérations militaires absolument déterminant et vital. La Chine (avec le projet Guowang) et la Russie (projet Sfera) sont évidemment en course pour déployer leurs propres infrastructures. L’Europe également mais avec un retard qui sera difficile à rattraper et qui, dans le contexte géopolitique actuel, apparaît presque comme coupable. Reste que le projet pour l’instant le plus abouti et immédiatement opérationnel est entre les mains d’Elon Musk (et prochainement de Jeff Bezos). Ce qui pose a minima un problème de gouvernance et transforme ce qui pourrait et devrait être un gage de stabilité, une garantie d’influence et une arme à la fois diplomatique et opérationnelle, en un aléatoire soumis aux convictions, aux caprices ou à la définition du patriotisme d’un seul homme à la tête d’une seule entreprise.

 

Des cyber-attaques contre des frigos industriels jusqu’aux missiles ou drones envoyés contre des centres de données, c’est un même continuum qui se donne à lire. Celui du récit d’une dépendance numérique. Pensé comme une mythologie. Et l’arrivée de l’IA au coeur de cette mythologie lui donne une puissance d’évocation encore plus grande.

Nos domesticités sont fragiles et friables. Et nos domesticités connectées apparaissent désormais non plus en périphérie mais au centre d’une économie de guerre qui s’est souvenue de son étymologie (économie : « gestion intérieure d’une maison, d’une famille« ).

Dans le Voyage au bout de la nuit, Céline écrivait « l’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches et j’ai ma dignité moi. » Un collègue écrivait l’autre jour sur X :  « L’IA c’est l’infini à la portée des grille-pains. »  Reste à savoir si nous retrouverons notre dignité.

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Brésil : comment la gauche a reconquis les réseaux sociaux (leçons pour l'Europe)

En trois semaines, entre les deux tours de l'élection présidentielle brésilienne, la campagne de Lula a renversé un retard de 1,87 point et conquis un terrain que l'extrême droite occupait depuis 2018. Cette séquence dit autant sur les ressorts d'une mobilisation populaire que sur le pouvoir discrétionnaire acquis par une poignée d'entreprises états-uniennes sur le débat public des démocraties.

Au soir du dimanche 4 octobre 2026, quelques heures après la publication des résultats du premier tour de la présidentielle brésilienne, des étudiants de l'Université fédérale Fluminense sont descendus dans les rues de Niterói, de l'autre côté de la baie de Guanabara, face à Rio. Ils protestaient contre le retour au pouvoir d'un membre de la famille Bolsonaro, dont le patriarche purge une peine de vingt-sept ans pour tentative de coup d'État.

Le lendemain matin, à six heures, le député André Janones adressait aux 53 000 abonnés d'un canal WhatsApp créé en avril une première consigne de mobilisation. Trois semaines plus tard, ce canal comptait 10,8 millions d'abonnés et Lula remportait le second tour avec 51,79 % des suffrages valides, après avoir terminé le premier tour avec 1,87 point de retard sur Flávio Bolsonaro. Aucun candidat brésilien n'avait réussi pareil renversement depuis le rétablissement des élections présidentielles directes, en 1989.

Le retournement a été immédiatement imputé aux réseaux sociaux, par les vainqueurs eux-mêmes, ce qui mérite d'être analysé. Comment un pays où l'extrême droite exerçait depuis 2018 une domination presque incontestée sur les médias sociaux a-t-il vu ce rapport de forces s'inverser en quelques jours ? Quelles opérations ont été conduites concrètement, par qui, avec quels moyens et dans quelles limites juridiques ? Et qu'est-ce que peut en apprendre la gauche en Europe ?

Le President Luiz Inácio Lula da Silva durant son discours de réélection, 25 octobre 2026, São Paulo.
Crédit Ricardo Stuckert CC BY-SA 4.0

On commencera par situer le Brésil dans la géographie mondiale des usages numériques, qui en fait l'un des premiers marchés de la messagerie instantanée et des réseaux sociaux. On examinera ensuite les conditions dans lesquelles le bolsonarisme a construit son avance en ligne, et la part qu'y ont prise les décisions de modération et de distribution de Meta pendant la campagne. La mécanique de la contre-offensive sera décrite dans un troisième temps, avec sa dimension sociologique et générationnelle, avant d'être rapportée aux chiffres du second tour. On en viendra enfin au pouvoir politique des grandes entreprises du numérique et à ce que cet épisode signifie pour la gauche européenne, et singulièrement pour la gauche française.

Un pays saturé de messagerie

Le Brésil compte environ 180 millions d'usagers des réseaux sociaux, selon les estimations de Statista, soit plus des trois quarts d'une population de 214 millions d'habitants, ce qui le place au deuxième ou troisième rang mondial selon les indicateurs retenus. Cette intensité ne se répartit pas également entre les services : WhatsApp y fonctionne de manière quasi universelle comme infrastructure de communication ordinaire, pour les familles, les commerces, les administrations et les Églises, et les forfaits prépayés ont longtemps inclus un accès à l'application sans décompte des données mobiles. Le téléphone d'un électeur brésilien est ainsi, avant tout, un espace de conversation permanente au sein de dizaines de groupes.

Cette configuration a en effet des conséquences politiques directes, mises en évidence dès la victoire de Jair Bolsonaro en 2018, lorsque les réseaux de groupes WhatsApp sont devenus l'instrument central de la campagne. Les contenus y circulent dans des espaces chiffrés et semi-privés, ce qui place l'essentiel de la propagande électorale hors d'atteinte de la vérification journalistique comme des mesures d'audience.

Dans le même temps, le marché de la publicité politique payante s'est concentré sur un acteur unique : Google et TikTok n'acceptent pas d'annonces électorales, de sorte que les services de Meta constituent le seul canal de campagne payante à grande échelle. Les dépenses publicitaires sur Facebook et Instagram ont ainsi progressé à un rythme très rapide et dépassé celles de la publicité traditionnelle, plaçant les candidats à la merci du groupe Meta.

L'hégémonie bolsonariste et les décisions de Meta

L'avance acquise par l'extrême droite brésilienne sur ce terrain tient à une antériorité de huit années et à une organisation que la gauche n'avait pas su répliquer. Dès 2018, la campagne de Jair Bolsonaro, dont la communication numérique était dirigée par son fils Carlos, articulait un réseau de chaînes officielles et officieuses diffusant simultanément un message coordonné.

Cette domination tient également à une propriété du support : l'« économie de l'attention » est structurellement bénéfique au type de discours alarmiste, simpliste et chargé d'affect que pratique l'extrême droite. Après le premier tour, la plupart des analystes tenaient pour acquis que cette hégémonie jouerait une nouvelle fois.

À cette asymétrie s'est ajoutée, pendant la campagne de 2026, une série de décisions prises par Meta dont les effets ont pénalisé le camp de la gauche. Le 23 septembre, l'entreprise a désactivé la possibilité de diffuser des annonces politiques depuis la page de campagne de Lula, en invoquant des « activités » non conformes à ses règles sans préciser lesquelles ; le président s'est également trouvé empêché de sponsoriser ses publications Instagram, quand son adversaire le pouvait.

Selon le Parti des travailleurs, certaines de ses publications apparaissaient sans bouton de partage et avec une portée réduite. Le même jour, Meta supprimait le compte Instagram du collectif journalistique Revelando Brasil, qui venait de publier une vidéo sur les liens entre Flávio Bolsonaro et le banquier Daniel Vorcaro, mis en cause dans la plus importante fraude financière de l'histoire du pays ; ses deux bandes-annonces approchaient les 25 millions de vues. Le compte a été rétabli quelques heures plus tard, après un tollé public, l'entreprise se contentant de s'excuser « pour la gêne occasionnée ».

Loin de rester à l'état de soupçon, ces incidents ont été documentés par plusieurs instances extérieures à la campagne. La coalition Ekō a publié un rapport concluant à un traitement favorable à Flávio Bolsonaro, des experts des droits humains des Nations unies ont relevé que « des informations, y compris de la part de salariés de Meta, suggèrent que des comptes liés à l'un des camps ont été restreints de manière disproportionnée ». Le 16 octobre la Folha de S. Paulo révélait des échanges internes dans lesquels des employés de l'entreprise admettaient que les comptes Instagram de Lula avaient été affectés par des restrictions et que la plateforme avait recommandé le profil et le canal WhatsApp de son adversaire.

Meta a qualifié ces accusations de « fausses et sans fondement », en parlant d'« incidents techniques » ayant touché des campagnes « de différents bords politiques ». Son propre conseil de surveillance s'est pourtant déclaré « préoccupé par les défaillances récurrentes » du dispositif d'intégrité électorale et a pointé, dans le cas brésilien, une « application excessive » des politiques antifraude au détriment de Lula. Le 15 octobre, le juge Marco Aurélio Bellizze, du Tribunal supérieur électoral, a enjoint à l'entreprise de ne plus réduire la distribution de contenus politiques ni retirer de publications d'une manière créant un déséquilibre entre les deux candidats, et d'appliquer des critères identiques dans ses outils d'intelligence artificielle.

L'« armée de Lula », mécanique d'une contre-offensive

L'homme qui a pris en charge cette contre-offensive n'appartenait ni à l'état-major du Parti des travailleurs ni au premier cercle présidentiel. André Janones, 42 ans, député fédéral du Minas Gerais élu en 2019 sous l'étiquette du Réseau durabilité, est le fils d'une femme de ménage et d'un receveur d'autobus, métier qu'il a lui-même exercé pour financer ses études de droit, obtenues grâce à une bourse qu'il attribue aux politiques sociales des gouvernements Lula.

Son canal WhatsApp, créé en avril et rebaptisé « Exército do Lula » au lendemain du premier tour, comptait 60 000 abonnés au soir de sa relance. Il en réunissait 3,4 millions cinq jours plus tard, 5,4 millions le 19 octobre, 6,7 millions le 21, et 10,8 millions le jour du vote, soit une croissance sans équivalent connu pour un dispositif de campagne sur une messagerie privée. Ce que le président élu a désigné dans son discours de victoire comme « notre général » était, trois semaines plus tôt, un parlementaire du « bas clergé » du Congrès. La méthode porte un nom au Brésil. Janones l'avait expérimentée lors de la campagne de 2022, puis théorisée dans un livre paru en 2023, Janonismo cultural, où il décrit les réseaux sociaux comme un terrain de bataille pour la démocratie.

Le fonctionnement du canal reposait sur un principe simple : ne jamais laisser l'abonné en position de spectateur. Chaque message doit assigner une tâche précise, accompagnée d'un modèle prêt à transférer à ses propres contacts, qu'il s'agisse de commenter une vidéo, de faire monter un mot-dièse ou de recruter un nouvel électeur.

Le registre militaire, revendiqué jusque dans le nom du canal, sert ainsi à produire une discipline collective sur un support où la participation est d'ordinaire discontinue, habituellement étrangère à la culture de gauche. Deux techniques de contournement ont été systématisées : la diffusion massive par les « statuts » WhatsApp, qui échappent en grande partie au classement algorithmique ; et le tournage de vidéos en maillot jaune de la sélection nationale, emblème de la droite, afin de capter la distribution dont bénéficiaient les contenus bolsonaristes. L'emprunt dépassait le maillot : les mêmes formats courts et le même ton d'urgence que les vidéos bolsonaristes, appliqués cette fois à des faits vérifiables.

Une troisième consigne, plus discutée, visait à priver l'adversaire d'interactions : ne pas répondre à ses publications, ne riposter qu'en capture d'écran. Son efficacité reste à établir, mais elle prend au sérieux une mécanique que la gauche a longtemps alimentée en s'indignant, celle de la viralité des contenus.

La stratégie, telle que la décrit le consultant politique Orlando Thomé, comportait trois volets : accroître le rejet de Flávio Bolsonaro en diffusant ses propres déclarations et celles de ses alliés, notamment son intention d'utiliser le futur Congrès pour réviser la Constitution ; cibler les abstentionnistes et les votes blancs ou nuls du premier tour avec des mots d'ordre simples ; et créer des groupes dédiés aux personnes âgées, souvent négligées par la campagne numérique.

Pour Janones, il fallait à tout prix sortir de la « bulle » des militants et électeurs déjà convaincus. Le matériau ne manquait pas : les enquêtes pour corruption visant le sénateur, ses liens passés avec le milieu criminel de Rio, son projet de coupes budgétaires inspiré de Javier Milei. La règle du canal était de s'y tenir. « Ce canal ne diffusera pas une seule fausse information, répétait Janones à ses abonnés. Ceux qui ont les faits de leur côté n'ont pas besoin de mensonges. »

Le candidat lui-même s'est converti tardivement à ce répertoire. À 80 ans, Lula ne possédait pas de téléphone portable et avait promis d'en acheter un si le canal atteignait cinq millions d'abonnés ; il l'a déballé en public aux côtés de Janones (référence à la culture de l'« unboxing » sur YouTube) et n'a rejoint le dispositif que dans les derniers jours de campagne, après avoir commencé à enregistrer des vidéos en selfie, d'un ton moins institutionnel. Ce basculement s'est opéré contre les réticences d'une partie du Parti des travailleurs, inquiète que le style frontal de Janones ne compromette l'image modérée qu'elle entendait donner du président sortant.

Ce répertoire a un coût. Le canal a été suspendu au moins deux fois à la demande de la campagne de Flávio Bolsonaro, qui invoquait la diffusion de « fake news », tandis que le canal symétrique de son adversaire n'a fait l'objet d'aucune sanction. Dans le même temps, cette campagne a porté la vie privée de Janones sur le terrain électoral.

Une mobilisation générationnelle

Réduire cette séquence à une opération de communication sur les réseaux sociaux conduirait à manquer ce qui en constitue le ressort principal. La manifestation étudiante de Niterói a été suivie deux jours plus tard d'un rassemblement dans le centre de Rio, puis de cortèges dans l'ensemble des grandes villes du pays, à São Paulo, à Belo Horizonte et ailleurs, sans mot d'ordre national préalable.

L'historienne Anaïs Fléchet décrit une mobilisation « très spontanée, originaire de la génération Z », qui a surpris la direction du Parti des travailleurs et l'équipe de campagne elles-mêmes, lesquelles l'ont rejointe sans l'avoir organisée. Des militants présents à toutes les manifestations depuis les années 1980 ont déclaré n'avoir jamais vu autant de monde dans la rue. Dans son discours de victoire, Lula a remercié « la générosité de la jeunesse brésilienne, descendue dans la rue pour défendre la démocratie ».

La composition de cette mobilisation ne recouvre pas la sociologie habituelle du Parti des travailleurs. Les figures qui en sont issues sont très jeunes : Ana Elisa Santos Silva, 21 ans, étudiante en droit et influenceuse, a obtenu le meilleur score de tous les candidats à la Chambre des députés dans l'État du Minas Gerais, aux côtés d'une génération d'élus à forte présence numérique comme Guilherme Cortez, Jones Manoel et Erika Hilton, tous trois du Parti socialisme et liberté. Dans le même temps, le troisième axe de la campagne s'adressait aux retraités, ce qui élargissait l'amplitude générationnelle du dispositif.

Les chiffres du second tour permettent de mesurer l'ampleur du déplacement. Lula est passé de 53,9 à 64,2 millions de voix, soit plus de dix millions de suffrages supplémentaires, quand son adversaire en gagnait 3,7 millions, de 56,1 à 59,8 millions : environ trois quarts des voix nouvelles se sont portées sur le président sortant. L'abstention est tombée de 21 % à 19,2 %, niveau le plus bas jamais enregistré pour une présidentielle brésilienne, alors que la participation recule habituellement entre les deux tours. Le Minas Gerais, deuxième électorat du pays, a basculé dans le camp de Lula avec un déplacement de près de 700 000 voix. L'écart final dépasse ainsi 3,5 points, soit plus du double de celui obtenu contre Jair Bolsonaro en 2022.

Évidemment, aucune de ces données ne permet toutefois d'établir combien de voix l'opération WhatsApp a elle-même déplacées, et les politistes interrogés insistent sur son articulation avec l'implantation militante locale et avec le bilan social et la personnalité de Lula.

Le pouvoir des plateformes et l'enjeu de la régulation

Ce que met au jour la campagne brésilienne dépasse la question de savoir si Meta a délibérément favorisé un camp. « Ce cas révèle un autre scandale : le pouvoir arbitraire, opaque et disproportionné de Meta sur le paysage médiatique national », déclarait Bruno Torturra, journaliste au Media Ninja, après le retrait du compte de Revelando Brasil, avant de poser la question qui vaut bien au-delà de son cas : « Peut-on parler de liberté d'expression sur les réseaux sociaux sans transparence algorithmique ? »

Luã Cruz, de l'organisation Ctrl+Z, qui recense les retraits de comptes de rédactions et de journalistes, décrit une « boîte noire » dans laquelle des contenus d'intérêt public disparaissent puis reviennent sans que personne sache pourquoi, et souligne que sans acteurs célèbres ni couverture médiatique, l'affaire serait tombée « dans les limbes », comme la plupart des cas qu'il documente.

Le pouvoir des plateformes ne s'est pas exercé dans un vide géopolitique. La Folha de S. Paulo a révélé qu'un groupe d'influenceurs proches de Donald Trump, dont l'ancien parlementaire républicain Matt Gaetz, avait payé pour promouvoir des publications donnant Flávio Bolsonaro en tête des paris de Polymarket, plateforme interdite au Brésil mais utilisée par la droite comme substitut de sondage ; le Parti des travailleurs a par ailleurs demandé à la justice électorale d'enquêter sur l'implication éventuelle de Rockbridge, structure de donateurs conservateurs cofondée par le vice-président J. D. Vance. Les infrastructures privées de la communication et les intérêts d'un État étranger se sont ainsi trouvés alignés sur le même camp, dans un pays dont l'exécutif avait fait de la « souveraineté numérique » un thème de campagne.

La régulation, par ailleurs, n'a rien d'un arbitrage neutre. Le Brésil disposait d'une juridiction électorale capable d'enjoindre à une entreprise, en quelques jours et sous astreinte quotidienne, de rétablir l'égalité de distribution entre deux candidatures ; ce même tribunal a cependant suspendu deux fois le canal du camp de Lula, sous l'impulsion d'un président nommé par Jair Bolsonaro, et les règles brésiliennes de responsabilité des plateformes font l'objet, depuis leur adoption, d'une campagne d'opposition menée par les entreprises du secteur. Surtout, la victoire électorale ne modifie en rien les propriétés du terrain : l'économie de l'attention continue d'avantager les discours simplificateurs et anxiogènes, et un succès obtenu en trois semaines ne crée aucune garantie pour le scrutin suivant.

Ce que la gauche européenne peut en retenir

Avant d'en tirer des leçons, il convient de reconnaître que dans ce cas aussi comparaison n'est pas raison. Le vote est obligatoire au Brésil pour les électeurs de dix-huit à soixante-neuf ans, de sorte que la réduction de l'abstention y mobilise des ressorts, notamment l'amende et la régularisation administrative, qui n'existent pas en Europe.

La place de WhatsApp dans la vie quotidienne brésilienne n'a pas davantage d'équivalent exact, même si l'application occupe une position comparable en Espagne, en Italie ou en Allemagne, et si l'usage politique des messageries privées progresse partout. Enfin, le Brésil disposait d'un candidat sortant dont la notoriété et la capacité d'incarnation sont sans commune mesure avec celles des dirigeants de la gauche européenne.

Une organisation distribuée

En revanche, cette campagne a mis en œuvre une forme d'organisation qui peut servir de modèle à la gauche européenne, et qui tient en un renversement du rapport entre l'appareil et ses sympathisants. La campagne de Lula a distribué des tâches et des modèles prêts à l'emploi à des millions de comptes ordinaires, auxquels revenaient la production et la diffusion, au lieu de leur faire consommer un contenu conçu ailleurs.

Cette leçon vaut d'autant plus en Europe que la publicité politique payante y a pratiquement disparu des grandes plateformes : depuis l'entrée en application, en octobre 2025, du règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité à caractère politique, Meta et Google ont annoncé qu'ils cessaient d'accepter ce type d'annonces dans l'Union. La distribution organique et les messageries privées constituent ainsi désormais le canal décisif, et une organisation incapable de faire produire et distribuer par sa base se trouve, de ce fait, privée de canal, que les budgets de communication ne suffisent pas à remplacer.

L'avance insoumise et son public

La France insoumise a engagé cette transformation avant les autres formations européennes. « On a décidé que tous les insoumis deviendraient des émetteurs », résumait Jean-Luc Mélenchon le 5 octobre devant les étudiants d'HEC, en énumérant les boucles WhatsApp et les comptes YouTube, TikTok, Facebook et Instagram du mouvement, dont les treize principaux atteindraient, selon ses propres calculs, 94 millions de personnes. Le chiffre est invérifiable, mais le dispositif est documenté : une publication maison, l'Insoumission, la retransmission en direct de toutes les prises de parole du candidat, et une émission régulière, « #AlloMelenchon », , calquée sur l'« Aló Presidente » d'Hugo Chávez.

L'habitude est ancienne : analysant plus d'un million de tweets de députés entre 2017 et 2019, Camille Beaurepaire et ses coauteurs observaient déjà chez les insoumis une coordination mettant « les ressources collectives au service des députés LFI les moins médiatiques », quand les groupes de droite concentraient au contraire la visibilité sur leurs figures de proue.

L'analyse des mesures d'audience des sites de partis que j'ai effectué en septembre, portant sur l'été 2026, indiquent que le public de la gauche ne s'y comporte pas comme celui de l'extrême droite. Deux tiers du trafic de recherche vers les sites insoumis viennent de requêtes non marquées, d'internautes qui cherchent un sujet et non un nom, quand cette part tombe sous les 20 % au Rassemblement national, à Reconquête et chez Les Républicains, dont les visiteurs tapent des mots clés liés à la "marque".

Plus d'un quart du trafic de référence vers le site de La France insoumise provient d'actionpopulaire.fr, sa plateforme de mobilisation, et le site de campagne de Mélenchon voit ses pages par visite passer de 3,56 à 5,23. Cette audience vient donc consulter un programme et chercher quelque chose à faire, quand celle du Rassemblement national relève de la notoriété et du trafic direct.

Les générations et la cible

La dimension générationnelle du cas brésilien porte une seconde leçon. La mobilisation est née hors du parti, chez des étudiants, et la direction du Parti des travailleurs l'a rejointe sans tenter de la reprendre en main, ce qui a préservé sa dynamique propre et produit des élus de vingt ans. Dans le même temps, le dispositif créait des groupes dédiés aux retraités, population que la gauche européenne abandonne volontiers à ses adversaires en considérant la campagne numérique comme une affaire de jeunes.

S'y ajoute une doctrine de ciblage qui consiste à viser les abstentionnistes et les indécis, et à renoncer à l'exhibition des scandales de l'adversaire, qui ne fait que consolider sa base. En France, où l'abstention atteint des niveaux records parmi les électeurs jeunes et dans les quartiers populaires, le choix de la cible se trouve au cœur de la question stratégique, bien avant celui du ton.

Encore faut-il savoir ce qu'un dispositif en ligne peut atteindre. Comparant l'Allemagne, l'Espagne et la France lors des européennes de 2024, Tristan Haute et Marie Neihouser montrent que les usages politiques des réseaux en campagne restent minoritaires, 40,4 % des Français, et que 5,7 % seulement sont actifs sur quatre plateformes ou plus. Chez les « actifs multiplateformes », l'abstention tombe à 24 % et La France insoumise atteint 17,9 % ; chez les « déconnectés », l'abstention monte à 49,4 % et les insoumis sont à 3 %. Un dispositif numérique touche donc d'abord ceux qui votent déjà, ce qui donne sa raison d'être au troisième volet brésilien, celui des groupes de retraités et du porte-à-porte.

L'écosystème insoumis tente aussi de viser ce double objectif : les conférences réservées aux « médias numériques », inaugurées en mars 2026, excluent les rédactions de « l'officialité » et convient des influenceurs déjà acquis, dont deux figuraient sur des listes du mouvement aux municipales ; le boycott quasi total de CNews et partiel de BFMTV, la désignation des journalistes comme une « caste » de « vieux croûtons » ou de « menteurs », relèvent d'une logique de consolidation du bloc existant.

Cette défiance est évidemment fondée et elle épouse celle d'une large fraction de l'opinion, que mesure chaque année le baromètre de La Croix ; Mélenchon n'en a pas moins officialisé sa candidature au journal de 20 heures de TF1 avant un long entretien chez Brut, séquence qui aurait touché 25 millions de personnes selon son décompte.

La transposition française

La stratégie numérique de la LFI n'est pas nouvelle. Anaïs Theviot a déjà montré comment cette organisation politique a déjà utilisé les réseaux sociaux et les plateformes participatives lors des campagnes de 2017 et 2022 pour pousser les militants insoumis à « faire gagner leur candidat, agir sur le terrain et non débattre du programme ».

Mais la victoire de Lula donne une nouvelle impulsion. Le 27 octobre, le député Antoine Léaument publie une note tirant les « enseignements du janonisme » ; le même jour, un groupe de soutien non officiel, les Soldats Insoumis, dépassait 15 000 membres sur WhatsApp, pendant que le mouvement lançait son propre canal.

Le lendemain une traduction en français des principes du Janonisme est diffusée. Deux des propositions qui circulent décalquent le dispositif brésilien : la « stratégie du drapeau », qui consiste à reprendre le tricolore et la Marseillaise, répond au maillot jaune de la Seleção, et le mot d'ordre « convainquez vos parents » reprend l'idée des groupes dédiés aux plus âgés.

Le contexte français offre par ailleurs une configuration comparable à celle du Brésil d'octobre. Depuis le 21 septembre, un mouvement lycéen né en Île-de-France s'est étendu au reste du pays, relayé par des manifestations étudiantes et contre la vie chère. Comme à Niterói, cette contestation n'a pas été produite par un appareil partisan : les Insoumis s'y sont greffés sans la commander.

C'est sur ce point que la leçon brésilienne devient opérationnelle. La direction du Parti des travailleurs a rejoint une mobilisation qu'elle n'avait pas déclenchée et s'est gardée de la discipliner, ce qui a permis de convertir une dynamique de rue en participation électorale, chez des abstentionnistes comme chez des électeurs d'autres candidats.

Le prix du Janonisme

La question du répertoire, enfin, est aussi celle du coût. Le style d'André Janones, son imaginaire militaire, ses attaques personnelles assumées et le contentieux judiciaire comme privé qu'il traîne ne constituent pas un modèle importable, et une partie de la gauche brésilienne ne s'y est ralliée que faute d'alternative efficace.

Arthur Borriello a tiré le bilan du « moment populiste » européen des années 2010 en termes gramsciens : ces organisations souples et verticales étaient taillées pour la guerre de mouvement, celle qui enlève des avant-postes dans une conjoncture favorable, et inadaptées à la guerre de position qui suit. En pariant sur l'immédiateté, écrivent-ils, elles se sont privées de ce qui avait fait la force de la gauche européenne au siècle précédent, la construction patiente de coopératives, de syndicats et de comités de quartier — et trois semaines d'armée WhatsApp relèvent bien du premier registre.

Enfin, comme le montre Anaïs Theviot dans le travail cité plus haut, certains militants disposant d'un capital politique élevé peuvent resister à la discipline du parti, en être critiques et même amenés à investir d'autres espaces en ligne, moins contrôlés.

L'autre condition que le cas brésilien rend visible est matérielle : le dispositif numérique a fonctionné parce qu'il avait quelque chose à distribuer, des programmes de transfert existants, une menace documentable sur les droits sociaux, un bilan à défendre. Au moment où l'extrême droite européenne dispose d'une avance largement documentée sur TikTok et dans les messageries, la gauche n'a d'autre point d'appui que son propre contenu programmatique.

Le Brésil a montré qu'un terrain conçu contre la gauche pouvait être reconquis, et à quelles conditions : une organisation distribuée, un programme conséquent à défendre, une mobilisation de rue et un effort de campagne hors de proportion avec ce que fournit un appareil partisan ordinaire. Ces conditions réunies, l'arbitre de la distribution demeurait une entreprise privée que nulle obligation de transparence ne contraint, et dont les défaillances ont été reconnues par son propre conseil de surveillance. Tant que cette asymétrie ne sera pas corrigée par la contrainte publique, une victoire de ce genre devra être arrachée de nouveau à chaque scrutin, autant dire indéfiniment.

Cet article a été publié le 27 octobre 2026 sur le blog de l'auteur. Nous le republions dans le cadre d'un accord, il n'est donc pas reproductible selon la licence appliquée à l'ensemble de notre site (CC BY-NC-ND 3.0).

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7 articles

Et si vous louiez votre prochain appareil électronique ?

J’ai fait récemment deux découvertes étonnantes sur le réseau social du groupe bancaire dans lequel je travaille.

  1. Il existe un groupe de veille sur l’open source et les alternatives aux Gafam ;
  2. Ce groupe a récemment mis en ligne une conférence de découverte des distributions alternatives pour ordiphone, des ordiphones « différents », et enfin d’une autre manière de se procurer un ordiphone (entre autres).

Cette manière différente est de le louer à la SCIC Commown.

J’avoue que me serais plus attendu à faire cette découverte sur Linuxfr qu’au boulot… Quelques détails complémentaires dans la dépêche !

Comment ça marche ?

C’est très simple : le site de Commown propose divers matériels dégafamisés (ordiphones, pc portables ou fixes, casques audio) à louer selon différentes modalités.

Une fois le dépôt de garantie réglé, l’ordiphone vous est envoyé, à vous de régler les mensualités. Commown s’occupe de toute panne logiciel ou matérielle, en renvoyant un autre appareil au besoin.

Pourquoi ça donne envie ?

  • Parce que l’offre est bien travaillée, avec notamment une dégressivité marquée de 6 % des mensualités chaque année, avec un plancher à 60 % de la mensualité d’origine, et un matériel dégafamisé.

  • Parce que la démarche est vraiment très poussée et ne ressemble pas à un greenwashing quelconque. J’aime beaucoup par exemple l’incitation à ne pas forcément devenir client de suite tant qu’un changement d’appareil n'est pas nécessaire, mais
    à souscrire à un « bon de consom’action » donnant droit à une réduction dans le futur tout en asseyant la solidité financière de la coopérative.

Prêt à sauter le pas ?

Je réfléchirai sérieusement à souscrire à une de leur offre quand je serai venu à bout de mon Fairphone 3+ sous /e/OS, à moins que je ne souscrive un bon.

Et vous, que pensez-vous de ce type d’offre ?

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Test et découverte de Flus, un service de veille complet basé sur les flux RSS

Test et découverte de Flus, un service de veille complet basé sur les flux RSS

(Je mets ici la vidéo Youtube parce que ça aidera le média et la chaîne d'avoir des vues sur ce canal, surtout au début, mais vous pouvez aussi accéder à la même vidéo sur Peertube 😇 Lire notre politique médias sociaux)

Dans cet article, je vous propose de découvrir Flus, un outil de veille complet qui englobe un agrégateur de flux RSS, un readitlater et un outil de partage. Depuis ses débuts, Flus propose de faire sa veille avec des partis pris d'ergonomie, de design et même de modèle économique que je trouve super intéressants.

J'ai profité de la sortie de la version 3 de Flus pour le réexplorer, et je vous partage mon test complet, en vidéo et en article.

L'onboarding et l'importation de ses flux

Quand on crée son compte Flus, on démarre par un onboarding, composé de plusieurs écrans qui nous expliquent les principales fonctionnalités. C'est assez bienvenu pour les néophytes.

C'est à cette étape que Flus propose une première possibilité d'importer ses flux sous un fichier OPML. Il faut savoir que l'écosystème des agrégateurs RSS est l'un des rares à fonctionner sans techniques d'enfermement. En effet, tous les agrégateurs proposent d'exporter et d'importer ses flux sous un format commun : l'OPML.

Cette interopérabilité est remarquable, et elle donne une énorme liberté aux utilisatrices et utilisateurs. D'autant qu'affiner sa stratégie de veille (avec des flux RSS toujours mieux choisis et catégorisés, combinant des sites très connus mais aussi des petits blogs de niche, des chaînes YouTube/Peertube, des podcasts indés) sur de nombreuses années finit par avoir beaucoup de valeur. À l'inverse, si vous organisez votre veille sur X ou Instagram en suivant des comptes, bon courage pour les emmener avec vous si vous décidez un jour de fermer votre compte.

Le journal, point d'entrée des articles

Test et découverte de Flus, un service de veille complet basé sur les flux RSS

Flus met en avant le journal, composé de liens. L'approche ergonomique, me semble-t-il, c'est de ne pas se faire submerger par le flux d'information. Sur Flus, pas de scroll infini, pas de centaines d'articles à lire, et plein de petites fonctionnalités bien pensées, sur lesquelles je reviendrai. Cette approche est très agréable, à vrai dire, et très différente de mon système actuel où je lutte sans cesse contre la peur de rater un article.

Ces liens, on peut les marquer comme lus, à lire plus tard, ou encore les ranger dans une collection (qui peut être privée ou partagée publiquement, j'en reparle dans un instant). Lorsqu'ils sont marqués comme à lire, les liens basculent dans la page « À lire ». Flus intègre donc nativement des fonctionnalités de readitlater et constitue une alternative sérieuse à un outil comme Wallabag.

Les dossiers sont des fils dans Flus

Test et découverte de Flus, un service de veille complet basé sur les flux RSS

J'organise ma veille avec des dossiers comme Actu FOSS, Actu Tech, Tech. Flus appelle ces dossiers des fils, là où d'autres agrégateurs parlent de catégories. Peu importe tant qu'on se comprend.

Toujours pour lutter contre le trop-plein de liens dans le journal, Flus propose de choisir, source par source, quels liens recevoir dans le journal. Plusieurs choix sont possibles : recevoir tous les liens, ceux des 7 derniers jours, des dernières 24 heures ou aucun lien. Ici, dans le cas de Next (qui publie en moyenne 9 articles par jour), Flus conseille de ne pas afficher les liens dans le journal. Et donc d'y accéder par les fils, en l'occurrence le fil Actu tech chez moi. Ici, à chacun·e de voir selon son organisation de veille.

Un parti pris : pas de lecteur intégré

Quand je clique sur un lien, on est dirigé sur le site de l'article. C'est un des partis pris de Flus : il n'y a pas (pour l'instant) de lecteur intégré. En ce sens, c'est plus un agrégateur (et un outil de veille complet) qu'un lecteur, puisqu'on a la liste de nos liens et chaque lien renvoie vers le site en question.

Ça plaira à certaines et certains, moins à d'autres, selon les habitudes de veille de chacun·e. Je trouve que cette approche a beaucoup de sens pour certains sites et médias dont le flux RSS n'est pas accessible en entier. Encore davantage pour les blogs, qui sont souvent de beaux sites, et pour lesquels c'est dommage de ne voir que le contenu des articles. On rate la navigation, les pages annexes, tout ce qui fait la richesse d'un blog. En revanche, pour des médias où le fond prime sur la forme, je préfère pour ma part l'efficacité du lecteur intégré. Cela retire les fioritures en affichant uniquement le texte et l'image dans une ergonomie unifiée (et sans pub, sans bannière de cookie...), la même pour tous les sites : c'est également très efficace et reposant.

Les collections et le partage de veille

Pour conserver et classer ses articles, Flus propose de créer des collections. Ces collections peuvent être privées ou partagées publiquement (en lecture et même en écriture avec un lien dédié). Il est possible de personnaliser la collection avec une image, une raison d'être, des thématiques. Pour chaque lien partagé dans la collection, il est possible d'ajouter des notes. Cette fonctionnalité est vraiment très sympa et bien intégrée. Pour le coup, c'est une alternative très sérieuse à ce que propose un outil plus minimaliste comme Shaarli, qui propulse ma propre veille partagée. D'autant que vous l'aurez compris, tout est intégré dans le même outil.

Voici deux beaux exemples de collections. À gauche, vous avez une collection de Maïtané, à droite, une autre de Thierry.

En bonus : des extensions et des paramétrages

Flus propose des extensions pour Firefox et Chrome. Si vous avez un autre navigateur, vous pouvez ajouter un petit « Ajouter à Flux » dans votre barre. Pas encore d'application smartphone, mais la version web est très responsive et peut fonctionner comme une application mobile. Côté préférences, j'ai bien noté la possibilité de configurer directement le partage vers Mastodon. On aime !

Modèle économique et tarifaire

Derrière Flus, il y a Marien, un développeur de logiciels libres qui a décidé de passer une partie de son temps sur ce projet et d'essayer d'en vivre. C'est ce que je fais moi aussi sur mes projets de création de contenus, et donc je sais bien ce que ça implique.

Flus fonctionne sur un système d'abonnement annuel, et pour son modèle tarifaire, Marien a privilégié une logique de prix libre avec des tarifs recommandés : le tarif solidaire à 15 € (pour celles et ceux qui ne sont pas prêts à dépenser plus mais souhaitent soutenir le projet), le tarif équilibre à 30 € (ce qui lui semble juste par rapport à ses coûts), et le tarif soutien (ce qu'il faudrait que tous les adhérents payent pour qu'il atteigne son objectif financier). Une offre pro arrive en 2027.

En plus de ce modèle tarifaire très inspirant, je dois dire que la transparence autour du projet est remarquable. Marien publie ses bilans depuis 2020 et c'est très intéressant à suivre. Flus est une très belle aventure entrepreneuriale, et même sur cette dimension économique, il s'agit bien d'une réelle alternative numérique !

Conclusion

Flus, c'est le combo d'un agrégateur de flux RSS, d'un readitlater, et d'un outil de partage de veille. Et c'est très fort d'arriver à faire tout ça de manière ergonomique. Je trouve personnellement que le résultat est très réussi, Flus est efficace ET beau à utiliser.

Je suis ravi d'avoir fait ce test, et je vais continuer à jouer avec Flus pendant mon mois d'essai. Je dois reconnaître que j'étais parti avec l'a priori que Flus n'était pas adapté à mon process de veille, mais je n'en suis plus si sûr. Bien sûr, il faudrait changer quelques habitudes (n'oublions pas qu'un outil n'est rien sans l'organisation qu'on met autour), mais certains partis pris de Flus m'ont réellement séduit et la dimension tout-en-un constitue un très gros avantage.

Si vous aussi, vous cherchiez depuis longtemps un outil de veille à la fois simple et complet, foncez tester Flus (gratuitement pendant un mois). Et si vous cherchez des flux pour commencer, voici mon propre fichier OPML avec toutes mes sources.

Je vous souhaite de bonnes lectures via la magie des flux RSS !

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The internet should not demand constant self-defence: Fairness starts before the click

A fair digital environment cannot – and should not – depend on everyone being permanently alert. Fairness must be built into the environment itself, not left to the skills of the people using it. In practice, that means rules, not appeals: cancelling must be as easy as subscribing, protection must be the default rather than a setting, and a system that detects a moment of weakness must not be allowed to act on it.

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What the new Convention on Decent Work in the Platform Economy means for workers – and what’s next for implementation

In June 2026, the International Labour Organisation (ILO) adopted a new Convention on Decent Work in the Platform Economy. Following in the footsteps of the EU’s Platform Work Directive, this Convention extends data protection rights for platform workers and contains innovative provisions to protect against the adverse effects of automated decision-making globally. But this is only the beginning. In this article, EDRi member Privacy International explores what’s next for ratification, implementation and the future of regulating worker surveillance in the EU and around the world.

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Draconian access block orders in Turkey

Court orders to block access to X accounts in Turkey reached an unprecedented number in September 2026. In this blog, EDRi-member Alternatif Bilisim detail the crackdown on civil rights defenders and independent media in the country, and call on public authorities to reconsider block orders and protect fundamental rights.

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Surveillance in times of insecurity: a wicked and stupid strategy

Sweden has been grappling with crime-related challenges in the past years. The difficulty to address violent crimes in cities notably has triggered extensive legislative reforms to increase surveillance and repression, including that of children. Tougher criminal penalties, widespread videosurveillance, mass electronic monitoring and government hacking are just a few examples illustrating the Swedish government’s attempt to counter public safety threats.

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4 articles

Non #Parcoursup n’est pas « juste » une plateforme de mise en relation.

Oui je vais encore vous parler de Parcoursup. Parce que j’entends une litanie lourde et lancinante. Et je l’entends aussi bien dans la bouche de celles et ceux qui « défendent » Parcoursup que de celles et ceux qui « condamnent » Parcoursup. Cette litanie dit que Parcoursup ne serait qu’une plateforme de « mise en relation » entre une offre et une demande (version libérale), entre des lycéens et des universités (version social-démocrate).

Ce cadrage (car c’en est un) est mensonger à tous les niveaux. Dire que Parcoursup n’est « que cela » ou que c’est « avant tout cela » c’est effacer de l’espace public la dimension politique de toute technologie et donc de toute plateforme. Et ce cadrage est aussi mortifère et mensonger que de renvoyer aux « algorithmes » qui seraient seuls la cause de tous les maux et de tous les torts, et qui, en tant qu’entités mathématiques, sont naturellement exempts de toute responsabilité car exempts de toute intentionnalité.

Sauf que. Oui Parcoursup utilise des algorithmes. D’abord celui, précisément, de mise en relation dont le petit nom est Gale-Shapley. Ensuite ceux de refus de candidature sur la base – par exemple – d’une moyenne générale inférieure à 11 ou 12 ou de notes dans telle ou telle matière là aussi inférieures à tel ou tel seuil. Enfin les « algorithmes locaux » c’est à dire le travail des enseignantes et enseignants qui analysent les dossier et peuvent choisir de pondérer tel ou tel critère, telle ou telle note, tel ou tel élément. Je vous avais par exemple raconté ce que nous pratiquions dans la composante (IUT) où je travaille. Donc oui il y a bien des algorithmes dans Parcoursup mais comme l’écrivait Antonio Casilli en préface à mon ouvrage « L’appétit des géants » (je souligne) :

« L’algorithme n’existe pas, parce qu’il n’est que le prétexte pour un ensemble de décisions directes des acteurs des plateformes ciblant les communautés des usagers. Dissimulés derrière un apparat de bases de données et de modèles mathématiques, on retrouve le choix humain effectué par les concepteurs des interfaces, la règle de fonctionnement établie par les ingénieurs, la norme implémentée par les services de sécurité, et le référentiel de tarifs adopté par les commerciaux de chaque plateforme.
Force est d’admettre que la croyance collective de nos contemporains en un processus automatique objectif, efficace, exact, à la fois intelligible et imperscrutable, n’est qu’une superstition. Cet ouvrage est alors un rappel utile des problèmes qui surgissent quand on considère « l’algorithme » comme un être surpuissant et transcendant la décision humaine. Et son auteur de montrer que les dévotions envers cette entité abstraite ne sont que des rituels de reconnaissance des pouvoirs ô combien tangibles de ses propriétaires. Les instances publiques et privées qui se servent aujourd’hui de prétextes algorithmiques pour gouverner les conduites humaines participent de cette énorme imposture. Il n’y a pas d’algorithme, il n’y a que la décision de quelqu’un d’autre.« 

 

Donc trois niveaux d’algorithmes et trois niveaux de responsabilité. D’abord celle du ministère qui fait le choix de maintenir une absence de hiérarchisation des voeux (pourtant non seulement permise mais nécessaire à l’optimisation de Gale-Shapley). Ensuite celle des équipes pédagogiques (baptisées les « commissions d’examen des voeux ») qui décident à la fois de règles générales en amont de la lecture des dossiers lycéens, et d’autres règles au moment de cette lecture individuelle des dossiers (pour les formations qui en font encore une lecture individuelle et qui tendant à être de moins en moins nombreuses puisque précisément la non-hiérarchisation des voeux et le manque de places implique une explosion du nombre de dossiers reçus). Donc oui, si Parcoursup dysfonctionne et est sujet de débat, côté « algorithmes » c’est en effet la faute et la responsabilité première du ministère. Punto et Basta.

Revenons maintenant à l’argument selon lequel « c’est juste une plateforme de mise en relation.«  Là encore c’est totalement faux. Pour vous donner un équivalent, ce serait comme de considérer que LinkedIn, ou Facebook, ou Instagram, ou toutes les plateformes de réseaux sociaux sont « juste » des plateformes de mise en relation. Non, non, non et non. Ces réseaux devenus médias sociaux disposent certes, de fonctions de mise en relation, mais ce qui s’y joue, précisément dans l’enjeu des mises en relation, c’est tout sauf uniquement des appariements et des mariages de circonstance optimisés. Ce qui s’y joue c’est la mobilisation d’un périmètre de sociabilité complet, à la fois (et selon les spécificités de chaque réseau) dans sa dimension affective, relationnelle, professionnelle, etc. Périmètre de sociabilité qui active nécessairement le capital social, culturel, symbolique de chaque individu s’y trouvant ou s’y retrouvant.

Parcoursup n’a rien à voir avec le site des impôts ou de la CAF dans lequel le dépôt d’éléments de preuve (nos revenus, nos quittances de loyer, etc) mobilisent un futur qui est explicitement et surtout politiquement arbitré en dehors de ces sites eux-mêmes.

Dire que Parcoursup c’est « juste une plateforme de mise en relation » c’est oublier ce qui précisément, fait la nature d’une ‘ »plateforme » et que là encore, Antonio Casilli rappelait en relisant Tarleton Gillespie.

« une plateforme est une entité politique, et non pas une simple métaphore – elle illustre les dimensions collectives et la nature consensuelle des négociations qui ont lieu dans son périmètre.« 

 

A l’échelle des lycéennes et lycéens qui s’y retrouvent, et des familles qui les accompagnent, Parcoursup c’est d’abord tout cela. C’est d’abord une plateforme qui active tout un périmètre de sociabilité. Vous n’avez par exemple qu’à voir les échanges en amont sur le choix des voeux et sous-voeux et surtout, dès les premiers résultats, les échanges autour de « son » classement et de « sa » place dans telle ou telle liste d’attente.

 

C’est une plateforme qui est traversée de leur capital social et culturel. Et c’est une plateforme qui est un rite projectif de passage non à l’âge adulte en tant que tel, mais dans des sociabilités nouvelles impliquant, comme tout rite de passage, d’abord une séparation d’avec son groupe actuel, puis l’inscription dans une marge ou une liminarité qui est l’épreuve elle-même (ici, de l’attente des résultats et de leur découverte), et enfin l’espoir d’une intégration possible dans un nouveau groupe d’appartenance qui reste entièrement aveugle au moment du rituel lui-même.

Parcoursup c’est donc presque tout sauf « juste une plateforme de mise en relation ». Parcoursup c’est une entité politique qui « illustre les dimensions collectives et la nature consensuelle des négociations qui ont lieu dans son périmètre. »

Ce que veulent toutes celles et ceux qui réclament l’abolition de Parcoursup ce n’est donc pas « juste la fermeture d’une plateforme de mise en relation. »

Ce que veulent toutes celles et ceux qui réclament l’abolition de Parcoursup c’est un droit de délibération sur ces négociations, et un droit qui soit un droit collectif. Et qui passe par l’interrogation sur le manque de places à l’université, sur les filières légitimes et celles qui le seraient moins, sur les évaluations normatives qui seront ou non prises en compte, sur l’apaisement qui est nécessaire pour les années qui vont précéder et construire ces choix, sur la possibilité d’être accompagné par des spécialistes de l’orientation qui ne soient pas que des cabinets privés ou des professeurs principaux débordés (les nombre de CIO a drastiquement chuté depuis 10 ans, les conseillers d’orientation sont devenus des conseillers d’orientation psychologues et leur nombre … a aussi considérablement chuté).

En attendant donc d’y parvenir … oui il faut abolir Parcoursup avant qu’elle ne devienne une plateforme purement disciplinaire.

[mise à jour du soir] Je vous invite à aller lire l’analyse en tous points remarquable de Vincent Pinte Deregnaucourt : « Nash, Gale-Shapley dynamique et les Politiques et lycéens les plus cons du monde. » Même si je ne partage en rien sa conclusion, c’est tout à fait éclairant pour comprendre, du point de vue de l’analyse logique et mathématique le fonctionnement de Gale-Shapley, mais cela permet aussi d’entrevoir des solutions concrètes sur ce point particulier, qui n’efface pas pour autant l’analyse plus politique et sociologique que je vous propose de mon côté.

[Autre mise à jour du lendemain soir] Un autre article très intéressant et documenté : « Haro sur Parcoursup. » Et un autre article du même auteur qui discute du fait que Parcoursup n’est pas exactement du Gale-Shapley.

 

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Animer en Éducation à la Citoyenneté et à la Solidarité Internationale (ECSI)

Le réseau ritimo et la fédération Artisans du monde se sont associé·es depuis plusieurs années maintenant afin de répondre aux besoins de professionnalisation en Éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale (ECSI) du secteur associatif.

Pendant cinq jours (28 heures de formation), les participant·es seront amené·es à s'approprier les fondamentaux de l'éducation populaire et de l'ECSI, questionner leurs pratiques, s'interroger sur les concepts éducatifs et travailler sur la conception d'un projet d'animation.

Modalités pédagogiques

Programme et modalités pédagogiques de la formation à venir.

Informations pratiques

  • Dates : du lundi 23 août 2027, 14h au vendredi 27 août 2027, 13h
  • Durée de la formation : 28h
  • Modalités de formation : présentiel
  • Nombre de stagiaires minimum : 8 personnes.
  • Nombre de stagiaires maximum : 20 personnes.
  • Lieu : Rambouillet (Ile de France)
  • Date limite d'inscription : vendredi 9 juillet 2027

Pour les personnes bénéficiaires de la formation professionnelle, il est recommandé de s'inscrire au plus tard un mois avant la formation pour que nous puissions vous faire parvenir devis et convention. Les devis ne sont réalisés qu'après remplissage du questionnaire en ligne et vérification des pré-requis.

Accessibilité
En attente de l'attestation PMR du lieu de formation.
Si vous avez d'autres besoins d'aménagements pédagogiques spécifiques, vous pouvez écrire au contact indiqué dans la fiche de présentation (à venir).

Tarifs

  • 150 euros - tarif solidaire
  • 200 euros - bénévoles des associations organisatrices
  • 275 euros - bénévoles d'autres associations
  • 1600 euros - bénéficiaires de la formation professionnelle (salarié·es, étudiant·es en apprentissage)

NB : Pour faciliter l'interconnaissance et l'échange de pratiques, la formation se déroule en « pension complète » pour tou·tes les stagiaires. L'hébergement en chambres collectives et la restauration sont pris en charge par l'organisme de formation. Les repas et nuitées réservé·es mais non utilisé·es par les stagiaires seront facturé·es à leur organisation.

Inscription

Pour vous inscrire, il suffit de remplir ce questionnaire en ligne

La demande d'inscription sera confirmée par courriel dans les jours suivant sa réception, en fonction des places disponibles, et après vérification des pré-requis.

Contact : e.girault(at)artisansdumonde.org

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Le Capitole du Libre, la conférence sur le libre à Toulouse depuis 2011 - Podcast Projets Libres

Les 14 et 15 novembre prochain aura lieu le Capitole du Libre, la grande conférence autour du libre à Toulouse, qui existe depuis 2011.

Logo Capitole du Libre

Dans cet épisode, avec Lionel Porcheron et Guillaume Gasnier, nous retraçons l'histoire du Capitole du Libre, de ses débuts en tant qu'Ubuntu Party jusqu'à l'organisation telle que nous la connaissons de nos jours.

Logo Podcast Projets Libres

Nous parlons :

  • de l'association Toulibre
  • de sa pérennité et son financement
  • de ses inspirations
  • de ses transformations successives : d'un évènement local à une conférence nationale
  • des impacts d'évènements extérieurs tels que le COVID et des attentats de 2015
  • de ce que l'on peut attendre pour l'édition 2026 !

Venez nous rejoindre au Capitole du Libre dans quelques semaines, l'équipe de Projets Libres y sera !

Comme d'habitude, une transcription complète est disponible (merci Guillaume Gasnier pour son travail de relecture et amélioration).

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4 articles

Pourquoi l'Amérique du Sud et centrale est essentielle à l'impunité diplomatique d'Israël

Le 10 août, trois jours seulement après son entrée en fonction, le nouveau gouvernement colombien dirigé par le président Abelardo de la Espriella a officiellement reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan occupé. Cette annonce était d'autant plus frappante qu'elle intervenait le jour même où la Colombie était confrontée à l'un des plus importants séismes de son histoire récente, qui a fait plus de 300 morts et causé d'importants dégâts dans tout le pays.

Avant même son entrée en fonction, le futur gouvernement de Abelardo de la Espriella avait convenu avec Israël de rétablir pleinement les relations diplomatiques, de transférer l'ambassade de Colombie à Jérusalem, de reprendre les exportations de charbon et de se retirer de la plainte déposée par l'Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice (CIJ), accusant Israël de possible génocide, ainsi que du Groupe de La Haye [alliance internationale d'États créée en 2025 pour coordonner des actions juridiques, diplomatiques et économiques afin de faire respecter le droit international concernant le conflit israélo-palestinien]. Abelardo de la Espriella a également annoncé que la Colombie renoncerait à son projet d'ouvrir une ambassade en Palestine, et s'est engagé à « ne jamais cesser de défendre Israël, car c'est le peuple de Dieu ».

Ces mesures marquent un revirement diplomatique remarquable. Jusqu'à récemment, la Colombie incarnait l'un des exemples les plus évidents d'une tendance très différente en Amérique du Sud et centrale.

Pendant le génocide israélien à Gaza, plusieurs gouvernements de gauche et sociaux-démocrates ont vivement critiqué les politiques israéliennes, ont rappelé leurs ambassadeurs de Tel-Aviv, se sont joints à la plainte de l'Afrique du Sud devant la CIJ et ont fait pression sur la Cour pénale internationale (CPI) pour qu'elle accélère les enquêtes sur les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité présumés en Palestine. Certains ont également participé aux réunions du Groupe de La Haye, qui appelait à des mesures coordonnées visant à faire rendre des comptes en réponse aux violations systématiques du droit international par Israël.

Mais les récentes élections ont porté au pouvoir des dirigeants de droite, d'extrême droite et populistes dans un nombre croissant de pays, notamment l'Argentine, le Paraguay, la Bolivie, le Chili, le Pérou, l'Équateur, la Colombie et le Honduras. Une tradition diplomatique latino-américaine longtemps fondée, du moins formellement, sur le droit international s'oriente vers une politique plus transactionnelle : un alignement plus étroit sur Israël et l'adhésion à ses discours politiques en échange d'une coopération militaire et sécuritaire plus poussée, ainsi que de la perspective de relations plus solides avec Washington.

Des dirigeants tels que l'Argentin Javier Milei, le Colombien de la Espriella et le Paraguayen Santiago Peña ont ouvertement adopté un alignement politique étroit avec le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Le Paraguay, le Honduras et le Guatemala ont transféré leurs ambassades à Jérusalem, tandis que l'Argentine et la Colombie ont annoncé leur intention de faire de même, au mépris du consensus international reflété dans la résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Et aux Nations unies, l'Argentine, le Honduras, le Guatemala et l'Équateur se sont de plus en plus alignés sur Israël, les États-Unis et un petit groupe de soutiens diplomatiques traditionnels d'Israël, tels que Tuvalu et les Îles Marshall.

Pour Israël, le moment choisi pour ce revirement est crucial. Si les décideurs israéliens ont longtemps considéré la question palestinienne avant tout comme une bataille pour l'opinion publique internationale, cette bataille est devenue considérablement plus difficile à remporter, alors que le soutien de l'opinion publique à Israël s'effrite dans une grande partie de l'Europe et aux États-Unis.

Pourtant, alors que la destruction de Gaza et l'accélération de l'annexion de la Cisjordanie occupée ont suscité une condamnation internationale croissante et tendu les relations avec ses alliés traditionnels, il existe encore quelques groupes politiques qui restent déterminés à protéger Israël de toute obligation de rendre des comptes : les mouvements d'extrême droite, notamment les sionistes chrétiens et les figures populistes.

Conjugués au soutien politique bien ancré dont bénéficie Israël à Washington et aux gouvernements européens qui lui sont favorables, ces acteurs contribuent à empêcher que cette condamnation ne se transforme en un isolement diplomatique total. L'Amérique du Sud et centrale est aujourd'hui l'un des théâtres les plus évidents où l'on peut observer le déroulement de cette dynamique.

Des partenaires « sionistes fiers »

L'intérêt d'Israël à nouer des alliances avec l'extrême droite latino-américaine repose sur un objectif stratégique central : l'impunité.

Se souciant peu du droit international et des droits de l'homme, Israël s'oppose depuis longtemps à ce que son territoire soit limité aux frontières de 1967 et a contesté les mesures politiques européennes refusant un traitement préférentiel aux produits fabriqués dans les colonies israéliennes. Il a également privilégié des accords bilatéraux mettant l'accent sur la coopération économique et politique, tout en laissant de côté la question du statut juridique des territoires palestiniens occupés.

Les relations d'Israël avec les pays d'Amérique du Sud et centrale ont souvent reflété cette approche. Son accord de libre-échange de 2007 avec le MERCOSUR, le bloc commercial sud-américain créé en 1991, ne contenait aucune référence explicite aux frontières de 1967. La vague de reconnaissances de l'État palestinien par les pays d'Amérique du Sud et centrale entre 2010 et 2012 a changé la donne, plusieurs pays ayant clairement indiqué que leurs relations avec Israël se limitaient à ces frontières.

Ce principe a pris une importance renouvelée pendant le génocide de Gaza et alors qu'Israël s'engageait de plus en plus résolument dans la voie de l'annexion de la Cisjordanie occupée. Le Groupe de La Haye a été créé début 2025 afin de transformer les déclarations de soutien au droit international en mesures exécutoires, principalement en ce qui concerne la Palestine. La Colombie s'est imposée comme l'un de ses principaux participants en Amérique du Sud, tandis que les débats menés ailleurs dans la région, notamment au Chili, ont débouché sur des propositions visant à interdire l'importation de produits provenant des colonies israéliennes.

Conjugués aux débats parallèles menés en Europe, aux États-Unis et au Canada, ces développements laissaient entrevoir que la stratégie diplomatique traditionnelle d'Israël montrait des signes de faiblesse. Ses tactiques habituelles – coopération en matière de sécurité, culpabilité historique liée aux persécutions antisémites et invocation de « droits bibliques » – s'avéraient moins efficaces face aux preuves de plus en plus nombreuses de crimes de guerre majeurs commis à Gaza.

Dans le même temps, le gouvernement Netanyahou défendait ouvertement des positions que la diplomatie israélienne s'était longtemps efforcée de dissimuler, notamment le nettoyage ethnique de Gaza et le refus permanent de reconnaître l'État palestinien.

Mais si de tels arguments restent largement inacceptables en Europe, ils trouvent aujourd'hui un public plus réceptif parmi une nouvelle génération de dirigeants de droite et populistes d'Amérique du Sud, qui semblent prêts à approfondir leurs relations avec Israël, quel que soit son bilan en matière de droits de l'homme ou ses violations systématiques du droit international.

Ce changement est particulièrement visible au Chili, qui abrite l'une des plus grandes diasporas palestiniennes au monde, et dont le nouveau gouvernement a nommé Gabriel Zaliasnik au poste d'ambassadeur en Israël au début de cette année. Avocat de renom, ancien président de la communauté juive du Chili et défenseur déclaré des intérêts israéliens, Gabriel Zaliasnik s'est publiquement identifié comme un « sioniste fier » et a évoqué le renforcement des liens entre « le peuple chilien et le peuple juif » – renforçant ainsi l'idée qu'Israël est un État appartenant exclusivement au peuple juif plutôt qu'à tous ses citoyens à parts égales.

Les diplomates étrangers en poste à Tel-Aviv représentent leurs États auprès d'un pays composé à la fois de citoyens juifs et palestiniens ; ils ne sont pas des émissaires interconfessionnels auprès du « peuple juif ». De même, entretenir des relations diplomatiques avec Israël n'implique pas d'approuver le sionisme ni les lois et pratiques discriminatoires à l'égard des Palestiniens. Au contraire, ces pays restent liés par les conventions internationales interdisant la discrimination raciale.

La nomination de Gabriel Zaliasnik a été fermement soutenue par le président chilien José Antonio Kast [en place depuis le 11 mars 2026], dont l'ascension politique a elle-même marqué une rupture avec une grande partie de la tradition diplomatique récente du Chili. José Antonio Kast a défendu le défunt dictateur Augusto Pinochet, et son père était membre du parti nazi allemand. Son entourage en matière de politique étrangère comprend également des personnalités entretenant des liens institutionnels de longue date avec des organisations pro-israéliennes, comme le conseiller en politique étrangère de José Antonio Kast, Eitan Bloch, ancien conseiller politique de l'ambassadeur d'Israël au Chili et membre de l'American Jewish Committee.

Considérer Israël comme une exception risque de porter atteinte aux principes mêmes de citoyenneté, d'égalité et de non-discrimination qu'ils prétendent défendre ailleurs. Et la normalisation des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et de l'annexion affaiblit également un système international sur lequel les États d'Amérique du Sud et centrale se sont historiquement appuyés pour défendre leur propre souveraineté et leur intégrité territoriale.

Des Accords d'Abraham aux « Accords d'Isaac »

En avril 2026, Netanyahou et le président argentin Javier Milei ont lancé les « Accords d'Isaac », un nouveau cadre de coopération entre l'Argentine, Israël et ce que leur déclaration commune qualifie de « nations partageant les mêmes valeurs » dans l'hémisphère occidental. Cette initiative invoque explicitement les descendants d'Isaac et une « tradition judéo-chrétienne » commune.

Ces accords pourraient apporter à Israël ce qui lui faisait jusqu'alors défaut en Amérique du Sud et centrale : un cadre politique permettant d'approfondir la coopération avec Israël au-delà des relations bilatérales existantes. Cette initiative s'inspire des Accords d'Abraham conclus entre Israël et les Émirats arabes unis, le Maroc et Bahreïn. Ces accords ont démontré qu'Israël pouvait étendre ses liens régionaux et son intégration économique sans pour autant résoudre la question palestinienne.

Les accords « Isaac » et « Abraham » partagent donc une caractéristique structurelle importante : ils offrent à Israël une forme de normalisation diplomatique largement dissociée du respect du droit international. Bien qu'ils ne parviennent pas à faire rendre compte Israël de ses actes, les États membres de l'UE, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suisse, l'Australie et le Canada continuent d'insister sur le fait que le droit international fournit le cadre permettant d'aborder la question de l'occupation israélienne. Plus récemment, le Royaume-Uni, le Canada, la France et d'autres pays ont annoncé des sanctions à l'encontre des colonies israéliennes, mesures que l'Espagne, l'Irlande, la Belgique et les Pays-Bas avaient déjà prises.

En présentant Israël comme faisant partie d'une civilisation « judéo-chrétienne » commune [voir sur le « slogan » de civilisation « judéo-chrétienne » l'ouvrage de Sophie Bessis La civilisation judéo-chrétienne. Anatomie d'une imposture, Ed. Les liens qui libèrent, 2025], les accords d'Isaac vont d'ailleurs au-delà des accords d'Abraham en adoptant explicitement une idéologie religieuse. Un tel cadrage peut trouver un écho auprès de dirigeants tels que Milei et Kast ainsi qu'auprès des électeurs sionistes chrétiens, mais il est loin de faire l'objet d'un consensus en Amérique du Sud et centrale. Il s'accorde également mal avec l'inquiétude croissante des communautés chrétiennes face au traitement réservé par Israël aux chrétiens palestiniens.

L'idéologie n'explique toutefois qu'une partie de ce revirement. Certains dirigeants populistes d'Amérique du Sud et centrale semblent également estimer que des relations plus étroites avec Israël peuvent leur ouvrir la voie à une plus grande influence à Washington.

Mais il n'est pas certain que ce calcul serve réellement les intérêts de leurs pays. L'ancien ambassadeur chilien Jorge Heine a décrit ce danger de manière succincte dans une interview accordée à Responsible Statecraft : « Dès l'instant où vous vous alignez sur l'une des grandes puissances en concurrence, vous devenez un subordonné. Et vous êtes alors traité comme tel. »

L'expérience récente ne montre guère que l'alignement politique garantisse un traitement favorable de la part de Washington. L'Argentine, le Panama et le Chili ont tous subi des pressions états-uniennes concernant leurs relations économiques avec la Chine, malgré leurs efforts pour s'attirer les faveurs de l'administration Trump. Le Chili, par exemple, a été frappé en juillet par un droit de douane des Etats-Unis supplémentaire de 12,5% sur bon nombre de ses exportations.

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël – comme l'ont fait le Honduras, le Guatemala et le Paraguay en y installant leurs ambassades – marque également une rupture significative avec la tradition diplomatique d'après-guerre de l'Amérique du Sud et centrale. La région a généralement défendu le principe selon lequel un territoire ne peut être légalement acquis par la force. Même les conflits territoriaux les plus âpres, de la crise du canal Beagle entre l'Argentine et le Chili au conflit entre le Pérou et l'Équateur, ont finalement été résolus par la médiation, des mécanismes conventionnels et le recours au droit international plutôt que par une annexion unilatérale.

Pour certains gouvernements populistes, cependant, le respect de ces principes semble de plus en plus secondaire par rapport à d'autres préoccupations immédiates : l'accès, par l'intermédiaire d'Israël, à la cybersécurité et aux technologies militaires afin d'alimenter leurs propres mesures répressives internes.

Ces dernières années, cependant, des pays arabes, notamment le Qatar et l'Arabie saoudite, ont également développé leurs échanges commerciaux et leurs investissements à travers l'Amérique du Sud et centrale, en particulier dans les domaines de la logistique, des transports et des infrastructures. Les échanges bilatéraux entre l'Amérique du Sud et centrale et le Conseil de coopération du Golfe ont dépassé les 32 milliards de dollars en 2022, dont plus de 21 milliards provenaient des exportations latino-américaines vers le Golfe. À titre de comparaison, le volume total des échanges entre Israël et l'Amérique du Sud et centrale s'élevait à environ 6 milliards de dollars cette année-là.

Les liens de l'Amérique du Sud et centrale avec d'autres puissances du Moyen-Orient se sont également développés rapidement. À lui seul, le commerce de la Turquie avec l'Amérique du Sud et les Caraïbes a atteint 16,4 milliards de dollars en 2025, s'accompagnant d'une expansion diplomatique remarquable : Ankara a fait passer le nombre de ses missions dans la région de six en 2022 à vingt aujourd'hui, tandis que les liaisons aériennes directes et la représentation commerciale se sont développées parallèlement.

Il n'y a donc aucune justification économique évidente à subordonner la politique d'un pays au Moyen-Orient aux préférences israéliennes. Les États arabes possèdent un poids économique considérable, tandis que les importantes communautés arabes et palestiniennes d'Amérique du Sud et centrale revêtent une importance politique, commerciale et culturelle qui leur est propre.

Une stratégie à long terme ?

Alors qu'Israël renforce sa présence en Amérique du Sud, l'Autorité palestinienne (AP) semble dépourvue d'une stratégie régionale comparable. Les organisations de la société civile et les communautés palestiniennes peuvent se mobiliser contre les tentatives de normalisation des crimes de guerre israéliens, mais elles ne peuvent se substituer à une approche diplomatique palestinienne plus large à l'égard de l'Amérique du Sud.

Une telle stratégie nécessiterait une coordination beaucoup plus étroite avec les États arabes et musulmans, en particulier ceux qui développent déjà leurs échanges commerciaux et leurs investissements dans la région. À tout le moins, les dirigeants palestiniens pourraient nommer un envoyé spécial pour l'Amérique du Sud et collaborer avec les gouvernements arabes afin de mettre en place un groupe de travail diplomatique permanent dédié à cette région.

Cela impliquerait également de s'opposer aux gouvernements qui contribuent à normaliser l'annexion par Israël des territoires arabes occupés, notamment Jérusalem-Est et le plateau du Golan syrien. Les gouvernements arabes et musulmans sont en droit de se demander pourquoi des États tels que le Paraguay, la Colombie, le Guatemala et le Honduras devraient bénéficier d'une représentation diplomatique dans les capitales arabes et musulmanes sans en subir de conséquences politiques après avoir reconnu ou légitimé les revendications unilatérales d'Israël sur les territoires occupés.

La résistance nationale à un resserrement des relations avec Israël ne cesse de croître dans certaines régions d'Amérique latine, en particulier là où les gouvernements sont perçus comme normalisant des crimes de guerre. La vague actuelle de dirigeants de droite et populistes ne définira pas à jamais l'Amérique du Sud.

Il n'est pas non plus certain que ses efforts visant à normaliser le déni des droits des Palestiniens survivront aux futurs cycles électoraux. Le calendrier politique à venir pourrait s'avérer décisif : Israël doit organiser des élections le 27 octobre, suivies peu après par les élections de mi-mandat aux États-Unis en novembre. Ces deux événements pourraient redéfinir les coalitions politiques qui soutiennent la stratégie diplomatique actuelle d'Israël.

Les gouvernements d'Amérique du Sud et centrale pourraient alors devoir décider si les avantages à court terme d'un alignement l'emportent sur l'intérêt national à long terme consistant à préserver les règles internationales dont dépendent en fin de compte leur propre souveraineté et leur sécurité.

Cet article a été publié le 15 septembre 2026 sur le site israélien +972 et traduit par A l'Encontre.

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Au café libre - « Libre à vous ! » du 20 octobre 2026 - Podcasts et références

289ème émission Libre à vous ! de l’April. Podcast et programme :

  • sujet principal : Au café libre (actualités chaudes, ton relax) : échanges autour de l’actualité du logiciel libre et des libertés informatiques, avec Gee, Magali Garnero alias Bookynette et Maud Royer
  • la chronique Les humeurs de Gee sur « Mort à la pub »
  • la chronique Libérons notre quotidien, pas après pas, app après app d’Anne L’Hôte sur « Un coffre-fort pour la cybersécurité »

Rendez‑vous en direct chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur 93,1 FM en Île‑de‑France. L’émission est diffusée simultanément sur le site Web de la radio Cause Commune.

Vous pouvez laisser un message sur le répondeur de la radio, pour réagir à l’un des sujets de l’émission ou poser une question. Le 289éro du répondeur : +33 9 72 51 55 46.

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Lettre d'information XMPP de septembre 2026

N. D. T. — Ceci est une traduction de la lettre d’information publiée régulièrement par l’équipe de communication de la XSF, essayant de conserver les tournures de phrase et l’esprit de l’original. Elle est réalisée et publiée conjointement sur les sites XMPP.org et LinuxFr.org selon une procédure définie.

Bannière de la lettre d’information XMPP

Bienvenue dans la lettre d’information XMPP, ravi de vous retrouver ! Ce numéro couvre le mois de septembre 2026.

La lettre d’information XMPP vous est proposée par l'Équipe de communication de la XSF.

Comme tout autre projet accompli par la XSF, la lettre d’information est le résultat du travail volontaire de ses membres et des personnes y contribuant. Si vous êtes satisfait des services et logiciels que vous utilisez peut-être, n’hésitez pas à dire merci ou aider ces projets.

Vous souhaitez contribuer à l’équipe de communication de la XSF ? Lisez en bas de page.

    Sommaire

    Évènements XMPP

    Voir également la page des évènements XMPP.

    Vidéos et conférences XMPP

    Articles XMPP

    Nouvelles des logiciels XMPP

    Clients et Applications XMPP

    Serveurs XMPP

    • ejabberd a publié la version 26.09 de son serveur XMPP robuste, évolutif et extensible. Cette mise à jour de sécurité corrige une vulnérabilité permettant l’exécution de code à distance sans authentification, un déni de service BOSH et un problème d’accès cross-tenant dans les salons et les listes de contacts. Il est donc vivement recommandé d’effectuer la mise à jour. Elle ajoute également la prise en charge facultative d’un CAPTCHA hashcash XEP-0158 pour l’inscription in-band (NdR : c’est-à-dire directement depuis un client XMPP) et améliore la prise en charge des "vhost-admins". Consultez l'annonce de la version pour tous les détails.

    • MongooseIM a publié la version 6.9.0 de sa solution de messagerie instantanée d’entreprise. Vous trouverez tous les détails dans le journal des modifications.

    • Prosody IM a le plaisir d’annoncer la version 13.0.7, une nouvelle version mineure de la branche stable. Cette mise à jour est relativement modeste, mais plusieurs corrections de bogues sont importantes à leur manière. L’une d’elles, qui provoquait des problèmes sur les systèmes BSD, mérite particulièrement d’être signalée : il est vivement recommandé aux utilisateurs de BSD de mettre à jour leur version. Le profil TLS a également été modifié : sa source est désormais tlsref.org, qui héberge maintenant les recommandations de configuration précédemment publiées par Mozilla. Pour en savoir plus, consultez le journal des modifications !

    Bibliothèques et outils XMPP

    Annonces de la XSF

    Adhésions à la XSF

    Être membre élu de la fondation pour les standards XMPP témoigne d’un engagement en faveur des normes ouvertes et d’une participation professionnelle dans et avec la communauté XMPP. Votre adhésion contribue à faire de la XSF une organisation solide, ce qui est déjà précieux en soi. Elle vous confère également le droit de vote sur les questions techniques et administratives au sein de la XSF. La procédure de candidature est simple et gratuite, et votre adhésion peut aussi vous permettre de vous impliquer plus et plus facilement. Si vous souhaitez rejoindre la fondation pour les standards XMPP en tant que membre, veuillez répondre à notre 4ᵉ appel à candidatures trimestriel avant le 29 novembre 2026 à 00:00 UTC.

    Élections du Board et du Council 2026 de la XSF

    La fondation pour les standards XMPP (XSF) invite les personnes intéressées à se porter candidates au conseil d’administration et les membres à siéger au Conseil XMPP pour la période 2026/2027. Si vous souhaitez vous présenter au conseil d’administration ou au Conseil XMPP, veuillez ajouter une page wiki présentant votre candidature dans l’une ou les deux sections susmentionnées avant le 8 novembre 2026 à 00:00 UTC. Participez aux décisions de la fondation et aux spécifications publiées par la XSF. Remarque : les membres du Conseil XMPP doivent être membres élus de la XSF ; cette restriction ne s’applique toutefois pas au conseil d’administration.

    Extensions et spécifications

    La fondation pour les standards XMPP développe des extensions à XMPP dans sa série de XEP en plus des RFC XMPP. Des développeuses, développeurs et autres personnes expertes en normes du monde entier collaborent à ces extensions, élaborant de nouvelles spécifications pour les pratiques émergentes et affinant les méthodes existantes. Proposées par n’importe qui, celles qui remportent le plus de succès finissent par être classées comme finales ou actives, selon leur type, tandis que les autres sont soigneusement archivées comme différées. Ce cycle de vie est décrit dans la XEP-0001, qui contient les définitions formelles et canoniques des types, des états et des processus. Vous pouvez en savoir plus sur le processus de normalisation ici. La communication autour des normes et des extensions se fait via la liste de diffusion des normes (archives en ligne).

    Extensions proposées

    Le processus de développement d’une XEP commence par la rédaction d’une idée et sa soumission à l'éditeur XMPP. Dans un délai de deux semaines, le Conseil décide d’accepter ou non cette proposition en tant que XEP expérimentale.

    • SASL2 Terms of Service Acceptance Task
      • Cette spécification définit une tâche SASL2, au sens du mécanisme d’extensibilité de XEP-0388, qui permet à un serveur d’exiger d’un utilisateur qu’il accepte les conditions d’utilisation en vigueur avant de finaliser l’authentification.
    • Multistream XMPP
      • Les protocoles multi-flux, tels que QUIC et WebTransport, offrent des améliorations considérables des performances de XMPP, en particulier sur les réseaux restreints ou dégradés. Cette spécification définit pour XMLStream une possibilité de connexion via des transports multi-flux, notamment QUIC et WebTransport.

    Nouvelles extensions

    • Pas de nouvelle XEP ce mois-ci.

    Extensions déférées

    Si une XEP expérimentale n’est pas mise à jour pendant plus de douze mois, elle sera retirée de la catégorie Expérimentale pour être classée comme Déférée. Si une mise à jour intervient, la XEP sera replacée dans la catégorie Expérimentale.

    • Pas de XEP déférée ce mois-ci.

    Extensions mises à jour

    • Pas de XEP mise-à-jour ce mois-ci.

    Dernier appel

    Les derniers appels sont lancés une fois que tout le monde semble satisfait de l’état actuel d’une XEP. Une fois que le Conseil a décidé que la XEP semble prête, l'Éditeur XMPP émet un dernier appel pour recueillir des commentaires. Les commentaires recueillis lors du dernier appel peuvent aider à améliorer la XEP avant de le renvoyer au Conseil pour qu’il passe à l’état Stable.

    • Pas de dernier appel pour une XEP ce mois.

    Extensions stables

    • Pas de XEP passant à stable ce mois.

    Extensions dépréciées

    • Pas de XEP dépréciée ce mois.

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    • Pas de XEP rejetée ce mois.

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    Contributions et traductions de la lettre d’information

    Il s’agit d’un effort communautaire, et nous tenons à remercier les traductrices et traducteurs pour leur contribution.
    Les bénévoles et les nouvelles langues sont les bienvenues !
    Les traductions de la lettre d’information XMPP seront publiées ici (avec un certain retard) :

    Contributions à la lettre d’information de ce mois-ci : Adrien 'neox' Bourmault, cal0pteryx, emus, Gonzalo Raúl Nemmi, Ludovic Bocquet, XSF iTeam

    Contributions à la traduction :

    • Français : Adrien Bourmault (neox), anubis, seveso, impromptux, Blacknight
    • Italien : Mario Sabatino, Roberto Resoli

    Aidez-nous à créer la lettre d’information

    Cette lettre d’information XMPP est produite en collaboration avec la communauté XMPP. Chaque numéro mensuel est rédigé dans ce simple pad. À la fin de chaque mois, le contenu du pad est fusionné dans le dépôt GitHub de la XSF. Nous sommes toujours ravis d’accueillir de nouvelles personnes contributrices. N’hésitez pas à rejoindre la discussion dans notre groupe de discussion Comm-Team (MUC) et à nous aider ainsi à poursuivre cet effort communautaire. Vous avez un projet et souhaitez le faire connaître ? N’hésitez pas à partager vos actualités ou événements ici, et à les promouvoir auprès d’un large public.

    Tâches que nous effectuons régulièrement :

    • collecte d’actualités dans l’univers XMPP
    • résumés courts d’actualités et d’événements
    • résumé de la communication mensuelle sur les extensions (XEP)
    • révision du projet de lettre d’information
    • préparation d’images pour les médias
    • traductions
    • communication via les comptes des médias

    Licence

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    Revue de presse de l’April pour la semaine 43 de l’année 2026

    [ZDNET] L'IA réduit fortement le temps de développement en open source, mais…

    ✍ Thierry Noisette, le dimanche 25 octobre 2026.

    Selon une étude de la fondation Linux, l’IA générative fait gagner beaucoup en productivité, mais amène des propositions de modifications dont 25% n’ont pas ou peu de valeur.

    [L'usine Nouvelle] Un rachat à 12,9 milliards de dollars: avec Hugging Face, Nvidia assoit sa position de défenseur de l’IA open source

    Le samedi 24 octobre 2026.

    Avec le rachat de la start-up Hugging Face, Nvidia consolide son statut de défenseur de l’IA open source.

    [clubic.com] Microsoft encaisse la plus grosse part des 100 millions d'euros que l'État dépense chaque année en bureautique

    ✍ Alexandre Boero, le jeudi 22 octobre 2026.

    La Cour des comptes a chiffré la facture bureautique de l’État, qui s’élève à 100 millions d’euros en 2025, une somme majoritairement versée à Microsoft. Elle recommande un plan de migration de trois à quatre ans vers les logiciels libres.

    Et aussi:

    [ZDNET] Munich abandonne (une nouvelle fois) les logiciels propriétaires au profit de l'open source, mais pas pour les ordinateurs de bureau sous Linux

    ✍ Steven Vaughan-Nichols, le lundi 19 octobre 2026.

    Dans le secteur public, l’open source n’échoue pas à cause de problèmes techniques. Il échoue parce qu’il n’est pas en phase avec les priorités politiques.

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    7 articles

    The Cloud and AI Development Act (CADA) represents everything that’s wrong with Europe’s approach to digital sovereignty

    The EU’s Tech Sovereignty Package is supposed to jump-start Europe’s “sovereign AI” ambitions. But due to fundamental misunderstandings about the technology behind ‘AI’ and the blind trust in Big Tech’s AI doomer and boomer narratives, it is more likely to instead hurt digital rights and the environment instead, and waste valuable public resources that should have been invested in actually increasing Europe’s digital resilience. The Cloud and AI Development (CADA) Act, a part of the Tech Sovereignty Package, adds up to an aggressive policy push to impose “European AI”.

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    No human required: Austria’s plan for AI-only government decisions

    A sweeping change to Austria's administrative law would let authorities issue binding decisions using AI systems with no human ever reviewing the outcome. EDRi member epicenter.works has sent an open letter to parliament, and is looking for input from readers elsewhere in Europe about how other countries are handling, or planning to handle, the same issue.

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    Your data, their decision: the hidden surveillance infrastructure behind Europe’s digital borders

    A new report by ARTICLE 19 examines how the European Union is presiding over the most significant expansion of border surveillance in its history. Much of this development is being outsourced to private companies – with profound consequences for privacy and freedom of expression.

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    D3 brings class actions on addictive design against Facebook, Instagram, TikTok and YouTube

    The Portuguese digital rights organisation and EDRi member D3 announces that it has brought four class actions lawsuits against Facebook, Instagram, TikTok and YouTube over the use of addictive design practices. The cases challenge design practices that can encourage compulsive use of online platforms and seek to hold platforms accountable for the way their services affect users. Similar initiatives might come up in other EU Member States as part of a broader European response.

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    2 articles

    Journées Open Food Facts 2026 - 13/14 novembre - Paris

    Open Food Facts, la base de données ouverte des produits alimentaires, tiendra le vendredi 13 et samedi 14 novembre 2026 ses journées de communauté.

    Vous êtes cordialement invité·e à venir découvrir le projet et sa communauté. Ça se passe à l’académie du Climat, à Paris. (si possible inscrivez-vous, c’est gratuit !)

    Événement

    Cette année un accent particulier est mis sur le monde de la recherche. Le vendredi en particulier, des chercheurs viendront à la rencontre de la communauté pour présenter ce qu’ils font et voir comment nous pouvons interagir avec eux au service du bien commun.

    Logo

    NdM : pour plus de détails sur Open Food Facts, les épisodes du podcast Projets Libres n°19 et n°22 ou celui du podcast Libre à vous n°44, la dépêche récit d’un contributeur ou le journal d'appel à dons en décembre 2025.

    Pendant ces journées, vous pourrez :

    • voir des courtes présentations de différents aspects du projet ;
    • participer à des ateliers pour découvrir ou améliorer le projet sur différents aspects ;
    • échanger avec plein de gens sympathiques lors de moments conviviaux.

    Open Food Facts est un projet citoyen de collecte des données alimentaires qui vise la transparence afin d’améliorer l’impact de l’alimentation sur la santé, l’environnement et la société dans son ensemble.

    Les données sont sous licence ODbL et cc-by-sa pour les images. Les logiciels et modèles, que nous développons avec un large communauté, sont tous libres.

    PS : Il y aura des moments du programme en anglais, mais nous ferons notre possible pour assurer des traductions en français.

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    Khrys’presso du lundi 26 octobre 2026

    Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


    Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

    Brave New World

    Spécial IA

    Spécial Israël

    Spécial femmes dans le monde

    Spécial France

    Spécial femmes en France

    • 24 octobre : féministes dans la rue et en grève, tant qu’il le faudra ! (blogs.mediapart.fr)

      Quand nous nous rendons compte, collectivement, que les violences infligées par le gouvernement à nos vies sont plus graves que celles qui sont infligées à des boutiques, nous sommes capables de faire bloc contre les tentatives de division. C’est en restant uni·es que nous arracherons la victoire.

    • De Mediapart aux soutiens-gorge des femmes, le RN embarrassé par son service d’ordre lors de son congrès (huffingtonpost.fr)

      les agents de sécurité procédaient à certaines fouilles en glissant une main dans le dos des femmes « pour savoir si vous portez un soutif ». Pourquoi ? « À cause des Femen », ces militantes féministes qui manifestent seins nus et perturbent régulièrement les événements du Rassemblement national.

    • Perdre face à une femme : une défaite qui ne laisse pas indifférent (theconversation.com)

      Les hommes qui s’attendaient à gagner mais qui ont finalement perdu contre une femme sont plus enclins à vouloir l’affronter de nouveau que s’il s’agit d’un homme. À l’inverse, quand ils ont précédemment gagné face à elle, ils manifestent moins d’intérêt à vouloir la battre à nouveau, comparé à un adversaire masculin.

    • Montpellier : expulsées onze jours avant la trêve hivernale, une mère et ses trois filles à la rue (lepoing.net)

      Jeudi 22 octobre, une quinzaine de personnes se sont rassemblées devant l’hôtel de ville de Montpellier à l’appel du collectif Un Toit Un Avenir. La veille, une mère en situation de handicap et ses trois filles ont été expulsées de leur logement par la police, sans solution d’hébergement.

    • Au tribunal : Benjamin, 39 ans, notaire et cyberharceleur sexiste (blast-info.fr)

      Il y a cinq ans, la présidente de l’UNEF, après une émission sur Europe 1 face à Sonia Mabrouk, était la cible d’un déferlement de haine sur Internet. Aujourd’hui, sur la centaine de harceleurs qui sont passés au travers des mailles très peu serrées de la justice, trois comparaissent.

    • Lacrymogènes : des gaz nocifs bien après les manifs (reporterre.net)

      Y a-t-il des conséquences particulières sur les femmes ?Ces derniers jours, les témoignages se sont multipliés sur les réseaux sociaux, de manifestantes exposées aux gaz lacrymogènes rapportant des règles en retard, en avance, des crises d’endométriose particulièrement douloureuses, parmi d’autres affections. Le collectif Lacrymos de sang dit avoir récolté, via ses appels sur les réseaux sociaux, plus de 750 témoignages.

    Spécial médias et pouvoir

    Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

    Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

    Spécial résistances

    Spécial outils de résistance

    • Cyber Denied : A Wake Up Call After the Loss of Autistici/Inventati (en.scrappycapydistro.info)

      A response to the dominant reaction to the attacks against and loss of Autistici/Inventati.

    • Stop Omarchy (stopomarchy.org)

      Omarchy is a political movement disguised as a Linux distro. Over $23 million dollars from powerful men and companies are funding it.The Omarchy Doctrine is a public, fascist creed : heritage as duty, hold the line, the will to power.

    • Le système Bolloré (multinationales.org)

      Comment s’est construit l’empire Bolloré ? Comment est-il mis au service de l’extrême-droite et de ses idées ? Face à l’accélération de cette instrumentalisation et dans l’optique des prochaines échéances électorales, nous publions une version complétée et mise à jour de notre rapport en partenariat avec Attac sur le milliardaire et son entreprise qu’il n’est plus possible de considérer comme une multinationales « comme les autres ».

    • Pour le droit à l’éducation : abrogeons les lois de 2018 (« Parcoursup ») et exigeons un budget d’urgence dès 2027 (petitions.assemblee-nationale.fr)

      Parents, enseignants du secondaire et du supérieur, étudiantes et étudiants : des salles de classe aux amphithéâtres, nous constatons chaque jour les dégâts causés par les réformes de 2018 sur notre système éducatif. Nous interpellons la représentation nationale pour qu’elle y réponde à la hauteur des enjeux, dès le projet de loi de finances pour 2027.

    • Comment gagner ? (solidaires.org)
    • Manifestations en France : Bitchat, la messagerie sans réseau qui a le vent en poupe (france24.com)

      En pleine mobilisation lycéenne et pour le pouvoir d’achat en France, Bitchat mesh se classait n°1, jeudi, des applications sur l’App Store dans la catégorie “réseaux sociaux”. Conçue par Doris Lima et lancée en juillet 2025 par Jack Dorsey, cette messagerie décentralisée fonctionne avec le Bluetooth et sans Internet.

      Et sinon, on rappelle qu’il y a aussi Briar.

    Spécial MAGAM et cie

    Les autres lectures de la semaine

    Les BDs/graphiques/photos de la semaine

    Les vidéos/podcasts de la semaine

    Les trucs chouettes de la semaine

    Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

    Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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    1 article

    Bismillah ils ont tenté d’éteindre les lumières. Black-Out pour les Black Blocs ?

    C’est une révélation de Yanis Mhamdi pour Blast, Emmanuel Macron (via Sébastien Lecornu) a demandé aux opérateurs internet de préparer une coupure des réseaux sociaux dans l’inquiétude des appels à manifester du 24 Octobre et après le fiasco total des semaines précédentes.

    Black-Out pour les Black Blocs.

    Cette lettre révélée par Blast, la voici.

     

    Avant de revenir sur cette lettre, je vous invite à relire mon article du 20 Octobre sur le rôle des médias sociaux dans les mouvements idoines. Je le mobiliserai souvent pour expliquer cette nouvelle escalade dans la panique politique actuelle.

    C’est fait ? Alors on y va.

    Le gouvernement sollicite donc une suspension de l’accès aux plateformes Snapchat, Tiktok et Instagram (Yanis Mhamdi sur Blast précise que « Le réseau social X/Twitter a été ajouté après l’envoi de la lettre.« ) Pas Facebook, pas Whatsapp, pas Youtube, pas toutes les autres. « Juste » Snapchat, Tiktok et Instagram (et X). C’est donc bien la jeunesse qui est visée directement au regard de la sociologie des plateformes concernées.

    Le gouvernement négocie directement la possibilité d’un black-out avec les opérateurs d’accès (Orange, Bouygues, Free et SFR). Lecornu parle de suspension « temporaire« , « pour une durée de quelques heures« , « ciblée » et qui puisse être « immédiatement interrompue. »

    En parallèle, le gouvernement négocie aussi directement avec les plateformes (cf l’enquête de Marine Protais dans La Tribune) sur plusieurs points, notamment la possibilité de récupérer des images et vidéos. Le gouvernement lancera d’ailleurs dans la foulée sa propre plateforme de délation pour collecter lesdites images et vidéos. Ce qui vient par ailleurs questionner tout le discours sécuritaire autour de la multiplication exponentielle et des investissements massifs en caméras de vidéo-surveillance …

     

    Toujours selon l’enquête de Marine Protais dans La Tribune, le gouvernement aurait également demandé aux plateformes de médias sociaux d’activer et d’altérer un certain nombre de leurs fonctions de modération et de viralisation pour invisibiliser certains hashtags ou mots-clés, pour retirer plus rapidement certains contenus sans attendre de signalements le réclamant, pour supprimer la saisie automatique renvoyant sur certains hashtags ou certains contenus jugés incitatifs, et pour ajouter de la latence pendant les « live » et enfin pour que les fonctionnalités de géolocalisation puissent être temporairement supprimées.

    Résultat ? Du côté des opérateurs c’est une fin de non-recevoir, et du côté des plateformes (de ce que l’on en sait en tout cas), c’est service minimum (Tiktok aurait indiqué avoir mobilisé une Task Force pour retirer plus rapidement certains contenus) ou plus globalement … une autre fin de non-recevoir.

    Quelle est la limite entre une gestion de crise circonstancielle
    et une bascule structurelle dans un régime autoritaire ?

    Vous me direz que j’exagère. Je vous répondrai alors par un souvenir récent, qui date de mai 2024 et où le gouvernement alors dirigé par Gabriel Attal prenait la décision d’interdire l’accès à Tiktok en Nouvelle-Calédonie lors des mouvements de jeunesse et des débordements et violences qui ont suivi. A l’époque, il n’y avait qu’un seul opérateur de téléphonie et d’internet sur le territoire de Nouvelle-Calédonie, ce qui avait « facilité » la mise en oeuvre de ce black-out.

    Le 1er avril 2025, saisi pour se prononcer sur la légalité du blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie, le Conseil d’Etat précisait les trois conditions dans lesquelles le gouvernement (via le Président ou le Premier ministre) pourrait légalement interrompre (provisoirement) l’accès à un réseau social en cas (uniquement) de « circonstances exceptionnelles » :

    1. « que cette interdiction soit indispensable pour faire face à des événements d’une particulière gravité,
    2. qu’aucun moyen technique ne permette de prendre immédiatement des mesures alternatives moins attentatoires aux droits et libertés,
    3. et que l’interruption soit prise pour une durée limitée nécessaire à la recherche et la mise en place de ces mesures alternatives. »

    Et de conclure que l’interdiction de Tiktok « ne respectait pas l’ensemble de ces conditions » et était donc totalement illégale.

    Dans l’actuelle crise, les trois conditions sont-elles réunies ? Nul ne le sait car les deux premiers principes définis par le Conseil d’Etat sont d’appréciation relative. Qu’est-ce qui définit une « extrême gravité » ? Un nombre de manifestants ? Des atteintes aux biens ? Aux personnes ? L’étendue sur le territoire national ? La proximité des événements avec des lieux de pouvoir ? Et si le gouvernement commence par poser comme prémisse « l’évidence » d’une responsabilité des réseaux sociaux pour acter des mesures attentatoires aux libertés, qui pour lui porter contradiction ? Mais Lecornu a – en partie – retenu la leçon de la sortie de route d’Attal et il joue donc essentiellement sur le point 3 de la limitation temporelle dans la demande qu’il fait aux opérateurs. Rien n’est pourtant réglé pour autant, loin s’en faut.

    D’autant qu’y compris sur la forme, c’est un régime discrétionnaire de la décision qui est avancé par Lecornu : « Les opérateurs réclament un acte signé, daté, motivé, publié, et Orange insiste sur la nécessité d’un arrêté. Le gouvernement estime qu’une instruction individuelle à chaque opérateur suffirait, sans publication au Journal officiel. Il envisageait un communiqué une trentaine de minutes avant l’activation, prévue vers 14 h le 24 octobre, sans divulguer les conditions techniques sensibles. »

     Par-delà les évidences.

    Avant de poursuivre l’analyse je veux revenir sur, ce qui dans le courrier de Lecornu est la cause qui lui paraît justifier cette demande de black-out.

     

    « À l’évidence plusieurs réseaux sociaux ont joué un rôle décisif non seulement dans la cristallisation et la viralité de mots d’ordres illicites, mais aussi comme leviers de coordination opérationnelle des violences au cours des manifestations. » 

     

    À l’évidence ? Mais de quelle évidence parle-t-on ici ? L’évidence de l’analyse de services de police et de renseignement intérieur pourtant incapables de dimensionner correctement la réponse en nombre et en doctrine du « maintien de l’ordre » ? L’évidence d’un pouvoir pathologiquement malade d’un rapport à la technique qui oscille entre l’irénisme d’un solutionnisme construit sur le fantasme d’une start-up nation et « en même temps » la crainte irraisonnée de cette technique entre les mains d’une jeunesse pour qui elle ne serait que mortifère et à qui il faudrait donc interdire à la fois le messager (les téléphones portables) et le message (les réseaux et médias sociaux) ?

    Nous sommes en plein dans ce que je vous expliquais dans mon article du début de la semaine sur l’utilisation des réseaux et médias sociaux dans les mouvements lycéens et dans les mouvements sociaux en général. Je le redis une centième fois. Les médias sociaux (et internet et le web avant eux) facilitent l’organisation des révolutions et des mouvements sociaux en général, mais ils en compromettent aussi la victoire car :

    • soit les gouvernements vont s’y attaquer pour retourner ou bloquer le mouvement,
    • soit la dynamique virale propre de ces réseaux et médias sociaux finira par n’en montrer que les images les plus délétères dans l’opinion (biais de négativité algorithmique),
    • soit les (autres) médias en alliés souvent objectifs des gouvernements ou de leur agenda, fabriqueront une circulation médiatique d’extraits et de discours qui sera uniquement à charge contre cette économie de la viralité pour promouvoir et justifier leur propre économie de la citation et tenter d’effacer leur propre fascination première pour le « Riot Porn« .

    Bref, comme l’écrivait encore récemment Fred Turner dans « Politique des machines » : « L’une des plus grandes ironies de notre situation actuelle est que les modes de communication qui permettent aujourd’hui aux autoritaires d’exercer leur pouvoir ont d’abord été imaginés pour les vaincre. » 

    La bascule d’une tentative de black-out gouvernementale à l’endroit des réseaux sociaux est la première phase et la première pierre de ce nouveau cycle déterministe. Il est singulier que la France n’y échappe pas davantage que d’autres pays aux régimes clairement illibéraux ou explicitement autoritaires. Pour de bon cette fois …

     

    Bismillah ils ont voulu couper la lumière.

    Plus de 20 ans que je travaille sur ces questions, et plus de 15 ans au moins qu’avec d’autres nous avons montré, démontré, théorisé et expliqué, dans des revues scientifiques, dans des livres, dans des médias, devant des commissions d’enquête à l’assemblée, que oui il fallait en effet casser les chaînes de contamination virale pour lutter contre la haine en ligne. Et oui l’ensemble des plateformes sociales savent précisément comment le faire et ont les moyens de le faire. Cela aussi cela fait plus de 10 ans qu’on le sait et que cela a été posé y compris devant des assemblées élues grâce au courage de lanceurs et lanceuses d’alerte qui ont permis de le documenter de manière absolument certaine. Il faut donc les mettre devant leurs manquements à chacune de leurs responsabilités, mais puisque cela fait au moins 10 ans que l’on essaie sans succès, nous avons aussi la certitude que l’on n’y parviendra que si et seulement si on arrive enfin a définitivement changer leur statut d’hébergeur par défaut en un statut d’éditeur par défaut (allez ici relire la quatrième partie de cet article qui vous démontre qu’il est aberrant que cette question commence à peine à être posée alors qu’il y a 10 ans qu’elle devrait être tranchée).

    Riot Porn et désinformation continue.

    Maintenant si l’on s’alarme du rôle qu’ils jouent et que l’on censure les médias sociaux, même temporairement, même pour des circonstances exceptionnelles, même uniquement ceux de la jeunesse, il ne faut pas oublier deux choses.

    La première c’est ce que l’on nomme « l’effet cliquet » dans l’histoire des technologies de contrôle : il est des pas en avant sur lesquels il devient impossible de revenir en arrière.

    Et la seconde c’est l’éléphant dans la pièce qui est incarné par les chaînes d’extrême-droite de désinformation continue.

    Parce que si l’on pose comme prémisse, « qu’à l’évidence plusieurs réseaux sociaux ont joué un rôle décisif non seulement dans la cristallisation et la viralité de mots d’ordres illicites, mais aussi comme leviers de coordination opérationnelle des violences au cours des manifestations » alors … alors … alors il faut poser aussi « qu’à l’évidence plusieurs chaînes d’information continue ont joué un rôle décisif non seulement dans la cristallisation et la viralité de mots d’ordres illicites, mais aussi comme leviers de coordination opérationnelle des violences au cours des manifestations. » Et que lorsque ces chaînes d’information continue stigmatisent en permanence les populations françaises issues de l’immigration comme la source de l’ensemble de nos maux, leur responsabilité éditoriale est directement engagée dans des tueries comme celle qui s’est déroulée à Trappes il y a quelques jours.

    Qu’absolument personne, à commencer par le gouvernement si prompt à tenter de bloquer les réseaux sociaux, q’u’absolument personne ne pose cette question dans le champ social et médiatique « mainstream » comme une urgence première, en dit malheureusement beaucoup sur l’état des forces politiques en présence.

    Parce que si l’on ne questionne que le rôle des réseaux sociaux sans jamais en faire de même pour les chaînes d’information continue qui ont légitimé l’ensemble des discours racistes, xénophobes et insurrectionnels y compris en normalisant les paroles de groupuscules identitaires et néo-nazis jusqu’ici relégués à la fange confidentielle et aux marges délictuelles d’où ils ne seraient jamais sorti sans les invitations qui leurs ont été faites sur les plateaux télé, alors on manque à tous ses devoirs et on passe à côté de l’essentiel du problème.

    Et il faut à chaque fois se pincer et se pincer de plus en plus fort. Ce week-end encore, pendant que le gouvernement Lecornu négociait avec les opérateurs télécom pour un black-out des réseaux sociaux, la chaîne Cnews diffusait et commentait en boucle des images de violences, d’interventions policières et de groupuscules (black blocs) dans la ville de Paris … qui étaient en fait des images de mobilisations en Albanie, a Tirana, et zoomait longuement, très longuement sur un jeune homme portant un kufi. France Info à son tour reprendra ses images mais expliquera cette fois qu’il s’agit de manifestation à Lyon …

    Prise la main dans le sac à complotisme et à désinformation, CNews plaidera rapidement « une erreur de régie » (sic), tout en continuant d’assurer que de toute façon ces images « auraient aussi bien pu être tournées en France » (sic). Qu’importe le réel après tout, quand seule compte la tenue d’un agenda de haine. Une haine et une désinformation qui bien plus que celle des réseaux sociaux fait un nombre considérable de vues, et qui surtout entraîne des passages à l’acte racistes, homophobes, criminels. Pas un seul « black bloc », pas un seul « émeutier » ne s’est rendu coupable de meurtre. A Trappes un homme a visé et tué à l’arme lourde pour un mobile raciste d’autres hommes, femmes et enfants, armé idéologiquement du seul motif de la litanie du discours médiatique de cette chaîne et de ses « proxys ». Il a tué Pengo Bossio Wangi parce qu’il était noir de peau. Praud, Le Bret, Tégner et les autres battent chaque jour et chaque mois des records d’audience qu’un réseau social n’atteindra jamais. Ils ne sont ni journalistes, ni éditorialistes : ils sont des agents d’influence au service d’un agenda du chaos qui n’a pour seul but que de placer l’extrême-droite au pouvoir. Et ils ont en partie atteint leur objectif qui est que chaque meurtre raciste n’occupe pas plus d’une journée d’antenne. Regardez leur succès. La tuerie raciste de Trappes est presque déjà effacée.

    Cette chaîne a donné la parole à des représentants de groupuscules néo-nazis présentés comme autant de « simples » chroniqueurs et choniqueuses, cette chaîne ne tient pas son antenne et est sous le coup de multiples condamnations pour de multiples dérapages, cette chaîne ment et désinforme de manière continue et systémique. Il est fou, il est sidérant, il est démocratiquement inconcevable que cette chaîne bénéficie encore d’une autorisation d’émettre. S’il est un black-out et un seul à ordonner pour préserver la concorde républicaine, c’est en effet celui de cette chaîne et de ses proxys. Voilà à quoi le gouvernement de Sébastien Lecornu devrait en priorité s’attacher. Il est idiot de vouloir couper les réseaux sociaux. Il est stupide de prétendre qu’ils sont la cause des violences. Il est coupable et criminel de continuer de laisser émettre CNews sur une fréquence publique dans une démocratie.

    Tant que nous n’aurons pas compris que le premier problème de notre république n’est pas d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans mais plutôt d’interdire CNews à tout citoyen en âge de voter, alors nous ne préparerons rien d’autre que des avenirs sombres.

    [Mise à jour du 30 Octobre] Sur le sujet de la coupure d’internet et/ou des réseaux sociaux, un récent podcast invitait Ksenia ERMOSHINA  et Francesca MUSIANI, chercheuses CNRS au Centre Internet et Société. C’est à écouter sur Aligre FM.

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    2 articles

    WordPress, ta maison sur le web social décentralisé - Podcast Projets Libres

    WordPress et les réseaux sociaux décentralisés
    Et si votre site WordPress vous servait de porte d'entrée pour les réseaux sociaux décentralisés ?
    Pourquoi ne pas faire revenir les intéractions sociales chez vous ?

    Nous recevons Jérémy Herve, blogueur et responsable des outils pour les créateurs chez Automattic, qui vous explique comment un blog WordPress peut devenir votre porte d'entrée sur le Fediverse et l'ATmosphere  !

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    Abolir Parcoursup avant qu’elle ne devienne une plateforme purement disciplinaire.

    Parcoursup a été créé en 2018. Il y a huit ans déjà. Au regard du mouvement de la jeunesse qui est en cours et des revendications portées, Emmanuel Macron a annoncé qu’il allait … faire des annonces concernant Parcoursup ce lundi 26 Octobre 2026. Dans deux jours donc. Je vais lui faire, et vous faire gagner du temps.

    [mise à jour à la fin de ce billet, qui reprend et comment les annonces du gouvernement]

    Parcoursup. Depuis 2018 trois de mes enfants sont passés par cette plateforme. Et depuis 2018, en tant qu’enseignant à l’université, je fais partie de celles et ceux qui traitent les demandes et les dossiers étudiants. Et depuis maintenant un peu plus de deux ans (sans l’avoir demandé mais au regard de situations et d’arrêts maladie de collègues administratifs), je suis le « grand chef » de ce bordel à l’échelle de ma composante (un IUT) : c’est donc moi qui « administre » cette saloperie, vérifie les comptes, accorde tel ou tel « droit » à tel ou tel collègue, supervise la complétude des éléments qu’il nous faut fournir dans des délais qu’aucun être humain normalement constitué et ayant devant lui tous les jours des lycéen.ne.s ou des étudiant.e.s n’envisagerait).

    Donc quand vous aurez lu cet article, que vous soyez ou non en accord avec ce que je vais y décrire, accordez-moi un minimum de crédibilité liée à cette expérience de parent, d’universitaire, et donc « d’administrateur ».

    Retour vers le futur.

    Depuis 2018 donc que Parcoursup existe, je vous en ai souvent parlé sur ce blog. Au moins une fois par an.

    Premier état de choc, de sidération et de colère face à ce qui se passe. Pour rappel : « Le lendemain des résultats de Parcoursup il y eut des classes entières de terminale où aucun, je dis bien aucun lycéen n’avait autre chose que « refusé » ou « en attente ». Je vous laisse juste imaginer l’ambiance et la tête du prof y débarquant le matin. Et si l’imagination vous fait défaut alors allez voir sur Twitter, sur Facebook, ou dans les journaux. Donnez-moi les explications que vous voudrez mais les faits sont têtus : plus de la moitié d’une classe d’âge s’est trouvée, à 15 jours de l’examen du baccalauréat, avec un avenir qui indiquait « refusé » ou « en attente ». On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Mais l’on n’a pas davantage envie d’être « refusé » ou « en attente » comme seule alternative sérieuse. »

    Rien ne change. Toujours les mêmes cohortes ahurissantes « réfusées » ou « en liste d’attente ». Toujours l’obstination de refuser une hiérarchisation des voeux qui, pourtant diminuerait considérablement à la fois l’attente et le nombre de dossiers à traiter et donc le recours à des procédures d’analyse de plus en plus contraintes, injustes, aléatoires.

    E3C pour « épreuves communes de contrôle continu. » Des épreuves de contrôle continu et une prise en comte desdites épreuves qui ne cessera de changer d’année en année. Le seul invariant c’est d’installer du stress permanent, de modifier totalement le rapport à l’enseignement, au lycée, aux enseignants, et aussi à son groupe classe. J’écrivais : « Il doit être encore temps pour faire ce que réclament tous les gens intelligents et qui ont enseigné devant des élèves ces 10 dernières années : annuler et /ou banaliser l’ensemble des ces épreuves d’E3C et mettre en place un vrai et simple contrôle continu courant sur l’année, limité à un pourcentage du total du bac suffisamment faible pour ne pas répercuter de manière discriminantes les inégalités existant entre les établissements. Et puis c’est tout. Passer à autre chose. Laisser à cette jeunesse que l’on est si prompt à accabler la chance de vivre ses « années lycées » sans se poser, chaque mois, chaque trimestre, la question d’un nouveau choix, d’une nouvelle option, d’un nouvel enseignements de spécialité, d’une nouvelle épreuve E3C, d’un improbable futur flottant au gré des ajustements de la machine ParcourSup, dans des calendriers de plus en plus tendus, exclusifs, aliénants, multipliant les injonctions paradoxales. Comme si l’on voulait finir de s’assurer que seuls ceux à l’héritage suffisamment bourgeois auront encore une chance de passer au travers des mailles de ce qui devient, inlassablement, une machine à éreinter et à rendre docile. »

    Plus personne n’y comprend rien, parents, lycéennes et lycéens ; à l’instar de Blanche-Neige et des nains, tout le monde voit des algorithmes partout. Alors je tente d’expliquer comment nous bossons dans mon IUT, comment nous nous efforçons encore, oui, de regarder le contenu des dossiers, de presque tous les dossiers. Mais je rappelle aussi, par-delà la débrouille, qu’il s’agit d’un projet de société mortifère. Qu’il s’agit de « la première mise sous coupe algorithmique totale des possibilités offertes (ou refusées) à toute une génération. Et qu’à ce titre elle est une habituation au forceps à se laisser gouverner, non pas par « des algorithmes », mais par des gens avec des projets politiques dissimulés derrière des algorithmes. »

    Trois ans après le lancement de la plateforme, la boucherie et l’escroquerie continuent.

    La boucherie des chiffres. « Il y avait 723 000 bacheliers l’année dernière – et il y en a davantage cette année. (…) 506 100 bacheliers auraient reçu une ou plusieurs propositions. Cette immarcescible quiche étant supposée maîtriser la soustraction au regard des coupes qu’elle continue d’opérer dans le renouvellement des postes de titulaires, cela veut surtout dire qu’à ce jour 216 900 lycéen.ne.s n’ont toujours reçu absolument aucune proposition de Parcoursup (à titre d’information, l’année dernière à la même époque ils étaient plus de 400 000 sans réponse positive … donc en effet c’est … « mieux »). »

    Et l’escroquerie de ce que l’on raconte aux familles et aux lycéennes et lycéens : « énormément de formations (…) ne tiennent absolument aucun compte de tous ces éléments. Oui vous avez bien lu : elles ne regardent jamais les lettres de motivation. Elles ne regardent jamais non plus les CV. Elle ne regardent même pas les appréciations des bulletins scolaires. Elles se contentent d’appliquer un filtre automatique sur les moyennes des disciplines scientifiques. Et oui. Pensée émue pour tous les enseignants du secondaire et pour tous les parents qui ont répété à leurs élèves et à leurs enfants que « les appréciations c’est important » et autres « il n’y a pas que les notes qui comptent, la motivation et l’attitude aussi. » La réalité c’est que, pour une immensité de formations dans le supérieur aujourd’hui, et c’est bien malheureux, la motivation, l’attitude et le projet professionnel on s’en balek. Et c’est un pur scandale. Un pur scandale parce qu’on  ment aux élèves. Un pur scandale parce que cette loterie (autant vous dire que vu le nombre de candidatures, la différence entre deux dossiers ayant une moyenne comprise entre 16 et 16,5 dans les matières scientifiques ne peut pas relever d’autre chose que de la loterie …) pouvait, les années précédentes, se prévaloir d’un minimum de « rationnalité ». Je m’explique. Lorsque l’on avait encore une distinction claire entre les différents bacs (bacs scientifiques, bacs littéraires, etc), la plupart des collègues (des écoles d’ingénieurs notamment) appliquaient des moyennes « contextuelles », c’est à dire qu’ils avaient la possibilité de faire la différence entre un élève qui avait 16 dans les disciplines scientifiques alors que la moyenne de sa classe était aussi à 16, et un autre élève qui avait également 16 de moyenne sur les matières scientifiques mais dans une classe où la moyenne de classe était à 12. Dans les deux cas on n’opérait qu’un tri statistique mais au moins cette statistique pouvait-elle être corrigée pour la rendre aussi objectivable que possible. Et aujourd’hui ? (…) on ne peut plus le faire. Bah oui. Avec la fin des « filières », et la mise en place de la réforme du bac et des enseignements de spécialité, (…)on va trouver dans une même classe de 38 élèves des profils qui ont pris des enseignements de spécialité plutôt « littéraires », d’autres plutôt uniquement « scientifiques » et qu’au final, la moyenne « de la classe » sur le bloc scientifique ne donnera donc absolument aucun indicateur exploitable sur le niveau scientifique individuel corrélé à celui du groupe classe. Donc comme les collègues l’expliquent eux-mêmes lors des (rares) portes-ouvertes, avec une honnêteté navrée, bah cette année ça va encore plus être la loterie que d’habitude. »

    Depuis un an j’étais devenu responsable d’un département de formation (infocom) dans mon IUT (je le suis toujours). Dans un article où j’essayais d’expliquer ce que cela pouvait représenter dans le fonctionnement en mode toujours davantage « dégradé » de l’université, je revenais aussi sur ce que je découvrais disons, « différemment ». Sur le fait que, par exemple, « c’est à nous encore que parviennent les situations de familles écartées de Parcoursup mais nous faisant part de récits de vie qui vous laissent longtemps l’oeil humide et l’âme encombrée« .

    Et sur ce que traverse cette jeunesse dont on entend souvent qu’elle « se met la pression » et la manière dont les réformes Blanquer sont des réformes d’épuisement. « En aucun cas. Jamais. La pression ils et elles la subissent. Il y eut le covid bien sûr, vivre l’enfermement, la claustration à l’âge où l’on n’aspire qu’à l’inverse. Mais il y a aussi les incessantes réformes, le spectre de systèmes de tri comme Parcoursup ou les « enseignements de spécialité » du « nouveau » bac Blanquer, qui atomisent les collectifs et les groupes classe. Qui les empêchent et les entravent dans leur simple désir d’être ensemble. Ces jeunes qui « se mettent la pression » selon leurs professeurs en classe de seconde, de première ou de terminale, nous en retrouvons l’essentiel à l’université, en IUT, en classes prépa. Comment s’étonner qu’ils et elles s’effondrent alors de manière de plus en plus récurrente ? Comment s’étonner de l’épuisement ou des errances lorsque nous les voyons arriver ? » J’en appelais, à l’époque, à « retrouver notre puissance de vacarme. » Il semble que la jeunesse ait aujourd’hui commencé à retrouver cette puissance. Nous n’imaginez pas à quel point je m’en réjouis.

    La crise de la santé mentale que traverse la jeunesse se constate, se documente, se vit et se traverse à leurs côtés. La place de Parcoursup est absolument centrale dans cette crise. Non pas du fait d’une plateforme qui n’est qu’un outil, mais parce que cette plateforme est accompagnée d’un projet politique qui n’a pour seul horizon que celui de fracasser le plus tôt possible chacune des aspirations légitimes de la jeunesse ; de bien lui montrer, à cette jeunesse, que même ses rêves seront administrés. J’écris : « Affelnet au collège, les groupes classe explosés façon puzzle depuis la réforme Blanquer, Parcoursup à la fac, MonMaster, les réformes incessantes qui s’empilent à chaque étape de leur scolarité du primaire à l’université, etc. Cette génération fait face à une injonction paradoxale qui les rend dingue à raison : on les saoule avec la réalité de diplômes qui seraient (du Bac à l’université) de plus en plus « faciles » ou de moins en moins « difficiles » à obtenir, et dans le même temps une partie de cette génération concentre une somme de difficultés et d’entraves (financières, sociales, psychologiques, géographiques) qui rend cette obtention quasi insurmontable ou au prix d’efforts et de sacrifices qui relèvent, à l’échelle de leurs trajectoires individuelles, de formes explicites de maltraitance. »

    Au prétexte d’un fait divers sordide, pour la première fois un homme politique, Gabriel Attal, propose d’inscrire dans Parcoursup la mention « fauteur de trouble » pour celles et ceux à l’origine d’une agression. C’est la première fois que la dimension disciplinaire de cette plateforme est ainsi explicitement évoquée. Ce ne sera malheureusement pas la dernière. S’il faut aujourd’hui abolir Parcoursup, c’est aussi parce que l’extrême-droite et la droite qui n’aspire qu’à la rejoindre, sont en effet aux portes du pouvoir. Et que ces gens-là n’hésiteront pas à s’en servir pour discipliner et brutaliser des populations entières.

    Je les connais, forcément, nous connaissons les noms de celles et ceux qui sont chargés de mettre en place cette merde et qui sont surtout chargés de nous expliquer (en essayant de s’en convaincre eux-mêmes), que comme autant de modernes Pangloss, il s’agirait de « la meilleure des plateformes possibles. » Alors puisque je les connais, bah je leur écris. Je leur écris parce que les derniers rares espaces dans lesquels les formations (nous) pouvaient essayer de limiter un peu la casse, ces espaces sont purement et simplement supprimés. En qu’en les supprimant, le nombre de dossiers reçus explose encore davantage au-delà de toute forme de rationalité et d’acceptable. Aux grands administrateurs ministériels et rectoraux de Parcoursup j’ai écrit. « Mais cette année, tu as serré la vis (…) pour l’ensemble des IUT (…). Interdiction formelle et définitive d’ajouter d’autres éléments que ceux demandés par Parcoursup (donc que des éléments moisis et caviardés). Pas de pièce complémentaire quelle qu’elle soit. Rien. Nib. Nada. Que Tchi. Que dalle. Peau de zob. Donc pour nous, pas de « compte-rendu d’entretien avec un ou une professionnelle ». Alors avant de prendre cette décision, je t’avais dit ainsi qu’aux services rectoraux qui sont à tes ordres, que c’était n’importe quoi. Parce que si on enlève cette pièce additionnelle, le nombre de dossiers que l’on reçoit va littéralement exploser avec pour l’essentiel des candidatures « de remplissage », c’est à dire des lycéens et lycéennes qui mettent notre formation simplement pour épuiser leur nombre de voeux disponibles. Sauf que bah nous derrière notre recrutement ne change pas : nous continuons d’examiner en détail chacun des dossiers que nous recevons. » Nous traitions, avant cela, près de 900 dossiers (complets) pour moins de 60 places, nous en avons désormais plus de 1800. Mais ça, Mister T et les administrateurs de Parcoursup, bah ils s’en foutent tellement qu’ils ne prennent même pas la peine de me répondre, de nous répondre. Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’épuiser l’horizon de la jeunesse, il s’agit aussi d’épuiser celui de la négociation et d’épuiser aussi les gens qui en ont un peu la charge, c’est à dire les universitaires, c’est à dire nous.

    Les budgets de fonctionnement des universités d’effondrent constamment. Plus aucune d’entre elles n’est en capacité de faire autrement que de voter des budgets en déficit. Et au milieu de cet océan de merde et de désespérance, l’équipe Parcoursup continue d’enfoncer le clou de la déshumanisation. Cette année pour la première fois il va nous falloir explicitement demander et justifier le maintien … d’une lettre de motivation dans les dossiers. Cela paraît tellement fou de l’écrire mais c’est pourtant la réalité. Je l’écris donc : « Et là aussi pardon d’avoir eu (avec d’autres) raison trop tôt mais cela fonctionne exactement comme c’était prévu au départ. C’est à dire primo, déposséder la plupart des établissements de leur marges d’appréciation des dossiers. Juste pour vous donner une idée d’à quel point c’est lunaire, cette année on nous a expliqué que si on voulait toujours avoir des lettres de motivation dans les dossiers, bah il allait falloir … le justifier. Et oui. Je rappelle que par ailleurs tout est tellement saucissonné dans Parcoursup pour les lycéens et lycéennes que le remplissage d’un dossier renvoie immanquablement à la scène « ça dépend ça dépasse » du Père Noël est une ordure : décrivez votre vie en 100 caractères, votre projet d’orientation en 250 et votre motivation en 300 caractères espaces comprises. Parcoursup aujourd’hui c’est Twitter y’a 10 ans. Et donc maintenant c’est à nous de justifier que « ah mais oui on veut une lettre de motivation. » C’est encore une idée à la con de mon ami Mister T et de son équipe qui met au moins les 2/3 des équipes pédagogiques universitaires en PLS mais ça, mon ami Mister T et le ministère, ils n’en ont absolument rien à foutre. Deuxio, remettre entre les mains de décideurs aussi éloignés que possible du terrain (ou totalement alignés avec un agenda politique libéral circonstanciel, ce qui est tout à fait compatible avec le premier critère), les choix de volumétrie d’accueil et de nombre de places. Et là encore il faut lire Julien Gossa qui le répète, le documente et l’explique patiemment : « Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la politique éducative nationale ne vise plus à élargir l’accès aux études supérieures, mais à le réduire. La France se tourne désormais officiellement vers un régime de démassification, de réduction du niveau global d’éducation et de formation professionnalisante de la population. Cette orientation n’a pas d’équivalent historique (…) »

    Huit années, C’est le temps qu’il aura fallu pour que la plateforme devienne une plateforme disciplinaire et qu’elle l’assume publiquement. Il ne s’agit pas d’en débattre avec les équipes pédagogiques mais d’imposer le régime disciplinaire à toutes et tous. Par un simple mail qui disait ceci : « Pour les candidats, la case à cocher « demande de césure » a été remplacée par deux cases distinctes « demande de césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel » et « demande de césure pour réaliser un service national ». En effet, la césure pour service national sera une césure accordée de plein droit (projet de loi de programmation militaire) à la différence de la césure pour réaliser un projet personnel ou professionnel  qui est soumise à l’appréciation du chef d’établissement. »

    Aucun moyen de contester, de discuter, d’amender, de différer, de débattre de cette décision. La jeunesse ? De la chair à canon.

    Oh. Vous me trouvez vulgaire ? Grossier ? Vous préférez « Prostisup » ? Je vous explique. « La passe est à trois mille euros, ce sont les proxénètes Edouard Geffray et Philippe Baptiste qui fixent les prix. Parce que figurez-vous que nous en sommes-là. Les rectorats et services du ministère font directement du phoning, ils appellent les universités pour leur dire, « alors si vous nous prenez un des recalés de Parcoursup qu’on n’arrive pas à caser – vu que nous sommes fin septembre quand même hein … et qu’il en reste plusieurs milliers – alors on vous file 3000 euros. Cash. 3000 euros le lycéen. 3000 euros la lycéenne. Parcourpute. Attention hein, vous le ou la prenez en 1ère année mais on ne vous file les 3000 euros qu’une seule fois. Faut pas déconner non plus. Et si vous nous en prenez 50, alors on vous file un poste d’ATER pendant un an. » Je vous jure que lorsque j’ai lu cette information dans Le Monde et dans Médiapart je n’y ai simplement pas cru. Et puis après, et depuis, je suis tellement en colère. Et surtout j’ai tellement honte. Tellement honte. Tellement. »

    Retour dans le présent.

    Jeudi 22 Octobre 2026. Le journal Le Monde nous apprend que dans la rencontre organisée à l’arrache avec les organisations lycéennes qu’il trouvait étrangement absentes du concert de Céline Dion, Emmanuel Macron avait, selon son entourage, « souligné auprès des lycéens le « besoin d’une refonte en profondeur de Parcoursup » et promis des « décisions concrètes » lundi, après la réception des représentants du mouvement par Sébastien Lecornu« . Dans le même journal Le Monde on lisait : « Le gouvernement prendra des engagements dès lundi en lien avec l’ensemble des acteurs de l’éducation », a fait savoir l’entourage du chef de l’Etat, évoquant un échange « franc » avec les lycéens sur différents sujets, comme « la nécessité de rénover le bâti scolaire », les « rythmes scolaires » ou encore les « emplois du temps qui requièrent des simplifications ». »

    Nous sommes dimanche soir. Je ne suis pas allé au concert de Céline Dion. Je ne suis ni président ni premier ministre. Voici pourtant très exactement ce que concernant spécifiquement Parcoursup il faudrait faire. Voici les seules choses à faire. Et à faire immédiatement. Spoiler Alert : pas un seul euro supplémentaire d’argent public ne sera nécessaire.

    Premièrement il faut rétablir la hiérarchisation des voeux. Dès la première phase d’expression des voeux. Cette hiérarchisation reste évidemment aveugle pour les universités (nous ne savons pas comment les voeux sont classés). Cela permettra de répondre beaucoup plus rapidement et de manière beaucoup plus cohérente. Et cela fera mécaniquement autant que mathématiquement baisser le nombre de voeux « fantômes » et les interminables files d’attente qui sont un horizon d’une insupportable violence symbolique et qui rendent la perception du processus d’affectation aussi fiable que celui de la roulette russe.

    J’entends certains dont d’éminents collègues à l’époque « aux responsabilités » expliquer que la non-hiérarchisation des voeux était une demande des organisations lycéennes et étudiantes à la mise en place de Parcoursup en 2018. C’est tout à fait exact. Parce qu’en 2018 personne n’imaginait le projet politique qui allait rapidement sous-tendre l’ensemble du design de cette plateforme. Parce qu’en 2018 également, nous n’avions pas 100% des universités qui votaient des budgets en déficit. Parce qu’en 2018 chacun raisonnait au regard de ce qui se faisait alors sur APB (plateforme qui avait précédé Parcoursup) et qu’à ce titre là en effet, la hiérarchisation des voeux ne recouvrait ni les mêmes enjeux ni les mêmes réalités (en sciences de l’information, Jacques Perriault appelle cela « l’effet diligence« ).

    Deuxièmement il faut diminuer considérablement la prise en compte du contrôle continu. La vraie nouveauté de Parcoursup par rapport à APB et à tout ce qui se faisait avant c’est bien cela : la prise en compte des notes du contrôle continu. Et pourquoi pas me direz-vous, c’est toujours mieux que l’aléatoire des notes du bac ou d’une hypothétique mention. Certes. Mais là encore, le problème est un peu plus subtil. Ce n’est pas la prise en compte des notes de première et de terminale qui pose problème. Ce qui pose problème c’est que ces notes de premi!re et de terminale sont prises en compte au milieu de réformes (donc la réforme Blanquer) qui les constitue en autant d’épreuves récurrentes qui pervertissent l’essence même du contrôle dit « continu ». Ce qui était supposé être un facteur d’apaisement et un « droit à l’erreur » dans le parcours d’un lycéen ou d’une lycéenne, devient, au milieu des enseignements de spécialité, des parcours et options auxquels plus personne ne comprend rien et qui renforcent encore les inégalités, des « maths » tantôt « complémentaires », tantôt « expertes » et de tout ce qui va avec, un facteur de stress constant. Chaque contrôle, chaque note, n’est vue et lue qu’au prisme d’un « effet parcoursup » impossible à quantifier précisément mais qui devient le seul horizon d’attente et qui, en retour, détricote y compris jusqu’à la relation de confiance que les lycéennes et lycéens entretiennent avec leurs enseignantes et leurs enseignants, tout comme elles et eux prisonniers de cette inversion logique : parce que le « contrôle continu » est devenu un continuum du contrôle.

    Cela veut dire que pour y parvenir, pour que le contrôle continu redevienne ce qu’il a vocation à être (un facteur d’apaisement et de tranquillité parce qu’un facteur d’équité), il faut aussi totalement détricoter la réforme Blanquer qui a – aussi – contribué à l’éclatement des groupes classes qui ne sont plus aujourd’hui que des agrégats temporaires de collectifs explosés se trouvant aléatoirement réunis ensemble au gré de parcours, options et enseignements de spécialité choisis bien trop tôt soit bien trop mal et dans la seule stratégie d’anticiper sur un futur réduit à l’épuisement de quantités : quantité d’enseignements de spécialités (trois puis deux uniquement à conserver), quantité de notes dans quantités de matières, quantité de voeux et de sous-voeux à faire, quantités d’écoles et d’universités qui traiteront quantité de dossiers. La question des « rythmes scolaires » ou les promesses selon lesquelles « les emplois du temps requièrent des simplifications » sont vides et creuses si on ne commence pas par supprimer les causes de ces rythmes débiles et la complexité kafkaïenne de ces emplois du temps. Et ces causes elles sont parfaitement connus et documentées par l’ensemble des acteurs de terrain, enseignantes, enseignants, personnels de direction et communauté éducative au sens large (sinon bah relisez les deux derniers paragraphes).

    Si la santé mentale est à ce point devenu un sujet d’inquiétude et d’alarme dans la jeunesse de notre pays, pour nos enfants, si le stress qu’ils éprouvent et si la pression qui pèse sur elles et eux sont si grands,  c’est parce que tout le projet politique de la droite au pouvoir et de sa politique éducative (Geffray, l’actuel ministre de l’éducation, était déjà l’homme de main – directeur de la DGESCO – sous Blanquer) est d’abord de fracturer des collectifs et de confier l’arbitrage de l’ensemble des espaces démocratiques de dissensus à des plateformes et à des intermédiaires techniques (étonnez-vous ensuite de l’échec des « concertations flash »). Et sur ce point le bilan d’Emmanuel Macron est un succès immense et total. Une boucherie.

    Rien d’autre ? Sérieusement ? Rien d’autre. Sérieusement. Pas un seul euro n’est nécessaire pour faire cela. Seulement du courage politique et l’envie de prendre soin d’une jeunesse qui est notre seule possibilité d’avenir.

    Rien d’autre ? Sérieusement ? 

    Ok. Puisque vous insistez alors oui.

    Oui il faut aussi signer des pétitions. Celle-ci demande l’abrogation de Parcoursup et un budget d’urgence. Je l’ai signée moi-même et vous encourage à le faire.

    Oui il faut aussi créer des places supplémentaires à l’université. Dans toutes les filières. Et particulièrement dans les universités parisiennes (parce qu’elles concentrent logiquement des densités de voeux et de population différentes de celle de la Creuse ou de l’Aveyron).

    Oui il faut aussi partout mettre de la régionalisation prioritaire y compris dans les filières dites sélectives (BUT, CPGE – classes prépa -, écoles d’ingénieur, etc.) parce que les régions sont suffisamment grandes, et parce qu’il est des affectations et des éloignements qui sont aujourd’hui principalement des arrachements. Je ne pense pas ici à celles et ceux qui pour différentes raisons se réjouissent d’être enfin loin ou enfin séparés de tout ou partie de leur famille. Celles et ceux-là pourront toujours rester suffisamment loin. Mais je pense à l’immensité des autres pour qui ne pas pouvoir rentrer chez soi, au moins une ou deux fois par mois ou à des coûts devenus exorbitants, est une peine qui s’ajoute à déjà tant de pénuries.

    Alors voilà. Ce mouvement de la jeunesse est une opportunité inouïe de prendre enfin en compte la seule chose qu’elle demande et l’unique devoir qu’envers elle nous avons : en prendre soin bien plus que de nous-mêmes.

    One More Thing.

    Si vous apercevez dans la rue, Jean-Michel Blanquer répétant que tous les lycéens qui l’abordent dans la rue le remercient, alors faites ce qu’Emmanuel Macron vous enjoignait de faire pour trouver du travail, traversez la rue. Traversez la rue et giflez-le. Giflez-le symboliquement, giflez-le du regard, giflez-le doucement, mais putain giflez-le. Parce que l’on peut toujours condamner la violence mais l’on ne peut jamais faire taire l’irrépressible, l’irréfragable envie de gifler celles et ceux qui à l’incurie politique ajoutent la provocation verbale et le mépris social.

    [Mise à jour du 26 Octobre 2026]
    Et les annonces du gouvernement sont … tadaaam …

    Alors d’abord il y a eu les déclarations du jour d’Emmanuel Macron qui n’a visiblement pas lu mon article et en remet une couche sur « c’est la faute aux réseaux sociaux » qui « déréalisent la violence« , qui « font venir des gens sur des pillages« , etc. Evidemment rien sur Cnews, Europe 1, et les autres médias qui en continu et avec une audience bien supérieure à n’importe quel post de n’importe quel réseau social, font chaque jour vasciller la concorde républicaine. Je l’avais déjà écrit en 2018 mais le président de la start-up nation est décidément bien un vieux con comme les autres.

    Mais venons-en aux annonces. D’abord notez que lesdites annonces ont été faites en priorité auprès … d’influenceuses et d’influenceurs (Anna Baldy et Mathilde Fouquet) avant d’y convier la presse généraliste et spécialisée. Ce qui est très bien mais qui n’a aucune forme de cohérence avec le discours tenu et entretenu au sujet des réseaux et médias sociaux. Le « en même temps » de la Macronie sur ce sujet comme sur tant d’autres transforme l’ouverture d’esprit en fracture du crâne. Les corps intermédiaires (syndicats notamment, journalistes accessoirement et puis aussi … les organisations lycéennes et étudiantes elles-mêmes …) c’est bien mais les influenceurs et influenceuses c’est mieux mais les réseaux sociaux abîment notre démocratie mais il faut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans mais quand on a un truc à dire aux moins de 15 ans on va quand même leur dire via des influenceurs et influenceuses … ¯\_(ツ)_/¯

    Nota-Bene : la conférence de presse annoncée pour 17h30 a été repoussée à 19h. Je mettrai donc de nouveau cet article à jour si nécessaire (mais j’en doute).

    Donc le gouvernement annonce (via Le Monde) :

    1. « Une réforme de la plateforme Parcoursup, avec de premiers ajustements en 2027, et envisage un remplacement en 2028 sans plus de précisions à ce stade ;
    2. 15 000 places supplémentaires seront créées dans l’enseignement supérieur, dont 10 000 en BTS, 4 000 en IUT et 1 000 dans les formations de santé ;
    3. La revalorisation des bourses étudiantes en fonction de l’inflation, afin de soutenir le pouvoir d’achat des étudiants confrontés à une précarité croissante ;
    4. Un fonds de rénovation sera débloqué pour le bâti universitaire. »

    Je vais m’abstenir de commenter le point 4 car … ça sent l’enfumage mais c’est un dossier très technique qui est miné par la loi LRU et le fait que le bâti universitaire est dévolu à charge des universités (en gros). Même si l’état met – heureusement – la main à la poche de temps en temps (rapport à nos impôts hein) je doute que de grandes avancées sur ce point soient possibles. Mais je ne demande qu’à être démenti. Notez que rien n’est dit pour l’instant sur la situation des lycées (d’où quand même tout est parti …), lycées qui sont certes dans le périmètre des régions mais avec là encore des financements de l’état vers lesdites régions qui sont à la munificence ce que le sandwich triangle est à la gastronomie.

    Concernant la revalorisation des bourses, il faut mesurer à quel point le cynisme est total car s’il faut un mouvement de jeunesse de l’ampleur de celui en cours pour piger que la précarité étudiante est croissante et que le niveau des bourses a depuis longtemps décroché du niveau de l’inflation … bah j’ai envie de dire Bismillah le foutage de gueule …

    Reste donc les 15 000 places crées à l’université, notamment et presqu’exclusivement en BTS et probablement en majorité autour de Paris. Alors c’est bien mais c’est, d’évidence, toujours notoirement insuffisant. Le choix d’orienter ces places presqu’exclusivement vers des BTS dit à la fois la prise en compte d’une urgence à soutenir ces filières qui ont majoritairement vocation à accueillir des bacheliers professionnels de plus en plus nombreux et de plus en plus abandonnés par la politique éducative des 10 dernières années, tous gouvernements confondus. Je rappelle ici que les lycées professionnels ont subi un empilement de réformes mortifères sans que l’opinion ne s’en émeuve particulièrement. Donc des places en BTS c’est bien, mais le différentiel est tel avec les places en IUT (qui ont plutôt vocation à accueillir des bacheliers technologiques) que l’on s’interroger sur la volonté de continuer de s’inscrire dans le schéma LMD (Licence Master Doctorat) qui faisait du bac+3 l’objectif à atteindre pour l’ensemble des catégories de bacheliers. Mais je sors un peu du sujet donc je m’arrête. Juste un truc quand même : créer des places c’est bien, les financer c’est mieux. Et depuis vingt-cinq piges que j’enseigne dans le supérieur, ce ne serait pas la première fois que des places sont crées sans aucun financement (la dernière fois c’était pour le passage du DUT au BUT). Et vu le discours sur la baisse démographique tenu par le gouvernement c’est pas exclu qu’ils nous expliquent qu’ils ne vont pas totalement financer lesdites places (oui ça baissera dans quelques années mais oui aussi les amphis sont toujours à 400 et les classes de lycées sont toujours à 38 donc bon la baisse bah on va pas s’en apercevoir tout de suite tout de suite).

    Et puis il y a donc … le remplacement de Parcoursup pour 2028 et de premiers ajustements en 2027. Ce qui est une manière de dire « on vous a entendus » et « par contre ça ne bougera pas avant les prochaines élections présidentielles. » Donc en gros bah … rien, que dalle, nawak. Sauf à faire du sujet Parcoursup une des patates chaudes de l’élection présidentielle. Et vu les programmes (ou l’absence de programme) des un.e.s et des autres sur ce sujet … ça ne sent pas bon mais alors pas bon du tout. Par ailleurs on entend que « pour répondre aux demandes des lycéens« , et dès cette année, les formations devront « justifier les refus des dossiers. » Je vais attendre avant de recommencer à insulter des ascendances mais si cela est avéré ce serait croquignolet de nous demander de justifier systématiquement des refus (on le fait par ailleurs déjà quand on nous sollicite hein …) après s’être obstinés à refuser de mettre en place une hiérarchisation des voeux et donc après avoir mécaniquement et mathématiquement noyé toutes les formations sous un nombre ingérable de demandes … Mais bon clairement ils en sont capables :-/

    Nous verrons si la conférence de presse de 19h30 annonce des éléments complémentaires mais en l’état … je vois mal comment ces annonces pourraient suffire à faire baisser les mobilisations en cours.

    [Mise à jour d’après la conférence de presse] Bon et bien … à part le fait d’avoir annulé les suppressions de postes dans l’enseignement (« annulation des 836 suppressions de postes et création de 500 postes de professeurs supplémentaires dans le second degré public à destination des lycées« ), on a quand même cette sortie, absolument lunaire d’Edouard Geffray qui ose vraiment tout (via le live du journal Le Monde) :

    Le ministre de l’éducation nationale a souligné qu’avec le contrôle continu, « des élèves vivent mal de devoir, dès le début de la première, jouer leur baccalauréat à chaque semaine et à chaque contrôle », reconnaissant que cette méthode d’évaluation « est vécue aujourd’hui comme un élément angoissant ». Il souhaite qu’un « chantier » soit ouvert « dès demain » sur cette question, en particulier en classe de première. Le ministre souhaite également une discussion sur les combinaisons de spécialités, relevant « plus de 300 combinaisons possibles » et appelant à leur « optimisation », ainsi que sur la place de l’enseignement scientifique et des mathématiques en terminale. »

     

    Avant d’être ministre, le gars était juste directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO) depuis 2019 !! C’est à dire que la réforme Blanquer qui a totalement désossé l’enseignement au lycée, le contrôle continu qui devient un continuum du contrôle, la fin des filières scientifiques et littéraires remplacées par une combinatoire ubuesque (les « plus de 300 combinaisons possibles »), tout ça … c’est lui. Faut vraiment être convaincu que mettre des lunettes suffit à ce que personne ne reconnaisse Superman dans Clark Kent pour ainsi faire semblant de découvrir aujourd’hui les problèmes qu’il a lui-même créé hier sous la férule de Blanquer.

    Sans surprise donc : « L’intersyndicale jeunesse appelle à poursuivre la mobilisation malgré les annonces du gouvernement. »

    Bismillah c’est la chenille qui redémarre.

    [Mise à jour du 30 Octobre] Julien Gossa vient de publier un thread sur Bluesky qui rappelle, liens à l’appui, à quel point le changement de discours autour de Parcoursup de la part du gouvernement est une hypocrisie totale. Il document également le niveau de foutage de gueule qui consiste à faire aujourd’hui semblant de découvrir des dysfonctionnements qui étaient pointés depuis 2018. Bref, le travail que mène Julien Gossa est, encore une fois, essentiel.

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    "L'IA est-elle vraiment au service de l'humanité ?"

    En février 2025, Paris accueillait en grande pompe le Sommet pour l'action sur l'intelligence artificielle. Chef·fes d'État et géants de la tech y célébraient une révolution, presque un miracle : des machines capables de comprendre et de produire du langage humain, promises au service de tou·tes. Mais que cache la magie des IA génératives ?

    Cet épisode du podcast du Festival des Solidarités remonte la chaîne de fabrication de l'IA, loin des paillettes et des émojis étincelles. Au bout du fil, il y a des centaines de millions de data workers, au Kenya et ailleurs dans les Suds, payé·es quelques centimes la tâche pour trier, annoter et nettoyer les contenus les plus violents du web, réduit·es au silence par des clauses de confidentialité. Il y a des data centers géants, voraces en eau et en électricité, pour lesquels on rouvre des centrales nucléaires. Il y a des mines, en Guinée et ailleurs, où l'on chasse les habitant·es de leurs terres pour extraire les minerais de nos écrans.

    Personne ne nous a demandé notre avis : nous avons reçu une notification, puis un nouvel usage est devenu indispensable. Alors, comment reprendre la main ? Comment penser un numérique non pas parfait, mais acceptable, sobre, choisi plutôt que subi ? Et où se trouvent les zones de résistance ?

    Militant·es d'hébergeurs associatifs, actrices de l'éducation populaire, réalisateur, chercheuses et société civile guinéenne croisent leurs regards pour démonter le récit technophile et tracer d'autres chemins. Un épisode de 22 minutes pour ne plus jamais regarder « le cloud » de la même manière, et pour rappeler, comme on dit en Guinée, que "ça va aller", à condition de continuer à se donner la main.

    Intervenant·es :

    • Mélissa Richard, chargée d'animation numérique, Ritimo
    • Henri Poulain, réalisateur du documentaire « Les Sacrifiés de l'IA »
    • Govi, militant de l'hébergeur associatif Grésille
    • Christophe, militant de l'hébergeur associatif Globenet
    • Alpha Baldé, coordinateur de Terrafrik en Guinée, association qui coordonne le Festival des Solidarités dans le pays.

    Extraits du documentaire « Les Sacrifiés de l'IA » :

    • Milagros Miceli, sociologue
    • Ana Valdivia, professeure à l'Oxford Internet Institute
    • Témoins anonymes, travailleur·ses de la donnée

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    Logiciel libre: « Passer d’une logique d’encouragement à une logique contraignante »

    Le 7 octobre 2026, la loi pour une République numérique a eu dix ans. Son article 16 dispose que les administrations « encouragent » l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts. Le verbe employé avait fait débat : en 2016, l'April, le CNLL et des parlementaires de tous bords réclamaient une « priorité », que la ministre et le Législateur n'ont pas retenue. Dix ans plus tard, le bilan est maigre. Les administrations achètent chaque année pour environ 1,5 milliard d'euros de logiciels à des fournisseurs extra-européens, dont au moins un milliard pour des logiciels qui ont déjà un équivalent libre. Aucune administration de l'État n'a fait massivement passer ses postes de travail sous un système libre depuis la Gendarmerie, qui avait achevé sa migration en 2014, avant même la loi (Cour des comptes, 2025).

    Ce constat vient de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les dépendances structurelles du secteur numérique, présidée par Philippe Latombe (MoDem), avec Cyrielle Chatelain (Écologiste) pour rapporteure. Son rapport, adopté le 8 juillet 2026, propose notamment de renforcer l'article 16 « en passant d'une logique d'encouragement à une logique contraignante ». Reste à savoir comment. Le CNLL y répond dans une proposition qui détaille aussi ce qui peut être engagé d'ici mai 2027.

    La règle proposée, que le gouvernement peut poser dès maintenant sans attendre une modification de la loi : quand une administration de l'État achète un logiciel, elle retient un logiciel libre, sauf justification écrite, publiée et examinée par l'autorité numérique de l'État. Deux mécanismes doivent empêcher cette règle de rester lettre morte. D'abord, la justification doit chiffrer le coût sur toute la durée du contrat (TCO ou coût total de possession), y compris celui d'un futur changement de fournisseur (coût de sortie). Ensuite, cette justification est examinée par ARIANE, l'autorité qui remplacera la DINUM (direction interministérielle du numérique) le 1er janvier 2027. Comme la règle ne vise que les nouveaux marchés et les renouvellements, le gouvernement fixe aussi une trajectoire pour le parc existant : les dépenses de licences propriétaires qui ont un équivalent libre (le milliard d'euros annuel cité plus haut) doivent être divisées par deux d'ici 2031 et ramenées à zéro en 2035.

    Sommaire

    Pourquoi l'encouragement n'a pas suffi

    Remplacer « encourager » par « donner la priorité » ne suffirait pas sans contrôle : deux priorités écrites existent déjà, toutes deux contournées. Le ministère de la Défense s'en était donné une par directive dès 2006. Il a pourtant signé en 2009, sans appel d'offres, le contrat « open bar » avec Microsoft, reconduit en 2026. Dans l'enseignement supérieur, la loi de 2013 dispose que « les logiciels libres sont utilisés en priorité ». Il a tout de même fallu une procédure du CNLL pour que l'École polytechnique suspende, en 2025, sa migration vers Microsoft 365. Dans les deux cas, l'acheteur a décidé seul : aucune autorité extérieure ne lui demandait de justifier son choix. La dépense, elle, continue de croître : rien que par l'UGAP (la centrale d'achat public), les achats de produits Microsoft sont passés de 233 à 293 millions d'euros entre 2024 et 2025, selon la commission d'enquête.

    La proposition du CNLL

    • La règle. L'article 16 demande déjà aux administrations de préserver « la maîtrise, la pérennité et l'indépendance » de leurs systèmes d'information. Dans cet esprit, le gouvernement pose une règle d'achat : les administrations de l'État retiennent les logiciels libres et les formats ouverts, sauf justification écrite. Une circulaire du Premier ministre et les textes qui créent ARIANE suffisent pour cela. La règle s'applique à tout nouveau marché et à tout renouvellement. Son extension aux opérateurs de l'État, aux entreprises publiques et aux concessionnaires de service public (que propose la commission d'enquête), puis aux grandes collectivités, demandera une loi, qui pourra aussi renforcer l'article 16 lui-même.
    • Les exceptions justifiées. L'acheteur qui écarte le libre indique les solutions libres qu'il a examinées et chiffre le coût sur toute la durée du contrat, sortie comprise. Il évalue aussi l'offre qu'il retient selon trois critères tirés du papier franco-allemand présenté plus bas : la possibilité de changer de fournisseur, la part de la valeur créée dans l'Union, la maîtrise de la technologie. Il joint un plan de sortie, qui dit comment l'administration pourra changer de solution à l'échéance ou en cas de coupure du service.
    • Le contrôle. La justification est examinée par ARIANE avant la signature du marché ou de sa reconduction. La DINUM, à laquelle elle succède, rend déjà un avis conforme (que l'administration est tenue de suivre) sur les grands projets informatiques de l'État. Depuis le décret du 18 mars 2026, cet avis vérifie le respect de l'article 16 et couvre aussi les suites collaboratives de plus de 2 millions d'euros par an. Le mécanisme existe ; il suffit de l'étendre aux achats de logiciels. Au-dessus de 2 millions d'euros, l'avis d'ARIANE est lui aussi conforme. Pour les marchés plus petits qui dépassent les seuils européens (ceux qui imposent une procédure formalisée), l'avis est consultatif et publié. Sous ces seuils, la justification est publiée et contrôlée par sondage.
    • La transparence. Les justifications sont publiées dans un registre ouvert. Chaque année, une annexe au budget mesure, ministère par ministère, la part du libre dans la dépense informatique et l'écart à la trajectoire de 2035.
    • Les moyens. Examiner des justifications et conseiller des acheteurs demande du personnel. La mission logiciels libres de la DINUM n'a jamais compté plus de trois équivalents temps plein. ARIANE se dote donc d'un bureau du logiciel libre (un OSPO, pour « Open Source Programme Office »), en réseau avec celui de la Commission européenne et ceux des autres États membres. Ce bureau privilégie les logiciels libres existants et travaille avec les éditeurs et les mainteneurs qui les développent. Dans les grands marchés de support sur logiciels libres, l'État contracte directement avec l'éditeur ou le mainteneur de chaque logiciel, pour qu'une part de la dépense revienne à ceux qui le font vivre. Un fonds finance enfin la maintenance des logiciels libres dont l'État dépend.

    L'appui d'un papier franco-allemand peu connu

    Le 17 juin 2026, la France et l'Allemagne ont publié un papier conjoint sur la souveraineté numérique pour orienter les travaux législatifs européens. Les deux gouvernements y écrivent qu'il faut « éviter l'enfermement propriétaire ». Ils veulent des systèmes conçus pour permettre « de changer de fournisseur et de technologie dans un délai raisonnable et sans dépenses excessives ». Le texte ajoute : « Des solutions open source peuvent et devraient jouer un rôle important à cet égard. » Le gouvernement français a donc déjà souscrit à ces objectifs ; il lui reste à les appliquer à ses propres achats.

    Le droit et les précédents étrangers

    Sur le plan juridique, le Conseil d'État a jugé en 2011 que désigner un logiciel libre dans un marché ne favorise aucun opérateur, puisque toute entreprise peut l'adapter et le maintenir. En mars 2026, le service scientifique du Bundestag a conclu, dans un avis qu'un acheteur peut réserver un marché à l'open source si cette restriction est justifiée, proportionnée et motivée par écrit. L'avis concerne le droit allemand, mais celui-ci transpose les mêmes directives européennes sur les marchés publics que le droit français. La règle proposée remplit ces conditions : elle est justifiée par l'objet du marché (pouvoir changer de fournisseur), proportionnée (elle admet des exceptions) et motivée par écrit à chaque décision.

    Dans les faits, l'Allemagne a pris de l'avance. La Thuringe inscrit une priorité au libre dans sa loi depuis 2020 ; au niveau fédéral, la loi sur l'administration électronique (EGovG) demande depuis 2024 de privilégier l'open source pour tout nouveau logiciel. Le Schleswig-Holstein, où le gouvernement du Land conduit lui-même la migration, montre qu'elle fonctionne. Sa messagerie est entièrement passée au libre en octobre 2025 ; près de 80 % des postes de son administration utilisaient LibreOffice en décembre 2025. En septembre 2026, la chancellerie du Land a fait passer ses postes de travail sous Linux.

    L'Italie montre à l'inverse ce que devient une règle sans contrôle. Depuis 2012, son code de l'administration numérique oblige chaque administration à comparer les solutions avant d'acheter un logiciel, en examinant d'abord la réutilisation d'un logiciel public existant puis le logiciel libre. L'administration ne peut acheter une licence propriétaire que si aucune de ces options ne convient. Mais c'est l'acheteur qui mène la comparaison ; aucune autorité ne la relit. En 2020, la Cour des comptes italienne constatait que 16,7 % seulement des logiciels en usage dans les collectivités relevaient des options que le code déclare prioritaires. C'est ce contrôle extérieur, absent en Italie comme en France, que la proposition confie à ARIANE.

    Quatre mesures d'ici mai 2027

    Ces mesures relèvent de l'initiative du gouvernement et peuvent être engagées tout de suite.

    1. Inscrire dans les textes qui créeront ARIANE au 1er janvier 2027 (ils ne sont pas encore parus) l'examen des justifications, le registre public et le bureau du logiciel libre.
    2. Exiger dès maintenant, par une circulaire du Premier ministre, une justification écrite et publiée pour tout achat de logiciel propriétaire par l'État.
    3. Créer, dans le budget pour 2027, l'annexe qui mesure la part du libre par ministère ; doter le fonds de maintenance, que la commission d'enquête propose elle aussi.
    4. Défendre la même règle au Conseil de l'Union, qui prépare sa position sur le règlement européen sur le développement du cloud et de l'IA (Cloud and AI Development Act) : son article 41, dans sa rédaction actuelle qui peut encore être amendée par le Conseil et le Parlement, se contente lui aussi d'« encourager ».

    Le texte complet de la proposition, avec ses références, est disponible sur le site du CNLL.

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    Réseaux sociaux et mouvements sociaux. Des lycées à l’Elysée.

    Depuis la fin de la semaine dernière j’ai passé plusieurs heures au téléphone avec plusieurs médias et journalistes au sujet des mouvements sociaux en cours et de la place et du rôle des réseaux / médias sociaux. Alors je vais tenter de poser ici, ce qui me semble essentiel dans ces échanges et qui (faute de place et de diverses contraintes que par ailleurs je comprends parfaitement) se trouvera trop souvent résumé et expurgé jusqu’à ne plus vouloir dire grand chose.

    D’abord je précise que je préfère parler de « médias sociaux » plutôt que de « réseaux sociaux ». Et ce car la fonctionnalité de mise en contact de profils – le côté réseau social donc – est de même niveau d’importance que la capacité d’accéder à des productions médias ou d’en devenir un soi-même – de média – au travers de logiques d’influence.

    Allez on y va.

    Alors quel est le rôle de ces fameux médias sociaux dans les mobilisations en cours ?

    Il s’agit en fait de trois rôles.

    D’abord une fonction d’organisation (en amont et en temps réel) qui passe par les « grands » médias sociaux au travers d’un filtre générationnel (dans les mouvements lycéens on est plutôt sur Snapchat et TikTok, dans les mouvements étudiants sur TikTok et Insta, etc.) mais aussi, pour cette fonction d’organisation, par tout l’éventail des messageries sociales : celles intégrées aux plateformes (DM Insta par exemple) ou celles externalisées et dédiées (Whatsapp, Telegram, Signal principalement).

    Ensuite une fonction d’appartenance : partager une vidéo, une image, un post, c’est acquérir du capital social. Simple, basique.

    Enfin une fonction de documentation. Documenter le réel, « son » réel, et le faire dans la perspective d’une archive sociale personnelle que l’on valorisera plus tard (un peu à lamanière des Dump sur Instagram) mais aussi avec la conscience un peu plus diffuse que ces éléments de documentation seront repris, dans d’autres espaces, médiatiques, et dans d’autres temporalités, sociales.

    Autre question récurrente : est-ce que c’est la faute des réseaux sociaux ?

    Est-ce que les réseaux sociaux génèrent les dérapages, les violences, les saccages, etc. ? Alors non. Juste non. NON. Il n’y a absolument aucune étude scientifique qui montre un lien de causalité directe, à l’échelle individuelle, entre des réseaux (médias) sociaux et des mouvements sociaux. Aucune.

    A l’exception de cas très circonscrits et spécifiques de radicalisations dans des milieux religieux (catholiques comme islamiques) où l’on a pu observer des profils s’étant principalement radicalisés (jamais exclusivement) via l’usage des médias sociaux, jamais un média social, jamais un réseau social n’a transformé un catho de droite traditionaliste en punk à chien anarchiste. Jamais. Et jamais non plus il n’a transformé un manifestant lycéen pacifiste en pilleur ou en black block. Les gens qui ont pillé et volé et agressé avaient la volonté et l’intention de le faire et l’auraient fait y compris si l’on vivait dans un monde sans aucun réseau social. Pareil pour celles et ceux qui partaient avec l’intention de manifester pacifiquement et joyeusement qui l’auraient également fait dans un monde totalement déconnecté.

    Et si quelqu’un prétend l’inverse, vous pouvez lui piller sa grand-mère (je plaisante).

    Alors il peut y avoir, par contre, des liens de corrélation, ça oui. A l’échelle individuelle comme à l’échelle collective. Les médias sociaux altèrent notre espace-temps communicationnel et à ce titre ils peuvent par exemple prolonger des colères au-delà du temps de la seule journée de manifestation. Ils peuvent aussi entretenir des sentiments de proximité avec des événements se tenant loin de notre géographie sociale directe. Ils peuvent enfin, sur le temps long (et j’insiste bien sur le temps long), accompagner des parcours ou des trajectoires militantes singulières, parce que sur le temps long ils « jouent » de leurs fonctions d’organisation, d’appartenance et de documentation sans cesse réactivable. Mais une bonne fois pour toutes, nonobstant les vociférations de plateau et les assertions péremptoires de personnalités en disette d’agenda autant que de réponses politiques, une bonne fois pour toutes jamais « les réseaux – médias – sociaux » n’ont transformé un manifestant pacifique et tranquille en pilleur pulsionnel.

    Et non, ce n’est pas parce que l’on voit des pilleurs qui partagent des vidéos de leur butin que ça donne à des manifestants des envies de piller aussi subites que des envies de pisser. La « mimesis de la violence » (je crois que c’est Attal qui a utilisé cette expression) n’est pas un putain de fichier excel dans lequel tu mets des gens dans la colonne 1, des images violentes dans la colonne 2, et où ta colonne 3 ne contient plus que des gens violents. Par ailleurs, à chaque fois qu’un représentant politique ou qu’un expert de plateau télé vous parle du rôle supposément causal que joueraient « les réseaux sociaux », souvenez-vous bien que ce faisant il omet surtout d’évoquer le rôle – toujours pas causal mais bien plus éminent – que jouent les médias d’information dits « classiques » (coucou Pascal Praud, Cyril Hanouna et la team Bolloré et les chaînes d’info continue). Et ils évitent aussi de vous parler … des causes de ces manifestations et des solutions politiques qui existent.

    Mais alors de quoi est-on absolument certain concernant le rôle des ces réseaux et médias sociaux ?

    Ah bé voilà la bonne question 🙂 Alors de quatre ou cinq choses, pas plus. C’est déjà pas mal ceci dit. Mais vraiment j’insiste, pas plus. Et comment en est-on certain ? Et bien parce que depuis les printemps arabes, depuis le mouvement des gilets jaunes, depuis la campagne du Brexit et le scandale Cambridge Analytica, depuis l’envahissement du Capitole et les deux élections de Trump, et depuis tout un tas d’autres révolutions et mouvements sociaux dans tout un tas de pays (démocraties ou non), il y a des universitaires qui font le taff et ont permis d’isoler un certain nombre d’invariants. Invariants que voici.

    Premièrement, Internet (et donc aujourd’hui les réseaux sociaux) a facilité l’organisation des révolutions (et des mouvements sociaux en général).

    Mais que, deuxièmement, il en a aussi presque toujours  compromis la victoire. C’est pas moi qui le dit (et le démontre) mais l’une des chercheuses de premier plan sur ces sujets, Zeinep Tufekci. Ici dans sa conférence TED, et surtout dans ses articles et livres dont le toujours formidable « Twitter et les gaz lacrymogènes. »

    Oui au début d’un mouvement, bien sûr que ça aide. Mais oui ensuite et vers la fin, ça finit toujours soit par se retourner soit par s’éteindre si les relais de la mobilisation des corps ne suivent pas ou ne suivent plus. Ce n’est pas pour rien que l’on parle de « mouvement » social. Un algorithme ne bouge pas, ne se déplace pas, ne fait pas barrage de son code.

    Troisièmement, les médias sociaux sont des « milieux », c’est à dire des biotopes partageant des fonctionnalités et des modes d’organisations communs (en gros les principes majeurs de viralisation algorithmique) et ils sont surtout des espaces éditorialisés. Avec là encore une règle simple : moins l’éditorialisation est ostensible (c’est à dire plus on vous explique que c’est « l’algorithme » qui choisit ce que vous voyez) et plus elle est majeure et prégnante dans l’ensemble des usages que l’on peut avoir d’une plateforme sociale (récréatifs, informatifs, etc.)

    Quatrièmement, les chiffres de la viralité ne disent jamais rien des intentions de la viralisation. Je m’explique. On parle beaucoup (notamment via une étude Visibrain très reprise sur plein de plateaux), des chiffres hallucinants en nombre de vues et de partages de certains contenus. Plusieurs millions, dizaines ou même centaines de millions. Les chiffres sont en effet très impressionnant. Même si l’on sait que pour TikTok par exemple, ça monte très vite sans aucune forme de rationalité, et que l’on sait aussi par ailleurs que toutes les plateformes ont menti, mentent et mentiront encore sur les chiffres réels « d’engagement ». Mais Ok, les chiffres sont en effet impressionnants. Ils sont d’ailleurs … aussi faits pour ça. Mais ces chiffres ne disent absolument rien des motifs de partage : il y a des partages d’adhésion, des partages de condamnation et de désaccord, des partages de mise à distance, des partages « leurre » (qui visent à laisser croire que l’on adhère ou que l’on condamne mais qu’en tout cas on n’est pas indifférent), des partages de moquerie, etc. Pour une vidéo de pillage partagée 400 000 fois, combien de ces partages ont été faits pour la dénoncer, pour s’en indigner ? Qui pose cette question sur les plateaux actuels qui ne parlent que de la violence et du rôle de Tiktok et des autres ? Personne. Absolument personne.

    Cinquièmement, accrochez-vous bien mais, internet, les algorithmes et les médias sociaux sont … de droite. Oui oui. De droite. Et d’une droite très conservatrice et très réactionnaire. Très. Bah oui. Alors bien sûr dit comme ça cela peut paraître un peu contre-intuitif puisqu’à longueur de journée médiatique on nous explique que ce serait de la faute de LFI (bah non), de l’ultra-gauche, et que tous ces casseurs et militants en ligne seraient majoritairement « degôch ». Mais ce devrait être assez simple de vous en convaincre : allez lire par exemple mon article de 2021 dans lequel je vous expliquais et démontrais que « oui, les algorithmes – et les médias sociaux – sont de droite. » Et je le faisais en m’appuyant – notamment – sur les travaux universitaires de Jen Schradie dans son ouvrage « The Revolution That Wasn’t : How Digital Activism Favors Conservatives » (2019) qu’elle résumait elle-même ainsi (lisez attentivement ce qui arrive, notamment ce que je souligne) :

    « J’ai étudié l’activisme en ligne d’une trentaine de groupes, de tous bords politiques, qui militaient à propos d’une question locale en Caroline du Nord, et j’ai découvert que les groupes les plus à droite étaient les plus actifs en ligne. Il y a trois raisons à cela : les différences sociales, le niveau d’organisation des groupes et l’idéologie. D’abord, les classes plus aisées sont plus présentes en ligne que les classes populaires. Elles disposent de meilleures organisations, plus accoutumées à la bureaucratie. Enfin, les conservateurs, comme les membres du Tea Party, ont un message plus simple et abordent moins de sujets que les groupes de gauche. Ils ont l’impression que les médias mainstream ne relaient pas assez leur parole, ce qui les incite d’autant plus à se doter de leurs propres instruments de communication. L’idéal de liberté se partage plus facilement sur les réseaux sociaux que celui d’égalité. Au vu du contexte actuel, je pense donc que le discours de droite sera d’autant plus dominant sur les réseaux pendant la pandémie. »

     

    Alors certes (et heureusement quand même) il existe bien sûr des espaces numériques militants de gauche et de gauche radicale, mais ils sont, à l’échelle de la dynamique comme de la sociologie actuelle des plateformes sociales, immensément minoritaires.

    J’en viens au point Pascal Praud de cet article (c’est un peu comme un point Godwin, ça ne fait pas avancer le débat mais putain ça détend). Pascal écoute-moi bien. Les casseurs, les pilleurs, les vermines, les racailles qui cassent et se prennent en photo avec leur butin : ce sont des pratiques de droite. Oui mon Pascalou. Ces racailles sont du même camp que toi. La droite. Parce que jamais un gauchiste radicalisé n’ira piller autre chose que des symboles républicains ; il enfilera un gilet jaune à une Marianne, il barbouillera le portrait de Macron, mais il ne s’appropriera pas le travail de quelqu’un d’autre, parce que pour la racaille de gauche Pascalou, l’idéal d’égalité demeurera toujours supérieur à l’idéal de liberté, il n’ira jamais à peine rentré revendre et remettre en marché le fruit de son larcin, et le « servez-vous et les mains invisibles du marché et des assurance feront le reste » bah ça, c’est de droite mon Pascalou. Fin du point Pacal Praud. Je suis détendu (un peu). Je redeviens sérieux.

    One more thing.

    Vous avez vu ? Un mouvement lycéen. Qui s’organise, se documente, et qui produit de l’émancipation politique, ou en tout cas de la culture politique ; dans les manifs, dans les blocus, dans les battle d’aura. Ces jeunes citoyens et citoyennes dans la rue avec leurs revendications tellement raisonnables, tellement lucides, tellement politiques. Vous avez vu ? Bien. Et maintenant souvenez-vous. Souvenez-vous des dernières annonces et projets gouvernementaux d’il y a quelques semaines, quelques mois. Il s’agissait d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Il s’agissait d’interdire les téléphones portables y compris aux lycéens et lycéennes au sein même de leurs lycées. Et on se demandait – certains en tout cas – si derrière ces archaïques pulsions d’interdiction, sociétalement irrationnelles et inapliquables en droit, on se demandait s’il n’y avait pas autre chose, si ce n’était pas l’éternel retour du vieux rêve des gouvernements conservateurs : celui d’un pays, d’une jeunesse, celui d’une classe qui se tient sage. Parce que c’est en effet notre leur projet. Quelle formidable réponse de cette jeunesse. Quelle formidable leçon. Et pour le reste …

     

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    BarkDog 1.0, un Raspberry Pi qui tient le journal des nuisances sonores

    BarkDog est un logiciel libre, sous licence MIT, qui transforme un Raspberry Pi et un micro USB en enregistreur de nuisances sonores. Une IA qui tourne sur la carte reconnaît aboiements, hurlements, musique ou travaux, et ne garde que les épisodes, horodatés et scellés par une empreinte SHA-256. Les voix humaines sont rendues muettes par défaut, et aucun son ne part sur Internet.

    La version 1.0 vient de sortir.

    Pourquoi

    Quand une nuisance sonore se répète la nuit, la première chose qu’on vous demande est un relevé : quels jours, à quelle heure, combien de temps. Le tenir à la main est épuisant, et un dictaphone qui tourne toute la nuit produit des heures d’audio que personne n’écoute. BarkDog fait ce tri tout seul.

    Fonctionnement

    1. Le Pi écoute en continu, à 16 kHz, avec un filtre coupe-bas contre le ronflement électrique.
    2. Toutes les demi-secondes, le modèle YAMNet de Google (521 classes de sons AudioSet, au format TensorFlow Lite) attribue un score à chaque nuisance choisie.
    3. Au-delà du seuil, un épisode commence, avec les dix secondes qui précèdent. Il se termine après un calme réglable.
    4. Le fichier WAV reçoit une chronologie par catégorie et une empreinte SHA-256, inscrite dans un journal CSV qui n’est jamais réécrit.

    Tout tourne sur la carte. Un Raspberry Pi Zero 2 W suffit ; les Pi 3, 4 et 5 conviennent aussi.

    Treize nuisances sont proposées (aboiements, hurlements, coqs, chats, musique, basses, travaux, pétards, tondeuses, deux-roues, alarmes, klaxons…), avec un seuil par nuisance si besoin. Des « sons à ignorer » annulent une détection quand ils dominent : les canards, par exemple, sont souvent confondus avec des aboiements.

    Vie privée

    Enregistrer les paroles d’autrui sans leur consentement est interdit (article 226-1 du Code pénal). Dès que l’IA entend une voix, BarkDog efface ce passage du fichier, avec de courts fondus, et le signale sur la frise. On peut aussi choisir d’écarter complètement un épisode composé surtout de parole.

    La page web

    Une page en Python pur, sans framework, sert de tableau de bord depuis un téléphone :

    • écoute de chaque épisode, avec une frise par catégorie et des boutons pour sauter au bon moment ;
    • journées repliables, filtres jour ou nuit, graphique par jour, exports CSV ;
    • annotations (faux positif, notes) stockées à part, corbeille ;
    • mode test qui affiche les scores de l’IA en direct, pour régler les seuils sans rien enregistrer ;
    • interface en français et en anglais.

    Côté sécurité : mot de passe haché en PBKDF2, sessions signées, protection anti-CSRF, CSP stricte, services systemd cloisonnés (l’enregistreur n’a même pas accès au réseau). La page est prévue pour le réseau local ou un VPN, pas pour une exposition directe sur Internet.

    Ce que ce n’est pas

    Les niveaux sont relatifs et le micro n’est pas calibré : ce n’est pas un sonomètre, et le journal ne remplace pas un constat de commissaire de justice. C’est un outil pour objectiver la répétition et les horaires, et pour arriver devant un conciliateur ou un propriétaire avec autre chose qu’une impression.

    Installation

    Sur Raspberry Pi OS 64 bits, avec un micro USB :

    git clone https://gitlab.com/lbstephane/barkdog.git ~/barkdog
    cd ~/barkdog && ./install.sh
    

    Le script installe les dépendances et le modèle, règle l’heure, demande le mot de passe de la page et crée les deux services.

    Contribuer

    Le développement se fait sur GitLab, avec un miroir sur GitHub. Les retours, tickets et contributions sont les bienvenus, en particulier sur les micros qui fonctionnent bien en extérieur et sur la qualité de détection selon les environnements.

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    Négrophobie, violences d'Etat et territoires à décoloniser

    Le 19 mai 2026, Survie Paris-IDF organisait une soirée intitulée "Négrophobie, violences d'État et territoires à décoloniser" à l'occasion de la la "journée nationale de commémoration des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition" qui a lieu tous les 10 mai en France depuis 2006.

    Depuis 2006 en France, le 10 mai est la "journée nationale de commémoration des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition". Cette date fait référence à la date d'adoption par le Sénat, le 10 mai 2001, du texte définitif de la loi mémorielle "Taubira".

    20 ans plus tard, la France s'est abstenue lors du vote de la résolution de l'ONU pour reconnaître la traite et l'esclavage des Africain-es comme "plus graves crimes contre l'humanité", l'élection de quelques personnes noires lors des dernières municipales suscite des déferlements racistes violents, les violences policières sur les corps noirs et arabes se multiplient en toute impunité, la pauvreté demeure systémique dans les territoires dits d'outre-mer.

    Tous ces éléments témoignent de la persistance d'un imaginaire colonial et raciste qui imprègnent les institutions de la République, impactant à la fois la politique étrangère et la politique intérieure française.

    Une table ronde animée par DAWUD BUMAYE, éditrice de la revue antiraciste et féministe Dissidente, et membre de Survie. Avec les interventions de :

    • MABOULA SOUMAHORO, maîtresse de conférence à l'université, spécialiste en études de la diaspora noire africaine.
    • THEO LUBIN, fondateur et militant du collectif du 10 mai et membre fondateur du mouvement international pour les réparations.
    • FATOU DIENG & AKUVI, membre fondatrice et membre soutien du Réseau d'Entraide Vérité et Justice.
    • AMINATA KONATE, Militante à Humans For Women et créatrice de contenu, titulaire de la page @amyxus_ sur Instagram et TikTok.

    Voir la vidéo sur le Youtube de Survie :

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    Parcours libriste de Julie Rymer — « Libre à vous ! » du 13 octobre 2026 — Podcasts et références

    288ème émission « Libre à vous ! » de l’April. Podcast et programme :

    • sujet principal : Parcours libriste de Julie Rymer de BIRU : interview d’une seule personne pour parler de son parcours personnel et professionnel
    • chronique d'Antanak intitulée « Jeunes et autodéfense numérique »
    • chronique de Maryse Artiguelong intitulée « Ados et médias sociaux, l’interdiction ? »
    • Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre

    Rendez‐vous en direct chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur 93,1 MHz en Île‐de‐France. L’émission est diffusée simultanément sur le site Web de la radio Cause Commune. Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio : pour réagir à l’un des sujets de l’émission, pour partager un témoignage, vos idées, vos suggestions, vos encouragements ou pour nous poser une question. Le numéro du répondeur : +33 9 72 51 55 46.

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    3 articles

    CPDP 20th international conference

    CPDP (“Computers, Privacy and Data Protection”) is a non-profit platform founded in 2007 by research groups at the Vrije Universiteit Brussel, the Université de Namur, and Tilburg University, later joined by INRIA and the Fraunhofer Institute for Systems and Innovation Research. Today, CPDP is carried by 20 academic centres of excellence from the EU, the US, and beyond. Based in Brussels, CPDP has become a world-leading multidisciplinary conference, convening a global community across research, policy, practice, civil society, and technology to engage with cutting-edge developments in privacy and data protection.

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    Créer un outil pédagogique en ECSI

    Cette formation complète le cycle destiné aux animateurices et formateurices, co-organisé par le réseau ritimo et la Fédération Artisans du monde (Semaine de formation à l'animation en ECSI, Formation de formateurices...).

    À qui s'adresse cette formation ?

    La formation s'adresse à toute personne qui souhaite créer un jeu pédagogique d'ECSI.

    Objectifs spécifiques de la formation

    • pouvoir identifier tous les types d'outils pédagogiques et leurs intentions
    • savoir expliquer les théories autour de la pédagogie du jeu
    • pouvoir mettre en œuvre les étapes de construction d'un outil pédagogique.
      A la fin de la formation, les stagiaires auront construit le canevas de leur outil pédagogique et auront reçu un retour critique de leurs pairs.

    Méthode mobilisée et méthode d'évaluation

    La formation est rythmée par des apports théoriques, de l'expérimentation collective et des travaux en petits ou grands groupes. Tous ces temps se déroulent de façon participative, de manière à s'appuyer sur l'expérience et les savoirs des participant·es et d'être en mesure de répondre à leurs attentes, besoins et interrogations.
    Une évaluation des connaissances est réalisée en amont, puis à mi-parcours, à la clôture et à moyen terme de l'action de formation. Un livret de formation est distribué aux stagiaires.

    Déroulé

    Jour 1 : Savoir définir un outil pédagogique

    • Qu'est-ce qu'un outil pédagogique ? Qu'est-ce qu'une intention pédagogique ? Expérimentation et analyses de plusieurs outils
    • Connaître et débattre de la pédagogie du jeu
    • Connaître les différentes mécaniques de jeux.

    Jour 2 : Construction d'un outil pédagogique

    • Le rôle de l'animateurice, le rythme...
    • Création du prototype
    • Tests des prototypes réalisés
    • Planifier son débriefing

    Pré-requis

    • Avoir animé au moins 5 séances d'ECSI dans sa vie.
    • Avoir un besoin/une idée de création d'outil pédagogique (plutôt jeu).

    Matériel requis

    Cahier/crayons ou ordinateur pour prendre des notes.

    Informations pratiques

    • Dates : jeudi 18 et vendredi 19 novembre 2027
    • Durée : 2 journées, soit 14 heures de formation
    • Modalités de formation : en présentiel
    • Lieu : au Jardin d'agronomie tropicale, 45 Av. de la Belle Gabrielle, 75012 Paris
    • Horaires : le jeudi, 9h30 à 18h, et le vendredi, de 9h à 17h30.
    • Nombre d'inscriptions : 6 personnes minimum, 20 personnes maximum.
    • Date limite d'inscription : 3 novembre 2027 (Note pour les personnes bénéficiaires de la formation professionnelle : il est fortement recommandé de s'inscrire au plus tard un mois avant la formation pour que nous puissions vous faire parvenir devis et convention).
    • Formateurices/intervenant·es : Erika Girault, chargée des formations pour la Fédération Artisans du monde et Charlie Spagnol, référent·e Animation et création pédagogique pour KuriOz.
    • Accessibilité : Toutes les salles accueillant nos formations sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Si vous avez d'autres besoins nécessitant que nous adaptions nos modalités pédagogiques, contactez-nous soit à l'adresse mail mentionnée ci-dessous, soit par téléphone, ou précisez-le dans le formulaire de demande d'inscription.
    • Précautions sanitaires : Nos formations en présentiel se déroulent dans le respect des gestes barrières et d'un protocole sanitaire mis en place pour la protection de tou·tes (aération de la salle et port du masque FFP2 recommandé).

    Frais pédagogiques

    • 30 € - Étudiant·es et chômeur·ses (sur justificatif) ;
    • 60 € - Membres et relais du réseau ritimo ou Artisans du Monde ;
    • 80 € - Bénévoles, volontaires du milieu associatif ;
    • 700 € - Salarié⋅es bénéficiaires de la formation professionnelle.

    Formulaire de demande d'inscription en ligne

    Pour faire une demande d'inscription, merci de compléter le formulaire de demande d'inscription (lien à venir). Une fois votre demande d'inscription validée, nous vous demanderons un acompte de 15 euros à l'ordre de ritimo (21 ter rue Voltaire 75011 Paris) pour confirmer votre inscription. Celui-ci sera encaissé si vous annulez votre participation moins de deux semaines avant la formation.

    Contact

    Myriam Merlant, chargée des publications et des formations pour le réseau ritimo,
    par courriel (m.merlant (chez) ritimo.org) ou au téléphone (06.21.82.09.34).

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    Khrys’presso du lundi 19 octobre 2026

    Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


    Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

    Brave New World

    Spécial IA

    Spécial connards de l’OpenSource

    Spécial Israël

    Spécial femmes dans le monde

    Spécial France

    Spécial femmes en France

    Spécial médias et pouvoir

    Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

    Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

    Spécial résistances

    Spécial outils de résistance

    Spécial MAGAM et cie

    Les autres lectures de la semaine

    • When No ID Means No Internet : Age Verification and the Right to Access Information (eff.org)

      Age verification proposals are often presented as a simple tradeoff : sacrifice a little privacy to better safeguard children online. But that framing overlooks a more fundamental question. What happens to people who cannot verify their age at all ? This is particularly a problem when users are required to prove their age with identity documents.

    • What’s Wrong with GitHub (gnu.org)
    • Ce que Blanquer a fait aux lycéens (et à leurs profs) (blogs.mediapart.fr)
    • « Cette jeunesse ne veut plus seulement changer l’école, elle veut changer le monde ». Entretien avec Louis Boyard (contretemps.eu)
    • La Totale (blog.mondediplo.net)

      Immense némésis : il ne s’agit même plus de Parcoursup ici, de désindexation des retraites là, d’APL ailleurs. Il s’agit de tout. Aucun pouvoir ne peut rien quand c’est tout qui vient en question. C’est-à-dire quand se redresse la souveraineté primitive du peuple, niée par la souveraineté usurpatrice du capital et des marchés. Cette gigantomachie devait finir par avoir lieu. Nous y voilà. […] Quoi qu’il arrive désormais, ce pouvoir a perdu. En dix ans, le macronisme a très littéralement détruit le pays. Il sombre dans la honte et le dégoût. Longtemps nous avons attendu le moment de lui présenter la note. Le voici. […] La Totale, c’est donc l’arrivée à son paroxysme d’une configuration de l’État bourgeois qu’on voyait se profiler depuis longtemps déjà : réduit à deux ministères. Le ministère du budget et le ministère de l’intérieur. Ou, pour le dire autrement : le ministère des amis (exemptés d’impôt) et le ministère des ennemis (de l’intérieur).

    • Gaz lacrymogène : quelles conséquences sur la santé des manifestant·es et des policiers ? (madeinperpignan.com)

      De multiples reportages ont montré des CRS qui s’entraînent à s’y accoutumer afin d’être ensuite plus efficaces en opération. Au final, ils y sont peut-être autant, voire plus exposés que les manifestants eux-mêmes. Avec des conséquences considérables sur leur santé.

    • Les absent·es ont toujours tort (oblique-revue.org)

      Pourquoi le validisme demeure-t-il un angle mort si persistant des mouvements d’émancipation ?

    • How Vincent van Gogh’s Sister-in-Law Worked Tirelessly to Make Him Famous (openculture.com)

      No artist, no mat­ter how soli­tary by nature, becomes a cul­tur­al phe­nom­e­non alone.

    Les BDs/graphiques/photos de la semaine

    Les vidéos/podcasts de la semaine

    Les trucs chouettes de la semaine

    Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

    Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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    2 articles

    Formation de formateurices

    Cette formation permet aux participant·es d'approfondir leurs compétences en ingénierie de formation et de renforcer leurs capacités de transmission pédagogique par le biais de l'éducation populaire.

    À qui s'adresse cette formation ?

    Elle s'adresse à toutes les personnes qui s'organisent en collectifs et associations ou qui interviennent en contexte pédagogique (animateur·trices expérimenté·es, formateurices, enseignant·es, éducateurices...) souhaitant réinterroger leurs pratiques.

    Lors de la dernière session de formation organisée en juin 2025, le taux de satisfaction des stagiaires (8 personnes au total) est de 5/5.

    Objectifs spécifiques de la formation

    • Lister différentes approches pédagogiques
    • Analyser sa propre posture de formateurice
    • Construire une séquence pédagogique adaptée à ses publics
    • Choisir des outils adaptés à ses objectifs

    Méthode mobilisée et méthode d'évaluation

    La formation est rythmée par des apports théoriques, de l'expérimentation collective et des travaux en petits ou grands groupes. Tous ces temps se déroulent de façon participative, de manière à s'appuyer sur l'expérience et les savoirs des participant·es et d'être en mesure de répondre à leurs attentes, besoins et interrogations. Un éclairage méthodologique et technique adapté au niveau des participant⋅es est assuré par les formateurices.
    Une évaluation des connaissances est réalisé en amont, puis à mi-parcours, à la clôture et à moyen terme de l'action de formation. Un livret de formation est distribué aux stagiaires.

    Déroulé

    Jour 1 : Connaître les métiers de la formation et se connaître en tant que formateurice

    • Qu'est-ce qu'une formation ? Travail sur les définitions et triangle de l'apprentissage
    • Questionner sa posture : penser sa posture de formateurice, les profils de formateurices
    • Être capable de se sortir de situations insatisfaisantes : jeu des carrés et théâtre forum.
    • Quels peuvent être les rapports de domination en situation de formation ?
    • Formation et handicap : chiffres clés sur le handicap, rendre accessibles les formations, cadre législatif et ressources.

    Jour 2 : Ingénierie pédagogique : être capable de construire une formation

    • Quelles sont les différentes étapes de l'ingénierie pédagogique ?
    • Les différentes approches pédagogiques
    • Construire son déroulé pédagogique : être capable de définir des objectifs, choisir ses méthodes, supports et techniques en fonction des objectifs spécifiques de la formation.
    • Évaluer les acquis.

    Pré-requis

    • Avoir une expérience d'animation, quelle que soit la thématique ;
    • Avoir un projet de formation sur lequel travailler.
      Cette formation est animée en langue française.

    Matériel requis

    Cahier/crayons ou ordinateur pour prendre des notes.

    Informations pratiques

    • Dates : jeudi 25 mars et vendredi 26 mars 2027
    • Durée : 2 journées, soit 14 heures de formation
    • Modalités de formation : présentiel
    • Lieu : Jardin d'agronomie tropicale, 45 Av. de la Belle Gabrielle, 75012 Paris
    • Horaires : le lundi de 9h30 à 18h, et le mardi de 9h à 17h30.
    • Nombre d'inscriptions : 6 personnes minimum, 20 personnes maximum.
    • Date limite d'inscription : 10 mars 2027 ((Note pour les personnes bénéficiaires de la formation professionnelle : il est fortement recommandé de s'inscrire au plus tard un mois avant la formation pour que nous puissions vous faire parvenir devis et convention).
    • Formateurices/intervenant·es : Erika Girault, chargée des formations pour la Fédération Artisans du monde et Myriam Merlant, chargée des publications et des formations pour ritimo.
    • Accessibilité : Toutes les salles accueillant nos formations sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Si vous avez d'autres besoins nécessitant que nous adaptions nos modalités pédagogiques, contactez-nous soit à l'adresse mail mentionnée ci-dessous, soit par téléphone, ou précisez-le dans le formulaire de demande d'inscription.
    • Précautions sanitaires : Nos formations en présentiel se déroulent dans le respect des gestes barrières et d'un protocole sanitaire mis en place pour la protection de tou·tes (aération de la salle et port du masque FFP2 recommandé).

    Frais pédagogiques

    • 30 € - Étudiant·es et chômeur·ses (sur justificatif) ;
    • 60 € - Membres et relais du réseau ritimo ou Artisans du Monde ;
    • 80 € - Bénévoles, volontaires du milieu associatif ;
    • 700 € - Salarié⋅es bénéficiaires de la formation professionnelle.

    Formulaire de demande d'inscription en ligne

    Pour faire une demande d'inscription, merci de compléter le formulaire de demande d'inscription (lien à venir). Une fois votre demande d'inscription validée, nous vous demanderons un acompte de 15 euros à l'ordre de ritimo (21 ter rue Voltaire 75011 Paris) pour confirmer votre inscription. Celui-ci sera encaissé si vous annulez votre participation moins de deux semaines avant la formation.

    Contact

    Myriam Merlant, chargée des publications et des formations pour le réseau ritimo,
    par courriel (m.merlant (chez) ritimo.org) ou au téléphone (06.21.82.09.34).

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    4 articles

    Interview croisée d'Agnes Crepet (Fairphone) et Gaël Duval (Murena et /e/OS)

    Interview croisée d'Agnes Crepet (Fairphone) et Gaël Duval (Murena et /e/OS)

    (Je mets ici la vidéo Youtube parce que ça aidera le média et la chaîne d'avoir des vues sur ce canal, surtout au début, mais vous pouvez aussi accéder à la même vidéo sur Peertube 😇 Lire notre politique médias sociaux)

    Ce qui suit est une retranscription de l'interview réalisée en visio le vendredi 9 octobre avec Agnes Crepet et Gaël Duval. Cette retranscription a été éditée pour plus de lisibilité. Merci à Agnes et Gaël, deux actrices et acteurs clés de l'écosystème alternumériste d'avoir consacré du temps pour répondre à mes questions. Bonne lecture !


    Alternatives numériques : Commençons par vous présenter. Vous êtes l'une et l'autre deux voix fortes de l'écosystème alternumériste francophone, et je suis ravi et honoré de m'entretenir avec vous pendant une heure, qui plus est de manière croisée. Je vous pose des questions, mais n'hésitez pas à vous répondre entre vous, il y a une part d'informel dans notre échange. Agnès, tu commences ?

    Agnes Crepet : Je m'appelle Agnes Crepet, je travaille chez Fairphone depuis à peu près huit ans, où je suis Head of Software Engineering : je gère toutes les activités d'ingénierie logicielle. L'objectif de l'activité logicielle chez Fairphone, c'est de faire durer le téléphone, ce qui est un vrai challenge dans l'industrie mobile actuelle. On fait aussi beaucoup d'open source, on y reviendra. J'ai quelques activités à côté de Fairphone : je siège au conseil d'administration de Commown, une coopérative qui fait de la location de matériel électronique pour le faire durer plus longtemps, et au conseil d'administration du Mouton Numérique, une association qui travaille autour des notions technocritiques, et pas qu'avec des informaticiens et informaticiennes.

    Gaël Duval : Je suis Gaël Duval, un ancien informaticien. J'ai commencé dans l'open source, mais c'était au siècle dernier. Il y a huit ans, j'ai créé /e/OS, un système d'exploitation mobile qui respecte par défaut les données personnelles et professionnelles, ainsi que la société Murena, qui porte ce projet sur le plan commercial. Ce qu'on porte, c'est une nouvelle manière de voir la tech et les produits numériques : nous proposons qu'elle soit par défaut vertueuse et au service de l'humain, et pas avant tout et essentiellement au service de la finance. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne souhaite pas de succès commercial, au contraire : un projet qui marche bien commercialement va généralement plus loin et marque davantage son écosystème. On veut avoir cette empreinte positive sur le monde et pour nos enfants. Je dirige donc la e.foundation, la partie non lucrative du projet, et Murena, sa partie commerciale.


    Le Fairtech Summit

    Alternatives numériques : Vous travaillez respectivement chez Fairphone et Murena, deux structures de pays et de tailles différentes, qui travaillent ensemble et évoluent dans le champ des « alternatives numériques ». Vous revenez tout juste du Fairtech Summit, qui s'est tenu ce mardi. On peut dire sans trop se tromper que l'événement est encore peu connu du grand public. C'est l'occasion de le présenter, de dire ses objectifs et le retour que vous en faites. Qui veut commencer ?

    Gaël Duval : Je peux présenter l'événement, on a participé à son organisation de manière très active. Le Fairtech Summit, c'est nouveau, c'est le premier, et ce n'est pas le dernier, puisqu'on a déjà prévu au moins les deux prochaines éditions, en 2027 et 2028. L'idée, c'est de réunir les acteurs européens qui portent cette manière plus positive de concevoir la tech. On passe notre temps derrière les écrans, on se connaît tous, Fairphone, mais plein d'autres, dans plein de pays européens, et l'idée est de se retrouver, de mettre des visages sur des noms et des identifiants de messagerie, manger ensemble, prendre des cafés, discuter, et faire des progrès en anglais, parce qu'il faut bien communiquer dans une langue commune. Cette année, c'était au Luxembourg. On va essayer de changer de ville européenne chaque année, pour montrer que ce n'est pas un truc franco-français, allemand ou anglais, mais un projet vraiment pan-européen. Je crois que c'est un marqueur de nos projets aujourd'hui : on est une génération qui arrive enfin à travailler ensemble, de provenances différentes, ce qui était sans doute plus compliqué avant, ne serait-ce qu'à cause de la langue. On voit des gens beaucoup plus à l'aise en anglais, même si on a tous notre accent pourri et qu'on se comprend plus ou moins bien, et ça me rend très optimiste pour la suite.

    Agnes Crepet : Je complète par ma propre expérience. Je n'étais pas dans l'organisation comme Murena, j'étais au programme committee, la sélection des talks. Il y avait une forte diversité. Même si l'événement n'est pas encore très connu, ça a permis à plein d'acteurs de l'industrie mobile alternative de se retrouver. On se voit beaucoup en ligne, beaucoup moins en vrai, donc c'était chouette. L'anecdote, c'est Shift, une boîte allemande assez similaire à Fairphone, qui essaie de faire un téléphone plus durable et qui fait beaucoup d'open source. Je ne les avais jamais vraiment croisés en vrai sur une longue période : deux jours, mais on a eu deux dîners ensemble. En quelques heures, on a pu parler de beaucoup de problèmes communs et de comment les résoudre. C'est un peu toute l'ambition du Fairtech. D'ailleurs, le talk du CTO de Shift était vraiment chouette : il parlait très peu de son projet, c'était un appel à bosser ensemble. Ça paraît naïf, on croit que ça se fait tout le temps, mais pas forcément : il y a aussi des boîtes en compétition, et il faut dépasser ça pour porter un projet à plus fort impact.

    Alternatives numériques : Les talks ont-ils été enregistrés, y aura-t-il des retransmissions ou des comptes rendus ?

    Gaël Duval : A priori non, je ne crois pas que ça a été filmé et ce n'est pas prévu. On peut l'envisager pour les prochaines éditions, mais déjà, réussir à faire ce premier événement, que ça existe sans trop de problèmes, c'est un challenge.

    Alternatives numériques : Combien de personnes étaient présentes ?

    Gaël Duval : Une centaine, non ?

    Agnes Crepet : Oui, une centaine. La salle était bien pleine, un peu trop petite.

    Alternatives numériques : Ce salon sert aussi à tisser des liens entre acteurs de l'écosystème alternumériste, ou « Fair Tech ». L'un des coorganisateurs est d'ailleurs Fairtec, un collectif qui regroupe, à date, quatre acteurs : /e/OS, Fairphone, TeleCoop, un opérateur mobile coopératif, et Commown. Son mot d'ordre, que j'aime beaucoup, c'est « Et si vous preniez part au numérique du monde d'après ? »

    Agnes Crepet : Il y a plus d'acteurs que ça en réalité. TeleCoop, c'est en France, mais il y a leurs équivalents en opérateurs MVNO alternatifs, comme Wetell en Allemagne, ou Neibo aux Pays-Bas et en Belgique. Il y a aussi Shift qui a rejoint l'initiative. En fait, selon la langue que tu sélectionnes sur le site, tu vois les acteurs correspondant au pays. Le collectif a grossi, une petite dizaine d'acteurs, en gros.


    Le partenariat Fairphone et /e/OS

    Alternatives numériques : C'est réjouissant de voir que le partenariat initié en 2020 perdure et même se bonifie. Sur le site de Fairphone, pour chaque modèle, on peut choisir le mode standard avec Android by Google, ou, de façon très ergonomique et bien mise en valeur, le même Fairphone avec /e/OS préinstallé. Comment ça a commencé ?

    Gaël Duval : On connaît tous les deux l'histoire, on verra si c'est la même. De mon point de vue, dès 2019, on cherchait une solution côté matériel. Nous, on est une boîte de logiciel : on ne fait pas de matériel, ou très peu, et ce n'est pas notre but. À l'époque, on vendait essentiellement du reconditionné, et on n'arrivait pas à répondre à la demande, on avait plus de demandes que l'offre ne permettait de couvrir, et on commençait à toucher les limites du reconditionné sur les téléphones de l'époque. Et puis un jour, par hasard, là, je deviens un peu mystique, je crois au destin même si je ne peux pas le prouver, je vais à un workshop open source à Bruxelles. C'est sans doute la première fois que je rencontre Agnes physiquement. On discute, et un ou deux mois plus tard on se retrouve à Amsterdam pour parler d'un éventuel partenariat. Ça a grossi, avec une convergence très forte en termes de valeurs. Pour nos utilisateurs, cette complémentarité entre le matériel et l'OS est excitante : beaucoup sont fiers d'avoir un Fairphone avec /e/OS, parce que ça répond à une demande croissante d'une tech plus européenne, plus vertueuse, plus durable, qui respecte les données personnelles. Aujourd'hui, l'aboutissement de tout ça, c'est le Fairphone avec /e/OS. On a plein d'autres versions avec d'autres fabricants, mais c'est avec Fairphone que ça va le plus loin.

    Agnes Crepet : Je suis assez d'accord. Et effectivement, c'est dans cet événement à Bruxelles qu'on s'est rencontrés, d'où l'importance de se voir en physique, ça fait accélérer les choses. L'initiative Fairtec n'a pas créé cette collaboration entre Murena et Fairphone, mais c'est une belle illustration de ce que peut être Fairtec : la même chose existe avec Commown, quand le site renvoie vers la location. On voulait mettre ça en avant pour inspirer d'autres initiatives. C'est là que Shift a rejoint un peu plus tard, parce que Shift peut aussi s'associer à Commown, par exemple. L'idée, c'est que la personne qui ne connaît que Murena se dise : « tiens, je peux être encore plus vertueux en achetant le matériel chez eux ou en le louant chez Commown ».

    Alternatives numériques : Je l'avais noté dans l'article de septembre sur le test du combo Fairphone 6+ et /e/OS 4. En tant qu'acteur extérieur, je salue cette collaboration : sur le site de Fairphone on achète directement un Fairphone sous /e/OS, on peut passer chez Commown ; sur le site de Murena (lien affilié) on achète aussi des Fairphone ; chez Commown on peut louer son Fairphone en ajoutant la préinstallation d'/e/OS. Dans tous ces parcours, on reçoit un téléphone où /e/OS est préinstallé : la partie un peu technique de départ disparaît, on allume le téléphone comme n'importe quel autre. Une dernière chose sur ce partenariat : a-t-on le droit de parler chiffres, ne serait-ce que des ordres de grandeur ou des pourcentages ?

    Agnes Crepet : Non, je ne peux pas donner ces chiffres. Est-ce qu'on est plus gros que Murena ? Ça dépend ce qu'on appelle « plus gros ». En volume de clients, peut-être. Mais si l'idée était de dire que Fairphone apporte à Murena, je pense que l'inverse est tout aussi vrai, et je veux le souligner même sans donner de chiffres. Je croise tout le temps des gens qui sont venus à Fairphone parce qu'il y avait l'alternative /e/OS pré-flashée.

    Alternatives numériques : C'est important à souligner : il y a une vraie différence entre rendre un OS alternatif disponible en disant « débrouille-toi pour le flasher », et le fait de pouvoir l'acheter pré-flashé. Ça compte beaucoup, et c'est vertueux dans ce sens-là.

    Gaël Duval : J'ai juste un chiffre de mon côté : cet été, on a dépassé les 100 000 utilisateurs réguliers de smartphones /e/OS. Ça donne une idée d'un volume qui devient significatif. Et sur l'année 2025, le marché du smartphone était en déclin en volume, de plusieurs pourcents, 4, 5, 6 ou 7, je ne sais plus. Sans divulguer de secret, je pense que Fairphone a fait une excellente année, et nous aussi, en très forte progression. Et en 2026, on continue sur une année en très forte progression, sur un marché globalement atone. Ça donne une idée. Aujourd'hui, pour te différencier sur ce marché, tu as intérêt à avoir quelque chose à raconter à tes utilisateurs, et ce n'est pas le nombre de mégapixels en plus qui fera la différence, tout le monde fait la course à l'échalote là-dessus. Ce qui différencie, c'est que ton téléphone est plus vertueux, plus durable, qu'on peut en changer la batterie, qu'il a un OS qui ne pompe pas tes données et ne viole pas ta vie numérique en permanence. Ce genre de discours intéresse les utilisateurs et fait la différence, et on le voit très bien.


    Murena et la e.foundation

    Alternatives numériques : Gaël, comment ça va chez la e.foundation et chez Murena ? Combien êtes-vous, combien de développeurs et développeuses, où en êtes-vous de vos objectifs, quelles sont vos récentes actualités ?

    Gaël Duval : Sur Murena, on est une soixantaine de personnes à travailler tous les jours sur le projet, en plus d'une communauté assez large qui contribue, traductions, rapports de bugs, et surtout beaucoup de tests de l'OS. Côté actualité, il y a la nouvelle version 4, cette année, qui intègre pas mal de nouveautés dont un backup complet. On a aussi le workspace, parce qu'on ne fait pas que l'OS mobile : l'espace de travail en ligne se développe énormément, avec une forte traction, et on va y investir de plus en plus, en particulier sur le B2B. On était plutôt sur un marché de particuliers, et on va de plus en plus vers le monde professionnel, pas par goût particulier, mais parce qu'on a une demande importante, liée au contexte géostratégique et à la recherche de solutions plus européennes, qu'on maîtrise davantage. Ce qu'on fait est européen, et open source, donc sans surprise sur ce qui se passe dedans. De plus en plus d'entreprises, de collectivités territoriales et d'agences d'État nous contactent. On développe donc des produits dans ce sens : un workspace plus professionnel, un MDM [ndr : mobile device management ou gestion de terminaux mobiles] pour gérer des flottes de smartphones, et on adapte /e/OS pour qu'il s'intègre dans des contextes IT professionnels avec un existant déjà en place. On est en train de pas mal grossir : d'ici un an, on ne sera peut-être pas une centaine, mais pas loin, parce qu'on recrute beaucoup. On a accès à du financement privé et public, avec un soutien très fort de l'Union européenne. On est dans une phase ascendante et très excitante, avec plein de projets, un peu trop sans doute.

    Alternatives numériques : J'aimerais que tu reclarifies les liens entre la e.foundation et Murena, parce que ce n'était pas tout à fait clair pour moi : qui fait quoi, qui travaille où, qui finance quoi ? Le code de /e/OS, qui est open source, est-il plutôt géré par la e.foundation ?

    Gaël Duval : Historiquement, j'avais créé la e.foundation au début pour gérer la campagne Kickstarter, qui a été le déclencheur du projet, il fallait une structure. Je me suis dit que ça suffirait ; en fait, non, et c'est pour ça que j'ai créé Murena, pour développer la partie commerciale, parce que tout ça coûte cher à développer. Les deux subsistent. La e.foundation reste en non-profit, et je pense que c'est une garantie forte pour les utilisateurs et le monde de l'open source que le produit aura toujours un cœur open source, inaliénable, qu'on ne peut pas acheter. C'est une promesse importante. Il n'y a pas de salariés à la e.foundation, mais il peut y avoir des prestataires, et un budget propre qui vient de dons, donations, subventions. Murena vit sa propre vie, avec ses propres financements. Et le lien entre les deux, il n'y en a pas vraiment, pas d'accord commercial. C'est juste un socle commun : l'open source. Des licences libres permettent aux deux de contribuer à hauteur de leurs moyens, sans friction sur la propriété intellectuelle. Et dans l'open source, si tu n'es pas content d'un produit et que tu ne te mets pas d'accord avec celui qui le maintient, tu peux forker, en respectant les licences. C'est ce qui permet aux deux entités de vivre quasi indépendamment. C'est un peu abusé de le dire, puisque je dirige les deux, mais c'est ce qui maintient la cohérence. Ce ne sont pas tout à fait les mêmes objets : la e.foundation a aussi vocation à évangéliser sur les problématiques de collecte des données personnelles, elle a par exemple créé un jeu de cartes pour aborder ces questions de manière ludique.


    Fairphone et le FP6+

    Alternatives numériques : Agnes, même question : comment ça va chez Fairphone ? Combien êtes-vous ? Quelles actualités ? Votre arrivée aux États-Unis ?

    Agnes Crepet : C'est super de voir que les deux structures se portent bien, sur un marché qui décline. Pour Fairphone, 2026, c'est plutôt bien. On n'a pas encore les résultats du deuxième semestre, mais si tu compares le premier semestre 2026 à celui de 2025, on a augmenté nos ventes de 75 %, et même de 116 % au premier trimestre. C'est assez incroyable de voir la demande augmenter. On a aussi passé cette année la barre du million de devices vendus depuis le début de Fairphone, et 500 millions de revenus cumulés. Mais je tourne toujours ça du côté de l'impact : l'idée originelle de Fairphone n'a pas changé d'un poil, c'est de maximiser l'impact et de montrer aux autres qu'on peut faire les choses différemment. Cette croissance est au service de ça. Le million de devices et les 500 millions de revenus, ça sert quand tu es en négociation avec un fabricant de puces, pour obtenir des licences ou discuter avec d'autres acteurs : ça montre que tu es légitime, que l'électronique durable sur dix ans, ça marche. C'est plutôt chouette. Par rapport à mon arrivée il y a huit ans, je ne dirais pas que c'est simple de bosser chez Fairphone, Gaël dirait pareil, c'est toujours compliqué d'être dans un David contre Goliath, et la majorité des acteurs de l'électronique ne font pas comme nous. Mais c'est plaisant de voir cette pente ascendante, avec le soutien des consommateurs, de plus en plus nombreux, et du marché B2B, qui s'intéresse à arrêter d'acheter un device neuf tous les deux ou trois ans pour ses employés, et à passer sur du trois à cinq ans. Et puis il y a l'influence européenne : je ne dirais pas que c'est Fairphone qui a fait les réglementations dans le sens de la durabilité, mais des acteurs comme Murena, Fairphone et d'autres y ont contribué. L'Eco-design directive ou l'indice de réparabilité européen pourraient être mieux, mais ils existent, et c'est grâce à des acteurs comme nous. En termes d'effectifs, on est à peu près 200. Dans mon équipe, j'ai entre 20 et 30 personnes. C'est chouette parce qu'on a plus de moyens qu'à mon arrivée, où on était trois ingénieurs en développement. Ça change plein de choses : on peut s'organiser pour faire plus de R&D. Le plus difficile, c'est que le reste du marché ne va pas dans le sens de la réparabilité. Il y a un mouvement positif du côté des consommateurs et des lois européennes, mais c'est toujours aussi dur de convaincre certains acteurs de l'industrie de faire de la longue durée. Heureusement qu'on grossit, parce que c'est le fait d'être un peu plus gros qui nous donne du poids.

    Alternatives numériques : Précise un peu, parce que ma compréhension, c'est que le marché du smartphone est saturé, presque toute la population mondiale qui pourrait en vouloir en a un, donc votre croissance signifie que vous grignotez des parts de marché à d'autres, ce qui montre que des gens sont séduits par des smartphones plus durables. Et puis, pour rebondir sur les annonces de Google qui passe à sept ans de suivi logiciel : ça va dans le bon sens, ou c'est de la poudre aux yeux ?

    Agnes Crepet : Le support logiciel long terme, ça va dans le bon sens. Mais c'est la réglementation européenne. Le 26 juin 2025, l'Eco-design directive est sortie et interdit à tout fabricant de mettre sur le marché un téléphone sans cinq ans de support logiciel après la fin des ventes. Comme les téléphones restent en vente environ deux ans en général, devine quoi : 5 + 2 = 7. Donc de plus en plus d'acteurs, pas que Google, proposent un support long. Il y avait déjà de grands fabricants qui le faisaient, notamment Apple, mais ce n'était pas la majorité. Je pense que c'est cette réglementation qui a insufflé ça, pour être très honnête. Après, quand je dis que le reste ne va pas dans mon sens : si tu lèves le capot de ton téléphone, prenons le capteur d'empreintes. Chez Fairphone comme chez Murena, on n'est pas sur des dumb phones : ce sont des téléphones grand public, avec une connectivité et des composants standards. Quand tu intègres un capteur d'empreintes, il faut le choisir pour que son firmware soit maintenu plusieurs années, que tu récupères le code source. Et là, c'est toujours très difficile, et il n'y a aucune réglementation : aucune loi n'oblige le fabricant du capteur à fournir le code une fois le support terminé, ni à faire du support long terme. La réglementation européenne n'a pas encore atteint les composants du téléphone. C'est à nous, fabricants, de faire le boulot. Je ne suis pas pessimiste, mais c'est le fait d'être un peu plus gros qui nous donne du poids. Là, je vais passer du temps en Chine prochainement, en octobre, et c'est toujours compliqué avec certains composants. Il y a le stress général de la mémoire, le prix de la mémoire augmente, notamment à cause de l'IA, et ça stresse toute l'industrie électronique. Chaque fabricant réagit différemment. Nous, on ne se base pas sur l'ODM, l'Original Design Manufacturer, c'est-à-dire la société qui assemble nos téléphones : on a notre propre vision du choix des composants. La plupart des fabricants de taille moyenne contractualisent avec un ODM en lui disant « je veux un écran OLED, un processeur avec un peu de support long », et l'ODM choisit tous les composants. Nous, depuis le début, grâce à notre politique sur les matériaux, avec des fair materials minés de manière plus équitable, recyclés, sans financement de conflits armés, et notre exigence de revenu décent pour les gens de toute la chaîne d'approvisionnement, on s'intéresse à la chaîne d'approvisionnement et à tous les composants. On ne se contente pas de la liste de fournisseurs de notre ODM. Et donc on voit bien que ça ne va pas dans le bon sens, que c'est toujours aussi dur, voire plus, parce qu'ils sont stressés. Pour caricaturer, sur le capteur d'empreintes, le fournisseur va te dire : « je te donne le firmware pour deux ans et c'est fini, et non, je ne donnerai pas le code après ». Je ne dirais pas que c'était mieux avant, mais il y avait plus de failles dans le système, ou des fabricants qui laissaient le code plus facilement.

    Gaël Duval : D'où l'intérêt d'avoir des firmwares open source, idéalement.

    Agnes Crepet : Exactement. Et ça, c'est extrêmement compliqué à obtenir. La grosse subvention européenne qu'on a eue avec Murena et 36 autres acteurs va dans le sens de développer cette stack, bien souvent beaucoup trop propriétaire. Il y a vraiment de l'ingénierie là-dedans, ce n'est pas simple, sur tous les composants liés à l'obsolescence rapide. L'écran, un peu moins, mais tout ce qui est NFC, capteur d'empreintes, processeur, caméra, beaucoup plus.

    Alternatives numériques : Et ce sont des composants qui peuvent donner lieu à des failles de sécurité, donc c'est particulièrement sensible.


    Le Fairphone 6+ et la tension écologique

    Alternatives numériques : Vous avez sorti en septembre le Fairphone 6+, celui que j'ai testé en avant-première. Mon précédent Fairphone testé était un Fairphone 4, donc j'ai pu voir la différence. Au delà de mon propre test, les avis sur le Fairphone 6 sont très positifs. Mais du coup, un peu pour te titiller : le FP6+ sort avec un peu plus de RAM et un processeur un peu plus récent. D'un point de vue écologique, on peut se demander pourquoi sortir un FP6+, et comment vous gérez cette tension entre suivre le marché (où la tendance c'est de sortir un smartphone tous les ans) et respecter vos valeurs ?

    Agnes Crepet : C'est une bonne question. Je rigole, parce que quand je suis arrivée chez Fairphone avec mon Fairphone 2, un gamin qui livrait de la nourriture à la cantine m'a dit : « c'est génial, vous avez un téléphone vintage, j'adore », et on était quatre ans après la sortie du 2. Ça reflète bien ce que je vais te répondre. D'abord, on l'a déjà fait : le Fairphone 2.5, le Fairphone 3+ un an après le 3. Ce n'est pas la première fois qu'on sort un téléphone un an après.

    Alternatives numérique : Mais le 3+ avait une meilleure caméra et un meilleur audio.

    Agnes Crepet : C'est vrai. Sur le 4, on avait même préparé une version avec une meilleure stack logicielle de caméra, sans la vendre. On s'interroge toujours sur ce rythme de sortie de téléphone, ça c'est vrai. Personnellement, je ne pense pas que ce soit une mauvaise idée, parce que l'idée c'est que les gens qui ont déjà un Fairphone le gardent, mais il y a une énorme marge de manœuvre sur les autres : beaucoup de gens ne connaissent pas notre démarche et n'ont pas de Fairphone. Il faut donc un produit assez attrayant pour ceux qui veulent acheter un nouveau téléphone en faisant attention, tout en préservant les anciens. D'ailleurs on a des chiffres, ceux-là je peux en parler : ceux qui achètent un Fairphone 6 n'ont pas acheté le 5. Très souvent, les utilisateurs du 6 qui avaient déjà un Fairphone venaient du 3. On fait donc tout pour que les gens gardent leur téléphone : programmes de fidélité, batterie proposée moins chère, c'est souvent elle qui rend le téléphone plus lent, donc on encourage à la changer. Et pour revenir aux gamins dans l'ascenseur, c'est compliqué d'acheter un téléphone un peu vieillissant, surtout sur un public grand public. Mon père, par exemple : ce n'est pas un gros tech, mais quand il achète un téléphone, il en veut un qui soit un peu récent. Et il n'est pas seul, c'est un public important. Si le téléphone est trop ancien, c'est dur de convaincre quelqu'un qui n'a jamais acheté de Fairphone. Ce qu'on a fait sur le 6+, c'est réutiliser un maximum de la stack existante : le processeur est un Snapdragon identique à celui du 6, mais un peu plus puissant, donc on garde la même stack logicielle et on ne remultiplie pas tout le travail logiciel. On s'est appuyé au maximum sur le 6, en améliorant ce qui pouvait déplaire. Et sur la RAM, malgré les problèmes mondiaux autour de la mémoire, on avait réussi à sécuriser une quantité un peu plus importante. Et surtout, on n'a pas retiré le 6 du marché : l'ambition, c'est d'offrir une option à celui qui dit « je suis un gros gamer, les 8 Go ne me suffisent pas », lui, il a l'offre à 12. C'est dans ce sens qu'on le voit : répondre aux gens sensibles aux spécifications techniques. Pourquoi avoir mis autant de temps sur la caméra ? Parce que, tout durable que tu sois, si la caméra ne marche pas, beaucoup de gens ne prendront pas le téléphone. Les dernières R&D de Fairphone, sur trois ou quatre ans, ont beaucoup porté sur la caméra. Ça permet d'attirer des gens un peu moins « verts », qui ne sont pas prêts au compromis sur le confort.


    /e/OS 4 et la « dépendance » à Google

    Alternatives numériques : Gaël, à toi. Vous êtes passés à la version 4 de /e/OS cette année. Le Fairphone 6 a été vécu comme l'année de maturité de Fairphone ; est-ce pareil pour /e/OS ? Qu'est-ce qui est stabilisé, qu'est-ce qui reste compliqué, quelles sont vos priorités ? Et comment vous projetez-vous dans un moment où Android se resserre, où on s'est même demandé si Google ne préparerait pas une séparation d'Android et de Google avec sa propre surcouche ? Espérez-vous être un jour affranchis d'AOSP, la sous-couche sur laquelle reposent LineageOS et /e/OS ?

    Gaël Duval : Sur /e/OS 4, les principales nouveautés, c'étaient le backup et la restauration : si tu perds ton téléphone ou s'il se fait voler, tu peux réinstaller facilement un nouveau téléphone depuis un backup et retrouver tes applications, bien arrangées à l'écran, tes configurations. C'est une belle avancée. Il y a aussi un gestionnaire de mots de passe, très demandé et ultra pratique. Et des choses plus mineures mais cohérentes avec ce qu'on développe, comme la dictée vocale qui devient hors-ligne, sur le téléphone, alors qu'avant elle passait par une API externe, ce qu'on nous avait beaucoup reproché. Ensuite, on a énormément de projets : si j'en parle, on remet un jeton pour une heure. On ne veut pas se limiter à l'OS, et de toute façon on ne peut pas. Le workspace Murena fait d'ailleurs le succès de /e/OS : si tu adoptes un OS mobile mais que tu continues à utiliser Gmail, ton calendrier Google et tes contacts Google, ça n'a aucun sens, autant rester chez Google. Notre workspace propose tout ça avec la même promesse de non-collecte des données. La dictée hors-ligne va dans ce sens. On va donc sortir des produits complémentaires, le navigateur web, la suite Office, etc., dans l'esprit open source et utilisables par tous. C'est comme quand je faisais Mandrake et que j'essayais de rendre Linux accessible : avec /e/OS, la mission de Murena, c'est de rendre un OS open source plus vertueux, avec une promesse forte sur la vie privée, accessible à tout le monde. Et il faut que ce soit acceptable : si au bout de dix minutes ta mise en page casse dans tous les sens avec ta suite Office, la personne retourne chez Microsoft et on n'en parle plus. On a l'opportunité de proposer une gamme de services et de produits cohérents, ce qui va aussi dans le sens du B2B.

    Sur Google et l'environnement, je tiens à préciser un point important, parce qu'il y a un énorme malentendu sur le mot « Android ». Dans un téléphone « Android », il y a deux parties : le socle open source, AOSP, l'Android Open Source Project, et par-dessus un énorme bloc propriétaire, pas du tout open source, fait par Google. Les deux ensemble, c'est Android, vendu comme Android commercial. Nous, on ne fait pas Android : /e/OS est un fork d'AOSP [NDR : plus précisément, /e/OS est un fork de LineageOS qui est lui-même un fork d'AOSP]. On prend AOSP, on le modifie, et par-dessus on ajoute ce qu'on trouve dans l'open source et nos propres développements, comme Advanced Privacy (lire mon test d'/e/OS à ce sujet). Il y a plus de différence entre un Fairphone avec /e/OS et un téléphone avec Android de Google qu'entre un Fairphone avec /e/OS et une autre marque avec /e/OS. L'expérience utilisateur et la promesse produit sont totalement différentes.

    Sur l'écosystème, effectivement, ça se resserre. Google essaie toujours de couper la concurrence et de réduire l'ouverture, la plupart du temps sur des arguments de sécurité. Ça va devenir très compliqué d'installer des applications tierces sur Android de Google [ndr : voir la campagne Keep Android Open pour en savoir plus]. Nous, ça ne nous concerne pas directement, on pourra toujours utiliser sur /e/OS des applications faites pour Android. Mais il reste de gros morceaux, et aujourd'hui le gros morceau, c'est l'attestation. Quand une application s'exécute sur /e/OS, elle vérifie, via des mécanismes liés à Google, que le téléphone est légitime et que l'application peut s'exécuter dessus. C'est un très gros challenge, parce que Google essaie de faire en sorte que ça ne fonctionne plus chez nous et chez les équivalents. Pour l'instant, ça fonctionne toujours, et de mieux en mieux, mais il y a ce sujet sur l'attestation. Il va falloir créer une nouvelle proposition d'attestation pour le mobile qui ne dépende pas de Google, d'autant que c'est totalement hors des clous au niveau du DMA [ndr : Digital Market Act, le gros règlement européen sur les marchés numériques]. Il faut convaincre tout le monde qu'il y a un sujet, dire à Google d'arrêter, mais aussi proposer. Il y a plein d'acteurs qui bossent sur ce sujet : Volla en Allemagne, nous, d'autres. Il y a une première proposition, Unified Attestation, dont on fait partie, mais on veut aller plus loin. C'est un truc à faire connaître : en France, on nous demande des solutions plus souveraines, et que fait une application comme France Identité ? Elle repose sur Google pour décider si le téléphone est légitime. C'est une espèce de paresse totale à regarder vraiment ce qu'on fait : les équipes de France Identité mettent du Play Integrity dans leur application, et ça pose des problèmes à plein d'éditeurs, souvent les banques, et les solutions de paiement. Le message qu'on veut faire passer, c'est qu'aujourd'hui, sur un Fairphone ou un Murena officiels vendus sur Murena.com, les téléphones fonctionnent très bien avec 99 % des applications bancaires et des applications courantes. Par contre, la version community fonctionnera moins bien, pour plein de raisons : l'attestation, mais aussi parce que le bootloader n'est généralement pas refermé, et c'est typiquement le genre de chose que les applications bancaires vérifient et qui les empêche de fonctionner. Donc il y a une tension : on la résout très bien sur les appareils officiels, c'est plus compliqué sur la version community. Mais au fond, il faut qu'on travaille tous ensemble pour qu'en Europe on ait une réglementation beaucoup plus coercitive vis-à-vis de Google, pour qu'ils arrêtent, sous des prétextes de sécurité fallacieux, d'imposer des choses qu'on ne maîtrise pas. C'est aujourd'hui notre principale dépendance, celle dont on veut s'affranchir.

    Agnes Crepet : Et je rajouterais un truc sur l'identité numérique : il y a une recommandation européenne qui arrive, avec une mise en place obligatoire dans chaque pays. À la base, l'ambition était de se passer des Big Tech, en disant que chaque pays fasse son truc à lui, pour que ce soit souverain. Or des pays l'ont fait correctement, mais pas la France. Les concepteurs des outils de chaque pays, comme si le message n'était pas passé, s'appuient sur ce qu'il y a de plus facile ou de moins coûteux, les solutions enclaves d'Apple, le Play Integrity, pour aller vite, parce que les délais étaient courts. Résultat : pour plein d'OS alternatifs, ça devient compliqué. C'est fou.

    Gaël Duval : C'est fou. Et pour aller plus vite, c'est sans doute une raison, mais pas la seule. On discute avec pas mal d'acteurs dans différents pays là-dessus, et on est obligés de leur expliquer. Dès qu'on leur dit « vous avez vu ce que vous êtes en train de faire ? », gentiment, ils regardent et ils te disent : « ah oui, effectivement, qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce que vous proposez ? » Ils n'ont pas conscience. Le Play Integrity, c'est le problème de base : c'est perçu comme un simple aspect technique et fonctionnel, et si tu ne regardes pas de près, tu ne vois pas à quel point ça peut être un verrou pour empêcher la concurrence de s'exprimer librement. Ce n'est pas écrit dans le SDK Android : « attention, si vous faites ça, vous n'êtes plus un produit européen et vous avez une dépendance forte à une entreprise américaine qui peut vous couper l'accès », comme ils l'ont fait à Guillaume, le juge de la CPI, et d'autres, et comme ils continueront à le faire. Il faut parler de tout ça, prendre conscience, dire à Google « stop, on n'en veut plus ».

    Agnes Crepet : D'ailleurs, je fais la pub d'un partenaire rencontré au Fairtech Summit, Yivi, qui propose une identité digitale via une application, entièrement open source et sans Play Integrity. J'ai demandé à la personne qui a fait le talk quelle était leur relation avec les gouvernements : c'est compliqué aussi pour eux, ils démarchent des États, mais ça n'a pas l'air simple. En tout cas, ça vaut le coup de promouvoir leur solution.

    Alternatives numériques : Vous trouvez que les oreilles sont plus attentives en ce moment, à une époque où on n'a jamais autant parlé de souveraineté ou d'indépendance stratégique ? Est-ce plus simple de faire comprendre vos arguments ?

    Gaël Duval : Sur la partie logicielle, oui, ça va plutôt dans le bon sens. Il y a eu le DMA, il y a le paquet sur la souveraineté numérique sorti en juin. Au niveau européen, il y a un soutien fort. Je ne dirais pas autant au niveau national : en France, c'est catastrophique. Mais la Commission européenne bouge dans le bon sens. Il faut garder la tête froide, parce qu'entre les textes, le DMA, les directives, et leur application, il y a une marge colossale. En face, tu as Google, Microsoft, Apple, les gatekeepers, qui ont les utilisateurs en main, essayent d'être moins-disants, de restreindre le périmètre d'application, de négocier, de tordre le bras, surtout sur le DMA, et très souvent avec des arguments de sécurité : « il faut garantir la sécurité de nos utilisateurs, c'est notre priorité ». C'est très compliqué. Il faut se mettre à la place des gens de la Commission, qui doivent en même temps dire aux régulateurs « il y a des enjeux, il faut faire comme ça » et faire face à des géants qui disent oui et puis font moins, ou autre chose que ce qui était prévu. C'est contre ça qu'il faut lutter. Il y a des choses qui vont dans le bon sens : quand tu ouvres un téléphone Google pour la première fois, tu dois désormais choisir ton navigateur web. Ce n'est pas parfait, mais c'est dans le bon sens. Il faut aller beaucoup plus loin, et l'attestation en fait partie, mais pas seulement.


    Conclusion : la juste place de la tech

    Alternatives numériques : Dernière question, un peu plus philosophique. Comment vivez-vous la période que nous vivons, et quelle est la juste place de la tech dans cette période ? Réponse ouverte, mais le challenge est de la faire en une minute chacun.

    Agnes Crepet : Je peux démarrer. J'ai un côté assez enthousiaste au quotidien, au regard du travail que je fais : j'ai l'impression qu'il y a un impact possible, qui résulte en actions dans le bon sens, comme celles qu'on a évoquées. Mais si je fais un pas de côté et que je regarde l'état de la tech dans le monde, et ce qu'elle a pu renforcer dans un état mondial qui n'est pas au beau fixe, là, oui, je suis forcément un peu plus inquiète. Mais je pense que la prise de conscience est déjà une bonne chose. Il y a un bouquin sorti la semaine dernière de Thibaut Prévost, qui avait écrit Les prophètes de l’IA, que j'avais bien aimé. Son dernier livre s'appelle Technologies du coup d'État. Il y parle justement du rôle de la tech, on parle aussi beaucoup de technofascistes aujourd'hui, du rôle de la tech dans certains gouvernements, par exemple le gouvernement Trump, pour prendre le pouvoir et confisquer beaucoup de droits liés à la citoyenneté dans son pays. Bref, ce sont des choses qui me questionnent, qui sont assez éloignées de Fairphone dans mon quotidien, mais qui, en tant que techniciens et techniciennes, sont importantes à évoquer. Parce qu'on est aussi les représentants de cette tech, quelque part. Et c'est d'autant plus important qu'on essaie de montrer qu'il y a des alternatives possibles, pas seulement sur la durabilité, mais aussi sur ce que peut faire cette tech dans le monde, au regard du poids qu'ont ces acteurs au niveau géopolitique. Et aussi de continuer à répéter que la tech peut parfois ne pas devoir exister sur certains problèmes sociaux. La tech ne va pas tout résoudre. Il faut avoir ce techno-discernement. Je pense qu'on est tous enthousiastes de ce qu'on fait, l'open source, j'adore, tout ce que Gaël a évoqué sur son projet. Vous avez senti l'enthousiasme qui nous anime, mais il ne faut pas oublier qu'on est des techniciens et techniciennes et qu'on représente ce truc-là, et que parfois, c'est bien de ne pas être présent. De continuer à dire que ce sera toujours en mettant plus de profs et en chauffant les écoles que les gamins apprendront mieux, plutôt qu'en mettant des tablettes. Pareil pour les hôpitaux.

    Alternatives numériques : Merci Agnès. Gaël, tu as eu un peu de temps de réflexion, c'est à toi.

    Gaël Duval : J'ai un espèce de truc assez bizarre en ce moment : je suis terrifié et sidéré de voir ce qui se passe aux États-Unis depuis quelques années. Je ne pensais pas qu'on en arriverait là, franchement, c'est vraiment dingue. Et à la fois, c'est une telle opportunité pour nous de enfin nous reprendre en main et nous dire que, bon, on ne peut plus compter sur nos anciens maîtres, donc on va peut-être reprendre notre destin en main et voir ce qu'on peut faire avec tous les talents qu'il y a en Europe, et franchement ça n'en manque pas. Donc c'est une période absolument excitante, terrifiante d'un côté, très excitante et presque... moi, j'ai un côté qui devient presque optimiste sur notre futur européen. C'est peut-être stupide, peut-être que dans quelques années je me dirai quelle naïveté j'avais, c'est possible aussi, mais en tout cas c'est mon état d'esprit en ce moment, assez bizarre. Et j'ai aussi, en toile de fond, tous les jours, l'IA : je l'utilise beaucoup et elle est incroyablement puissante. Tous les jours, je me dis qu'il va y avoir un impact sur la société et sur le monde. Peu de personnes en ont conscience. Je me dis qu'il va y avoir un impact d'une brutalité comme on n'a jamais connue, en termes d'impact social, de réorganisation de la société. Ce que l'IA permet aujourd'hui n'est qu'un aperçu de ce qu'elle saura faire dans un an, deux ans, trois ans. Et c'est d'une puissance sans limite. Donc, premièrement, il faut s'en emparer absolument, sinon on passe à côté du train et on n'aura plus qu'à accepter ce qu'on nous dira de faire. Autant avoir un peu de poids et de pouvoir pour convaincre qu'on n'a pas forcément la même manière de voir les choses, et pour créer une idée un peu plus vertueuse. Mais pas seulement : l'impact dépasse la tech, c'est l'impact sur nos sociétés, et comment on va réussir ou pas à se réorganiser par rapport à cet outil d'une puissance colossale, mais qui va anéantir des pans entiers de métiers dans le monde actuel. Tous les jours, j'y pense. Là, pour le coup, je ne suis pas super optimiste sur ce côté-là.

    Alternatives numériques : On avait quasiment fait tout l'entretien sans parler d'IA, ce qui, par les temps qui courent, n'est pas banal. Ce n'était pas calculé de ma part ! Mais c'est une conclusion qui se comprend, on aurait pu faire un épisode entier là-dessus : existe-t-il une IA alternumériste ? C'est une question que je me pose aussi beaucoup, le sujet d'un autre échange. En tout cas, merci beaucoup à tous les deux d'avoir accepté de passer un peu de temps avec moi pour cet échange. Je trouvais chouette de vous avoir tous les deux, et de voir les liens entre Fairphone et /e/OS, un combo vertueux que je recommande totalement. Merci beaucoup, et à très bientôt.

    Gaël Duval : Merci, à bientôt.

    Agnes Crepet : À bientôt, salut.


    Autour de Fairphone et d'/e/OS

    Le Fairphone 6+ sous /e/OS 4 propose une expérience d'un smartphone Android dégooglisé, le tout clés en main. Si vous êtes lassé·es de trimballer un mouchard dans votre poche, si vous ne supportez plus l'écosystème Google imposé (et toutes ses applications), si vous redoutez l'intégration annoncée de Gemini, l'IA de Google, alors /e/OS est peut-être l'alternative que vous recherchez. De son côté, les Fairphone 6 et 6+ sont deux smartphones parfaitement capables, avec une réparabilité (et donc une durabilité) assurée. C'est donc un très grand oui pour ce combo FP6 + /e/OS.

    L'avantage d'acheter un Fairphone avec /e/OS préinstallé, c'est que vous n'avez strictement aucune manipulation à faire. Vous recevez, vous démarrez, et tout fonctionne ! Enfin, presque, comme on l'a vu. Pour faire un tel achat (/e/OS préinstallé), plusieurs options :

    Enfin, si vous n'avez pas d'achat de téléphone prévu (et tant mieux, n'oublions pas que l'achat de matériel personnel constitue le gros de l'impact du numérique), vous pouvez regarder si /e/OS peut s'installer sur votre smartphone existant. Sur certains appareils, l'installation est largement facilitée par l'outil /e/OS Installer, et peut être réalisée par des non-experts et expertes. La documentation de /e/OS liste et filtre ces appareils. Si votre appareil n'est pas géré par l'installeur, mieux vaut se faire accompagner. Cherchez des install party ou des GULL (groupes d'utilisatrices et d'utilisateurs de logiciels libres) autour de vous, il y aura toujours des gens pour vous aider.

    Si vous avez des questions ou retours d'expériences, écrivez-les en commentaire ou dans la communauté Framateam. Bonnes explorations !

    Vous avez apprécié cet échange ? Au total, il aura nécessité un jour de travail entre la préparation de l'interview, la retranscription (assistée par IA), le montage de la vidéo, etc. Si vous le pouvez, soutenez Alternatives numériques, ou partagez l'article autour de vous. Un grand merci 🙏

    Soutenir Alternatives numériques

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    Travailler en équipe avec Nextcloud

    Alternative libre à la suite Google, Nextcloud est un outil puissant et maintenant répandu de travail collaboratif. Comme pour tout outil puissant, il est parfois difficile de s'en approprier toutes les possibilités et de déterminer les manières les plus efficaces de l'utiliser.

    Cette formation s'adresse en particulier aux acteurices du milieu associatif.. Elle est conçue pour permettre de comprendre les concepts de base de Nextcloud et comment réaliser les tâches quotidiennes nécessaires pour participer à un collectif utilisant ce logiciel. Elle ne vise pas une maîtrise complète de l'outil, mais la découverte de différentes façons d'arriver à un même résultat.

    Lors de la dernière session de formation, en avril 2025, le taux de satisfaction des stagiaires (8 personnes) était de 4,9/5. Iels ont particulièrement apprécié le temps de mise en application "bac à sable" , la possibilité d'adapter le programme à nos besoins réels et l'écoute et la disponibilité des deux formateurices .

    Objectifs pédagogiques

    • Découvrir l'interface de Nextcloud
    • Explorer les fonctionnalités du partage de fichiers sur Nextcloud
    • Découvrir les applications courantes : agenda, gestion de projet, discussion…
    • Choisir les applications qui correspondent à ses méthodes de travail

    Déroulé

    Ce déroulé peut être amené à être modifié en fonction des retours et des attentes des participant⋅es.

    1. Découverte des bases de Nextcloud
    2. Prise en main des applications courantes de Nextcloud
    3. Analyse de la pertinence de Nextcloud pour sa pratique professionnelle ou bénévole
    4. Prise en main des fonctions avancées de Nextcloud

    Méthode mobilisée et évaluations

    La formation est rythmée par des apports théoriques, de l'expérimentation collective et des travaux en petits ou grand groupe. Tous ces temps se déroulent de façon participative, de manière à s'appuyer sur l'expérience et les savoirs des participant·es et d'être en mesure de répondre à leurs attentes, besoins et interrogations. Un éclairage méthodologique et technique adapté au niveau des participant⋅es est assuré par les formateur⋅ices.

    Une évaluation des connaissances est réalisé en amont, puis à mi-parcours et à la clôture de l'action de formation.

    Pré-requis

    Être à l'aise avec l'utilisation d'un navigateur.
    Il n'y a pas besoin d'avoir déjà utilisé Nextcloud pour participer à cette formation.

    Cette formation est dispensée en langue française.

    Matériel nécessaire

    Amener un ordinateur portable équipé d'un système d'exploitation et d'un navigateur à jour.
    L'environnement de test sur Nextcloud est fourni par ritimo.

    La fiche « FormationsNumérique_ MatérielNécessaire_ritimo_25.pdf », détaille les équipements matériels et logiciels nécessaires pour suivre cette formation, et précise les points d'attention y afférents.

    Informations pratiques

    • Dates : mercredi 7 et jeudi 8 avril 2027
    • Durée : 2 jours, soit 14 heures de formation
    • Modalité de formation : en présentiel
    • Lieu : au CICP, 21ter rue Voltaire, 75011 PARIS
    • Horaires : de 9h30 à 18h
    • Nombre d'inscriptions : 6 personnes minimum, 15 personnes maximum
    • Date limite d'inscription : 23 mars 2027 (Note pour les personnes bénéficiaires de la formation professionnelle : il est fortement recommandé de s'inscrire au plus tard un mois avant la formation pour que nous puissions vous faire parvenir devis et convention.)
    • Formatrice et intervenant : Mélissa Richard, chargée d'animation numérique pour le réseau ritimo et
      Romain Renaud, informaticien et formateur au numérique.
    • Accessibilité : Toutes les salles accueillant nos formations sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Si vous avez d'autres besoins nécessitant que nous adaptions nos modalités pédagogiques, contactez-nous soit à l'adresse mail mentionnée ci-dessous, soit par téléphone, ou précisez-le dans le formulaire de demande d'inscription.
    • Précautions sanitaires : Nos formations en présentiel se déroulent dans le respect des gestes barrières et d'un protocole sanitaire mis en place pour la protection de tou·tes (aération de la salle et port du masque FFP2 recommandé).

    Frais pédagogiques de formation

    • 30 euros – étudiant·es et chômeur·ses (sur justificatif)
    • 60 euros - bénévoles, volontaires des membres et relais ritimo et Coredem
    • 80 euros - bénévoles, volontaires d'autres associations
    • 700 euros - salarié·es bénéficiaires de la formation professionnelle

    Formulaire de demande d'inscription en ligne

    Pour faire une demande d'inscription, merci de compléter le formulaire de demande d'inscription.
    Une fois votre demande d'inscription validée, nous vous demanderons de nous faire parvenir un acompte de 15 euros à l'ordre de ritimo (21 ter rue Voltaire 75011 Paris) pour confirmer votre inscription. Celui-ci sera encaissé si vous annulez votre participation moins de deux semaines avant la formation.

    Contact

    Mélissa sur numerique(a)ritimo.org ou au 07 49 58 20 31

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    Protéger ses pratiques numériques

    Cette formation propose des méthodes et outils pour penser la sécurisation de ses pratiques, notamment informatiques, comme un processus. Elle permet d'évaluer les outils numériques utilisés ou envisagés au regard de la nature des activités, des menaces existantes, des informations et des correspondant·es que vous cherchez à protéger.

    Parmi les expressions employées par les participant·es pour décrire la formation, citons : La sécurisation comme un processus de soin et La sécurisation comme moyen de faire collectif .

    À qui s'adresse cette formation ?

    La formation est ouverte à toute personne soucieuse d'améliorer la protection de ses pratiques numérique. Elle s'adresse en particulier aux acteurices du milieu associatif souhaitant comprendre les principes de l'autodéfense numérique et accompagner leur adoption dans leurs organisations.

    Lors de la dernière session de formation, en mars 2026, le taux de satisfaction des stagiaires était de 4,6/5 (3 personnes). Iels ont particulièrement apprécié l'adaptation à nos profils, contextes, besoins et l'alternance théorie/ateliers. .

    Objectifs spécifiques de la formation

    • Savoir mettre en place un modèle des risques et des menaces liées à nos pratiques informationnelles – principalement numériques - au sein de nos structures.
    • Mieux comprendre les menaces de surveillance pesant sur les échanges numériques.
    • Découvrir ou mieux comprendre les principes permettant d'améliorer la sécurité de nos activités informatiques.
    • Améliorer ses capacités à diffuser et faciliter l'adoption d'une évolution des pratiques de sécurisation dans ses organisations.

    Méthode mobilisée et méthode d'évaluation

    La formation est animée de façon à permettre à chacun·e·de partir de ses besoins en les partageant avec les autres participant‧es afin de construire une analyse commune. Un éclairage méthodologique et technique adapté au niveau des participant⋅es est assuré par les formateurices. Chaque temps est rythmé par des apports théoriques, de l'expérimentation collective et des travaux en petits ou grand groupe. Tous ces temps se déroulent de façon participative, de manière à s'appuyer sur l'expérience et les savoirs des participant·es et d'être en mesure de répondre à leurs attentes, besoins et interrogations.
    Une évaluation des connaissances est réalisé en amont, puis à mi-parcours et à la clôture de l'action de formation.

    Déroulé

    1. Enjeux de la surveillance, individuellement et collectivement : éléments de compréhension politiques, juridiques et techniques.
    2. Sécurisation des pratiques, réduction des risques : une approche collective et de soin.
    3. Modélisation de la menace et planification de sécurisation opérationnelle.
    4. Logiques de sécurisation des pratiques et de mise en place d'outils face aux contraintes.
    5. Présentation et analyse d'outils numériques de protection et possible prise en main.
    6. Enjeux juridiques sur la protection des données.
    7. Échanges et accompagnement éventuel sur des enjeux concrets liés aux problématiques des participant·es (outils, enjeux juridiques, diffusion au sein d'une organisation…).

    Pré-requis

    Participer à la formation en tant que membre d'un collectif.
    Cette formation est dispensée en langue française.

    Matériel requis

    Idéalement, mais non obligatoire, amener un ordinateur portable et/ou un smartphone équipé d'un système d'exploitation à jour et en avoir un usage courant pour pouvoir réaliser certaines des expérimentations et découvertes d'outils proposées. La fiche « FormationsNumérique_ MatérielNécessaire_ritimo_25.pdf », détaille les équipements matériels et logiciels nécessaires pour suivre cette formation.

    Informations pratiques

    • Dates : vendredi 12 et samedi 13 mars 2027
    • Durée : 2 jours, soit 14 heures de formation
    • Modalité de formation : en présentiel
    • Lieu : au CICP, 21 ter rue Voltaire, 75011 PARIS
    • Horaires : de 9h30 à 18h
    • Nombre d'inscriptions : 6 personnes minimum, 15 personnes maximum
    • Date limite d'inscription : 24 février 2027 (Note pour les personnes bénéficiaires de la formation professionnelle : il est fortement recommandé de s'inscrire au plus tard un mois avant la formation pour que nous puissions vous faire parvenir devis et convention).
    • Formateurices/intervenant·es : Mélissa Richard, chargée d'animation numérique pour le réseau ritimo, et Sx, militant engagé dans la défense des libertés en ligne et hors ligne, juriste bidouilleur, auteur du "Guide de Survie des Aventures sur Internet" (édité par l'association CECIL).
    • Accessibilité : Toutes les salles accueillant nos formations sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Si vous avez d'autres besoins nécessitant que nous adaptions nos modalités pédagogiques, contactez-nous soit à l'adresse mail mentionnée ci-dessous, soit par téléphone, ou précisez-le dans le formulaire de demande d'inscription.
    • Précautions sanitaires : Nos formations en présentiel se déroulent dans le respect des gestes barrières et d'un protocole sanitaire mis en place pour la protection de tou·tes (aération de la salle et port du masque FFP2 recommandé).

    Frais pédagogiques

    • 30 € - Étudiant·es et chômeur·ses (sur justificatif) ;
    • 60 € - Membres et relais du réseau ritimo ou de la Coredem ;
    • 80 € - Bénévoles, volontaires du milieu associatif ;
    • 700 € - Salarié⋅es bénéficiaires de la formation professionnelle.

    Formulaire de demande d'inscription en ligne

    Pour faire une demande d'inscription, merci de compléter le formulaire de demande d'inscription (lien à venir). Une fois votre demande d'inscription validée, nous vous demanderons un acompte de 15 euros à l'ordre de ritimo (21 ter rue Voltaire 75011 Paris) pour confirmer votre inscription. Celui-ci sera encaissé si vous annulez votre participation moins de deux semaines avant la formation.

    Contact

    Mélissa Richard, chargée d'animation numérique pour le réseau ritimo,
    par courriel (numerique (chez) ritimo.org) ou au téléphone (07.49.58.20.31).

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    Listeners : dis-moi ce que tu écoutes

    David nous a envoyé un communiqué de presse qui nous a interpellé⋅e⋅s.
    Listeners est un projet photographique conceptualisé par David Décamps ayant pour objectif de permettre la découverte de musique à travers celles et ceux qui l’écoute, et se libérer des recommandations algorithmiques. L’artiste aborde et interroge des passants du quotidien sur la musique qu’ils écoutent. S’ensuit alors la prise du portrait photographique. Le montage final se compose du portrait de la personne, du nom de(s) l’artiste(s), du titre interprété et de sa durée.
    Nous avons eu envie d’en savoir plus.

    Framasoft : David, ton projet Listeners mêle image et musique, puisque tu demandes aux personnes que tu croises de te dire ce qu’elles écoutent avant de les photographier. Ça t’est venu comment ? 

    Ce monsieur écoutait Buldozer de Trampa. Avec des écouteurs filaires.

    David : Il faut remonter assez loin en vérité. Car c’est mon grand frère qui, durant une courte période, prenait des gens en photo écoutant de la musique. Je pense qu’inconsciemment cela m’est toujours resté en tête. J’ai également et parallèlement toujours été curieux de connaître ce que les personnes, que je croisais dans la rue ou les transports en commun, pouvaient bien écouter. Je me suis aussi demandé comment faire en sorte que d’autres personnes partageant ma curiosité puissent découvrir cette musique « cachée ». Donc je dirais que l’origine même du projet prend sa source à la fois dans cet héritage fraternel et cette curiosité personnelle.

    Combien de temps va durer le projet ? Vas-tu documenter l’évolution de l’écoute musicale des gens ? 
    Je ne me fixe pas de limite de temps. Il faut savoir que je le reprends après une trêve de plusieurs années. Cela m’a permis de prendre du recul, de mieux assimiler ce que je souhaitais faire et de mettre à jour tout ça visuellement. J’espère être en mesure de faire en sorte que ce projet dure le plus longtemps possible. En ce qui concerne la documentation de l’évolution de l’écoute musicale, je pense que les portraits se suffiront à eux-même. J’ai réfléchi a un visuel (pour chaque portrait de « Listener ») qui intègre le nom de l’artiste/groupe, le titre mais aussi la durée de la chanson. On peut également voir comment la personne écoutait la musique : casque/écouteurs, filaire/non-filaire, puces intégrées directement dans le cerveau dans quelques années (là ce sera un défi pour moi de déceler ceux qui écoutent de la musique  !). Bref, tout ça pour dire qu’il y a ici assez de matière pour commencer à étudier l’évolution musicale au cours des années à venir.

    Est-ce que tout le monde accepte de révéler sa musique ? Est-ce qu’il y a de la gêne à avouer qu’on écoute des comptines ou du Wagner dans la rue ? (ce sont des exemples, hein, on ne juge pas).

    Cette dame écoutait Score Suite, par Marcelos Zarvos. Avec des écouteurs filaires.

    Je dirais que 90 % du temps les gens acceptent de me révéler leur écoute et l’assument pleinement. Je prends évidemment le temps de leur expliquer ce que je souhaite faire, ce qui, je pense, facilite l’acceptation. 
    D’ailleurs, comment réagissent tes sujets, en général ? Est-ce que vous avez une discussion après la photo, ou vous passez simplement votre chemin ? 
    Ils sont pour la plupart curieux à l’égard de ma propre curiosité. À l’époque où je partageais le projet Listeners sur Instagram, beaucoup le suivaient quelques heures après la prise du portrait. C’est malheureusement moins le cas maintenant que je le partage sur Mastodon. Mais je reste surpris de voir que les gens ont l’envie de découvrir de la musique autrement.
    Est-ce que tu retires de ce travail une sorte de lien, une ethnographie des earpods ? Ton travail me fait penser à celui d’Elliott Erwitt sur les gens et leurs chiens. Est-ce que tu comptes commenter tes portraits ? Ou au contraire tu souhaites laisser le public se faire son idée ? Tu envisages de proposer des expos interactives autour de ce concept, dis-nous en plus. 
    Je ne retire pas de lien spécifique à ce travail. Je ne souhaite pas non plus commenter les portraits car ce n’est pas le but premier. L’objectif de Listeners est de se focaliser sur la découverte musicale à travers l’humain, et non l’inverse.
    Pour ce qui est des autres formes que pourraient prendre le projet, j’ai deux idées en tête :
    • Une exposition interactive dans laquelle les portraits musicaux, dont le titre de la chanson et son/ses interprète(s) est/sont flouté(s), sont accrochés au-dessus d’un dispositif permettant l’écoute de différentes chansons. Les spectateur.ices doivent alors deviner le titre correspondant à celui que la personne écoutait lors de la prise du portrait.
    • Une application mobile proposant à l’utilisateur.ice d’écouter un extrait du morceau lié au portrait musical, puis être redirigé.e vers la plateforme musicale de son choix pour écouter l’entièreté du morceau.
    Tu es membre de PersonalData.IO, une association d’intérêt public pour la défense des droits de protection des données personnelles. Peux-tu nous en dire plus sur le lien entre ton projet Listeners et ton travail au sein de l’association ?
    Comme je l’explique dans la bio de présentation de Listeners sur Mastodon, l’objectif est de permettre de sortir de l’enclos de recommandations algorithmiques proposé par les plateformes du numérique (qu’il s’agisse de Spotify, Deezer, YouTube…). C’est ici que le lien entre le travail de sensibilisation – entre autres – que nous faisons chez PersonalData.IO et le projet s’établit : tout comme les plateformes de réseaux sociaux (TikTok, Instagram, Facebook…), il ne faut pas oublier que les plateformes musicales prospèrent grâce au marché de l’économie de la donnée et de l’attention. Pour qu’elles soient rentables financièrement (au-delà du service d’abonnement payant qu’elles proposent), leurs collectes de données personnelles est indispensable. Elles s’appuient alors sur le principe de recommandations algorithmiques (d’artistes, de chansons, de playlists) basés sur le profil de goûts de l’utilisateur.ice. Ce profil, qui est nourrit des données personnelles issues du traçage de l’historique d’écoute ou de recherches internet (cookies), permet aux plateformes d’être en mesure de répondre parfaitement aux attentes de l’utilisateur.ice qui, de ce fait, voit son attention captée (principe de l’économie de l’attention) et donc captive d’une bulle cognitive.
    Cette « cellule de suggestions dorée » peut sembler évidemment confortable et rassurante, mais elle empêche surtout l’utilisateur.ice toute forme d’errance véritable au sein de l’immense prairie mélodieuse qui compose ces plateformes. 
    C’est donc en ouvrant le champ de la découverte que Listeners permet de remettre la musique et l’humain au centre du processus de partage. D’où l’utilisation du jeu de mot « no algo, just rhythm  ».

    Ce monsieur écoutait Smells Like Teen Spirit, de Nirvana. Avec des écouteurs filaires.

    Est-ce qu’il t’arrive de photographier des gens à leur insu ? Comment tu gères la question du droit à l’image ? Si je te demande ça, c’est qu’on sent un certain flou sur cette question des droits. Tu indiques sur ton site que ton projet est protégé à l’INPI, tes conditions générales mentionnent le classique droit d’auteur « standard ». Et tu nous présentes le projet, à nous, qui nous définissons comme « libristes ». As-tu songé à mettre tes œuvres sous licence libre ? Est-ce que c’est une réflexion que tu mûris ?

    Dans ma pratique en tant que photographe de rue (hors Listeners), je photographie les gens majoritairement à leur insu afin de ne pas perdre le naturel et la spontanéité de l’action. La question du droit à l’image n’entre pas ici véritablement en jeu car je prends ces photographies dans l’espace public. Ajouté à cela que le fait de ne pas demander l’accord aux personnes que je photographie est une condition quasiment sine qua non à mon activité. Car c’est de cette spontanéité et liberté que dépend ma pratique artistique ! Il faut aussi souligner que mon credo est de révéler la poésie du quotidien. Je travaille donc avec un œil bien différent de celui d’un photographe tel que Bruce Gilden, par exemple, dont j’apprécie le travail par ailleurs.
    Pour ce qui est de la protection de Listeners auprès de l’INPI, j’ai fait cela car je ne voulais pas qu‘il soit récupéré à des fins commerciales. Mais je suis justement en train de réfléchir à la meilleure manière de mettre ce projet sous licence adaptée afin de remédier à ce problème de potentielle commercialisation.
    J’ai découvert qu’en plus de ta casquette de photographe, tu es également illustrateur sous le pseudonyme de Deydai et tu te caches derrière le groupe de musique Brandy Milk Punch (on est encore tombé sur un hyperactif). Peux-tu nous en dire plus ?
    J’ai commencé l’illustration a peu près en même temps que la photographie (en 2013). C’est un medium qui me permet d’avoir une grande liberté, encore plus grande que la photographie. J’aime bien me présenter en tant qu’illustrateur de propos « connu pour ne pas l’être ». Mes illustrations sont en général assez légères, bien que de plus en plus orientées vers la mise en lumière de problèmes sociétaux, notamment du numérique (on y revient toujours !). Pochette de l'album Kind Regards de Berandy Milk Punch
    En ce qui concerne Brandy Milk Punch, j’ai commencé à trifouiller un logiciel avec lequel je me suis au début juste amusé. J’ai ensuite poussé l’idée jusqu’au bout en créant plusieurs morceaux, le nom d’un groupe, la pochette d’un album, etc. Il est possible de suivre le groupe sur Mastodon également et d’écouter l’album sur Funkwhale.
    Comment les gens peuvent-ils soutenir le projet Listeners  ?
    En le partageant au maximum que ce soit sur Internet ou par le biais du bouche-à-oreille. Le « problème » de ce projet est qu’il nage à contre-courant du système dans lequel il évolue. Listeners veut remettre l’humain au centre du partage, et Listeners a besoin du partage…de l’humain ! Alors si vous lisez cet entretien, merci par avance d‘en parler (ainsi que de mes autres projets, d’ailleurs) à vos proches, collègues… Si cela peut les amener à quitter X et à se créer un compte Mastodon, ou à engendrer une discussion sur l’importance des données personnelles dans la société, alors tout le monde en sortira gagnant.

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    3 articles

    RFC 10049: Roughtime: A Protocol for Rough Time Synchronization

    éèº÷šºšè¶‡(•ç^³)܆º'ŠÆ­Š‰Ý†Šå¢¬F‹ †Ø¦yë-¡÷âr'¥•éžž×§rŠÞ{kŠg§µ©Czì]zǬnëlz˞؞–Ë(žÙZ¦‹,‰¸¥Š×në2Èk¢x¬jبžÇ.®+j÷œuéZr¼©¶ˆ+j˜byÚ'rižªæ§vWœ–'§¶vš¹Ë§z'^uéazêÞz×nŽ‹«zÛ§šŒž×¬Š ڕêåzÇ«­ë«±ëi®†å™ë+zw(žÚì"W(Ç«êڞ‹Zšg§¶W¬¡¸Þ¶Ç(žwœ¶Ê®ŠÊ.½éíž‰í¥«y¶­µêâzš.®«uêå…ë«z—§u©íºv«®

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    Libro.fm, une alternative avantageuse et éthique à Audible

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    Si vous aimez les livres audio, et que vous ne voulez plus donner d'argent à Audible, détenue par Amazon, j'ai déniché l'alternative parfaite pour vous : Libro.fm

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    Libro.fm, une entreprise qui aime les librairies indépendantes

    Libro.fm est une « petite » boîte américaine, basée à Seattle. Pour le caractère européen, on repassera. Mais en dehors de cette dimension géographique, cette boite coche toutes les cases de l'alternative numérique crédible.

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    La génération Z en Iran : une perspective contemporaine

    Manifestation en Iran, 1er janvier 2023.
    Crédit Samoel Safaie CC BY 4.0

    Plus de 15 000 adolescent·e·s ont répondu à l'appel de Nima Tekido, producteur de divertissement et personnalité de YouTube, pour assister à un événement organisé à l'Iran Mall de Téhéran [méga-centre commercial inauguré en 2018] en juillet 2026. Bien que seuls 4000 billets aient été vendus, des milliers d'autres personnes se sont présentées dans l'espoir d'y participer, submergeant le lieu. L'événement est rapidement devenu un phénomène social qui a surpris non seulement les sociologues et psychologues iraniens, mais aussi les observateurs politiques de tous horizons idéologiques, tant en Iran qu'à l'étranger.

    Ce qui a rendu ce rassemblement si remarquable, ce n'est pas seulement son ampleur, mais ce qu'il a révélé sur la plus jeune génération iranienne. Après 47 ans de contrôle social strict, à la fois idéologique et autoritaire, les dirigeants de la République islamique semblaient incapables de saisir à quel point la génération Z s'était détachée (et, à bien des égards, opposait une résistance) aux valeurs et aux normes que le régime avait cherché à lui inculquer. Pourtant, la surprise ne s'est pas limitée à l'establishment au pouvoir. Les réformistes, les républicains, les militants de gauche et d'autres groupes d'opposition ont également été stupéfaits. Cet événement a mis en évidence un fossé profond entre les « élites » politiques iraniennes et la jeunesse du pays, soulevant des questions dérangeantes mais essentielles : que savons-nous et comprenons-nous des aspirations, de la culture et de l'identité de la génération qui façonnera l'avenir de l'Iran ? Comment comprendre le paradoxe apparent d'une génération Z qui participe à la fois à des manifestations anti-régime et adopte des formes de divertissement et de loisirs populaires en apparence apolitiques ? Cette coexistence est-elle le signe d'une apathie politique ou, au contraire, d'un mode transformé d'engagement politique ?

    Les descriptions contemporaines de la génération Z sont dominées par deux récits contradictoires. L'un vante les mérites de cette génération, la présentant comme politiquement consciente, à l'aise avec le numérique et interconnectée à l'échelle mondiale. L'autre la rejette, la qualifiant de fragmentée, impulsive et apolitique. Ces deux récits essentialisent la génération Z en présentant ses caractéristiques comme fixes et inhérentes, plutôt que de les reconnaître comme le produit d'évolutions historiques et de conditions sociales, culturelles et politiques plus larges.

    Dans cet essai, j'examine les caractéristiques de la génération Z iranienne à travers les prismes croisés de la socialisation numérique, du néolibéralisme et de la santé mentale, développant ainsi une compréhension plus contemporaine des conditions sociales et politiques, des identités et des expériences qui caractérisent cette génération.

    Définir la génération Z dans le contexte iranien

    Le terme « génération Z » (Gen Z) est couramment utilisé pour désigner la génération née approximativement entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000 et représente environ 30% de la population mondiale [1]. Cependant, les limites précises de cette génération varient selon les sources universitaires et grand public. Cette variation revêt une importance particulière dans le contexte iranien, où les catégories générationnelles sont souvent définies selon des critères démographiques, sociaux et culturels différents.

    Il n'existe pas de définition unique et universellement acceptée de la génération Z iranienne. Les dernières données démographiques indiquent qu'environ 24% de la population iranienne est composée d'enfants et d'adolescents de moins de 15 ans. De plus, 25% sont des jeunes âgés de 15 à 29 ans, tandis que 44% sont d'âge mûr et que le reste de la population est composé de personnes âgées de plus de 65 ans [2]. Bien que cette tranche d'âge ne corresponde pas nécessairement de manière précise aux définitions conventionnelles de la génération Z, elle fournit un cadre démographique utile pour comprendre l'importance numérique et l'importance sociale de la population jeune en Iran. Il convient de reconnaître que cette génération englobe des individus issus de milieux sociaux et ethniques divers, ainsi que d'un large éventail d'identités de genre. Elle ne doit donc pas être considérée comme un groupe homogène. Cette diversité revêt une importance particulière dans le contexte de l'Iran, un pays caractérisé par une grande hétérogénéité de classe, sociale, ethnique et régionale.

    Dans cet essai, le terme « génération Z » est donc utilisé comme une catégorie analytique large, tout en reconnaissant que ses limites exactes peuvent varier selon les sources démographiques et sociologiques iraniennes.

    La génération Z et la socialisation numérique

    La génération Z est définie comme la première génération à avoir grandi avec la connectivité numérique et Internet dès la petite enfance. En tant que première génération à avoir grandi avec la connectivité numérique, ses membres ont développé des modes distinctifs de communication, d'apprentissage, de travail, d'engagement politique et d'interaction sociale. Ils sont habitués à la circulation rapide de l'information, aux influences culturelles mondiales et aux nouvelles formes de participation en réseau. Prises dans leur ensemble, ces conditions constituent un cadre analytique important pour comprendre les attitudes politiques, les identités et les formes d'action collective de la génération Z dans les sociétés contemporaines. La connectivité numérique constitue un aspect central de l'expérience sociale de cette génération. Elle façonne la manière dont les jeunes accèdent à l'information, construisent leur identité, perçoivent les inégalités et s'engagent dans des actions politiques. Parallèlement, la connectivité numérique peut fonctionner non seulement comme un mécanisme d'intégration sociale, mais aussi comme un canal par lequel les expériences d'inégalité deviennent plus visibles, sont interprétées collectivement et peuvent se traduire par un mécontentement politique et des troubles sociaux.

    Le paysage numérique iranien

    Le paysage numérique iranien n'a cessé d'évoluer au fil des ans. Début 2023, environ 79% de la population iranienne était connectée à Internet [3]. Cela témoigne de la croissance remarquable d'Internet en Iran, où il continue de jouer un rôle de plus en plus essentiel dans la vie de la génération Z iranienne. L'UIT (Union internationale des télécommunications) indique qu'environ 87% des Iraniens possédaient un téléphone mobile en 2024. Il est important de noter que l'UIT définit ainsi toute personne possédant un téléphone mobile doté d'au moins une carte SIM active à usage personnel. Instagram semble être la plateforme de réseaux sociaux la plus populaire en Iran [4].

    L'utilisation des réseaux sociaux et d'Internet par la génération Z

    La génération Z iranienne remet de plus en plus en cause les normes sociales établies et participe à la construction de formes alternatives de réalité sociale, notamment par le biais de plateformes numériques telles que les réseaux sociaux. La génération Z a non seulement remis en cause les normes et les modes de vie imposés par les institutions gouvernementales et les normes familiales, mais elle s'est également opposée activement aux normes sociopolitiques, notamment les codes vestimentaires obligatoires, les attentes familiales traditionnelles, la surveillance de l'État et la censure. La génération Z contribue à jeter les bases des futurs changements politiques et sociaux en Iran. Lors du mouvement « Women Life Freedom » (« Femme, Vie, Liberté »), elle a poursuivi cette voie avec détermination. Malgré les efforts du gouvernement pour bloquer l'accès à Internet et réprimer les manifestations, elle a contourné les restrictions à l'aide de VPN et de serveurs proxy, et a sollicité un soutien transnational. Des hashtags tels que #MahsaAmini, #WomanLifeFreedom et #NoToCompulsoryVeil ont largement circulé, attirant plus de 600 millions de vues à travers le monde [5].

    La revendication de se réapproprier la vie [6] et l'aspiration à mener une « vie normale » sont restées au cœur des récents mouvements de résistance en Iran. Adopter ce point de vue permet d'expliquer comment la génération Z non seulement agit dans les environnements en ligne pour remettre en cause les normes sociétales, mais traduit également ces actions numériques en activités collectives et politiques hors ligne. Les espaces numériques et publics constituent des lieux cruciaux pour l'articulation, la visibilité et la mobilisation de la résistance des jeunes femmes, permettant à la fois des actes individuels de défiance et des formes collectives d'expression politique (par exemple, le concert de Parastou Ahmadi, diffusé sur YouTube en 2024, a donné lieu à des représailles de l'État, notamment des amendes et des coups de fouet ordonnées par un tribunal).

    La connectivité numérique peut aider la génération Z à se forger des identités hybrides et à plusieurs niveaux qui transcendent les frontières nationales et s'approprient les produits culturels mondiaux. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les élèves des zones urbaines et des écoles privées, qui bénéficient d'un meilleur accès aux ressources mondiales, aux opportunités éducatives et aux réseaux transnationaux [7]. La consommation de la culture populaire coréenne en est un exemple [8].

    La génération Z et le néolibéralisme

    La génération Z est qualifiée de « génération néolibérale » par certains chercheurs [9]. Le néolibéralisme, en tant qu'idéologie stabilisatrice du système, trouve ses racines dans des principes économiques et politiques. Au cœur de cette vision du monde se trouvent les idéaux d'une économie de marché libre, de la responsabilité individuelle et de la méritocratie. Ce système de croyances implique que chacun dispose des mêmes chances de réussir grâce à son travail acharné. En conséquence, l'idéologie néolibérale conduit à la légitimation des inégalités sociales et économiques en présentant le système comme fondamentalement juste [10].

    Le système économique néolibéral et islamique « Anfal » de l'Iran

    L'Iran fonctionne selon un système néolibéral hybride [11], car l'État mène systématiquement des réformes de marché, des privatisations et des déréglementations depuis 1989. Les gouvernements successifs ont réduit la protection sociale, marchandisé les services publics tels que l'enseignement supérieur et intégré des réseaux paramilitaires d'élite dans l'accumulation du capital des entreprises. Le pays fonctionne également selon une économie islamique dite « Anfal », c'est-à-dire un mécanisme par lequel les ressources naturelles, les biens confisqués et les propriétés abandonnées sont placés sous l'autorité d'un clergé supranational [12]. La génération Z iranienne a grandi dans un contexte social caractérisé par la coexistence de valeurs néolibérales et d'influences islamiques fortes. Il en résulte une aggravation de la pauvreté. Plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et des millions d'enfants sont privés d'éducation et de nourriture [13]. L'inflation a atteint 50% en avril 2026 [actuellement plus de 60%], selon la Banque centrale d'Iran. Le chômage des jeunes s'élève à 32% (trois fois la moyenne nationale), et ce chiffre exclut les étudiant·e·s et ceux et celles qui ont complètement cessé de chercher du travail [14]. D'après des chiffres récemment publiés par le Centre de statistiques iranien, environ 77% des Iraniens âgés de 15 à 24 ans ne travaillent pas, ne suivent pas de formation et ne font pas d'études [15]. Le néolibéralisme, en tant que logique dominante de l'organisation sociale au cours des dernières décennies, a même profondément remodelé les universités iraniennes. Il cherche à subordonner un éventail toujours plus large d'activités humaines aux principes du marché, de la concurrence et de la rentabilité.

    Dans ce cadre, l'éducation n'est plus considérée comme un droit social ou un bien public. Elle est au contraire traitée comme un investissement individuel censé générer des rendements économiques futurs. Aujourd'hui, plus de la moitié des étudiants inscrits dans les principales universités publiques iraniennes proviennent des deux déciles de revenus les plus élevés. La génération Z juge les conditions sociales actuelles discriminatoires (en particulier à l'égard des femmes) et considère que la répartition des richesses ainsi que l'accès aux postes et aux fonctions sont inéquitables. À leurs yeux, l'absence de méritocratie dans les nominations et les récompenses, associée à la pérennisation de lois et de normes discriminatoires, constitue l'une des principales causes du statu quo. La génération Z adopte une position critique envers la justice sociale, une position qui influence ses valeurs ainsi que ses actions individuelles et collectives [16].

    La santé mentale de la génération Z

    Les adolescents qui consultent fréquemment les réseaux sociaux courent un risque plus élevé de souffrir d'une mauvaise qualité de sommeil, ce qui peut entraîner une augmentation de l'anxiété et de la dépression. De plus en plus d'études et d'observations indiquent que les symptômes de santé mentale de intériorisés au sein de la génération Z sont en augmentation, en particulier dans les pays capitalistes néolibéraux [17]. Des recherches montrent que le néolibéralisme peut également avoir un effet négatif sur la santé mentale de la génération Z. Le capitalisme néolibéral encourage l'intérêt personnel et des styles interpersonnels ancrés dans la compétition. Il favorise un fort désir de réussite financière, des niveaux élevés de consommation et la croyance en la nécessité de la croissance économique. Il a été associé à la montée en puissance de valeurs extrinsèques telles que l'individualisme, le matérialisme et la recherche de statut social. Lorsque les jeunes accordent davantage d'importance à des valeurs externes, axées sur le statut social, qu'à des valeurs qui ont un sens pour eux et qui relèvent de leur propre initiative, ils peuvent être exposés à un risque accru de troubles de santé mentale, notamment d'anxiété et de dépression, ainsi qu'à une baisse de leur bien-être général [18].

    La génération Z iranienne, à l'instar de nombreuses personnes à travers le monde, est confrontée à d'importants défis en matière de santé mentale. Les adolescents, en particulier les filles issues de milieux socio-économiques défavorisés, de minorités ethniques et d'immigrés afghans, sont davantage exposés à l'anxiété, à la dépression et aux comportements suicidaires [19]. Les principaux facteurs de risque identifiés pour une mauvaise santé mentale au sein de la génération Z iranienne sont les difficultés économiques, le stress scolaire, les pressions culturelles et l'exposition au numérique [20]. Une proportion significative d'enfants et d'adolescents iraniens souffre de troubles mentaux et comportementaux, les estimations allant d'environ 17% à 36% [21].

    Les filles et les jeunes femmes de la génération Z

    Depuis l'émergence du mouvement « Femme, Vie, Liberté », le respect des règles iraniennes imposant le port obligatoire du voile a nettement diminué. Des témoignages visuels provenant de l'Iran contemporain, en particulier dans les grands centres urbains, suggèrent que la pratique du port obligatoire du voile est de plus en plus contestée et semble avoir considérablement diminué dans de nombreux espaces publics. Les pratiques qui remettent en cause les restrictions imposées à la mobilité, à l'apparence et à la participation des femmes dans l'espace public constituent non seulement des actes individuels de défiance, mais aussi des remises en cause de l'organisation genrée de la vie sociale et politique. Grâce à la mobilisation collective des jeunes femmes et des filles de la génération Z, ces pratiques quotidiennes contribuent à une transformation progressive des normes sociales et repoussent les limites de ce qui est considéré comme politiquement et socialement possible.

    La quête d'authenticité est un aspect central du développement psychologique et social des femmes de la génération Z à Téhéran [22]. Malgré de nombreux défis, les jeunes femmes et les jeunes filles recourent à diverses stratégies pour préserver leur l'authenticité, ce qui améliore considérablement leur bien-être. Comprendre les facteurs qui influencent l'authenticité et soutenir l'expression authentique de soi peut contribuer à renforcer la résilience et à favoriser l'épanouissement personnel des jeunes filles de la génération Z. La quête d'authenticité chez les jeunes femmes se manifeste également dans l'évolution de leurs attitudes vis-à-vis du mariage et de la maternité, notamment dans leur volonté croissante de remettre en question les attentes sociales traditionnelles qui façonnent ces choix de vie. L'Iran a enregistré l'année dernière son plus faible nombre annuel de naissances depuis sept décennies. Les données indiquent que le nombre de mariages a baissé d'environ 30% par rapport à 2022-2023. Selon les analystes, alors que la maternité était traditionnellement considérée avant tout comme un choix culturel et familial, elle est devenue de plus en plus une considération financière à long terme pour de nombreux couples.

    D'un point de vue féministe, le déclin marqué du mariage et de la natalité en Iran reflète un rejet conscient des rôles traditionnels imposés, des inégalités systémiques entre les sexes et des politiques pronatalistes imposées par l'État. Les femmes iraniennes de la génération Z, issues de milieux éduqués, privilégient de plus en plus l'autonomie personnelle, l'enseignement supérieur et l'évolution de carrière plutôt que le mariage précoce et la maternité.

    La génération Z : force au service de la démocratie et de l'égalité sociale ou moteur de la mobilisation populiste de droite

    Pris dans leur ensemble, la connectivité numérique de cette génération, son mécontentement face aux politiques néolibérales et au régime islamique, son ouverture aux influences culturelles mondiales, ses difficultés économiques et sa détresse psychologique témoignent d'un sentiment croissant de frustration. Ces conditions peuvent également refléter une demande grandissante de changements politiques et sociaux significatifs en Iran.

    La génération Z iranienne peut être envisagée non seulement comme une cohorte démographique, mais aussi comme un acteur politique émergent façonné par l'intersection entre une gouvernance autoritaire, les inégalités socio-économiques, les restrictions liées au genre et une connectivité mondiale accrue. Leurs revendications en faveur de la participation démocratique, de la justice sociale et d'une répartition plus équitable des chances reflètent une remise en cause fondamentale des structures politiques et sociales qui façonnent la vie quotidienne en Iran. Il convient de noter que ces revendications politiques s'articulent de plus en plus à travers des réseaux de communication transnationaux, permettant aux jeunes d'Iran de replacer les luttes nationales dans le cadre de discours mondiaux plus larges sur la démocratie, l'égalité, les droits liés au genre et le changement social. Cette orientation transnationale pourrait contribuer au développement d'identités politiques qui s'étendent au-delà des frontières de l'État-nation iranien.

    Au cours de la dernière décennie, les articles scientifiques et politiques, la littérature, les films et les documentaires sur la vie quotidienne consacrés à la génération Z en Iran montrent que ses membres ne sont pas apolitiques. Ce qui distingue cette génération, ce n'est pas un manque d'intérêt pour la politique, mais l'effondrement de la confiance dans les institutions et les règles qui donnaient autrefois à la politique, au travail et à la vie d'adulte une structure reconnaissable.

    La génération Z iranienne fait preuve d'une très faible volonté de s'adapter à la République islamique ou de s'y réconcilier. Plutôt que de prôner des réformes progressives, nombreux sont ceux qui expriment une nette préférence pour une transformation politique fondamentale. Ils manifestent une confiance limitée envers les acteurs réformistes, tant au sein qu'en dehors du système politique existant, qu'ils perçoivent souvent comme inefficaces ou manquant de crédibilité. Leur opposition au régime ne se limite pas à un activisme politique ouvert, mais se manifeste également à travers des formes quotidiennes de résistance culturelle et sociale. La participation à des activités que l'État cherche à réglementer ou à interdire (y compris des formes de divertissement souvent qualifiées de « superficielles », comme l'événement organisé par Nima Tekido) peut donc être comprise comme des actes de défiance symbolique qui remettent en cause l'autorité morale et idéologique du régime.

    Cette évolution présente à la fois des opportunités et des défis. D'une part, la génération Z iranienne fait preuve d'une vision progressiste, d'un courage considérable et d'une forte détermination à œuvrer pour le renversement complet du régime actuel. D'autre part, l'absence de forces démocratiques organisées pourrait constituer un obstacle majeur à la mise en place d'une alternative politique efficace. Dans ce contexte, où la génération Z reste largement désorganisée et où une opposition démocratique unifiée fait défaut, les conditions pourraient devenir propices à l'émergence de dirigeants autoritaires ou charismatiques se présentant comme garants de la stabilité et d'une action politique décisive.

    Cette dynamique s'est manifestée au cours de l'année écoulée, lorsqu'une frange de cette génération, qui avait participé au mouvement « Femme, Vie, Liberté », a placé ses espoirs de changement de régime en Reza Pahlavi, le fils de l'ancien shah d'Iran, ainsi que dans la perspective d'une intervention militaire des Etats-Unis. Cependant, cet enthousiasme s'est progressivement estompé, notamment à la suite des bombardements d'infrastructures iraniennes et de l'école de filles de Minab. Ces événements ont conduit nombre de personnes à s'interroger sur la viabilité et les conséquences politiques du recours à une intervention extérieure comme catalyseur du changement politique national. Malgré cette prise de conscience politique croissante, des inquiétudes subsistent quant au fait que l'interaction entre un profond ressentiment envers la République islamique, une confiance déclinante dans les institutions politiques et l'absence d'alternatives démocratiques organisées puisse continuer à offrir des opportunités politiques aux mouvements populistes de droite et autoritaires, en rendant certaines franges de cette génération plus réceptives à leurs appels.

    Le principal défi consiste à renforcer les liens entre le mouvement socialiste iranien et la génération Z. En Iran, la politique socialiste est restée largement confinée aux cercles universitaires et intellectuels, ce qui limite son engagement auprès de l'ensemble de la jeunesse. Combler le fossé entre les intellectuels socialistes et la majorité de la génération Z est donc une tâche cruciale. Pour y parvenir, il faut dépasser les clichés idéologiques dépassés et le discours sectaire au profit d'un langage politique plus accessible, qui trouve un écho dans les expériences vécues et les revendications concrètes des jeunes. Pour les socialistes iraniens, tant en Iran que dans la diaspora, un engagement politique significatif auprès de la génération Z passe par la prise en compte de ses aspirations politiques et sociales fondamentales, en particulier ses revendications en matière de démocratie, de justice sociale et de libertés individuelles. Cela nécessite à son tour des formes de communication politique et des pratiques organisationnelles qui soient en phase avec les valeurs de cette génération, ses modes d'expression et ses modes de participation politique en pleine évolution. Il s'agit d'adapter à la fois le langage et les pratiques de la politique socialiste aux réalités sociales et culturelles de la Génération Z, plutôt que de rester ancré dans des cadres idéologiques hérités et des pratiques organisationnelles établies.

    Des signes émergents indiquent que certains segments de la génération Z iranienne s'intéressent aux idées socialistes, notamment en lien avec des aspirations plus larges à la démocratie et à la justice sociale. Par exemple, une publication récente sur LinkedIn d'un jeune étudiant universitaire du sud-ouest de l'Iran présentait le socialisme comme une voie potentielle vers un Iran démocratique. Bien qu'un tel exemple ne puisse être considéré comme représentatif de l'ensemble de la génération, il illustre la manière dont les idées socialistes pourraient faire leur entrée dans le vocabulaire politique à travers lequel certains jeunes Iraniens expriment leurs aspirations à des modèles sociaux et politiques alternatifs.

    La génération Z iranienne pourrait donc constituer un espace important d'engagement politique et de transformation potentielle, au sein duquel de nouvelles formes de conscience politique et d'action collective prennent forme. Ces formes émergentes d'action pourraient permettre aux jeunes Iraniens de remettre en cause les structures établies d'autorité, d'inégalité et de contrôle social, tout en créant de nouvelles possibilités de participation politique et des processus plus larges de changement social et politique.


    [1] OECD 2021, Health and Healthcare Systems Chart : How Gen Z employment levels compare in OECD countries. Mar 26, 2021

    [2] Kashani L, Akhondzadeh S. The Future of Iran's Population : Balancing Aging Trends and Fertility Rates. Avicenna J Med Biotechnol. 2025 Apr-Jun ;17(2):82. doi : 10.18502/ajmb‧v17i2.18558

    [3] Social Media and the Youth Activism : The Case of Generation Z in Iran – Journal for Iranian Studies Year 7, Issue 17, June 2023

    [4] Social Media Stats Islamic Republic of Iran. Statcounter Global Stats,” StatCounter Global Stats, January 1, 2022, accessed January 1, 2023

    [5] Statista Research Department 2022. Number of Tweets and Retweets with the Hashtag #MahsaAmini Worldwide from September 16 to October 16, 2022. Sigurdardottir, H., Imani, M., Edalati Z. 2024. “Asking for Solidarity : Embodied Feminist Practices in Digital Space.” Gender & Development 32 (1–2) : 523–545. DOI : 10.1080/13552074.2024.2365058.

    [6] Bayat, A. 2013. Life as Politics : How Ordinary People Change the Middle East. Stanford : Stanford University Press

    [7] Ghaderi,S and Shamshiri Niri,M . 2026. “Futures Study of National Identity in Generations Z and Alpha in Ardabil : An Analysis of Continuity, Interaction, and Transformation Scenarios.” Social Problems of Iran, 17(1), 167-202. doi : 10.61882/jspi.17.1.167

    [8] Yeon Koo, G. 2020. “Riding the Korean Wave in Iran : Cyberfeminism and Pop Culture among Young Iranian Women Available to Purchase.” Journal of Middle East Women's Studies, 16 (2) : 144–164

    [9] Narin, K., Higgins, J., Sligo, J. Children of Rogernomics : A neoliberal generation leaves school. 2012. Otago : Otago University Press

    [10] Bettache, K., Chiu, C., Beattie, P. 2020. The merciless mind in a dog-eat-dog society : neoliberalism and the indifference to social inequality. Curr. Opin. Behav. Sci. 34, 217–222. doi : 10.1016/j‧cobeha.2020.06.002 Boer, D. (2014

    [11] Valadbaygi, K. 2021. “Hybrid Neoliberalism : Capitalist Development in Contemporary Iran,” New Political Economy, Taylor & Francis Journals, vol. 26(3), pages 313-327, May

    [12] Mehrdad Vahabi, 2023. “Anfal and Islamic Economics,” Springer Books, in : Destructive Coordination, Anfal and Islamic Political Capitalism, chapter 5, pages 145-193, Springer

    [16] Zare Shahabadi, A., Asgari,A. 2026. “Narrative of Generation Z's beliefs and actions towards inequality (Case of study : Citizens of Khomeyni Shahr, Isfahan).” Social Problems of Iran, 16(2), 185-226. doi : 10.61882/jspi.16.2.185

    [18] Van Den Broeck, A., et‧al. 2019. “I Want to Be a Billionaire : How Do Extrinsic and Intrinsic Values Influence Youngsters' Well-Being ?.” The ANNALS of the American Academy of Political and Social Science 682, 1 : 204–19

    [19] Zandi S, Oghani-Esfahani F, Ahmadi F, Sabbaghi-Dehkalani R, Akhavan S. 2025. “Mental Health and Mental Health Care in Iran : Addressing Social Inequalities.” Healthcare (Basel), Dec 1 ;13(23):3131. doi : 10.3390/healthcare13233131. PMID : 41373348 ; PMCID : PMC12692221

    [20] Kamyabi Azar, S., Naeim, M., Arjmand, H. 2025. “Socio-cultural erosion and the mental health crisis in Iranian youth : Root causes, challenges, and culturally aligned interventions,” Asian Journal of Psychiatry, Volume 103, 104350, ISSN 1876-2018

    [21] Hashemi, M.S. ; Yarian, E. ; Bahadoran, P. ; Jandaghi, J. ; Khani, M.M. 2012. “Prevalence of Mental Health Problems in Children and Its Associated Socio-Familial Factors in Urban Population of Semnan, Iran.” Iran. J. Pediatr. 2015, 25, e175

    [22] Derakhsh, A., Seifsadat, T., & Alizadeh Damie, T., Barzgar, S. 2024. “Generation Z Girls and the Quest for Authenticity A Psychological Perspective.” Psychology of Woman Journal, 5(1), 101 108

    Article publié par Socialist Project le 6 septembre 2026. Traduit et publié le 8 septembre sur le site A l'Encontre.

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    Résilience de la distribution alimentaire locale en temps de guerre et de conflits

    Partout dans le monde, les tensions géopolitiques, les guerres et les conflits armés perturbent les approvisionnements alimentaires et énergétiques, provoquent l'effondrement des monnaies et font flamber les prix des denrées alimentaires. Pour des millions de personnes, la vie quotidienne devient une lutte permanente, à mesure que la nourriture et les autres produits de première nécessité deviennent de plus en plus inaccessibles. Pourtant, au cœur de cette fragilité, on peut constater la résilience et le rôle essentiel des systèmes communautaires de distribution alimentaire tels que les marchés de produits frais et les commerces de rue. Pour les populations vivant dans les zones de conflit, l'économie informelle constitue depuis longtemps une véritable bouée de sauvetage et représente leur principale source d'approvisionnement alimentaire et de revenus.

    Marché de Khartoum
    Crédit : Ondrej Havelka, CC BY 2.0

    Même lorsque les chaînes d'approvisionnement formelles et les infrastructures commerciales vacillent sous les effets de la guerre, ces systèmes locaux continuent bien souvent de fonctionner, même si les violences redéfinissent profondément les conditions dans lesquelles ils opèrent ainsi que leurs modes de fonctionnement. Ces crises favorisent souvent l'émergence de structures économiques alternatives pour garantir l'accès aux biens de première nécessité, en particulier alimentaires. Elles encouragent ainsi une transition vers des réseaux de distribution locaux tout en réduisant la dépendance vis-à-vis du commerce mondial.

    Au plus fort des violentes attaques israéliennes contre le Liban, une productrice de mouneh (conserves traditionnelles) de la vallée de la Bekaa envoie des paniers de nourriture aux communautés déplacées dans le sud du pays. Chaque panier est soigneusement composé d'un assortiment d'œufs, de pain, de nèfles, de citrons, d'huile d'olive, de kashk (aliment fermenté à base de yaourt et de blé concassé), de zaatar (thym) et d'autres produits essentiels, afin de garantir aux personnes déplacées un apport nutritionnel suffisant.

    En Palestine, les femmes gèrent depuis des décennies des coopératives agricoles et cultivent des « jardins de guerre » sur les toits. Les légumes qu'elles produisent et les vaches laitières qu'elles élèvent nourrissent non seulement leurs familles et leurs communautés, mais participent également à la résistance politique face à l'occupation israélienne. Dans les rues de Karachi, au Pakistan, les vendeurs et vendeuses de denrées alimentaires se sont adaptés aux perturbations récurrentes des transports causées par les grèves en recourant à des vélos et d'autres systèmes de livraison communautaires afin d'assurer la continuité de la distribution alimentaire. Au Soudan, alors que la guerre civile détruisait les marchés formels, des communautés ont mis en place des économies fondées sur le troc, dans lesquelles des produits essentiels tels que le gombo, les haricots, le sorgho, le kisra (pain) ou encore le savon sont échangés chaque semaine sans recours à l'argent liquide. Ailleurs, même dans des villes dévastées par les combats, des marchés temporaires organisés par les commerces de rue ont vu le jour malgré l'absence d'électricité, d'installations de stockage ou de balances fiables.

    À l'inverse des chaînes d'approvisionnement mondiales particulièrement instables, ces initiatives illustrent la force et la résilience de systèmes alimentaires plus équitables, moins exposés aux chocs géopolitiques et porteurs d'espoir pour des populations qui cherchent à reconstruire leur vie au milieu des ruines.

    Dans ce numéro du Supermarket Bulletin, nous partageons les expériences de commerces de rue en Ukraine, de cuisines communautaires au Soudan et de petits producteurs et productrices au Myanmar, qui font preuve de résilience pour continuer à approvisionner leurs communautés en nourriture malgré la poursuite des guerres et des conflits.

    À travers le monde

    La distribution alimentaire locale dans les zones de conflit : l'expérience des cuisines communautaires au Soudan

    Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans l'une des crises alimentaires les plus graves du monde. Le conflit entre les Forces Armées Soudanaises et les Forces de Soutien Rapide a détruit les marchés locaux, interrompu les circuits d'approvisionnement et déplacé des millions de personnes. Fin 2024, près de 24,6 millions de personnes faisaient face à une insécurité alimentaire aiguë, soit presque la moitié de la population analysée. Lorsque les marchés s'effondrent, que les chaînes de distribution commerciale cessent de fonctionner et que l'aide internationale peine à atteindre les territoires affectés, qui nourrit les gens ?

    Au Soudan, la réponse est venue des communautés elles-mêmes.

    Les Emergency Response Rooms (ERRs) trouvent leur origine dans les Comités de Résistance qui avaient organisé la révolution de 2018-2019. Face à la guerre, ces réseaux militants ont réorienté leurs capacités vers l'assistance alimentaire d'urgence. En 2025, les ERR regroupaient environ 737 structures locales dans les dix-huit États du pays, mobilisant près de 26 000 volontaires bénévoles. À la fin 2024, elles avaient apporté une assistance directe à plus de 11,5 millions de personnes là où aucun supermarché, aucune grande enseigne de distribution, aucun opérateur commercial n'opérait plus.

    Leur initiative la plus emblématique : les takaya, ou cuisines communautaires, inspirées de la tradition soudanaise de solidarité collective (nafeer). Ces cuisines préparent et distribuent quotidiennement des repas aux personnes déplacées, aux familles sans revenus, aux personnes âgées et aux plus vulnérables. Au départ, elles fonctionnaient grâce aux contributions des habitants locaux et au soutien de la diaspora soudanaise ; toutefois, après avoir démontré leur efficacité sur le terrain, leur financement s'est de plus en plus appuyé, en tant que deuxième pilier, sur des bailleurs de fonds institutionnels internationaux, notamment l'USAID.

    Ce qui les distingue radicalement des systèmes de distribution commerciale qui dominent ordinairement l'accès à l'alimentation, c'est leur logique fondamentale : la nourriture n'y est pas une marchandise dont l'accès dépend du pouvoir d'achat. Elle est traitée comme un bien commun, dont la distribution repose sur la reconnaissance collective d'une responsabilité partagée envers chaque membre de la communauté. Pas de prix, pas de marge, pas d'intermédiaire lucratif : juste la solidarité organisée.

    Ce sont les femmes qui assurent l'essentiel de ce travail : préparation des repas, gestion des stocks, organisation de la distribution, soutien aux familles vulnérables. Paradoxe cruel : les ménages dirigés par des femmes sont près de trois fois plus exposés à l'insécurité alimentaire que ceux dirigés par des hommes. Pourtant, ce sont elles qui maintiennent en vie le tissu social là où les circuits marchands ont disparu. L'émergence des Women's Response Rooms structures créées pour répondre aux besoins spécifiques des femmes et des enfants en matière d'alimentation, de protection et de soutien psychosocial témoigne d'une réalité que les systèmes alimentaires dominants occultent systématiquement : la distribution alimentaire repose sur un travail de reproduction sociale largement invisible, assumé en grande partie par les femmes, et dont la valeur n'apparaît jamais dans aucun bilan de grande surface.

    Malgré leur efficacité, ces initiatives demeurent structurellement vulnérables et c'est là que réside la contradiction la plus frappante. En mars 2025, près de 80 % des cuisines communautaires d'urgence avaient fermé à la suite de réductions de financements internationaux que ni les contributions de la diaspora ni celles de la population locale n'ont pu compenser. Des décisions prises dans des bureaux lointains ont suffi à interrompre la seule source d'alimentation de millions de personnes. Les communautés qui avaient réussi à construire, sans ressources et sous les bombes, ce que les marchés et les États n'avaient pas su garantir, se retrouvent ainsi dépendantes des mêmes logiques de financement extérieur qu'elles cherchaient précisément à contourner.

    Les cuisines communautaires soudanaises posent ainsi une question qui dépasse largement le contexte du conflit : à qui appartient la distribution alimentaire ? Aux chaînes de grande distribution qui concentrent le pouvoir d'achat, fixent les prix et décident de ce qui est disponible, où et pour qui ? Ou aux communautés elles-mêmes, qui connaissent leurs besoins, leurs ressources et leurs solidarités ? L'expérience des takaya montre qu'une autre distribution est possible fondée sur la connaissance du territoire, la participation des femmes et la logique du bien commun plutôt que du profit. Financer directement ces capacités d'organisation, c'est choisir la justice alimentaire contre la concentration du pouvoir de distribution. C'est, en définitive, un choix politique.

    Les cuisines communautaires soudanaises ne constituent pas seulement un mécanisme de survie face à la guerre. Elles démontrent que les communautés populaires peuvent produire leurs propres institutions lorsque les structures étatiques et marchandes ne répondent plus aux besoins fondamentaux. En ce sens, elles représentent non seulement une réponse humanitaire, mais également une expérience de gouvernance alimentaire construite à partir du territoire et des besoins des populations elles-mêmes.

    Par Souad Mahmoud, Alliance pour la souveraineté alimentaire – MENA (ASA-MENA)

    Les petits commerces alimentaires en Ukraine maintiennent la résilience des chaînes d'approvisionnement

    Depuis février 2022, l'Ukraine subit une invasion à grande échelle menée par la Russie. La violence du conflit a profondément perturbé les filières alimentaires, ainsi que de nombreuses autres infrastructures. Dans ce contexte, les syndicats et les représentants des commerces de rue et de marché ont trouvé des moyens d'assurer la continuité des chaînes d'approvisionnement, en s'appuyant sur leur flexibilité et leur connaissance du territoire. Le soutien des organisations syndicales a également joué un rôle essentiel tout au long de la guerre, tant pour défendre les travailleurs et travailleuses que pour fournir une aide humanitaire indispensable. Ci-dessous, Nataliya Levytska, vice-présidente de la Confédération des syndicats libres d'Ukraine, partage l'expérience de son organisation.

    Au cours des premières semaines qui ont suivi l'invasion russe à grande échelle du 24 février 2022, de nombreux supermarchés et centres de distribution ont été contraints de fermer en raison des combats, de la destruction des infrastructures ou de l'impossibilité d'acheminer les marchandises. Fin mars 2022, environ 21 % des magasins d'alimentation étaient encore fermés, même si les principales chaînes de distribution ont progressivement repris leurs activités au cours des mois suivants. Contrairement aux grandes enseignes, qui dépendent d'une logistique centralisée et de centres de distribution, les petits commerces peuvent s'adapter rapidement en s'appuyant sur des réseaux informels de commerce de gros et sur les liens personnels qu'ils entretiennent avec leurs partenaires commerciaux. Beaucoup s'approvisionnent directement auprès des exploitations, des unités de transformation alimentaires locales, de petits entrepôts ou de contacts de confiance dans d'autres régions, ce qui leur permet de contourner les circuits d'approvisionnement perturbés.

    Ces chaînes d'approvisionnement plus courtes favorisent la disponibilité des denrées alimentaires : les produits de première nécessité tels que les légumes, le lait ou le pain peuvent être achetés directement auprès des exploitations locales. Les itinéraires locaux sont restés accessibles même lorsque les plateformes logistiques ont été perturbées par les opérations militaires.
    Les petites entreprises ont également pu adapter rapidement leur gamme de produits, en vendant les marchandises physiquement disponibles plutôt qu'en maintenant l'assortiment standardisé exigé par les grandes chaînes de supermarchés. Beaucoup utilisent leurs propres véhicules ou des réseaux de transport informels pour collecter et distribuer les marchandises, ce qui leur permet de surmonter plus efficacement les goulets d'étranglement logistiques que les grands distributeurs.

    Les vendeurs et vendeuses se sont coordonnés avec les autorités locales et les communautés pour maintenir l'approvisionnement alimentaire des villes assiégées ou récemment libérées.

    Le Syndicat libre des entrepreneurs d'Ukraine a lancé ses activités d'aide humanitaire avec le soutien d'organisations homologues du monde entier. Le syndicat a distribué des colis alimentaires et participé à l'évacuation de personnes fuyant les régions situées près du front.

    Destruction des marchés

    Les marchés n'ont pas été épargnés par la guerre. Les petits commerces et les marchés sont devenus des cibles pour les forces russes. Le marché de Barabashovo, à Kharkiv, comptait parmi les plus grands marchés d'Europe de l'Est. Depuis 2022, la majorité des halles de ce vaste marché de plein air ont été entièrement détruites par les bombardements ciblés de l'ennemi et les incendies. Les membres du Syndicat libre des entrepreneurs d'Ukraine y ont perdu leur lieu de travail. Les destructions se sont poursuivies jusqu'à très récemment. En juin 2026, une attaque russe a détruit la plupart des galeries marchandes du marché aux livres de Pochaina, à Kyiv. Le 25 mai 2026, c'est le marché Lukyanivskyi (Kyiv) qui a été touché. La halle du marché et le centre commercial voisin Kvadrat ont également subi d'importants dégâts lors d'une frappe de missile le même mois.

    Les personnes travaillant dans le commerce informel et la vente de rue ne disposent ni d'abris ni de dispositif de protection contre les bombardements et n'ont généralement aucune autre source de revenus. Elles sont donc contraintes de continuer à vendre, même dans les conditions les plus extrêmes. Le coût psychologique est lui aussi considérable : le stress lié à l'incertitude économique s'ajoute au danger physique constant.

    Le rôle des syndicats

    Cette résilience est le fruit de la coopération entre les secteurs formel et informel, les communautés locales et les bénévoles. Et, bien sûr, les organisations de travailleurs et travailleuses.

    « Les syndicats se sont principalement attachés à défendre les droits des personnes employées dans le secteur du commerce de détail, à fournir une aide humanitaire à leurs membres, à soutenir les travailleurs et travailleuses déplacé·es à l'intérieur du pays et à mobiliser la solidarité internationale ainsi que l'aide humanitaire », explique Nataliya Levytska. « Même s'ils ont joué un rôle moins direct dans l'organisation du commerce sur les marchés en tant que tel, les syndicats ont contribué à maintenir la résilience des travailleurs et travailleuses et des communautés touchées par la guerre. »

    La voix des organisations affiliées à StreetNet

    Leonid Tonkovyd, vice-président du Syndicat libre des entrepreneurs d'Ukraine (FTUEU), organisation affiliée à StreetNet dans le pays, a également partagé son expérience du terrain. « Les efforts déployés par les petits commerces et les syndicats pour acheminer des denrées alimentaires vers les zones de front et les territoires occupés s'accompagnent de risques extrêmes. Des exemples de ce type se produisent dans tout le pays. Lors d'une mission de livraison alimentaire, la présidente de la FTUEU, Valentyna Korobka, a été blessée par une explosion. Dans la région de Kherson, des bénévoles ont été pris pour cible par des tirs alors qu'ils distribuaient du pain. À Tchernihiv, un commerçant local a continué à approvisionner plusieurs villages en viande, au péril de sa vie, malgré la violence de l'occupation. »

    Par StreetNet

    Réseau agroécologique du Myanmar : nourrir les communautés en temps de crise

    Cinq ans après le coup d'État militaire et alors que la guerre civile se poursuivait, le Myanmar a organisé des élections au début de l'année 2026. Toutefois, ce scrutin, longtemps retardé, ne signifie pas que le pays et le peuple ont retrouvé la stabilité.

    V-Farm* est une petite ferme agroécologique située dans le canton de Tikki, dans la région rurale située au nord de Yangon. Créée en 2017, elle a rejoint un réseau de fermes biologiques fonctionnant selon un système participatif de garantie (SPG) local. Ce mouvement est né d'un programme de leadership communautaire lancé à la suite de l'accord de cessez-le-feu de 1995. Le réseau SGP-agroécologie poursuit un objectif commun : garantir la sécurité et la santé de l'ensemble des personnes qui produisent et consomment. Il constitue un espace d'apprentissage collaboratif où les agriculteurs et agricultrices échangent leurs connaissances et leur savoir-faire, tout en développant des liens avec les personnes qui transforment les aliments localement, les petits commerces, les réseaux de distribution et les consommateurs et consommatrices. Au cœur de leur démarche se trouve la conviction que chacun a le droit de choisir une alimentation saine et nutritive.

    Après le coup d'État de 2021, le réseau SGP-agroécologie a été contraint d'annuler son enregistrement en tant qu'organisation à but non lucratif. L'instabilité politique du pays, conjuguée aux perturbations du secteur bancaire, a fortement restreint ses activités d'apprentissage et d'échange, la majeure partie de ses financements ayant été supprimée. À cela se sont ajoutés la flambée des prix du carburant et des restrictions de déplacement généralisées, contraignant de nombreuses exploitations du réseau à suspendre leurs activités.

    Daw*, la fondatrice de V-Farm, n'a pourtant pas renoncé et poursuit son travail sur son exploitation maraîchère biologique. Confrontée à l'interdiction de la vente ambulante et aux difficultés économiques liées au maintien d'un petit commerce, V-Farm est récemment passée à un système de précommande en ligne pour vendre ses légumes, malgré les fréquentes coupures d'internet et les blocages des réseaux de téléphonie mobile. Pour pallier les perturbations des transports, Daw fait appel au groupe des « green bikes », de jeunes cyclistes qui livrent chaque semaine des légumes aux habitant·es de la ville, tout en limitant l'impact de la flambée des prix du carburant.

    Actuellement, V-farm travaille avec plus de 20 petites exploitations des environs pour approvisionner 200 familles en légumes. L'exploitation se fournit également en huile de cuisson auprès d'installations de transformation et d'exploitations situées dans des régions reculées, puis la distribue à sa clientèle. Ce système permet à V-farm de continuer à produire et à vendre ses produits tout en soutenant l'économie paysanne régionale. Ces pratiques garantissent la disponibilité de produits alimentaires pour les consommateurs et consommatrices, malgré la disparition de nombreux points de vente où la population pouvait auparavant se procurer les produits du quotidien.

    Malgré la crise qui perdure, Daw insiste sur le fait que chacun devrait avoir accès à une alimentation saine et nutritive, et pas seulement de quoi calmer sa faim. Forte de ses nombreuses années d'expérience dans le domaine médical, elle a été témoin d'innombrables cas où aucun traitement ne permettait de guérir les patient·es. Elle est convaincue que le manque d'aliments nutritifs constitue l'une des causes profondes de nombreux problèmes de santé auxquels est confrontée la population du Myanmar, et cette conviction est au cœur de son engagement. Son expérience dans le secteur médical lui a également permis de se constituer un solide réseau au sein des hôpitaux, auprès des équipes soignantes et des personnes hospitalisées, grâce auquel elle écoule sa production. Au-delà de l'existence d'un débouché commercial fiable, ce réseau contribue à sensibiliser le public à la qualité et à la valeur nutritionnelle de ses légumes. À plus long terme, Daw souhaite renforcer le système de « garantie », dans lequel les parties prenantes de la production et de la consommation collaborent pour évaluer et assurer la qualité des aliments au sein d'un circuit de distribution plus court et plus transparent.

    Les conflits et les violences ont marqué de manière récurrente l'histoire du Myanmar, interrompus seulement par une période de stabilité relative entre 2010 et 2020. Ironie du sort, c'est au cours de cette période de paix tant attendue que le gouvernement birman a ouvert le pays aux investissements étrangers de grande ampleur dans l'agrobusiness et aux plantations destinées à l'exportation, notamment pour la production de bananes, ce qui a contribué à accroître l'endettement des exploitations.

    Aujourd'hui, à la suite du coup d'État, les perturbations du commerce alimentaire dans l'ensemble du pays ont contraint nombre d'exploitant·es à privilégier leur propre sécurité alimentaire et leurs moyens de subsistance. Ce faisant, les communautés agricoles prennent progressivement conscience de l'importance de renforcer les systèmes locaux de production et de distribution alimentaires afin d'accroître leur résilience face à l'instabilité et aux chocs économiques.

    * Les noms des personnes et des lieux ont été modifiés pour garantir leur sécurité
    Article basé sur une conversation entre GRAIN et Daw, de V-farm

    Cet article a été publié le 23 juillet 2026 sur le site GRAIN, en collaboration avec FIAN et StreetNet International.

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    Khrys’presso du lundi 12 octobre 2026

    Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


    Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

    Brave New World

    Spécial IA

    Spécial Israël

    • Israel demolishes properties of Palestinian who saved 30 Israelis on 7 October (middleeasteye.net)

      Yousef Zyadna was praised for rescuing Israelis during the 7 October attacks. Three years later, authorities have demolished properties belonging to him and his family

    • Bardella, l’antisémitisme et Israël (politis.fr)

      En soutenant le président du RN, un ministre israélien nous dit surtout quelle est la nature idéologique du gouvernement Netanyahou. Israël met aujourd’hui en danger les juifs du monde entier. Raison de plus pour ne pas identifier l’antisionisme, critique de la politique coloniale d’Israël, à un antisémitisme, et ne pas sommer les juifs de France à prendre position, dans un sens ou dans l’autre, dans le conflit israélo-palestinien.

    Spécial femmes dans le monde

    RIP

    Spécial France

    Le LOL de la semaine

    Spécial femmes en France

    Spécial médias et pouvoir

    RIP

    Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

    Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

    Spécial résistances

    Spécial outils de résistance

    Spécial MAGAM et cie

    Les autres lectures de la semaine

    Les BDs/graphiques/photos de la semaine

    Les vidéos/podcasts de la semaine

    Les trucs chouettes de la semaine

    Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

    Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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    Tous les empires ne se ressemblent pas

    Dubai.
    Crédit Eugène Kaspersky CC BY-NC-SA

    Bien que les Émirats arabes unis n'occupent aucun territoire, ils arment des milices, contrôlent des ports et sous couvert de « développement », déguisent leur violence. Le Soudan en fait les frais.
    L'impérialisme n'est jamais uniquement une question d'occupation territoriale. Les États-Unis et la Grande-Bretagne sont d'ostensibles artisans de la mort et de la destruction à grande échelle. Mais les Émirats arabes unis (EAU) utilisent un autre schéma, à certains égards plus insidieux : un modèle qui repose sur l'acquisition de capitaux, l'armement de proxys et le contrôle des infrastructures plutôt que sur une conquête territoriale directe.

    L'alliance entre l'Occident et les pays du Golfe s'appuie sur la puissance militaire, le secret financier et les investissements dans les industries extractivistes. Cela s'illustre par l'externalisation de la violence, dissimulée sous couvert de développement, de logistique et d'humanitaire, et enrobée par une architecture luxueuse.

    Les Émirats arabes unis ont récemment été présentés comme la malheureuse victime des représailles iraniennes, dans le sillon de la guerre régionale déclenchée par Israël et les États-Unis. Donald Trump a laissé entendre qu'il envisageait d'apporter une aide financière aux Émirats arabes unis, qu'il estime être un « bon allié », ayant subi un préjudice économique. Ironiquement, les Émirats arabes unis ont utilisé leur appareil autoritaire pour arrêter quiconque rendrait public l'ampleur des frappes iraniennes sur leur territoire. Une enquête de Bellingcat a révélé qu'au moins cinq personnes avaient été arrêtées pour avoir republié des vidéos montrant les frappes de missiles. Mais le discours victimaire ne doit pas faire oublier le rôle des Émirats arabes unis, qui, en tant que puissance sous-impériale, a favorisé la guerre et les crimes de guerre dans toute la région, notamment au Soudan.

    L'importance des Émirats arabes unis pour les États-Unis est structurelle. Ce pays a été le premier État du Golfe à normaliser ses relations avec Israël, il est un grand acheteur d'armes américaines et il sert de plaque tournante pour les renseignements, la finance et la logistique militaire. Il a mis en place tout un réseau de bases et d'infrastructures s'étendant du Yémen à la Somalie, autour de la mer Rouge et du golfe d'Aden, construit avec l'aide des États-Unis et d'Israël. Il s'agit là de l'installation d'une puissance régionale qui cherche à exercer son influence sans rendre de comptes.

    Le Soudan est le théâtre de la plus grande crise humanitaire du monde. En avril 2023, une guerre civile catastrophique a éclaté à la suite d'une violente lutte pour le pouvoir entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (FSR), dévastant Khartoum, El Fasher et des dizaines d'autres villes. Les taches de sang à El Fasher étaient visibles depuis l'espace.
    Depuis avril 2023, environ 15 millions de personnes ont été déplacées, tandis que des millions d'autres ont toujours besoin d'une aide vitale. Les femmes sont particulièrement exposées aux violences sexuelles et à la torture. Plus de 33,7 millions de personnes — sur une population totale de 50 millions — ont désormais besoin d'une aide humanitaire d'urgence. L'insécurité alimentaire touche plus de la moitié du pays et les services de santé essentiels se sont effondrés : la situation, déjà désastreuse, est empirée par les épidémies. Le nombre de victimes, bien qu'il soit difficile à évaluer, était estimé à près de 400 000 à la fin de l'année dernière.

    La guerre au Soudan est l'une de celles que les Émirats arabes unis financent directement. Cela ne ressemble pas à une occupation coloniale classique, ce qui la relègue au second plan — pourtant, ses conséquences comptent parmi les plus catastrophiques au monde.

    L'écrivain soudanais Husam Mahjoub propose un cadre analytique très clair :

    « Le rôle des Émirats arabes unis au Soudan n'est pas une anomalie. Il s'inscrit dans un projet cohérent, financé et ayant une envergure régionale : un programme sous-impérialiste alliant l'exploitation économique à la création d'alliances autoritaires et de politiques contre-révolutionnaires, sous couvert d'une diplomatie sophistiquée et de partenariats mondiaux. Le Soudan est malheureusement l'un de ses principaux terrains d'expérimentation. »

    Mahjoub retrace la manière dont les Émirats arabes unis se sont positionnés comme une force contre-révolutionnaire dans toute la région : ils ont apporté leur soutien à la FSR — une milice impliquée dans des atrocités de masse — à travers des livraisons d'armes et un appui logistique. En avril 2026, The Sentry a révélé que le chef des FSR, Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti), et ses frères avaient investis dans 20 propriétés de luxe, d'une valeur de 24 millions de dollars américains, toutes au sein du même domaine privé à Dubaï.

    Les Émirats arabes unis n'agissent pas seuls. L'Égypte et d'autres puissances régionales collaborent avec l'Union européenne, la Russie et les États-Unis, entretenant l'instabilité au Soudan pour tirer profit de ressources stratégiques et économiques : les réserves d'or, la gomme arabique, les terres arables et l'accès aux voies commerciales de la mer Rouge. Les Émirats arabes unis nient ces accusations portées contre eux. Toutefois ces démentis n'ont pas été accompagnés d'une véritable transparence, et une responsabilité effective reste difficile à établir.

    L'empire ne s'annonce pas toujours par des décrets coloniaux. Parfois, il s'installe par les ports. Au cours des quinze dernières années, les Émirats arabes unis ont étendu leur présence en Afrique grâce à des investissements dans les infrastructures portuaires, les aéroports et les réseaux logistiques — un port n'est jamais un lieu neutre. La poète et universitaire palestinienne Rafeef Ziadah évoque l'intervention des Émirats arabes unis pour contrôler les ports yéménites et les voies commerciales traversant l'océan Indien et la mer Rouge, elle souligne que le même port sert à la fois pour l'aide humanitaire et au ravitaillement militaire. La frontière entre aide humanitaire et guerre est délibérément floue et ce n'est pas un hasard.

    L'or est la ressource qui rend cette boucle de rétroaction lisible. Un rapport publié en avril 2026 par le Centre d'études environnementales et sociales détaille comment l'or soudanais — extrait dans un climat de violence et de coercition — traverse les frontières par des réseaux informels jusqu'à Dubaï. Les chaînes d'approvisionnement permettent aux matières premières d'être attribuées à tort, ré-étiquetées ou mélangées de manière à masquer leur origine ; la frontière entre l'or d'origine légale et illégale s'estompe durant son transport. L'or est échangé contre des armes et des liquidités, ce qui permet de financer la guerre.

    En janvier 2026, la mission navale « Will for Peace » a conduit un convoi de navires de combat en provenance de Russie, de Chine et des Émirats arabes unis qui a accosté à Simon's Town, en Afrique du Sud, sous le couvert d'un « exercice maritime ». Le flou délibéré que Ziadah met en évidence — entre logistique humanitaire, militaire et commerciale — était ici explicite. L'Afrique du Sud n'est pas un simple spectateur dans ces réseaux. Open Secrets a révélé l'existence d'Integrated Convoy Protection (ICP), une entreprise sud-africaine, et son rôle dans l'approvisionnement de la machine de guerre émiratie, avec des cargaisons transitant par le port de Durban à destination de Jebel Ali, à Dubaï. Voilà à quoi ressemble la violence silencieuse : elle voyage à travers des infrastructures ordinaires, dissimulée dans la routine du commerce mondial.
    Mais le port de Durban a également été le théâtre d'un geste de refus. En 2021, les dockers ont refusé de décharger la cargaison d'un navire israélien en signe de solidarité avec les Palestinien⋅nes, et les mouvements syndicaux se sont joints à eux pour les soutenir. Les ports sont des lieux politiques : c'est là que les guerres sont alimentées, et c'est là que les travailleur⋅euses ont le pouvoir de les interrompre.

    Le rôle « sous-impérial » des Émirats arabes unis n'est pas une aberration. C'est l'expression logique d'un système mondial dans lequel l'alignement stratégique prime sur la vie humaine — à Khartoum comme à Gaza, au Soudan comme au Yémen. Les États du Golfe ont contribué à neutraliser la lutte de libération palestinienne. Le Soudan est aujourd'hui abandonné de la même façon. L'alliance entre l'Occident et le Golfe n'est pas une relation entre des égaux qui partagent les mêmes valeurs : c'est une structure qui engendre et entretient des morts en masse, et il faut la qualifier comme telle.

    Regardons Dubaï telle qu'elle est : une île artificielle bâtie sur l'esclavage.

    Cet article a été publié le 6 septembre 2026 sur le site A l'Encontre et traduit vers le français par Emilie Foutrel, traductrice pour ritimo.

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    Lycées et universités. La révolution du peu. La colère de tant. (et comment aussi au milieu de tout ça Parcoursup est devenu Parcourspute)

    Nous avons tellement appris à nous contenter de peu. De si peu. Et de faire de ce si peu le seul horizon d’espérance, de combat, de lutte, d’espoir, ou d’abandon. Vous allez travailler un peu plus longtemps. Vous allez payer un peu plus cher mais vous serez payés un peu moins qu’avant (l’inflation … tout ça …). Il y aura un peu plus de pollution dans chaque parcelle de vos vies. Un peu plus, un peu plus, un peu plus … de misère, de difficultés, de centimes aux prix à la pompe …

    Et depuis quelques jours c’est une autre génération du peu, qui se lève et nous rappelle à l’essentiel de nos luttes oubliées, abandonnées ou résignées. Une génération du peu. Une génération pour qui il y a un peu plus d’élèves par classe. Un peu plus de professeurs non-remplacés. Un peu plus de lycées et de collèges délabrés.  Un peu plus de problèmes de santé mentale et un peu plus d’attente avant d’avoir une place chez un psy ou chez l’infirmière ou la psy du lycée qui est affectée sur un peu plus d’établissements et à donc un peu plus d’élèves à voir. Et puis dès le collège un peu plus de choix à faire sur des lycées et des enseignements de spécialité qui compliqueront un peu plus un futur incertain et qui ajouteront un peu plus aux projections impossibles et donneront lieu à un peu plus d’inquiétude chez certains, à un peu plus d’angoisse chez d’autres.

    Et puis après il y aura un peu plus de voeux à faire sur Parcoursup mais il y aura encore un peu plus d’universités incapables de les accueillir de manière digne parce qu’il y a chaque année un peu plus d’universités qui crèvent de sous-financements.

    Ah et puis aussi il y a la chaleur. Il fait un peu plus chaud vous avez remarqué ? Alors ils et elles crèvent un peu plus de chaud (leurs profs aussi) dans leurs salles de classe un peu plus bondées, dans des lycées et collèges toujours un peu plus chauds. Heureusement on leur promet ils passeront leur brevet et leur bac un peu plus tôt le matin.

    C’est comme pour les manifestations, voyez. A chaque fois un peu plus de violences policières et un peu plus tôt dès le début du mouvement. Un peu plus de mutilés. Un oeil crevé. Une mâchoire et une dentition explosée. Une main arrachée. On parle là de mineurs de moins de 17 ans. On parle de nos gosses. De trois gamins handicapés à vie. On parle de Maël, 16 ans,qui a perdu son oeil. On parle d’Eden, 14 ans, qui a eu la mâchoire brisée par un tir de flashball. On parle de ce « lycéen de 15 ans », qui a eu la main arrachée. On parle de plus de 5000 personnes en garde à vue dont près de 90% de mineures et de mineurs, Et pour ceux-là, « 48h d’enfer« , des ITT, des syndromes de stress post-traumatique chez des gamins de 16 ans. Pour avoir manifesté. Pour s’être manifesté. Et le néant.

    Devinette: sachant que deux lycéens majeurs ont respectivement été condamnés à cinq mois de bracelet électronique et huit mois d’emprisonnement avec sursis pour le jet d’une pierre (qui n’a pas atteint sa cible) et celui d’une bouteille d’eau sur un policier (qui ne l’a pas atteint non plus) le vendredi 2 octobre à Strasbourg, de quelle condamnation écoperont les policiers qui ont brisé la mâchoire d’Eden, éborgné Mael, et lancé la grenade qui a arraché la main d’un lycéen et 15 ans. Et quand ?

    C’est compliqué de les entendre parce qu’il faut pour cela franchir des murs de vieux cons très loin ce ces soucis du peu, et qui ressassent avec d’autres mots les « passe ton bac d’abord » que l’on entendait encore hier. Comme hier ils leur disent : « allez bosser », « regardez les petits chinois », « vous êtes des privilégiés », « retournez en classe le monde ne va pas vous attendre », « les autres ils finissent pas à 17h ».

    Compliqué donc de les entendre au milieu du fracas et des obsessions médiatiques de la poubelle brûlée ou du casseur masqué (ah ben non tiens, finalement c’était un policier déguisé infiltré libéré délivré). Mais c’est facile de les écouter. Les lycéennes et les lycéens. Et quand on écoute attentivement, quand on essaie en tout cas, ce qui me frappe le plus ce sont leurs revendications et leurs rêves. Ils et elles n’ont pas de rêve de grand soir, ce ne sont pas les héritiers d’échevelés gauchistes de tribune ou les petits-fils commodes de « soixante-huitards » frustrés. Ils ne demandent pas l’abolition du capitalisme, la fin des interdits, le SMIC à 3000 euros ou que le MEDEF soit classé comme organisation terroriste.

    Ils et elles n’ont que peu de revendications. Des revendications du peu. Des rêves de peu. Mais ce peu est sensible. Ils voudraient juste un peu plus de profs. Ils voudraient juste un peu moins d’élèves par classe. Ils voudraient juste que les profs absents soient remplacés un peu plus vite et un peu plus systématiquement. Ils voudraient juste avoir un peu moins chaud dans leurs salles de cours. Un peu moins de plafonds qui leur tombent sur la gueule, un peu moins de locaux délabrés. Que le travail scolaire soit un peu moins pénible, car oui il y a une pénibilité du travail scolaire aujourd’hui qui n’est pas tant lié au travail scolaire lui-même mais à tout ce qui l’encadre, le norme, l’écrase, l’impose. Ils voudraient aussi, un peu moins de mépris.

    Ah si j’allais oublier. Ils et elles veulent l’abrogation de Parcoursup et là tout le monde les traite, au mieux, de doux rêveurs ou de dangereux radicaux. Parce que c’était pas mieux avant (souvenez-vous les vieux, le tirage au sort d’APB, souvenez-vous les très vieux, les files d’attente premier arrivé premier inscrit) et qu’on ne pourrait soi disant pas faire mieux. Pas même un peu mieux. Sérieusement ? Mais vous avez-vu ce que Parcoursup est devenu ? L’année dernière on nous expliquait qu’il était sérieusement envisagé que le SNU (Service national Universel) puisse rapporter des points bonus si on s’y engageait (on a pour l’instant heureusement évité cette merde). Cette année on nous a dit que les années de césure pour cause d’engagement militaire seraient acceptées quoi qu’il arrive et sans nous demander notre avis. Et là, il y a quelques semaines on faisait face à un rebranding violent dans lequel Parcousup devenait tout simplement Parcourpute ou ProstiSup (pardon aux camarades TDS). La passe est à trois mille euros, ce sont les proxénètes Edouard Geffray et Philippe Baptiste qui fixent les prix. Parce que figurez-vous que nous en sommes-là. Les rectorats et services du ministère font directement du phoning, ils appellent les universités pour leur dire, « alors si vous nous prenez un des recalés de Parcoursup qu’on n’arrive pas à caser – vu que nous sommes fin septembre quand même hein … et qu’il en reste plusieurs milliers – alors on vous file 3000 euros. Cash. 3000 euros le lycéen. 3000 euros la lycéenne. Parcourpute. Attention hein, vous le ou la prenez en 1ère année mais on ne vous file les 3000 euros qu’une seule fois. Faut pas déconner non plus. Et si vous nous en prenez 50, alors on vous file un poste d’ATER pendant un an. » Je vous jure que lorsque j’ai lu cette information dans Le Monde et dans Médiapart je n’y ai simplement pas cru. Et puis après, et depuis, je suis tellement en colère. Et surtout j’ai tellement honte. Tellement honte. Tellement.

    (screen d’un reportage de Télé Nantes)

    Moi j’ai 54 piges, j’ai fait ma première grève et séché mes premiers cours contre le projet Devaquet. Depuis j’en ai fait d’autres. Plein. Vraiment. Puis j’ai vieilli, je me suis embourgeoisé, et si je me raconte du fond de mon canapé italien que j’appartiens toujours à la gauche radicale, j’ai au moins la décence ou la lucidité de reconnaître qu’a minima j’ai l’indignation confortable, la colère replète et la radicalité molletonnée : je n’ai pas faim, je n’ai pas froid, la fin du monde m’inquiète mais pas la fin du mois. Et pourtant. Et pourtant. Pourtant même moi quand je vois ça j’ai juste envie de tout cramer à commencer par le fondement, non pas de la démocratie représentative, mais de quelques-unes et quelques-uns des furoncles politiques qui osent encore faire croire qu’ils représentent qui que ce soit d’autres qu’eux-mêmes ou les intérêts de leur propre classe, toujours dominante.

    Demain, mardi 6 Octobre j’ignore ce qu’il se passera. J’ignore aussi après-demain. Ce que je sais c’est que ces gosses, ces ados, ces presqu’adultes, sont citoyens. Et que notre rôle, notre seul rôle, notre rôle de parents, d’éducateurs, d’enseignants, d’élus, notre seul rôle c’est de les accompagner sans cesse, de les écouter sans trêve, et désormais donc face à un pouvoir qui pète des mâchoires, explose des mains, et crève des yeux d’adolescentes et d’adolescents, de les protéger sans relâche. D’aller mettre nos mains, nos mâchoires, nos yeux et nos corps pour protéger les leurs.

    Cette jeunesse là est grande, elle l’est immensément. Cette jeunesse là est fragile, elle l’est immensément. Elle est à la fois grande et fragile parce comme aucune autre jeunesse avant elle, cette jeunesse est raisonnable. Elle est juste raisonnable. C’est peut-être cela qui met le pouvoir en ébullition et en panique. Pas l’insurrection qui vient. Mais qu’une insurrection puisse venir d’une jeunesse simplement raisonnable. Qui veut juste que ça aille un peu mieux. Cette jeunesse raisonnable a parfaitement compris ce que les vieux cons et vieilles connes qui les toisent n’ont toujours pas commencé à capter. Nos prochains combats seront ceux du peu. Mais si nous sommes incapables de les mener, alors à ce moment là et à ce moment là seulement, il ne sera plus un peu mais beaucoup trop tard pour éviter la bascule dans des radicalités et dans des effondrements irréversibles.

    Et pas qu’un peu.

    © Eric Broncard / Hans Lucas via AFP

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    Khrys’presso du lundi 5 octobre 2026

    Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


    Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

    Brave New World

    Spécial IA

    Spécial Israël

    Spécial femmes dans le monde

    Spécial France

    Spécial femmes en France

    Spécial médias et pouvoir

    Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

    Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

    Spécial résistances

    Spécial outils de résistance

    • MediaManif (mediamanif.org)

      MediaManif est un média citoyen, une information cartographique des manifestations et grève en temps-réel. Chacun·e peut y signaler les événements dans sa ville : manifestant·es (peu ou très nombreux·ses), dangers divers à éviter (incendies, violence…), présence de lacrymogène ou autres gaz, grève et manifestations Cette carte permettra ainsi à chacun·e de manifester en toute sécurité.

    • No AI list (noailist.org)

    Spécial MAGAM et cie

    Les autres lectures de la semaine

    • The Cable that Changed the World : How Instant Global Communication Began in 1858 (openculture.com)
    • Avec les manutentionnaires de robotaxis (danslesalgorithmes.net)
    • LLM Policies : Progress At All Costs (diegoe.be)

      Since LLMs present themselves as neutral, and dispassionate, opposition to their output becomes opposition to objective progress : bug fixes, security hypotheticals, features. Progress is whatever the LLM, under my own careful eyes, says it is. Interactions with others become formalities, since the LLM is simply boosting my own, already expert and close to infallible, output. Right ? Unfortunately this “expert slop”, where expert is a self-perceived title, carries a corporate framing that damages interactions. Others become, at best, fungible coworkers, and, at worst, annoying speed bumps in the race to 100 % completion of any software interest the expert has. No more mentoring, debating, flame wars. “Progress” is the only goal. The line must go up.

    • Certification des minerais dans la région des Grands Lacs : remède ou placebo ? (theconversation.com)

      Au début du XXIᵉ siècle, le problème des « minerais de conflit » a progressivement remplacé celui des « diamants de conflit ». Ces deux notions soulignent le lien existant entre l’exploitation des ressources minières et le financement des guerres.

    • Bayer, Syngenta : ces agro-industriels qui fabriquent pesticides et anticancéreux (basta.media)

      Syngenta, Bayer Monsanto, BASF … De nombreuses entreprises agro-industrielles fabriquent et commercialisent à la fois des pesticides, comme le glyphosate ou des PFAS, et des traitement anticancéreux.

    • Contraception : de la libération à la défiance, comment la pilule a cessé d’être une évidence (rfi.fr)

      Longtemps symbole de libération puis passage presque obligé de la vie contraceptive, la pilule n’est désormais plus la première méthode utilisée en France. Son recul, nourri par des alertes sanitaires, raconte aussi un nouveau rapport à la contraception.

    • Abandoned, dismissed and gaslighted : there is no excuse for the way ME [myalgic encephalomyelitis, or chronic fatigue syndrome] sufferers have been betrayed (theguardian.com)
    • Lycéen·nes mobilisé·es : ce qu’iels disent, ce qu’on leur répond (cafepedagogique.net)

      Depuis plusieurs jours, les lycéennes et lycéens se mobilisent et bloquent des établissements aux quatre coins de la France. Leurs revendications sont simples : de bonnes conditions pour apprendre. Face à eux, la réponse est avant tout sécuritaire. Et si on commençait par les écouter ?

    • Ce que la Violence dispense d’entendre (blogs.mediapart.fr)

      Face à des lycéen·nes qui demandent des professeur·es, le pouvoir n’a trouvé qu’un coupable, LFI, et qu’un mot, la Violence. Ce mot ne décrit rien. Il sert à ne pas écouter pour ne pas avoir à répondre.

    • Le gouvernement à l’école de la rue (monde-diplomatique.fr)

      En 1986, les cortèges étudiants et lycéens avaient contraint le gouvernement de Jacques Chirac à retirer le projet Devaquet. En 2006, les mobilisations de la jeunesse forçaient l’exécutif à abandonner le contrat première embauche. Quelle mesure répondrait aujourd’hui aux revendications lycéennes ? Recruter les professeur·es manquant·es laisserait entière la question de la sélection. Supprimer Parcoursup ne fournirait pas les moyens d’accueillir les étudiant·es. Rénover les établissements n’abolirait pas l’angoisse d’un futur obscurci par l’IA et le climat. Le mouvement lycéen pointe au fond l’inconséquence générale des politiques menées depuis des décennies : gérer l’instant ; mépriser l’avenir.

    • Mais qu’est-ce qu’on attend ? (humanite.fr)

      Ces jeunes sont pour l’immense majorité d’entre eux des mineur·es, c’est-à-dire des enfants, selon la Convention onusienne relative aux droits de l’enfant, ratifiée par la France en 1989. On fracasse des enfants en direct. On leur explose la bouche, on strangule leur voix, parce qu’on ne supporte pas les affreuses vérités surgies de leurs lèvres en sang : la France part en vrille, la République n’est plus que l’ombre d’elle-même, la misère est endémique, les inégalités sont telles qu’on se croirait de retour en pleine féodalité, l’égalité des chances est une foutaise, la méritocratie une sombre arnaque.

    • Reconstruire la puissance publique (politis.fr)

      Il faut mettre fin à la dégradation des services publics, en mettant fin à la chute du niveau de vie des fonctionnaires.

    • Appel aux juifs-ves de France : 2027, quelles places pour nous ? (humanite.fr)

      Inquiètes de la montée de l’extrême droite, de l’antisémitisme et l’islamophobie, des personnalités juives invitent à s’engager en faveur d’une gauche de rupture dans le cadre de la prochaine élection présidentielle.

    • Cornell (girlonthenet.com)

      Protecting women from rape doesn’t mean swooping in like Superman to wild applause and a sense of victory, it means starting a conversation that might leave you feeling like shit. It’s awkward as fuck calling out rape culture. It hurts, and it loses you friends. Saying ‘I don’t want to hang out with that man because he repeatedly makes jokes about sexual assault/treats women like they’re livestock/touches women without their consent’ is hard. Saying it to a crowd of other men who are all laughing along with his antics is even harder. There is no medal for doing it, in fact the ‘prize’ is often that you have to withdraw from spaces you’d otherwise enjoy hanging out in when you speak up and you’re told to stop being difficult. If you genuinely want to help, you have to become difficult. You know what’s easy ? Replying to a woman’s post to say ‘ugh I’m so ashamed of my gender’ ! Bragging to the nearest woman that you aren’t like those other men, then waiting for her to congratulate you. Far harder to start an awkward conversation. One-on-one or in the group chat with your guy friends. Somewhere there aren’t any women to show off to.

    Les BDs/graphiques/photos de la semaine

    Les vidéos/podcasts de la semaine

    Les trucs chouettes de la semaine

    Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

    Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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    La conférence « Histories of tracking » 2026

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    Le rapport de l'ANSSI sur le piratage de la DGFIP

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    1 article

    Hasard et réseaux (Epsiloon)

    J’ai répondu aux question de Gabrielle Antoniewski à l’occasion de la parution du magazine Epsiloon sur le thème « Hasard et Réseaux » (le numéro papier est épuisé mais reste dispo en numérique). Je vous en livre ci-dessous un verbatim et vous invite évidemment à aller jeter un oeil au numéro complet. Le travail de mise en valeur et de prédagogie de la recherche que fait Epsiloon est absolument remarquable.

     

    Est-ce qu’on peut attribuer l’addiction aux réseaux, plus précisément au scrolling, à la part de hasard qu’on y trouve (ne pas savoir ce qui suit) ?

    Oui, et y compris avant l’arrivée des réseaux sociaux, le moteur Google avait mis sur sa page d’accueil le bouton « feeling lucky » pour installer dans l’imaginaire l’idée qu’il y aurait une part de hasard dans toute recherche (alors qu’en fait ce bouton ouvrait directement le 1er résultat). C’est l’idée de la « sérendipité », l’idée que l’on puisse trouver et découvrir par hasard quelque chose que l’on ne cherchait pas forcément au départ mais qui va tout de même nous intéresser. Le scrolling procède, en partie, de la même logique : on ne sait jamais exactement ce qui va arriver ensuite mais on anticipe le fait que cela pourrait nous intéresser. La grosse différence c’est que le scrolling ne procède d’aucune démarche déterministe : on ne cherche rien au départ, il n’y a pas de besoin ou de curiosité initiale, ou elle est accessoire.

    Si oui, comment expliquez-vous que le mécanisme du scrolling infini soit si addictif pour les utilisateurs ?

    Le scrolling infini procède d’une logique initialement perverse qui, en partie sur la base de nos préférences mais essentiellement sur la base de celles d’une majorité d’utilisateurs et de contenus dont la seule valeur ajoutée est de maintenir une audience captive, travaille sur l’abaissement constant du coût cognitif et avec lui de notre seuil de vigilance qui permettrait, par exemple, de se rendre compte que nous sommes essentiellement en train de perdre du temps pour alimenter le business des plateformes.

    Quels sont les raisons de cet engouement (la curiosité, la dopamine, etc.) ?

    Il y a bien sûr une forme de « chimie » qui est à l’oeuvre dans ce mécanisme de récompense aléatoire. A laquelle s’ajoute aussi un facteur de socialisation « en absence » : en scrollant on s’inscrit aussi dans une sociabilité entre pairs par le marquage ou le repartage de contenus. Nos activités numériques s’inscrivent toujours à la croisée de dynamiques instrumentalisées et orchestrées par les acteurs qui organisent et donnent à voir le contenu (les réseaux sociaux principalement) et de logiques sociales de rattachement, d’appartenance et de mise en visibilité de soi, y compris au travers de micro-tâches semblant anodines.

    Est-on d’accord pour affirmer que pour le hasard perçu sur les réseaux sociaux il s’agit d’une illusion créée par les systèmes de recommandation en réalité basé sur des algorithmes précis ?

    Oui tout à fait. Et c’est ce qui illustre le mieux la toute puissance de leur capacité d’influence : parvenir à nous convaincre à l’échelle individuelle que nous tombons à la fois sur des contenus originaux et personnalisés (le « pour vous ») tout en organisant, à l’échelle collective, la distribution de contenus massivement homogènes.

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    4 articles

    From Markup to Markdown

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    The KIDS Act will make the internet less safe

    On 16 September, the European Commission presented the KIDS ACT, its plan for making online experiences safer for young people. Far from being a move to lead the EU towards better digital environments, this move is a missed opportunity to address the root cause of why online platforms are harmful to children – and everyone else. This blog analyse the proposal’s shortcomings.

    The post The KIDS Act will make the internet less safe appeared first on European Digital Rights (EDRi).

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    2 articles

    Les travailleurs en foyers en France, éternels laissés-pour-compte

    Souvent associés aux nuisances de voisinage, les foyers de travailleurs migrants sont rarement racontés à travers la voix de leurs habitants. Colosses de béton vestiges des années 1960 ou immeubles modernes, ces lieux de résidence transitoire sont toujours des terrains d'invisibilité.

    Foyer Concorde, Vitry-sur-Seine, juin 2026
    Crédits : Tom Schneider

    C'est à la fin des années 1950 qu'ouvrent en France les premiers foyers de travailleurs migrants (FTM). Ils logent des travailleurs masculins dans un contexte de forte industrialisation : ce sont les Trente Glorieuses, la France se construit, elle a besoin de main-d'œuvre – en nombre et bon marché.

    Transformés au fil des décennies en résidences sociales, les foyers de travailleurs, qui portent le nom de leur rue, demeurent traversés par une mémoire collective parfois douloureuse, liée au passé colonial de la France. Ils concentrent aujourd'hui des enjeux liés notamment à la précarité des conditions de vie et à une gestion conflictuelle.

    « Le combat entre dans une nouvelle phase. Le combat continue ! » s'exclame Mamadou Baradji, vice-président du Collectif pour l'avenir des foyers (Copaf), sous les applaudissements des quelques membres réunis ce 23 juin 2026 pour l'assemblée générale annuelle du collectif. L'association défend depuis 1996 les droits des résidents des foyers et porte des propositions pour améliorer leurs conditions de vie et renforcer leur représentation auprès des pouvoirs publics.

    Ce jour-là, l'ambiance est joyeuse mais les visages trahissent des inquiétudes profondes. Assis en cercle sur quelques chaises en plastique, les bénévoles discutent des prochaines actions à mener. « En vue de la présidentielle, il faut inscrire la défense des droits des travailleurs migrants vivant dans les foyers dans le débat public », souligne de son accent britannique Michael Hoare, président du Copaf. « Les meetings publics et les fêtes des foyers seront l'occasion d'attirer l'attention médiatique sur la marginalisation, la ségrégation et l'invisibilisation des travailleurs migrants », poursuit celui qui milite depuis quarante ans sur ce sujet.

    Répression, expulsions, liquidation

    Sur des feuilles agrafées, le rapport d'activité 2025 du Copaf détaille les événements marquants survenus dans plusieurs FTM d'Île-de-France. La liste est longue. « Environ 150 résidents de foyers par an nous demandent de l'aide administrative et juridique suite à des affaires d'expulsion de la part des gestionnaires, nous explique plus tard Michael d'un air froissé. Et cette tendance vient à s'accroître, malheureusement… » Dans son livre, La Transformation des foyers de travailleurs immigrés en résidences sociales (L'Harmattan, 2024), le Copaf indiquait que, depuis 2023, « les tendances à la répression, à l'expulsion […] et à la liquidation de la vie collective dans les anciens foyers de travailleurs se sont accentuées ».

    L'année 2026 marque le trentième anniversaire de la publication du rapport Cuq (du nom du député chiraquien Henri Cuq qui en fut à son initiative), particulièrement virulent à l'égard des FTM : il prônait la répression et la destruction de ces « zones de non-droit » où régneraient le « communautarisme » et les « trafics en tout genre ». Ce rapport est symptomatique d'un regard politique stigmatisant sur la vie collective de ces lieux et les histoires singulières des résidents.

    « Pourtant, depuis la publication de ce rapport qui dénonçait aussi l'état des bâtis, les conditions de vie n'ont cessé de se dégrader, insiste Michael. Allez donc voir l'insalubrité de la résidence des Sorbiers, à Nanterre, ou alors les plafonds qui s'effondrent dans les douches de la résidence Tillier, dans le 12e [arrondissement de Paris, NDLR] ! », alerte le président du Copaf, mains sur ses bretelles.

    « Le dialogue est quasiment rompu »

    Mamadou K. rentre de sa journée de travail dans sa camionnette, qu'il gare au pied de la résidence Concorde à Vitry-sur-Seine, en région parisienne. Plusieurs résidents allongés sur des tapis en paille tressée profitent de l'ombre d'un arbre en cette période de canicule. Rencontré à l'assemblée générale, il tenait à nous faire visiter son foyer. Le quadragénaire est arrivé de Bamako en 2005 et travaille dans le nettoyage d'habitats collectifs. Il habite à Concorde depuis seize ans et a vu la situation se dégrader progressivement : « Les échanges avec l'organisme gestionnaire sont vraiment mauvais maintenant. Les gérants du foyer ont changé, les relations se sont détériorées et le dialogue est quasiment rompu », assure Mamadou. « On nous a fermé la cuisine collective et la salle de prière. On vit dans des conditions indignes, c'est une honte ! » lance, furieux, un autre résident.

    Le foyer Concorde, aujourd'hui entre les mains de l'organisme Coallia (anciennement Aftam), l'un des principaux acteurs de ce marché, est passé par plusieurs gestionnaires. Comme une patate chaude. Car les problèmes, ici comme dans de nombreux FTM, sont multiples.

    Le bâti est fortement dégradé. Les parties communes sont sales car « l'association gestionnaire n'assure plus le nettoyage », affirme Mamadou. « Une situation due à la sous-traitance des services mise en place par les gestionnaires. Au final, personne n'assume ses responsabilités », expliquait plus tôt Michael Hoare. Sollicitée, Coallia n'a pas souhaité donner suite.

    Le prix d'un lit, dans ce foyer de 270 chambres, est de 426 euros par mois. Tous les résidents rencontrés dénoncent une inflation graduelle qui ronge leurs économies. Un aller-retour pour Bamako pouvant coûter 1 800 euros, explique Konaté, l'un des doyens à la retraite, « les temps ne sont pas faciles » pour eux. La cohabitation entre les générations est aussi source de discorde. Les doyens regrettent un manque d'investissement dans la vie du foyer de la part des nouveaux arrivants.

    Des espaces individualisés

    Concorde existe depuis plus de cinquante ans et a vu défiler nombre de caristes, ouvriers, cuisiniers et manutentionnaires, venus pour la plupart du Mali et parfois du Maghreb. Certains d'entre eux n'ont pas bougé depuis sa création. Bien que les doyens dénoncent de mauvaises conditions de vie, ils sont souvent plus indulgents que les nouveaux arrivants. « Quand je suis arrivé, en 1987, le foyer était organisé en dortoirs. La suroccupation rendait la vie impossible. Mais dix ans plus tard, il a été réorganisé en chambres individuelles et on a pu avoir un peu plus de vie privée. C'était une avancée extraordinaire ! » témoigne Soumaré.

    La circulaire n° 2006-45 du 4 juillet 2006, qui vise notamment à améliorer les conditions de vie des résidents, acte avant tout la transformation des foyers en résidences sociales, avec une forte réduction des espaces communs, comme les cuisines collectives et les salles de réunion, au profit d'une individualisation de l'espace.

    Autre ambition de la circulaire : réduire le sureffectif et rationaliser les coûts. « Depuis 2011, la réglementation prévoit un compteur d'eau individuel et fixe à 165 litres par jour et par personne la norme au-delà de laquelle une facturation peut être établie. Cette mesure permet de détecter d'éventuels cas d'hébergement non déclarés, le compteur servant in fine de mouchard », peut-on lire dans la revue Plein droit [1].

    Au foyer Concorde de Vitry-sur-Seine, tous les résidents rencontrés dénoncent la fermeture de la cuisine collective, devenue l'un des principaux sujets de tension lors des réhabilitations. Grâce à une caisse commune, ils pouvaient partager des repas à faible coût, cuisinés sur place par des cantinières, tout en accueillant une clientèle populaire autour de plats africains. « Avant, on se retrouvait pour partager tous ensemble les plats du pays, maintenant chacun prépare pour soi dans son coin », déplore Mamadou.

    Le poids de l'extrême droite

    Si la disparition progressive de ces cuisines est souvent justifiée par des objectifs d'hygiène et d'amélioration des conditions de travail, elle entraîne aussi la disparition d'espaces de solidarité et d'entraide qui structuraient historiquement la vie sociale des foyers. Dans Des espaces et des hommes. La Transformation des foyers de migrants en résidences sociales (Presses universitaires de Lyon, 2026), Laura Guérin, maîtresse de conférences en sociologie à l'université Paris-Nanterre, estime que ces fermetures visent avant tout à « contraindre les pratiques collectives ».

    Ces transformations favorisent une conception du résident comme un occupant individuel d'un logement plutôt que comme le membre d'une communauté organisée. Laure Guérin nous explique que « cette transformation est actée en 1998 par la création de la Commission interministérielle pour le logement des populations immigrées (Cilpi) ». Elle « s'inscrit dans une histoire politique dès 1974 par l'évolution du droit d'entrée sur le territoire français et la présence de plus en plus forte d'un discours d'extrême droite sur la main-d'œuvre immigrée ».

    Au début des années 1970, le gouvernement Chirac suspend en effet l'immigration de travail en réponse au choc pétrolier et à la montée du chômage. Puis à partir des années 1980, la progression électorale du Front national contribue à faire de l'immigration un thème central du débat public et à renforcer les politiques de contrôle qui pèsent sur les travailleurs étrangers.

    Une série de préoccupations concerne aussi la question du bâti, fortement dégradé, et les conditions de vie indécentes dans ces lieux, dénoncées par les habitants au cours de grèves des loyers fortement relayées au milieu des années 1970. À cette époque, la mobilisation se mue en lutte pour l'égalité des droits des travailleurs.

    Une histoire coloniale

    Dans les années 1990, deux rapports ministériels viennent poser les bases d'une restructuration « nécessaire » des foyers. Face aux dysfonctionnements massifs soulevés par les gestionnaires et les habitants, de nombreux foyers vont ainsi connaître restructuration, rénovation, réhabilitation, et parfois déménagement. Lancé en 1997, le Plan national de traitement des foyers de travailleurs migrants (PTFTM) définit le cadre de ces réhabilitations. En 2020, d'après le dernier rapport d'activité de la Cilpi, 68 % des foyers avaient été traités, 13 % démolis, et 19 % étaient en attente de traitement.

    À l'origine, « le foyer est pensé comme une préoccupation ou une solution à l'insalubrité, dans un souci principalement hygiéniste », avance Laura Guérin, car en région parisienne, on ne comptait plus le nombre de bidonvilles où s'entassaient les travailleurs migrants, issus des colonies françaises. La Société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens (Sonacotral, devenue Sonacotra en 1963 puis Adoma en 2006) construit le premier foyer du Parc à Argenteuil, inauguré en 1959. Il visait à loger les travailleurs algériens vivant dans des conditions précaires.

    Dès leur création, les foyers sont surveillés de près : les autorités craignaient le développement d'un front intérieur pendant la guerre d'Algérie et veillaient à empêcher le prélèvement de cotisations par le Front de libération nationale (FLN).

    Guillaume Normand, archiviste au Centre d'action sociale de la ville de Paris (CASVP), nous indique que « la plupart des gérants de foyers avaient un passé militaire dans un pays d'Afrique ». Le CASVP a en effet géré de nombreux foyers aux côtés des principaux organismes gestionnaires, comme l'Association pour la formation technique de base des travailleurs africains et malgaches (Aftam), créée en 1962 par Stéphane Hessel et André Postel-Vinay, devenue Coallia en 2012, ou encore la Sonacotra.

    Une logique ségrégationniste

    En 2006, Fathia Lounici soulignait que « tout projet est présenté systématiquement comme une main tendue, un signe fraternel envers ces “nouveaux frères” entrés dans la nation française. Concrètement, chacune de ces initiatives, amalgamant “le social et le policier”, se transforme en main protectrice, infantilisante et ségrégationniste
    [2]
    »
    . Cette même année, le centre d'action sociale cède l'ensemble de son parc aux associations et se retire définitivement de la gestion des foyers. « Ce désengagement est aussi un aveu d'échec », souligne l'archiviste.

    « Les années 1970 marquent un crash du modèle du foyer », explique Guillaume Normand. Le mythe du retour au pays s'évapore et la figure emblématique du « chibani » émerge. Toute une génération de migrants, venus comme travailleurs temporaires mais qui ont vieilli en France, est marquée par des parcours professionnels difficiles et des liens complexes avec leur pays d'origine. Avec eux se développe une question centrale : comment vieillir dans ces lieux de vie prévus à l'origine comme des hébergements transitoires ?

    C'est le cas de Konaté, l'un des doyens de la résidence Concorde. Après plus de quarante ans passés dans le secteur du nettoyage, il continue d'effectuer des allers-retours entre la France et le Mali. Barbe blanche et bracelet de prière à la main, il confie que ses problèmes de santé le poussent à conserver sa chambre au foyer. Une situation que partagent de nombreux doyens par nécessité administrative, pour se soigner ou tout simplement parce que le foyer reste leur point d'attache. La retraite ou la perte d'un emploi n'entraîne pas automatiquement celle du logement. « Tant qu'on paie, a priori, on peut rester », résume-t-il.

    Dans son article « “Family values”. La dépendance aux transferts de fonds et le dilemme du retour au pays à un âge avancé [3] », Alistair Hunter constate que la majorité des travailleurs immigrés originaires d'Afrique du Nord et d'Afrique de l'Ouest logés dans les foyers ne retournent pas nécessairement dans leur pays d'origine une fois parvenus à la retraite : « Qu'ils affirment leur rôle de chef de famille à distance ou, au contraire, que l'évolution des structures familiales en leur absence vienne à diminuer leur influence, ces hommes sont contraints d'habiter un entre-deux. » Ni tout à fait d'ici, ni tout à fait de là-bas.


    [1] Claire Lévy-Vroelant, Aïssatou Mbodj-Pouye, et al., "Lexique critique de la transformation des foyers", Plein droit n° 132, 2022

    [2] Fathia Lounici, "Les foyers de travailleurs nord-africains en banlieue parisienne : une politique de logement social d'exception (1945-1962)", Cahiers d'histoire, 98, 2006

    [3] Hommes et migrations n° 1309, 2015

    Cet article a été initialement publié le 24 août 2026 sur le site Afrique XXI. Nous le republions dans le cadre d'un accord de partenariat, il n'est donc pas reproductible selon la licence appliquée à l'ensemble de notre site (CC BY-NC-ND 3.0).

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    Upload² : le solarpunk pour toutes et tous

    Poursuivant le travail entrepris depuis plusieurs années au sein des ateliers solarpunk, Framasoft s’associe une nouvelle fois à l’Université de Technologie de Compiègne, Sorbonne Universités et le chaton Picasoft pour une session en distanciel : upload².

    Proposé comme une formation à distance transposant ce qui se fait en présentiel, l’idée est de tenter un essaimage, d’inviter de nouvelles personnes à s’aventurer en territoire solarpunk et, pourquoi pas, de devenir à l’avenir animateurices d’ateliers. Les activités s’échelonneront entre le 19 octobre et le 11 décembre, avec un emploi du temps découpé en quatre modules de deux semaines chacun, avec un livrable attendu à chaque étape. Un volume de travail d’environ quatre heures par semaine est à prévoir pour les participant·es.

    Le contenu, intégralement sous licence libre, comme les productions proposées sur punkardie.fr est réutilisable, appropriable, modifiable, compostable…

    Nous vous proposons également le temps de cet atelier de vous passer de ces outils problématiques que sont les plateformes et outils liés au capitalisme de surveillance. L’occasion d’expérimenter ce que peut être un travail en commun, à distance, avec des outils techno-critiques. Profiter de ce temps sans enjeu autre que celui de faire, échanger et apprendre ensemble pour préfigurer ce que pourrait être un monde solarpunk.

     

    "Ancom or Ansyndie Solarpunk flag" by @Starwall@radical.town is licensed under CC BY-SA 4.0.

    La définition du solarpunk que nous proposons repose sur trois axes :

    • Le solarpunk est contestataire et solaire, c’est son point de départ, il vise explicitement à prendre le contre-pied de la dominante contemporaine focalisée sur la société de consommation pour proposer dans le même mouvement un futur où les humains ont réussi à mieux coexister entre eux et avec les non-humains.
    • Le solarpunk est technocritique, la technique y occupe une place fondamentale, mais sans technophilie idéalisant le progrès ni technophobie rejetant la constitutivité technique de l’humain.
    • Le solarpunk est réaliste, son objectif est de développer des imaginaires qui peuvent correspondre à des mises en action à court terme.

     

    Un derrick rouillé recouvert de plantes, chaampignon, mousse et lichens, avec une personne assise sur une de ses poutres, au milieu d’une végétation luxuriante.

    I long for the day fossil fuels are nothing but a painful memory we can heal from.
    I long for the day fungus eats steel, vines entrapping the derricks ~.
    At rest, CC BY SA Honora (https://storyseedlibrary.org/art/honora/at-rest/)

     

    Détails du déroulé proposé : https://librecours.net/courses/upload2/

    Inscription par courriel uniquement (42 places ouvertes, pas de frais d’inscription ou de participation) : upload2@punkardie.fr

    Crédits de l’image de fond : https://storyseedlibrary.org/art/mirko-zamora/kooch-bridges/ · Kóoch Bridges, 2026, CC BY SA Mirko E. Zamora

    Hébergement du librecours par la société coopérative Kelis.

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    1 article

    Le programme des formations 2027 en un coup d'œil

    Les ateliers et formations courtes et participatives proposées par ritimo permettent de s'approprier des outils et méthodes pédagogiques, et de renforcer ses connaissances et pratiques sur trois thèmes : numérique et logiciels libres, l'éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale, et l'utilisation d'un catalogue documentaire et la gestion d'un centre de ressources.

    Visualisez en un clin d'oeil les dates de formation pour 2027 via notre catalogue ci-dessous :

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    1 article

    Khrys’presso du lundi 28 septembre 2026

    Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


    Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

    Brave New World

    Spécial IA

    Spécial Israël

    Spécial femmes dans le monde

    Spécial France

    Spécial femmes en France

    RIP

    • Marina Vlady, actrice, chanteuse et écrivaine française, est décédée à 88 ans (france24.com)

      L’actrice, écrivaine et chanteuse française Marina Vlady, prix d’interprétation au Festival de Cannes en 1963, est décédée jeudi à l’âge de 88 ans, a annoncé sa famille. L’égérie du cinéma français qui a joué dans plus de 80 films et publié une dizaine de livres était également connue pour son militantisme, notamment pour son engagement en faveur de l’avortement.

    Spécial médias et pouvoir

    Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

    Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

    Spécial résistances

    Spécial outils de résistance

    Spécial MAGAM et cie

    Les autres lectures de la semaine

    • Gaslight politique (politis.fr)

      Le gaslighting, manipulation d’un individu par un autre, se retrouve aussi à l’échelle nationale via une déconstruction du langage, qui rend acceptables la violence, la misère et la répression. En l’espace d’un été, une loi pour « la présomption d’usage légitime des armes pour les forces de l’ordre » a été adoptée à la majorité à l’Assemblée nationale, elle sera examinée au Sénat en octobre. Cette loi avait initialement été proposée par Jean-Marie Le Pen. Sa fille, reconnue coupable de détournement de fonds publics, se présente à la présidentielle et entame une campagne sous bracelet électronique.

    • I asked Meta’s Muse for its filesystem and it sent me 6.8 GB (mouse.dev)
    • How We Learned to Stop Worrying and Love Campus Surveillance (fnl.mit.edu)

      we are writing to let the community know about our new arts initiative : The Initiative to Beautify the AI-capable Surveillance Benevolently Installed by our Administrator Overseers and the MIT Corporation In Collaboration with Big Brother Tech Companies. For a handy acronym, you can refer to our project as the IBAISBIAOMITCORPICBBTC initiative. The goal of the IBAISBIAOMITCORPICBBTC initiative is to beautify every single AI-capable camera on our campus as an indicator of our support and love for the campus surveillance now bestowed upon us from up high.

    • Sex, AI, and the Apocalypse (iankduncan.com)

      How a community devoted to thinking clearly incubated salvation stories, abusive experiments, race science, and an affection for autocracy, and why that history matters now that its alumni are asking for the public trust on AI.

    • What happened to the Snowden archive (libroot.org)
    • Contrary to some reports, you don’t have two brains (arstechnica.com)
    • Catherine Ringer : féminisme punk à toute épreuve (lesnouvellesnews.fr)
    • Créer du vin sans alcool commence dès la plantation d’une vigne (theconversation.com)

      On ne transforme pas n’importe quel vin en bon vin sans alcool. La qualité de ces vins ne se décrète pas a posteriori, mais aux premières étapes de la viticulture. Le choix du cépage, de la région de production, dont le climat a une forte influence, et les méthodes de vinification importent beaucoup.

    Les BDs/graphiques/photos de la semaine

    Les vidéos/podcasts de la semaine

    Les trucs chouettes de la semaine

    Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

    Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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    5 articles

    Répression numérique de la solidarité pro-palestinienne à travers l'Europe

    Le Centre arabe pour la promotion des médias sociaux a publié un nouveau rapport intitulé « Solidarité censurée : analyse de la répression numérique du soutien à la cause palestinienne en Europe ». Ce rapport examine comment l'expression en faveur de la cause palestinienne est restreinte en ligne à travers l'Europe, et comment la gouvernance des plateformes, les cadres juridiques nationaux et les pressions exercées par les États influent sur la liberté d'expression et l'accès à l'information.

    Le rapport conclut que la censure des contenus liés à la Palestine ne peut être imputée aux seules plateformes de réseaux sociaux. Elle résulte de l'interaction entre les politiques des plateformes, les législations nationales, les pressions réglementaires, les dynamiques politiques et les demandes des gouvernements, créant ainsi un effet dissuasif qui peut conduire les utilisateurices à s'autocensurer ou à se retirer du débat public.

    Ce rapport se concentre sur la France, l'Allemagne, l'Irlande, l'Italie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, et examine la censure en ligne entre le 7 octobre 2023 et le 31 décembre 2025. Il s'appuie sur une approche mixte combinant analyse juridique, études de cas, données d'enquête, entretiens et témoignages d'utilisateurices concerné⋅es, d'organisations de la société civile, d'experts juridiques et de travailleur⋅ses du secteur des technologies.

    Les conclusions font état de restrictions telles que le retrait de contenus, la suspension de comptes, la réduction de visibilité des contenus, le « shadow banning » (« bannissement furtif »), les limitations en matière de commentaires et de partage, ainsi que les restrictions sur certaines fonctionnalités comme la diffusion en direct. Dans de nombreux cas, les utilisateurices n'ont reçu que peu ou pas d'explications, ce qui rend ces décisions difficiles à comprendre ou à contester.

    Le rapport met également en évidence le rôle de la modération automatisée des contenus et du manque de transparence. Des pratiques telles que le « shadow banning » peuvent avoir lieu sans que l'utilisateurice en soit informé⋅e, tandis que les mécanismes existants prévus par la loi sur les services numériques (DSA) ne permettent toujours qu'un aperçu limité de la censure liée à la Palestine et des demandes de retrait émanant des gouvernements. Dans le même temps, le DSA offre aux utilisateurices et à la société civile des outils importants pour contester les décisions injustes et exiger une plus grande responsabilité de la part des plateformes.

    « La répression des discours pro-palestiniens à travers l'Europe s'inscrit dans une tendance plus large où les politiques des plateformes, les pressions étatiques et les cadres juridiques se combinent pour restreindre la liberté d'expression légitime et l'accès à l'information. Les gouvernements, les institutions et les entreprises technologiques européens doivent faire davantage pour protéger la liberté d'expression et veiller à ce que la défense des droits des Palestinien⋅nes ne soit pas réduite au silence de manière disproportionnée », a déclaré Nadim Nashif, directeur exécutif de 7amleh.

    Le rapport appelle les plateformes de réseaux sociaux à renforcer la transparence, à garantir un contrôle humain effectif de la modération basée sur l'IA et à évaluer l'impact de leurs systèmes sur les voix marginalisées. Il exhorte également les gouvernements nationaux et la Commission européenne à renforcer l'application du DSA, à soutenir les recours juridiques et la recherche indépendante, et à veiller à ce que l'expression légale en faveur de la Palestine ne fasse pas l'objet de restrictions disproportionnées.

    7amleh souligne que la protection des discours palestiniens et de la solidarité en ligne relève d'une question plus large de liberté d'expression et de droits numériques, qui nécessite une action coordonnée de la part des entreprises technologiques, des gouvernements, des institutions européennes et de la société civile.

    Introduction

    « La censure en ligne des discours palestiniens et des expressions de solidarité n'est pas un phénomène nouveau. Depuis des années, des militant⋅es, des chercheureuses et des organisations de la société civile ont mis en évidence une tendance persistante visant à supprimer, restreindre ou réprimer systématiquement les expressions politiques pacifiques, la dénonciation des violations des droits de la personne humaine et la critique des politiques de l'État israélien. »
    Hamdallah, Sura. “Facebook and Palestinians : Biased or Neutral Content Moderation Policies ?” 7amleh (Source : https://7amleh.org/wp-content/uploads/2018/10/booklet-final2-1.pdf) ; “Hashtag Palestine : Rise in Violations of Palestinian Digital Rights in 2021.” 7amleh (Source : https://7amleh.org/post/hashtag-palestine-rise-in-violations-of-palestinian-digital-rights-in-2021).

    Depuis le début du génocide à Gaza [1], la censure en ligne s'est considérablement intensifiée. Une nouvelle vague de répression numérique a été largement dénoncée par la société civile et les utilisateurices concerné⋅es à travers le monde. Selon le suivi continu mené par 7amleh par l'intermédiaire de l'Observatoire palestinien des violations des droits numériques (7or), plus de 1 350 cas de censure en ligne ont été recensés entre le 7 octobre 2023 et le 1e juillet 2024 sur les principales plateformes de réseaux sociaux [2]. Human Rights Watch a également signalé plus de 1 050 incidents de suppression ou de censure de contenus sur les seules plateformes de Meta – en l'espace d'un mois seulement –, touchant des Palestinien⋅nes et leurs sympathisants dans plus de 60 pays [3]. D'autres rapports ont mis en évidence des pratiques de censure qui s'étendent au-delà de Meta, notamment sur LinkedIn et sur X [4].

    Les données recueillies montrent que cette censure a non seulement visé les voix palestiniennes en ligne, mais a également limité l'accès à l'information pour un public plus large cherchant à comprendre la cause palestinienne ou à exprimer sa solidarité avec celle-ci. Une telle censure porte atteinte au débat démocratique et au droit de chacun⋅e, où qu'iel se trouve, d'accéder à des points de vue diversifiés sur un sujet d'intérêt général [5]. Selon Deborah Brown, directrice adjointe chargée de la technologie, des droits et des enquêtes chez Human Rights Watch, il s'agit d'un « problème de liberté d'expression en Europe, et cela se produit alors qu'Israël commet des crimes contre l'humanité et des actes de génocide tout en réduisant au silence celleux qui s'expriment… Il est important de documenter les violations des droits de l'homme et les exactions afin de conserver des preuves en vue d'une justice future [6] ».

    Si les plateformes jouent un rôle central dans la modération et la restriction des contenus, elles n'agissent pas pour autant de manière isolée. De plus en plus, la suppression des contenus en ligne liés à la Palestine semble résulter d'une interaction complexe entre la gouvernance des plateformes, les cadres juridiques et autorités étatiques. Les systèmes de modération des plateformes sont profondément influencés par la législation nationale, les pressions réglementaires, les dynamiques politiques et les demandes des autorités locales. Les mesures prises par les États, telles que les arrestations, les expulsions et les poursuites judiciaires fondées sur des publications sur les réseaux sociaux, sont susceptibles de créer un effet dissuasif, attisant la peur parmi les utilisateurices, qui sont alors plus enclin⋅es à s'autocensurer ou à se retirer du débat public pour éviter des conséquences négatives qui pourraient les exposer à des risques personnels ou professionnels accrus.

    Conjuguées, ces dynamiques peuvent entraîner un rétrécissement des espaces où peuvent avoir lieu des discussions constructives, s'exprimer des idées dissidentes et produire de la documentation. Cela menace non seulement la liberté d'expression, mais restreint également la capacité à lutter pour la justice, à préserver la mémoire collective et à contrer les discours dominants. Ces effets sont particulièrement marqués pour les communautés palestiniennes, dont les voix sont déjà marginalisées dans le discours politique et médiatique dominant, et qui comptent de plus en plus sur les plateformes numériques pour partager leurs expériences vécues, contester le pouvoir et mobiliser des soutiens au-delà les frontières.

    Dans ce contexte, le présent rapport examine le fonctionnement de cette infrastructure de censure en ligne en Europe. Si l'influence des États-Unis sur la formation du discours en ligne ne doit pas être sous-estimée, l'évolution du cadre réglementaire au sein de l'UE, marquée par la mise en œuvre de la loi sur les services numériques et la répression croissante du mouvement de solidarité avec la Palestine dans toute la région, souligne la nécessité urgente d'évaluer comment les différents niveaux de gouvernance interagissent et influent sur la liberté d'expression des personnes résidant dans l'UE. En analysant la manière dont l'UE et ses États membres – imbriqués dans un contexte mondial plus large – façonnent, renforcent ou s'opposent à ce mécanisme de censure, le rapport identifie des tendances générales, des points de divergence et les effets cumulés sur les droits numériques dans l'ensemble de la région.

    S'appuyant sur cette analyse, le rapport formule des recommandations fondées sur des données éprouvées à l'intention des gouvernements, des institutions de l'Union européenne, des plateformes numériques et des acteurs de la société civile. Ces recommandations découlent de la nécessité urgente de protéger les droits fondamentaux des utilisateurices, notamment la liberté d'expression et l'accès à l'information, et de préserver les espaces en ligne où un débat public important, pluraliste et fondé sur les droits peut continuer à s'épanouir.


    [1] United Nations Human Rights Council, Legal Analysis of the Conduct of Israel in Gaza pursuant to the Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide, Conference Room Paper of the Independent International Commission of Inquiry on the Occupied Palestinian Territory, including East Jerusalem, and Israel, UN Doc. A/HRC/60/CRP.3 (September 16, 2025).

    [2] Social media's role in censoring supporters of Palestine.” Mizan Online News Agency. Retrieved from : https://www.mizanon-line.ir/en/news/34/social-medias-role-in-censoring-supporters-of-palestine

    [4] “New Report by 7amleh Exposes Biased Content Moderation Practices on LinkedIn During the Genocide in Gaza.”
    7amleh. Source : https://7amleh.org/post/digital-rights-under-threat-en ; Abukhater, Jalal. “The Impact of X
    Platform's Content Moderation Policies on Palestinian Digital Rights.” 7amleh. Extrait de : https://7amleh.org/sto-rage/%D9%88%D8%B1%D9%82%D8%A9%20%D8%A5%D9%83%D8%B3/The%20Impact%20of%20X%20.pdf

    [5] “Freedom of expression also under fire in Gaza war, rights expert says.” United Nations : UN News. Retrieved from : https://news.un.org/en/story/2024/10/1155881

    [6] Entretien avec Deborah Brown, co-autrice du rapport, “Meta's Broken Promises, Systemic Censorship of Palestine Content on Instagram and Facebook,” publié en décembre 2023 par Human Rights Watch. Entretien réalisé le 30 janvier 2026. “Meta's Broken Promises.” Human Rights Watch. Extrait de : https://www.hrw.org/report/2023/12/21/metas-broken-promises/systemic-censorship-palestine-content-instagram-and

    Cet article a été initialement mis en ligne sur le site de 7amleh le 13 septembre 2026 et été traduit en interne à ritimo.

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    Simplification for whom? Open letter to EU Member States to uphold GDPR protections in Digital Omnibus on Data

    Over the past months, the European Commission's Digital Omnibus on Data has turned into a wider discussion about how much protection the data – and with it, the rights – of people in the EU should receive in the name of AI, innovation and competitiveness. That discussion has now reached a critical stage in the Council.

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    RFC 10050: Protocol-Specific Profiles for JSContact

    -©è®g‰H*'µ§-uÊâ¶éæ¡Ù^uçhžw¬zÛ§~ŠæjÚhº»-¡É­×¬Šwè®f­Š‰ìuç(žÖœ¶Ë«ºwžžØ­¥êì¢yÞ¦¬Š«ž¢é¨­©^Y^zËk‰È^j÷œmæ®r‹©v)ߢ¹š¶*'±Ú'¶Ú.µë%zÆ©¦XœjبžÉèžÚZ±ú+rg§µ·¬¢)ÂyBžŠæjX¬zV§¢Ø¨×©®‡â–é鮇â•ë-ºw¬¥Èš–+¶*'uâR ‰íiËbØª¹©í•ë%™éí²†åŠ­¢*Þ±ëezÆ®¶·¬Ryèº÷šº· ŠËkx€ ËhrG¥zÊk¡ø¥±ìb²Ö§¶

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    5 articles

    Serbia’s spyware scandal is also the EU’s problem

    At least 14 people in Serbia have been targeted with spyware since the beginning of 2026, according to new findings by EDRi member SHARE Foundation. The targets include members of the student movement, activists, a member of parliament from the opposition party and a local councillor. These findings comecame to light amid growing pressure on Serbia’s pro-democracy movement. The EU’s failure to address spyware at home undermines its credibility in demanding accountability from Serbia.

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    What you need to know about the EU’s new digital deportation regime

    On 17 June, the European Parliament approved the new deportation law (called the “Return” Regulation) which aims to track undocumented people down and deport them from the EU in large numbers. The Regulation boosts the surveillance powers and digital control of national authorities and will rely heavily on technologies and data collection in their enforcement. This blog outlines the various digital tools and processes included in the EU’s new digital deportation regime.

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    C’était ça ou … écrire ?

    Quelques mots à propos de la polémique qui enfle et enfle encore au sujet du roman « C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien. « Il paraît » qu’il aurait été en grande partie écrit par une IA. « On dit que » des détecteurs d’IA identifient des passages entiers comme « utilisant l’IA« . Les mêmes détecteurs qui sur à peu près n’importe quel texte classique du 18ème, 19ème siècle ou d’avant (donc de l’époque où les IA n’existaient pas) affirment avec autant d’assurance qu’ils ont aussi été écrits avec l’aide de l’IA.

    A l’université comme dans tous les espaces critiques, sociaux et politiques dans lesquels l’écriture est socle, on passe notre temps à nous demander si ce devoir, ce rapport, cet article, ce mémoire, cette thèse a été ou non écrit avec l’aide de l’IA et dans quelles proportions. Et les « outils » de détection sont tous, je dis bien absolument tous, à la ramasse. Et bien sûr nous le sommes aussi parfois (mais bien moins souvent ceci dit que lesdits outils).

    Thélyson Orélien. C’était ça ou mourir. Je n’ai pas (encore) lu le livre. Pourtant je vais ici vous affirmer qu’il l’a bien écrit, lui et lui seul. Et je suis prêt à parier beaucoup là-dessus. Pourquoi ? D’où sort cette étrange assurance qui en même temps fait aveu de n’avoir même pas lu l’ouvrage.

    C’est assez simple. J’ai vu et j’ai surtout entendu Thélyson Orélien quand il est venu parler de son livre dans l’émission la grande librairie. Dans sa voix, son phrasé, dans sa langue, dans ce qu’il dit de son livre et dans la manière qu’il a lui-même de le lire, j’ai été immédiatement frappé, bien avant cette polémique naissante, par ce qu’on appelle un style, une intensité, une singularité, et l’évidence des trois précédents. Je n’ai absolument aucun doute. Comme je n’ai absolument aucune doute sur des rapports rendus par mes étudiants dès lors que je les ai entendu parler et que je les ai lus dans une cadre où l’usage de l’IA était impossible.

    D’autres choses frappent dans cette polémique. Evidemment. Thélyson Orélien est noir et haïtien. C’est aussi l’un des derniers ouvrages publiés par Olivier Nora avant son éviction dans les conditions que l’on connaît. Les théories du complot ne jouent pas l’une contre l’autre. Bien sûr. Mais si l’on pose la question de la sincérité de l’écriture alors il faut aussi, et simultanément, poser la question du rattachement et de l’appartenance de cette écriture. Sinon on passe à côté de tout. Et surtout de ce qu’écrire veut dire lorsque l’on est noir, haïtien, poète, exilé, publié chez Grasset par Olivier Nora. Et aussi du fait qu’il écrivait déjà et était déjà salué et primé comme écrivain et poète bien avant l’invention de ChatGPT et des autres outils d’IA.

    Dans un article précédent sur l’IA je parlais de la capacité qu’elle a de défaire et de dissoudre toutes les formes de collectif. L’écriture est toujours singulière. La question que pose la polémique lancée contre Thélyson Orélien est d’abord celle de notre capacité à faire collectif autour de la singularité d’une écriture située, comme toutes les sont mais comme la sienne l’est particulièrement. Aux yeux de certains en tout cas.

     

    <Mise à jour>

    Parmi les articles à lire qui ne sont pas qu’un ramassis d’amalgames, celui de Numerama fait le taff 🙂

    </mise à jour>

    <Moralité de deux jours plus tard …>

    Alors deux jours plus tard et autant d’emballements médiatiques et de (passionnants) débats plus tard, la réalité toute nue est donc que derrière ce mystérieux compte « Balance ton Claude » se cachait un chroniqueur néo-conservateur du Figaro, qui s’est lancé depuis des années dans une croisade anti-woke.

    La morale de cette histoire me semble être la suivante. Désormais il faudra que chaque livre de chaque prix littéraire soit passé au crible de chaque détecteur d’IA existant pour établir corrélations comme avant on agitait potions. Et ce faisant des oracles statistiques seront rendus. Et pour qu’ils le soient toujours davantage d’autres livres nourriront à leur tour presque licitement des bases de données de textes qui serviront d’entraînement aux prochains générateurs de texte qui seront utilisés ou non par d’obscurs auteurs qui soudainement se verront révélés mais aussitôt parfois enterrés après être passés à d’obscurs détecteurs d’on ne saura plus trop bien quoi. Ou alors on se souviendra que Thélyson Orélien était noir, haïtien, exilé, poète, en tête des ventes y compris devant le dernier opus de Sarah Knafo lorsque soudain … Samuel Fitoussi, un néo-conservateur lancé dans une croisade anti-woke et disposant de relais dans un grand nombre de journaux et notamment au Figaro, décida d’en faire sa cible et y parvînt. La chair est triste hélas, et il nous reste des livres à lire.

    </Moralité de deux jours plus tard …>

     

     

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    Un gouvernement de connards. Et un ministre de l’enseignement supérieur qui l’est encore davantage. Chantage alimentaire à l’assemblée.

    Bon la dernière fois que j’ai insulté une ministre de l’enseignement supérieur, c’était Frédérique Vidal. Je vous laisse fouiller dans les archives, c’est facile à retrouver. On était en 2020, un étudiant venait de s’immoler par le feu et elle lançait un numéro de téléphone (même pas un numéro vert) pour lutter contre le suicide. Numéro qui était ouvert aux heures de bureau (qui sont aussi, c’est bien connu, uniquement celles où on se jette des fenêtres). J’ai franchement autre chose à faire que d’insulter publiquement des ministres et n’en tire ni gloire ni satisfaction mais il y a juste un moment où ce n’est plus possible autrement quoi.

    Là nous sommes en 2026, et c’est donc Philippe Baptiste qui est actuellement ministre de l’enseignement supérieur. C’est un euphémisme que de dire qu’il n’est pas le pingouin qui glisse le plus loin sur la banquise, tout comme c’est un euphémisme de dire que, vu celles et ceux qui l’ont précédé, c’est aussi en plein dans ce qui à l’air d’être le seul profil de poste.

    Philippe Baptiste à peine nommé s’était déjà illustré en chiant sur la gueule de ses administrés (nous), avec son désormais célèbre « c’est pas Zola non plus« , ce qui, connaissant la situation budgétaire des universités (rappel : c’est son taff en théorie), est un peu l’équivalent du « ça va c’est Gérard » dans le milieu des VSS et du cinéma.

    Or donc en quelques jours ce gouvernement annonce par la voix du ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, que les APL ne seraient pas revalorisées en 2027. Et que bon « on demande un petit effort à tout le monde. » Je ne sais pas si c’est le mot « petit effort » ou le mot « tout le monde » qui me donne le plus envie de le gifler avec sa dignité perdue (bon en fait je sais, c’est le mot « tout le monde« ). Les pingouins, la banquise, et ce moment où on a envie de prendre un club de golf pour les aider à glisser plus loin.

    Et puis donc aujourd’hui voilà l’autre immarcescible quiche qui part dans une dinguerie que même Frédérique Vidal n’aurait pas osée. Il démarre en solo une symphonie du chantage. Du chantage mesdames et messieurs. Du chantage qui prend comme cible les étudiantes et les étudiants. Il dit quoi Philippe Baptiste ? Il dit si le budget n’est pas voté, bah pouf, on ne pourra plus proposer le repas à un euro à tous les étudiants.

    Je vous le réécris en toutes lettres tellement le verbatim de son interview dans Ouest-France m’a laissé dans la bouche le goût d’une tartine de merde :

    « Si la loi de finances n’est pas adoptée au Parlement d’ici la fin de l’année, nous serons incapables d’assurer le repas à 1 € pour tous. Nous n’aurons pas les moyens financiers disponibles pour le faire. Mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Nous sommes sur un budget sérieux où l’on réduit les dépenses tout en finançant des priorités. L’enseignement supérieur et la recherche font partie de ces priorités. »

     

    Un putain de chantage au vote. C’est plus « pétrole contre nourriture » c’est vote du budget de l’état contre possibilité que les étudiantes et les étudiants cessent de crever de faim et qu’on arrête de les relever dans nos amphis parce qu’ils ou elles n’ont pu faire qu’un seul repas hier. Une crevure. Une putain de crevure.

    Philippe Baptiste je ne l’ai même pas reconnu au fait qu’il ose tout, parce que je l’avais déjà vu venir avant. C’est juste que je n’ai plus de vocabulaire autre que le champ sémantique de la cuve à pisse pour décrire la capacité de ces furoncles à oser mobiliser de tels argumentaires. Et les mots pour le dire me viennent aisément.

    Quand j’ai insulté Frédérique Vidal il y a 6 ans de cela, on était en train de monter une épicerie solidaire. Ce jeudi et pour la 6ème année donc, comme deux jeudis par mois depuis 5 ans révolus, avec une bande d’étudiantes, d’étudiants et quelques collègues, on va distribuer gratuitement des tonnes de denrées alimentaires à des étudiantes et à des étudiants. La Mayo’nnaise épicerie ça s’appelle. On va en chier, on va transpirer, on va courir partout, mais on va le faire. Pendant que le ministre de l’enseignement supérieur lui, il fait du chantage alimentaire à l’assemblée.

    Philippe Baptiste je te lance la même invitation qu’à Frédérique Vidal, Sylvie Retailleau, Patrick Hetzel … Viens. Viens voir comment ça se passe une distribution alimentaire. Et si dans les lectrices et lecteurs de cet article il en est qui se disent « oh bah quand même des repas à un euro pour toutes et tous, est-ce que c’est pas un peu trop ? » bah venez jeudi aussi, et on discutera, on vous expliquera, vous les verrez ces fameux « étudiantes et étudiants« . Et si vous n’avez pas le temps ou pas envie, bah alors pardon mais juste allez nager dans la même cuve à pisse que Philippe Baptiste, et n’oubliez pas, tout comme lui, de bien respirer quand vous aurez la tête sous l’eau.

    « Un petit effort » hein, « pour tout le monde » hein, allez ça va quoi c’est pas 5 ou 6 euros d’absence de revalorisation des APL qui vont changer votre vie hein. Bah si. Connard. Bah si. Connard.

    « Attention hein, si vous ne votez pas notre budget de droite, on va punir les étudiants et ça nous arrangera mais on dira que c’est votre faute nananère« . Franchement ? J’ai cherché et c’est un illustre serviteur de l’état qui résume le mieux ce que je lui aurais dit si j’avais un peu de lettres et d’esprit. « Casse-toi, pauvre con » je lui aurais dit.

    La prochaine fois que vous entendrez quelqu’un vous expliquer plus ou moins doctement que l’état se soucie de la jeunesse, dites-lui pour les APL, dites-lui pour le chantage alimentaire, dites-lui pour le reste aussi.

    La guerre arrive il paraît. La militaire, la climatique, la générationnelle. Faut se réarmer démographiquement paraît-il. Moi la jeunesse je ne la connais pas davantage que d’autres. Mais c’est vrai que je la fréquente quand même un tout petit peu plus que certains autres. Et je sais juste que celle que je croise tous les jours dans mes amphis et deux fois par mois dans des distributions alimentaires, cette jeunesse là se tient à des hauteurs que beaucoup de ces ministres n’atteindront jamais. Je sais aussi qu’elle est fatiguée. Et qu’elle a faim. Et qu’avant de l’inciter à s’engager au front ou à copuler dans les lignes arrières, faudrait d’abord penser à lui filer à bouffer, lui permettre de se soigner et de se reposer, et puis aussi de continuer d’étudier sans avoir pour cela à s’endetter (puisqu’il paraît que demain aussi, ce sera la fin du « tabou » des frais d’inscription à l’université).

    Et je sais aussi qu’on n’a jamais vu aucun ministre de l’enseignement supérieur sur aucune distribution alimentaire. Et que ce n’est pas un hasard.

    Et je sais enfin que si la jeunesse se tient loin de la politique ou de certaines politiques en tout cas, c’est juste parce que l’odeur de cette immense cuve à pisse l’incommode. Parce qu’elle vaut mieux qu’un chantage alimentaire.

    Je ne sais pas si tu iras au bout de ton chantage à l’aide alimentaire Monsieur le ministre. Mais dans tous les cas, va te faire foutre Monsieur le ministre. Va bien te faire foutre.

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    Dans le monde entier, un vent de révolte contre les datacenters

    Lancés dans une course folle à l'IA, les Big Tech cherchent à implanter des centres de données sur tous les continents. Ils se heurtent de plus en plus, y compris aux États-Unis, à des oppositions locales qui dénoncent les impacts environnementaux et le manque de transparence autour de ces infrastructures gigantesques. Panorama de ces luttes populaires qui essaiment partout dans le monde.

    De pays en pays, de continent en continent, la même histoire se répète. Lancées dans une course folle pour dominer le marché de l'intelligence artificielle (IA), les entreprises du numérique, Big Tech en tête (Google, Amazon, Meta, Microsoft, Nvidia, TikTok…), alliées à de puissants acteurs financiers, investissent des dizaines de milliards de dollars pour construire des centres de données. Selon L'Agefi, qui cite une note de l'agence Moody's, Meta, Amazon, Oracle, Alphabet (qui détient Google) et Microsoft ont engagé en 2025 près de 1000 milliards de dollars pour construire leurs hyperscalers. Un montant qui pourrait atteindre les 3 000 milliards de dollars d'ici 2030, selon l'entreprise d'immobilier JLL. Ces entrepôts gigantesques (pour la plupart appelés « hyperscale ») hébergent de grandes masses de données produites par l'utilisation de leurs IA respectives. Leurs exigences ? Un accès au réseau électrique, du foncier disponible et peu cher, et souvent des réserves d'eau à proximité pour refroidir leurs serveurs.

    Selon les pays, cette configuration peut varier, mais à chaque fois, leur stratégie reste la même : arriver masqués, en dire le moins possible sur leurs impacts environnementaux, imposer leur narratif à base de « c'est le progrès » et « nous apportons des emplois » et obtenir le soutien politique nécessaire pour que tout se fasse le plus vite possible. Une stratégie que nous avons relatée en détail dans notre enquête sur le projet de datacenter de Google près de Châteauroux. Mais un élément peut venir troubler leurs plans : la contestation locale. Car il arrive de plus en plus fréquemment, au vu du nombre et de la taille des projets, que des groupes d'opposants, inquiets de voir ces gigantesques infrastructures se construire à côté de chez eux, se mobilisent pour en empêcher l'installation. Et obtiennent parfois gain de cause.

    La lutte victorieuse des militants chiliens

    C'est précisément ce qu'il s'est passé au Chili, à Quilicura, une commune située au nord de l'agglomération de Santiago, la capitale du pays. C'est en 2015 que Google décide d'y construire son premier centre de données, rejoint quelques années plus tard par un datacenter de Microsoft, puis d'autres opérateurs. Aujourd'hui, la commune en compte cinq, contre 33 au niveau national. Un chiffre encore modeste en comparaison avec les plus de 4000 centres de données présents aux États-Unis. Mais l'ancien président de gauche, Gabriel Boric, a lancé avant son départ un plan visant à augmenter leur nombre pour faire du Chili un « hub technologique ».

    Certains résidents de Quilicura se sont inquiétés de voir les zones humides de la région s'assécher d'année en année. En 2022, l'étudiant en droit Rodrigo Vallejos a démontré, en épluchant la documentation transmise par Microsoft aux autorités chiliennes, que la firme avait menti sur la nature de son système de refroidissement. Il a déposé une centaine de plaintes, sans succès, pour contraindre Microsoft à ne pas prélever d'eau pour refroidir ses serveurs, dans un pays touché par une sécheresse qui dure depuis quinze ans. Mais le militant écologiste ne s'est pas découragé. En 2024, accompagné par Tania Rodríguez, fondatrice du Mouvement socio-environnemental communautaire pour l'eau et l'environnement (Mosacat), il a contesté devant le tribunal environnemental de Santiago les immenses quantités d'eau que Google prévoyait de consommer pour un second datacenter dans la même zone (7 milliards de litres d'eau par an, soit environ 228 litres par seconde, l'équivalent de 40 000 foyers). Après un long combat juridique, le tribunal a finalement suspendu le permis de construire de la multinationale. « Nous n'avons pas besoin de nouveaux centres de données qui vont nous priver d'eau, uniquement pour que les Occidentaux puissent créer des images rigolotes grâce à l'IA », a déclaré Tania Rodríguez au média anglais The Guardian.

    Sur son compte Instagram, le militant chilien Rodrigo Vallejos a posté une photo du parc urbain créé par Google censé compenser l'impact environnemental de son datacenter.

    Comme à Châteauroux et dans d'autres lieux d'implantation de ses datacenters, Google promettait un impact environnemental minimal et jouait la carte du bon voisin. « Mais ses investissements pour la communauté locale sont restés minimaux », déplore Alexandra Arancibia, conseillère municipale à Quilicura, interrogée par The Guardian. Pour faire tourner son centre de données construit en 2015, la firme n'emploie que 208 personnes, et le parc urbain qu'elle a créé en 2019 pour compenser l'impact environnemental de son site est selon elle un « échec » : « La végétation s'est desséchée, les sentiers ne sont pas entretenus et il n'y a pas d'irrigation. »

    L'accès à l'eau, au coeur du combat contre les datacenters

    En Amérique latine, la question de l'accès à l'eau constitue souvent la principale porte d'entrée des luttes contre les centres de données. Ainsi à Canelones, une petite ville du sud de l'Uruguay, pays marqué lui aussi par la sécheresse, où l'eau du robinet devient impropre à la consommation car trop salée, Google a annoncé un autre projet de datacenter. Les militants ont bataillé devant les tribunaux pour obtenir la divulgation de la consommation d'eau prévue par la firme américaine dévoile – 7,7 millions de litres par jour, soit l'équivalent des besoins en eau de 55 000 personnes. Elle a finalement été contrainte d'utiliser un système de refroidissement par air, bien moins gourmand en eau.

    Dans l'État de Querétaro, en plein centre du Mexique, la population doit se faire livrer de l'eau par camion-citerne, à cause d'une sécheresse débutée en 2024. Une partie des habitants du territoire accuse les Big Tech (Equinix, Amazon, Microsoft et Google notamment) de prélever l'eau du système d'eau potable pour refroidir leurs serveurs, à hauteur de plusieurs millions de litres par an. Après de nombreuses actions, les habitants du village de Maconí, un des lieux les plus touchés, ont obtenu un accord avec le gouvernement fédéral qui doit leur garantir un accès pérenne à l'eau.

    Dans le nord-est du Brésil, c'est la lutte des Anacés, un peuple indigène de l'État de Ceará, qui met des bâtons dans les roues de TikTok. Le Brésil compte aujourd'hui près de 210 centres de données, soit environ la moitié de la capacité installée en Amérique latine, et son gouvernement cherche à assouplir les conditions fiscales pour attirer encore davantage les opérateurs. Le géant chinois a investi 10 milliards de dollars dans un gigantesque projet de centre de données, dont une partie impactera directement leur territoire. « Ils le construisent juste au bord de la rivière », un lieu qui revêt une importance spirituelle pour la communauté, selon Cacique Roberto Ytaysaba Anacé, interrogé par Rest of World. Le peuple Anacé a donc déposé une plainte devant les autorités fédérales pour empêcher sa construction, dénonçant notamment la violation de leur droit à la consultation, garanti par un traité international.

    Modèle économique colonial

    Selon la journaliste indépendante Nastasia Hadjadji, coauteure avec Olivier Tesquet de Apocalypse Nerds (Divergences, 2025), ces implantations reflètent la dimension coloniale du modèle économique des Big Tech : « Leur agenda consiste à exploiter toutes les failles politiques d'un État, en choisissant consciemment les lieux où les populations sont les plus vulnérables. » Un constat partagé par la journaliste étasunienne Karen Hao, auteure de Empire of IA (Penguin Press, 2025), pour qui l'IA dessine les contours d'un néo-colonialisme numérique, reproduisant les schémas d'exploitation des empires de jadis. Elle a d'ailleurs contribué au lancement de The AI Resist List en mai 2026, une initiative visant à documenter les actes de résistance à cette industrie dans le monde.

    C'est précisément ce qu'il se passe en Inde, où le gouvernement a mis en place une exonération fiscale de 20 ans pour les opérateurs étrangers de centres de données. Google, Microsoft et Amazon y possèdent ou développent chacun au moins un centre de données, et ont jeté leur dévolu sur des zones rurales dont les habitants ne jouissent pas des mêmes droits de contestation que les populations occidentales, relève l'avocate Jillian Hishaw dans un article du média Rest of World. Malgré tout, dans l'État du Telangana, une partie des habitants du village de Mekaguda ont lancé une pétition contre un datacenter de Microsoft, l'accusant de déverser illégalement des déchets industriels dans un plan d'eau à proximité de leurs élevages de vaches.

    C'est le projet d'hyperscale de Google, dans l'État d'Andhra Pradesh, évalué à 15 milliards de dollars, qui concentre le plus de critiques. D'après une enquête vidéo de l'Environmental Reporting Collective, Google veut artificialiser 200 hectares de terrains appartenant à des dalits (aussi appelés Intouchables), un des groupes sociaux les plus pauvres du pays. Les paysans dénoncent les pressions et les menaces subies de la part de la firme et du gouvernement, propriétaire des terres, qui a fait supprimer les posts Instagram d'une ONG informant sur le projet. « Nous nous battrons, même si nous devons y laisser nos vies », promet Pyla Kandamma, l'ancienne cheffe du conseil du village.

    Travailleurs du clic et mouvements d'habitants

    Ailleurs en Asie, les habitants des grandes villes japonaises s'organisent pour résister à l'essor des datacenters urbains. En Malaisie, où le gouvernement a récemment gelé l'arrivée de centres de données non liés à l'IA par craintes de tensions sur les ressources en eau et en électricité, les premières contestations commencent aussi à émerger. Aux Philippines, la lutte anti-IA est menée par les « travailleurs du clic », les personnes chargées d'entraîner les grands modèles de langage (LLM). Obligés de visionner des vidéos pornographiques à des fins de modération par exemple, et payés une misère, ils ont créé Code AI, une coalition réunissant plus de 1,8 million de travailleurs pour défendre leurs droits.

    Au Kenya, autre pays de forte concentration de travailleurs du clic, une organisation baptisée Data labelers association s'est lancée avec le même objectif. « Nous construisons un mouvement dans lequel le travail numérique est visible, valorisé et organisé, et où le rôle humain à la base de l'IA est enfin reconnu comme un élément central, et non plus périphérique, de l'innovation », explique sa fondatrice, Joan Kinyua, à Rest of the world. Au Cap, en Afrique du Sud, des associations civiles comme Housing Assembly s'opposent à la construction de deux datacenters de l'entreprise étasunienne Equinix, qui domine le secteur de l'hébergement dit de colocation. Le pays, qui lui aussi « se rêve en leader continental de ce nouveau marché », décrit Courrier international, devrait prochainement accueillir des infrastructures de Google, Microsoft, Amazon ou encore Oracle.

    L'Irlande, tête de pont des Big Tech en Europe

    En Irlande, premier hébergeur européen en termes de capacité électrique, plus de 80 centres de données consommaient 22 % de l'électricité nationale en 2024, contre 5 % en 2015. Ce chiffre pourrait atteindre 30 % d'ici 2030. Cette demande exponentielle a fait grimper la facture d'électricité des ménages de 1,4 milliard d'euros et rendu le réseau électrique plus instable, à tel point que l'État a dû rouvrir dans l'urgence deux centrales à énergie fossile. Après avoir instauré un moratoire de près de trois ans, gelant 6,5 milliards d'euros d'investissement, le gouvernement impose désormais aux opérateurs de produire eux-mêmes leur électricité. Un revirement dû en partie aux mobilisations populaires débutées en 2021 sous l'impulsion de l'ONG People Before Profit et aux luttes locales.

    À Ennis, dans le comté de Clare, trois scientifiques retraités, Bridget Ginnity, Colin Doyle et Martin Knox, ont mené pendant cinq ans une bataille juridique contre un centre de données de 200 mégawatts de l'entreprise Art Data Centres, derrière laquelle se cache Amazon. « Les politiciens suivent ce que veut Washington. Le message du gouvernement, c'est que nous avons besoin de centres de données. [...] Nous sommes dépendants des États-Unis, toutes leurs multinationales sont ici », déplorait Colin Doyle, interrogé par le média Le Soleil.

    Au micro de France Inter, le porte-parole des Amis de la Terre Irlande, Rosi Leonard, appelait la France à ne pas répéter les mêmes erreurs que l'Irlande : « D'emblée, vous devriez imposer des limites strictes à l'expansion des centres de données : fixer une taille maximale pour leurs bâtiments, mettre en place des moratoires, et décider du type d'énergie qu'ils peuvent utiliser ainsi que du moment où ils peuvent la produire. » Une politique totalement opposée à celle promue par le gouvernement, qui se plie aux exigences des Big Tech pour faciliter leur installation sur le territoire.

    « Une stratégie de prédation sur des territoires précarisés »

    Instaurer un moratoire sur les projets de centres de données, c'est aussi ce que souhaite le collectif espagnol « Tu Nube Seca Mi Rio » (Ton nuage assèche ma rivière), créé en 2023, qui réunit agriculteurs, riverains et associations citoyennes. Celui-ci dénonce les investissements des Big Tech dans le pays, notamment en Aragon, où Google, Amazon et Microsoft prévoient de construire plusieurs infrastructures, dans un pays touché par des sécheresses récurrentes et une avancée de la désertification. Malgré l'opposition des militants, un projet d'hyperscale de Meta qui devrait consommer 500 millions de litres d'eau par an a été validé par les autorités locales de Castille-La Manche, aveuglées par les promesses d'emplois dans « une province déprimée qui affiche l'un des taux de chômage les plus élevés du pays (environ 24 %) », décrit Reporterre.

    Cette stratégie relève d'une « forme de prédation sur des territoires déjà précarisés, fragilisés économiquement et déjà pollués » observe Anti, du collectif français Le Nuage était nous pieds. C'est aussi le cas en Belgique, à Farciennes, commune la plus pauvre de Wallonie, où le mouvement de désobéissance civile Code Rouge s'est rassemblé fin juin 2026 à proximité du chantier du futur datacenter de Google, deuxième investissement majeur du géant étasunien en Belgique après son site à Saint-Ghislain. Réunis autour d'un sound system tekno, les militants ont dénoncé non seulement les conséquences environnementales du projet, mais aussi le rôle de Google dans le développement de l'IA et certains de ses contrats militaires. « Les terroristes, c'est Google, pas nous », a déclaré la responsable presse du mouvement au média belge la DH.

    En France, « on assiste aussi à un regroupement des luttes », détaille Anti. Et le spectre est large : riverains mobilisés à l'échelle locale, collectifs antiextractivistes et anticoloniaux, comme Survie ou Génération Lumière, organisations environnementales comme France Nature Environnement, mouvements comme les Soulèvements de la Terre, défenseurs des libertés numériques dans la lignée de La Quadrature du Net ou de Data For Good, syndicats et travailleurs confrontés au remplacement de leur travail par l'IA, militants anarchistes et antimilitaristes, chercheurs ou sociologues, syndicats agricoles ou encore tenants du permacomputing. Au Bourget, en Seine-Saint-Denis, leur mobilisation a payé : le nouveau maire de la commune, Mehdi Nezzar a invalidé le permis de construire accordé à l'entreprise immobilière anglaise Segro, lui demandant l'abandon du projet de centre de données dans sa forme actuelle, détaille un communiqué du 17 juin 2026. Pour le journaliste Nicolas Celnik, coauteur avec Fabien Benoit de Techno-luttes : Enquête sur ceux qui résistent à la technologie (Seuil, 2022) et de Les Assoiffeurs : Enquête sur ces entreprises qui accaparent l'eau (Les Liens qui libèrent, 2026), « on observe dans les luttes contre les datacenters les mêmes configurations de résistance qu'à Sainte-Soline ».

    Aux États-Unis, une résistance transpartisane...

    Cette coalition de luttes est encore plus vaste et plus politiquement diverse aux États-Unis, le pays qui de loin accueille le plus de centres de données au monde. Le mouvement anti-datacenter serait parvenu, selon le média américain Grist, à réunir une coalition plus vaste que les luttes climatiques : « Des gens de tous horizons — des musiciens punk de l'Utah, des agriculteurs de l'Oregon, des employés de salons de beauté du Maryland — se mobilisent pour toutes sortes de raisons. [...] Mais leurs différences ne les empêchent pas de travailler ensemble », explique Levin Saul, animateur d'un podcast sur les résistances contre les centres de données.

    Ce qui se vérifie aussi d'un point de vue politique. « Même dans un État « bleu » [démocrate, ndlr], tout le monde s'accorde à dire que l'opposition aux centres de données doit être bipartisane pour avoir une chance de réussir », écrit la journaliste de Grist Kate Yoder. Les centres de données constituent d'ailleurs l'un des rares sujets qui rassemblent les citoyens étasuniens : selon un sondage Gallup, 75 % des démocrates et 63 % des républicains s'opposent à la construction de centres de données dans leur région. Au point de changer totalement les orientations politiques de certains candidats aux élections de mi-mandat, comme la démocrate Keisha Lance Bottoms, qui célébrait il y a quelques années l'arrivée de Microsoft en Géorgie et qui fait désormais campagne pour un moratoire sur les centres de données, comme le raconte Libération.

    Reste néanmoins un point de vigilance : quels seront les discours mobilisés pour s'opposer à l'essor de l'IA durant ces élections ? S'agira-t-il de défendre les écosystèmes et de dénoncer son coût environnemental, ou de brandir le risque d'une annihilation de l'humanité ? Nastasia Hadjadji invite à interroger la coloration idéologique de certains opposants et met en garde contre les discours qui associent le rejet des technologies à des positions réactionnaires, comme c'est le cas en France de la mouvance Anti-Tech Résistance. Certains de ses représentants voient, par exemple, dans la pilule abortive une menace technologique similaire à celle de l'IA. Mais la vague de mobilisation étasunienne, dont une frange tant à se radicaliser vers des actions violentes, pourrait inspirer les mouvements de résistance dans le monde entier, car elle semble en passe de faire infléchir les Big Tech.

    …victorieuse à plusieurs reprises

    Selon Data Center Watch – un projet financé par l'industrie elle-même – 130 milliards de dollars d'investissements ont été bloqués ou retardés au premier trimestre 2026, soit autant que pour l'année 2025 entière. En septembre 2025, Google a abandonné un projet d'un milliard de dollars à Indianapolis après la mobilisation de riverains. Même constat en Virginie, où une filiale de Brookfield, Compass datacenter, s'est retirée d'un vaste projet sur 333 hectares. Le projet Data Center Opposition recense 268 collectifs de protestation répartis dans 37 États, représentant près de 360 000 opposants. La célèbre activiste Erin Brockovich a également lancé un observatoire citoyen et développé sa propre cartographie des centres de données aux États-Unis. Au niveau local (villes et comtés notamment), le site US Datacenter Moratorium Tracker recense 116 moratoires actifs. Une quinzaine d'États songent également à légiférer à ce sujet, tandis qu'au niveau national, les élus démocrates Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez appellent à un moratoire national. Plus de 500 organisations ont d'ailleurs signé une lettre adressée au Congrès le 11 juin 2026 rejoignant leur proposition.

    Face à ces contestations, les Big Tech investissent massivement pour se refaire une image, à coup de lobbying et de promesses d'emplois recyclées par une classe politique souvent très naïve vis-à-vis du selon de la « souveraineté numérique ». La bataille pour l'acceptabilité sociale est aussi une guerre culturelle, et le récit de l'inévitabilité de ces infrastructures s'est installé dans le débat médiatique.

    Mais, derrière ces rhétoriques bien huilées se profile aussi le risque d'un accroissement de la répression contre les opposants aux datacenters. En Belgique, 19 militants du mouvement de désobéissance civile Code Rouge ont été perquisitionnés, et six d'entre eux ont été inculpés par les autorités flamandes au cours du mois de juin 2026. Aux États-Unis, des documents obtenus par le média Wired révèlent que les autorités fédérales, dont le FBI, considèrent les « extrémistes anti-tech » comme une cible prioritaire de leurs activités répressives et de surveillance. Entre les opposants au datacenters et les Big Tech, le gouvernement étasunien a choisi son camp.

    Cet article a été initialement publié le 9 juillet 2026 sur le site de l'Observatoire des multinationales, sous licence Creative Common.

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    Khrys’presso du lundi 21 septembre 2026

    Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


    Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

    Brave New World

    Spécial IA

    Spécial Israël

    Spécial femmes dans le monde

    Spécial France

    Spécial femmes en France

    RIP

    Spécial médias et pouvoir

    Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

    Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

    Spécial résistances

    Spécial outils de résistance

    Spécial MAGAM et cie

    Les autres lectures de la semaine

    La découverte de la semaine

    Les BDs/graphiques/photos de la semaine

    Les vidéos/podcasts de la semaine

    Les trucs chouettes de la semaine

    Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

    Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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    Version 18 d'Unicode

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    reseauCulture.fr : le monde de la culture s’organise sur le fediverse

    ReseauCulture.fr est une instance Mastodon initiée par des acteurs français du monde des arts et de la culture qui s’engagent à partager des informations culturelles de façon plus indépendante et plus éthique. Sur Framablog nous avons souhaité interviewer Maxime Guedj, qui accompagne le projet, pour en savoir plus sur la genèse de cette initiative et sur les enjeux liés à l’utilisation de Mastodon et du fediverse par les institutions culturelles.

    Framasoft (ft. Pyg) – Bonjour Maxime, pour commencer, peux-tu te présenter ?

    M.G. – Bonjour Pierre-Yves, merci pour cette invitation et un grand bonjour à toute la communauté Framasoft ! Je m’appelle Maxime Guedj et je dirige Pcfh Studio qui s’adresse à des organisations éclairées sur les enjeux contemporains et les accompagne pour concevoir, améliorer et faire grandir des solutions numériques à dimensions éthique, conviviale et émancipatrice.

    C’est, à mon échelle, une façon de répondre à une question qui m’anime : « Que peut-on fabriquer aujourd’hui qui puisse être éventuellement ressource pour ceux et celles qui viennent ? ». Elle est issue d’un ouvrage de Isabelle Stengers, intitulé Résister au désastre.

    Mon engagement a pris racine lors de l’écriture du livre Déclic aux côtés de la journaliste Anne-Sophie Jacques. Publié début 2020 par Les Arènes, nous nous attachions à y décortiquer les raisons de l’hégémonie des Gafam et les risques concrets que cela faisait peser sur nos démocraties, puis nous nous penchions sur les solutions pour y répondre, notamment en mettant en avant celles et ceux engagé·e·s depuis des décennies à faire advenir des outils numériques véritablement émancipateurs. Il y était question de Framasoft bien évidemment !

    Pour revenir à Pcfh Studio, les problématiques auxquelles je réponds vont de la conception d’outils et plateformes, à de l’animation de communauté en ligne, de l’organisation de campagne de financement participatif, en passant par de l’accompagnement stratégique. J’ai la chance d’œuvrer auprès d’organisations de toutes tailles, du collectif associatif tel que IndieHosters, auquel j’ai contribué de 2020 à 2023, à plus récemment des acteurs institutionnels tels que l’ONDA – Office national de diffusion artistique, l’Atelier de Paris CDCN ou encore le service du numérique du Ministère de la Culture avec l’instance Mastodon reseauCulture.fr.

    Framasoft – Peux-tu nous présenter rapidement reseauCulture.fr ?

    M.G. – reseauCulture.fr est une instance Mastodon initiée par des acteurs français publics et privés du monde des arts et de la culture qui s’engagent à partager des informations culturelles de façon plus indépendante et plus éthique.

    Captures d’écran de reseauCulture.fr sur mobile, tablette et ordinateur. L’interface a légèrement changé depuis. Avant la mise à jour 4.6 de Mastodon nous utilisions le merveilleux thème Tangerine fait par Nileane.

     

    👉 Pause pour celles et ceux qui ne sauraient pas ce qu’est Mastodon

    Mastodon est un réseau social dont l’expérience s’apparente à celle de X (un fil avec des publications courtes comportant du texte, des liens, des médias…) mais qui diffère fortement en termes de communautés et de fonctionnement, et donc de contenus. Il est opéré directement par une partie de ses usager·e·s de telle manière qu’il n’y a ni publicité, ni exploitation de vos données, ni algorithme qui trie votre fil pour abuser de votre attention. Les contenus sont modérés au sein de chaque communauté qui compose le réseau, ce qui contribue à limiter efficacement les situations de harcèlement en ligne et de prolifération de fakes news et slop IA. Et donc ce qu’on appelle une instance constitue en quelque sorte un « bout » de ce réseau.

    Mastodon existe depuis près de 10 ans et ne cesse de croître avec près d’un million de personnes actives le mois dernier (sur 8,6 millions d’inscriptions) réparties sur quelques 8700 instances environ (voir ici). Plus largement, Mastodon est interconnecté avec d’autres réseaux qui proposent diverses expériences de partage en ligne (photos et stories sur Pixelfed, vidéos sur Peertube, critiques de livres sur Bookwyrm, évènements sur Mobilizon, etc.) formant ainsi ce qu’on appelle le fediverse (14 millions d’inscriptions réparties sur 42000 instances environ).

    Pour aller plus loin et comprendre comment tout cela est possible, je suggère cette excellente vidéo de Elena Rossini et le guide introductif Bienvenue dans le Fédivers par Timothée Goguely et Dobody.

    ReseauCulture.fr est une initiative du service du numérique du ministère de la Culture, porté par Myriam Fleuret, déléguée au Numérique Responsable du ministère de la Culture.

    On retrouve parmi le cercle qui a monté cette instance le Muséum national d’Histoire naturelle, Paris Musées, le Palais de Tokyo, l’Odéon Théâtre de l’Europe, le 104, l’ÉNSA Versailles, les Champs Libres, PassCulture, ou encore Rennes Ville et Métropole.

    Logos des structures à l’origine de reseauCulture.fr

    Cette instance dédiée, libre, ouverte et indépendante a été lancée dès juillet 2025. Pensée comme un « pas de côté numérique », elle permet aux institutions culturelles de partager contenus, actualités, réflexions et dialogues dans un environnement respectueux et non intrusif.

    Le projet vise à créer un espace convivial, bienveillant et indépendant, où la culture peut s’exprimer hors des logiques de viralité et de captation de l’attention. Les initiateurs souhaitent reprendre la main sur leurs communications et leurs liens avec les publics, tout en testant collectivement de nouveaux usages.

    Chaque mois, ses membres se retrouvent en ligne lors d’une assemblée ouverte pour s’entraider, partager leur retour d’expérience et prendre soin du projet.

    Les inscriptions sont ouvertes à toutes les structures culturelles désireuses d’explorer une voie plus éthique pour leur présence en ligne.

    Framasoft – Pourquoi avoir créé reseauCulture.fr ?

    M.G. – Sur fond de seconde investiture de Donald Trump aux États-Unis, du duo électrique Trump-Musk, et du soutien affiché de Mark Zuckerberg (Meta), Jeff Bezos (Amazon), Sundar Pichai (Google), Tim Cook (Apple) et d’autres patrons de la Silicon Valley à leur nouveau président (source) nombreux·se·s sont celles et ceux qui s’interrogent et un véritable mouvement d’exode, porté par le hashtag #helloquittex, s’engage pour quitter X.

    À partir de janvier 2025, la problématique de réseaux sociaux s’enflamme dans le débat public : quitter ou rester sur X ?

    Je pense par exemple à Ouest France, Le Monde et Libération du côté des médias. Du côté des politiques, nombreux·se·s tirent également la sonnette d’alarme et quittent collectivement X. Même chose du côté du monde associatif avec Emmaüs France qui porte une tribune signée par 86 associations et syndicats. Idem du côté des institutions muséales avec Paris Musées, le Centre Pompidou, le Muséum national d’histoire naturelle et d’autres qui décident d’arrêter de publier ; ou encore du côté des collectivités territoriales avec Paris, Lyon, Poitiers, Toulouse… (voir ici).

    Bref, quitter X devient une évidence pour de nombreuses raisons probablement bien connues des lecteur·ice·s de ce blog et plus largement encore tant le sujet a fait (et continue de faire) débat. Quelques indices : désinformation, modération des contenus en berne, discours haineux et abusifs en hausse, ingérence…

    Les interrogations montent aussi du côté de celles et ceux qui sont actif⋅ve·s sur les plateformes de Meta que sont Facebook et Instagram. Aux questions d’impact écologique du numérique et de lutte contre la désinformation, s’ajoute celle de la « souveraineté numérique ».

    Les organisations qui s’appuient sur ces plateformes pour être en lien avec leur audience réalisent progressivement leur dépendance à une poignée d’entreprises opérées de l’autre côté de l’Atlantique : que se passerait-t-il si demain mon compte venait à être invisibilisé par leurs algorithmes voire supprimé arbitrairement ? Comment protéger ma communauté d’un raid de commentaires haineux ? Comment s’engager dans une démarche écoresponsable visant à publier moins de contenus vidéos ou à réduire mon rythme de publication pour préserver l’attention de mes abonné·e·s alors que l’algorithme qui m’est imposé par ces plateformes récompense précisément l’inverse ? etc.

    En bref, les limites d’une présence en ligne réduite aux seuls réseaux sociaux dominants (X, Facebook, Instagram, Youtube, TikTok, etc), tous basés sur le même modèle centralisé d’exploitation des données suivant la logique du capitalisme de surveillance (cf. les travaux de Soshana Zuboff), se font sentir de plus en plus clairement.

    Partant de ce constat, j’échange, au printemps 2025, avec Christine Debray, alors déléguée au Numérique Responsable au ministère de la Culture. Depuis 2021, elle y pilotait notamment la stratégie numérique responsable, qui a permis au ministère d’être la première administration à obtenir, dès 2024, le label « Numérique Responsable ». Les enjeux liés aux réseaux sociaux et à leurs alternatives plus éthiques relevaient alors directement des sujets couverts par sa mission.

    C’est ainsi, sous l’impulsion de Christine, que se construit le Cercle d’exploration des réseaux sociaux indépendants, un programme d’accompagnement qui s’adresse à une douzaine de structures et se déroule sur 9 mois suivant trois cycles : 1) découvrir les atouts de ces autres réseaux sociaux, 2) faire exemple, 3) bifurquer ensemble.

    Il me semblait particulièrement important que la proposition dépasse le cadre théorique d’une formation classique pour se muer en une invitation concrète à opérer un véritable pas de côté. Je souhaitais que les participant·e·s ne découvrent pas seulement les atouts de tel ou tel autre réseau social mais en fassent l’expérience, dans un cadre collectif et sur un temps suffisamment long à même d’accueillir les différents rythmes de chaque structure et d’offrir suffisamment de recul pour en tirer des conclusions informées.

    C’est ainsi que l’idée d’organiser le programme autour de la création d’une instance Mastodon a émergé. Ça me semblait le plus adapté pour leur permettre de traverser une expérience collective et concrète : choisir le nom de l’instance, définir ses règles d’inscription et de modération, son mode d’hébergement (en France)…

    Ça peut être assez vertigineux quand on y pense. Il faut bien réaliser que le travail principal d’un·e community manager c’est de s’adapter en permanence au diktat de Facebook, Instagram, Youtube, etc, dont les algorithmes ne cessent de changer et ce, sans aucune transparence. C’est ainsi que s’est construit ce métier depuis près d’une décennie. Et soudain, on vous propose non pas de créer un compte sur une énième plateforme mais de constituer votre propre bout de réseau social, de véritablement retrouver la main sur la relation que vous voulez construire avec votre communauté en ligne, d’être relié directement avec chacun·e de vos abonné·e·s, sans aucun intermédiaire. Voilà ce que cela veut dire que de rejoindre le réseau social décentralisé qu’est Mastodon, et plus largement le fediverse.

    Framasoft – Il y a tout de même moins de monde sur Mastodon que sur Instagram ou Twitter/X. Cela n’a-t-il pas été un frein pour les structures de mettre de l’énergie pour être présentes sur un autre réseau social ?

    M.G. – Certes, les équipes de communication de ces structures sont déjà très prises, voire sous tension, mais cela notamment aussi parce que les algorithmes d’Instagram, TikTok, etc. leur imposent de publier à un rythme toujours plus soutenu. À cela s’ajoute que la portée des publications (le ratio entre le nombre de personnes ayant « vu » une publication dans leur fil d’actu sur le nombre d’abonné·e·s au compte de la structure) ne cesse de diminuer. Sur Instagram par exemple, une entreprise spécialisée dans le marketing digital comme Hootsuite indique qu’une portée de 12 % est une bonne moyenne à atteindre en 2026. Concrètement, près de 88 % des abonné·e·s de votre compte ne sont en fait pas atteignables. Sans surprise, pour améliorer la visibilité d’une publication il faut alors passer par la case « sponsorisation » ce qui se traduit par des budgets de plus en plus significatifs. Une situation de plus en plus complexe à gérer à mesure que le secteur de la culture est par ailleurs fortement mis à l’épreuve sur le versant économique.

    Outre cet aspect, les institutions culturelles constituent des remparts importants pour la liberté d’expression et des acteurs de vérité en ces temps de brouillage informationnel et de repli géopolitique. Ne compter que sur des plateformes américaines (Meta, Instagram, Youtube, Linkedin…) ou chinoise (Tiktok) n’est peut-être pas la meilleure voie pour répondre pleinement à ces enjeux.

    Enfin, nombre de ces institutions ont une mission de service public qui implique une accessibilité à leurs ressources par le plus grand nombre. Or, les plateformes que sont Facebook, Instagram, X, etc. rendent de plus en plus difficile l’accès à leurs contenus aux personnes qui n’y ont pas de compte. De ce fait, concentrer sa communication sur ces plateformes revient à se couper d’une part significative du public qui a fait le choix de ne pas y être.

    Un toot d’Aral Balkan qui montre bien ce problème. https://mastodon.ar.al/@aral/116209975369029795

    Pour autant, quitter Instagram par exemple leur semble encore trop risqué.

    Nous avons donc fait le choix d’explorer un autre réseau social avec l’espoir de rendre leur présence en ligne plus robuste et de gagner en indépendance progressivement. Ou encore de préparer l’avenir quand tout indique que le fonctionnement de Meta, TikTok & co. suit la logique de merdification, concept forgé par Cory Doctorow. Rejoindre le réseau Mastodon/Fediverse s’est avéré aussi valorisant auprès d’un public sensible à des pratiques numériques plus éthiques.

    In fine, l’angle qui a été suivi — et que des réseaux tels Mastodon et le fediverse permettent véritablement d’envisager — c’est de se départir d’une logique d’exploitation qui vise sans cesse à capter l’attention d’une masse d’utilisateur·ice·s pour aller vers une démarche constructive, qui se concentre sur la question essentielle de la relation que les structures culturelles souhaitent entretenir avec leur public, aujourd’hui et demain.

    Framasoft — Parlons maintenant du processus de création du projet : comment ReseauCulture.fr s’est-il mis en place ? Quelle a été la méthodologie ?

    M.G. – C’est un programme d’exploration qui s’est déroulé sur 9 mois. Dès le premier jour, il a été clairement énoncé que les membres du cercle décideraient ensemble de prolonger ou composter l’expérience à l’issue de cette période. Après un temps de présentation aux réseaux sociaux indépendants et plus particulièrement du fediverse (Mastodon, Peertube, Pixelfed, etc) nous avons créé une instance Mastodon. Lors d’un atelier en présentiel, les participant·e·s ont été amené·e·s à imaginer son intitulé, à en proposer les règles de modération, à penser sa raison d’être, à définir son logo (ensuite réalisé par Thibault Daumain.

    Logo conçu par Thibault Daumain

    Puis est venu le moment de se lancer : chaque membre a préparé son profil, publié son post d’introduction et, au fil des ses publications, s’est constitué une ligne éditoriale.

    Toot d’introduction du Museum d'Histoire Naturelle

    Toot d’introduction du Museum d’Histoire Naturelle : https://reseauculture.fr/@LeMuseum/115134123278342366

    Enfin, les membres ont fait connaître leur nouvelle présence sur reseauCulture.fr auprès de leur public, en postant à ce propos sur Instagram et Linkedin, ou encore en ajoutant le lien vers leur compte Mastodon sur leur site officiel et leur brochure.

    Communication publique relative à l’ouverture du compte : https://reseauculture.fr/@cercle/116686804788225214

    En parallèle, j’ai constitué un espace de documentation en ligne où l’on pouvait retrouver les comptes-rendus de chaque point d’étape et des fiches d’aide permettant aux participant·e·s de s’approprier Mastodon à leur rythme. Ce centre de documentation a été rendu public sur doc.reseauCulture.fr, j’espère qu’il pourra être utiles à d’autres !

    reseauCulture.fr : la Doc

    On peut également y retrouver les résultats de l’enquête « Mastodon/fediverse, la culture et vous » qui permet de mieux connaître les attentes de ces communautés.

    Le programme était par ailleurs ponctué d’interventions de personnes ressources. J’en profite pour remercier très chaleureusement Renaud Chaput (directeur technique de Mastodon), Gaëtan Lefeuvre (responsable social media chez Mediapart, Mehdi Jacques (à la communication numérique de la Ville de Blois, présente sur Mastodon depuis 2020), Francesca Musiani (chercheuse au CNRS et directrice du Centre Internet et Société) et Elena Rossini (réalisatrice et documentariste) pour leur précieuse contribution.

    Globalement, les retours de cette exploration se sont révélés très positifs, au-delà de mes attentes, pour être tout à fait franc. Les institutions ont été très bien accueillies par les communautés Mastodon/fediverse, avec beaucoup d’enthousiasme et de soutien.

    reseauCulture.fr : retour d’expérience

    Une présentation publique de ces retours s’est déroulée le 15 avril dernier au Ministère de la Culture. Je vous invite à consulter le replay pour découvrir dans le détail ce que cela a apporté aux différentes structures, avec notamment les témoignages du Palais de Tokyo, de l’Odéon Théâtre de l’Europe et du Muséum national d’Histoire naturelle.

    Framasoft — Comment ça se passe au quotidien ? Qui paie l’hébergement ? Qui fait la maintenance ? Qui modère ?

    M.G. – Le Ministère de la culture soutient financièrement le programme, ce qui inclut mon accompagnement mais également mon temps à modérer l’instance et l’hébergement/maintenance qui est confié à Bearstech.

    Au-delà de la coordination du groupe, j’opère la modération des contenus, le suivi et l’accueil des nouvelles inscriptions.

    Chaque structure a trouvé son rythme progressivement. Les équipes ont par ailleurs découvert qu’animer sa communauté sur le fediverse n’a rien à voir avec les autres réseaux sociaux dominants. En effet, comme toutes les publications atteignent les abonné·e·s dans leur fil d’actu, un rythme de publication moins intense tel qu’un post tous les 3-4 jours est déjà suffisant. Tout dépend évidemment de la ligne éditoriale de chaque structure et de la nature de ses publications.

    Framasoft — À ton avis, ce processus pourrait-il être appliqué à d’autres champs thématiques, avec d’autres structures (par exemple : le sport, l’éducation, la santé, etc) ?

    M.G. – Oui tout à fait ! Il y aurait probablement des petites adaptations à penser selon les contextes mais ça me semble parfaitement déclinable pour d’autres champs d’intérêt. Ce serait une grande joie d’accompagner d’autres groupes ou bien de transmettre mon approche à des personnes qui voudraient proposer la chose autour d’elles.

    Framasoft — Si vous deviez refaire ou revoir quelque chose dans le processus de création, qu’est-ce que vous changeriez ?

    M.G. – On a perdu quelques structures durant le programme parce qu’elles ne pouvaient pas y investir le temps nécessaire à ce que cela donne des résultats intéressants. Il était crucial que chacun·e se sente libre de pouvoir arrêter l’expérimentation à tout moment. Si on l’avait mieux anticipé, je pense qu’on aurait pu accueillir quelques membres supplémentaires au démarrage.

    Framasoft — Avez-vous envisagé de faire un équivalent, par exemple pour l’hébergement de vidéos, à base de PeerTube par exemple (oui, la question est orientée et notre curiosité est assumée ! ;-) )

    M.G. – C’est une idée ! Il se peut que l’exploration d’autres applications interconnectées au fediverse telles que Peertube puisse intéresser les membres de reseauCulture.fr.

    Au-delà de reseauCulture.fr, si la question est la possibilité de monter un tel programme d’exploration autour de Peertube, cette première expérience pourrait servir de base. Il faudrait pouvoir en discuter avec des structures qui voient un intérêt à rendre disponibles leurs contenus vidéo ailleurs que sur Youtube, Vimeo & co.

    Framasoft — Quels sont les objectifs que vous vous fixez pour les prochains mois et, soyons fous, les prochaines années ?

    M.G. – À l’échelle de Pcfh Studio, mon objectif est d’accompagner reseauCulture.fr dans son évolution aussi longtemps que ses membres le jugeront utile, et de mener ce programme avec d’autres groupes qui le souhaiteraient pour contribuer plus encore à l’essor de Mastodon et du fediverse.

    À l’échelle de reseauCulture.fr, l’initiative se fait connaître et de nouvelles structures rejoignent l’instance. Je pense par exemple au Musée d’Orsay, à la scène musicale Les Cuizines située à Chelles, au Théâtre National de Bretagne ou encore au Réseau Chainon qui représente un maillage de près de 400 structures réunies dans 11 fédérations régionales sur l’Hexagone.

    Les objectifs vont probablement être discutées dans les prochaines assemblées ouvertes lors desquelles se réunissent chaque mois les membres. Actuellement, l’enjeu principal est d’accueillir de nouveaux membres. À plus long terme, je souhaite à cette instance de devenir véritablement un commun à l’image des structures culturelles qui le portent pour faire advenir un espace en ligne résolument fidèle à l’éthique qu’elles partagent.

    Framasoft — Si d’autres structures veulent vous rejoindre, quels sont les critères de sélection, et comment procéder ?

    M.G. – Il faut simplement être en accord avec les règles décrites sur reseauCulture.fr et si ça convient à votre structure faire une demande d’inscription en suivant cette fiche explicative. Les structures qui sont déjà présentes sur Mastodon et souhaiteraient déménager d’instance sont aussi les bienvenues évidemment.

    Pour celles et ceux qui souhaiteraient en savoir plus avant de se lancer, ne pas hésiter à consulter le centre de documentation doc.reseauCulture.fr et plus particulièrement cette FAQ / Argumentaire. Je réfléchis par ailleurs à organiser des webinaires de présentation, si ce format vous intéresse laissez-moi votre email dans ce formulaire et je vous tiendrai informé·e.

    reseauCulture.fr : pour commencer (lien vers l’argumentaire pour se lancer)

    Et pour celles et ceux qui nous lisent mais ne font pas partie d’une structure culturelle, vous en fréquentez forcément ! Faites-leur connaître l’initiative ! Salles de concert, théâtres, musées, cinémas, bibliothèques, opéras, tiers-lieux, écoles d’art et j’en passe… On compte sur vous !

    Enfin, pour suivre et interagir à titre individuel avec les structures membres, vous pouvez retrouver tous les comptes dans l’annuaire reseauCulture.fr) (certain·e·s sont fraîchement inscrits et n’ont pas encore publié, n’hésitez pas à les suivre tout de même, ça les motivera à se lancer !) Et si vous n’êtes pas (encore) sur Mastodon ou le fediverse, voici une fiche explicative.

    Framasoft — Question relativement récurrente dans les interviews du Framablog : y a-t-il une question que vous auriez aimé qu’on vous pose ?

    M.G. – reseauCulture.fr est un exemple d’instance Mastodon portée par une thématique commune et reliant des structures. Pour autant, il me paraît important dans le même temps de penser comment s’engager et soutenir des initiatives qui puissent favoriser l’essor d’instances qui s’adressent aux personnes à titre individuel.

    Il y a évidemment l’instance généraliste francophone Piaille.fr qui fait un excellent travail et que nous recommandons dans cette fiche adressée aux personnes souhaitant se lancer sur Mastodon et le fediverse pour suivre les actus des membres de reseauCulture.fr. Il y a aussi des instances thématiques comme mastodon.design ou encore social·sciences.re.

    Cependant, si dans 1 à 2 ans les structures qui se sont lancées aujourd’hui sur reseauCulture.fr ne voient pas leurs communautés grandir significativement, il est probable que tout cela s’essouffle. Le moment n’a jamais été aussi opportun pour favoriser un réseau social plus éthique tel que Mastodon et plus largement le fediverse. La grande majorité de la population est au fait des limites et dérives néfastes des réseaux sociaux dominants, c’est maintenant que ça se joue.

    Donc plutôt qu’une question qui me serait posée, voici celle que je souhaite partager en conclusion : comment fait-on pour nourrir et faire grandir ce mouvement en-dehors de nos communautés techniques/libristes déjà convaincues ?

    Si certain·e·s ont des idées et projets à ce sujet, retrouvez-moi sur @imacrea@mamot.fr pour échanger :)

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    Des alternatives à Amazon et son monde

    Des alternatives à Amazon et son monde

    Avez-vous déjà joué au jeu du « pire GAFAM » ? C'est un jeu très simple, à jouer en petit groupe. Il suffit de poser cette question : quel est selon vous le pire GAFAM (aujourd'hui on peut d'ailleurs étendre à toutes les big tech), et pourquoi ? Ça parait trivial, mais vous réaliserez collectivement que les controverses (sociale, fiscale, politique, écologique, éthique, économique) s'accumulent chez les big tech. Que tout le monde n'a pas le même niveau d'information. Et que chacun réagit différemment à ces controverses. Bref, c'est toujours un exercice très intéressant.

    Pour moi, le pire acteur a longtemps été Amazon. Aujourd'hui, j'aurais du mal à le départager de Tesla/SpaceX et de Palantir. Mais dans tous les cas, Amazon, c'est du lourd. Commençons par rappeler pourquoi, avec un petit top 10, avant de passer aux alternatives.

    Un top 10 de ce qu'on peut reprocher à Amazon

    1. Précarité et conditions de travail affreuses pour les ouvrier·es des entrepôts.
    2. Évasion fiscale via le montage luxembourgeois
    3. Destruction massive d'invendus neufs chaque année, plutôt que donnés ou recyclés, car moins coûteux.
    4. Copie des produits de ses propres vendeurs tiers grâce à l'utilisation des données de vente de la marketplace.
    5. Concurrence déloyale envers les commerces de proximité (librairies notamment).
    6. Dumping et pratiques de prix agressives pour tuer la concurrence locale de chaque pays.
    7. Artificialisation des sols par l'implantation massive d'entrepôts et de centres de données.
    8. Poids écologique global et incitation à la surconsommation.
    9. Répression syndicale à l'échelle mondiale.
    10. Surveillance de masse via Ring et partenariats avec les forces de l'ordre.

    Franchement, on pourrait aller jusqu'à 100, facile ! Si vous voulez vous documenter sur Amazon, deux références : la BD Le Monde merveilleux d’Amazon et le livre En Amazonie, de Jean-Baptiste Malet.

    Bref, comme je l'ai vu passer récemment, « the wrong Amazon is burning ». Mais attention, pas d'appel à la mise mise à feu dans cet article ! En revanche, voici plusieurs alternatives grand public pour boycotter Amazon et son monde pourri (oui, on assume ce jugement de valeur).

    Des alternatives à Amazon et son monde
    « The wrong amazon is burning » par Stefan Müller, CC BY

    Les alternatives à Amazon

    Voici quelques-unes des meilleures alternatives à Amazon. Certains liens sont affiliés et indiqués comme tels par l'émoji 🔖 L'affiliation est un des moyens de soutenir Alternatives numériques, mais cela n'oriente en rien notre jugement.

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    Des alternatives à Amazon et son monde
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    3 articles

    Koçer : un mode de vie en voie de disparition

    Les Koçers sont des pasteurs nomades kurdes qui pratiquent, depuis des siècles, la transhumance entre les plaines de Mésopotamie en hiver et les hauts pâturages de montagne en été. Organisé autour de structures tribales, ce mode de vie a longtemps favorisé la préservation de leur identité kurde, de leur langue, et de leurs traditions, davantage que parmi les populations sédentarisées, plus exposées aux politiques d'assimilation menées par l'État turc. Mais les Koçers ont aussi été confrontés à des politiques de sédentarisation. Depuis plusieurs décennies, les interventions de l'État, le conflit entre Ankara et le PKK, la militarisation des pâturages ainsi que les bouleversements climatiques et économiques ont progressivement réduit leurs espaces de vie et fragilisé le pastoralisme. Au sein de la tribu Didêrî, l'une des dernières à perpétuer cette pratique, le nomadisme disparaît peu à peu. L'identité koçer, elle, continue de se transmettre au-delà de la transhumance.

    Au bord de la route reliant Batman à Hasankeyf, situé au nord du Kurdistan et au sud-est de la Turquie, quelques tentes blanches font face au lac artificiel du barrage d'Ilisu. À leurs pieds, une centaine de moutons vient d'être conduit vers les pâturages rocailleux de la vallée, baignés par les dernières lumières du soleil couchant qui teintent les pierres de rose. Sous l'une de ces tentes, qui lui sert de maison pendant l'hiver, Dildar nous accueille. Sa famille appartient à la tribu des Didêrî, l'une des dernières communautés de Koçers qui pratiquent encore le nomadisme dans la région.

    Ces pasteurs semi-nomades kurdes vivent depuis des siècles au rythme de la transhumance, entre les plaines de Mésopotamie en hiver et les hauts pâturages des montagnes durant l'été. Durant plusieurs jours, nous avons partagé le quotidien des Didêrî, de leur campement hivernal près d'Hasankeyf au village de Yakıtlı, jusqu'à la ville de Batman, où une partie de la communauté s'est désormais installée. À travers leurs récits se dessine l'histoire d'un peuple pour qui la mobilité n'a jamais seulement été un mode de vie : elle a aussi été une manière de préserver son identité et de résister aux bouleversements qui ont traversé la région.

    Un mode de vie ancestral qui défie l'idée d'état nation

    Les Koçers, terme kurde signifiant « nomades », désignent des communautés pastorales kurdes dont le mode de vie repose depuis des siècles sur la transhumance. Cette mobilité saisonnière conduit les Koçers et leurs troupeaux entre les plaines mésopotamiennes, où les familles passent l'hiver, et les hauts pâturages de montagne du Taurus appelés yaylas. Durant plusieurs mois, elles vivent sous des tentes avant de redescendre progressivement vers les villages à l'approche de l'hiver.

    Elles passent traditionnellement l'hiver dans les régions tempérées autour de Şanlıurfa, Gaziantep, Mardin ou Siirt. Chaque année, entre la fin du mois de mars et le début du mois d'avril, le même mouvement se répète : familles, troupeaux, tentes démontées et mules chargées quittent progressivement les plaines pour rejoindre les hauts plateaux. Cette migration saisonnière est l'expression d'un système économique, social et culturel entièrement organisé autour de la mobilité.

    Ce mouvement cyclique a façonné, au fil des siècles, une géographie de la transhumance correspondant à des itinéraires transmis de génération en génération. Plusieurs tribus, parmi lesquelles les Beritan, Dudêran, Alikan ou Batovan, perpétuent encore aujourd'hui cette mémoire collective.

    Leur existence repose principalement sur l'élevage des moutons et des chèvres, qui constitue leur principale source de revenus. Les Koçers vivent de la vente de leurs animaux, mais aussi des produits issus de leurs troupeaux : lait, beurre, fromage, viande ou laine récoltée lors de la tonte saisonnière.

    Un troupeau de moutons appartenant à une famille nomade kurde de la région de Siirt.
    Crédit Nesali Media

    Les Koçers sont structurés autour d'organisations tribales qui constituent le cœur de leur vie collective. Historiquement autonomes et sans pouvoir centralisé, l'appartenance tribale renforce la cohésion du groupe, facilite l'entraide et permet de répondre aux contraintes liées au nomadisme. Cette triple identité : kurde, tribale et nomade, a joué un rôle essentiel dans la préservation de la culture kurde par les Koçers. Parce qu'ils ont longtemps échappé à une sédentarisation et à l'intégration dans un état nation Turc, les Koçers ont davantage conservé certains traits linguistiques et culturels que des populations kurdes installées durablement dans les villes et villages, où les politiques d'assimilation de l'État turc ont contribué à transformer les pratiques culturelles et linguistiques.

    Cette mobilité entre en contradiction avec les logiques modernes de territorialisation. Leur existence, fondée sur le mouvement, questionne les frontières établies par les États modernes et leur volonté d'organiser les populations autour d'un territoire permanent.

    Une volonté ancienne de contrôler les populations nomades

    La volonté de contrôler les populations nomades née avant la fondation de la République turque. Dès la fin de l'Empire ottoman, les autorités cherchent déjà à fixer les communautés konar-göçer, littéralement « celles qui s'installent et se déplacent » afin de mieux administrer les territoires, percevoir les impôts et renforcer leur contrôle sur ces régions. Les politiques de sédentarisation visent à transformer des populations mobiles, organisées autour de structures tribales, en communautés installées dans des villages permanents. Mais ces mesures rencontrent régulièrement des résistances : plusieurs groupes repartent vers leurs anciens territoires de migration.

    Avec la création de la République turque en 1923, cette logique de contrôle territorial s'intensifie. Le nouvel État cherche à construire une administration centralisée et considère les structures tribales présentes dans les régions kurdes comme des formes d'autorité concurrentes. Dès les premières années de la République, l'État commence à réglementer les espaces pastoraux afin d'enregistrer les terres et de soumettre progressivement les usages traditionnels à des autorisations administratives. Plusieurs lois sont promulguées au fil des années dans une volonté de renforcer l'intégration au modèle de l'État-nation turc.

    En 1924, le gouvernement crée les gardiens de village köy korucuları, des supplétifs armés chargés de soutenir l'État dans le contrôle des zones rurales.

    En 1925, après la révolte de Sheikh Saïd contre la jeune République de Mustafa Kemal, cette politique prend une dimension sécuritaire. Le Plan de réforme de l'Est, Şark Islahat Planı, prévoit d'affaiblir le pouvoir des chefs tribaux kurdes et de déplacer des familles et figures considérées comme influentes vers l'ouest du pays afin de renforcer l'autorité de l'État dans les régions kurdes.

    Plus tard, la loi d'établissement n°2510 adoptée en 1934 constitue l'un des principaux cadres juridiques des politiques de contrôle des populations nomades. Officiellement destinée à organiser la répartition de la population et l'aménagement du territoire, elle permet à l'État de déplacer des populations, de choisir leurs lieux d'installation et d'imposer la sédentarisation de groupes considérés comme difficiles à intégrer à l'ordre administratif républicain. Les tribus sont progressivement privées de leur autonomie : les chefs locaux perdent leur influence, les familles sont encouragées ou contraintes à s'installer dans des villages permanents, et l'administration étatique remplace progressivement les réseaux traditionnels de solidarité.

    Dans les années 1960 et 1970, l'État poursuit cette transformation au nom de la modernisation rurale avec le développement de l'agriculture permanente. Le nomadisme est alors présenté dans les discours officiels comme un mode de vie archaïque amené à disparaître. Les Koçers sont encouragés à abandonner la transhumance pour devenir agriculteurs ou travailleurs salariés.

    Un mode de vie affecté par des décennies de conflit dans la région

    Ces politiques générales de sédentarisation vont se renforcer avec le conflit armé entre l'État turc et le PKK à partir des années 1980. Le début de l'insurrection armée du PKK en 1984 transforme les territoires de transhumance en espaces militarisés.

    Les montagnes utilisées comme alpages d'été par les nomades, notamment les monts Cudi et Gabar, ainsi que les montagnes de Şırnak et de Hakkari, deviennent les principales zones de repli et de maquis de la guérilla du PKK. Ces zones se transforment en zones de combat entre l'armée turque et le groupe armé, les populations nomades sont prises en étau dans les affrontements et se font parfois bombarder par l'armée turque.

    Dès le début de la lutte armée, l'armée turque considère ces territoires comme des zones stratégiques à contrôler, elle impose de strictes interdictions d'accès aux alpages pour couper les lignes de ravitaillement logistique potentielles des militants. Pris entre l'État et le PKK, les Koçers se retrouvent au cœur des tensions. Vivant dans les mêmes espaces montagneux que les combattants kurdes, ils sont régulièrement soupçonnés par l'armée turque de leur fournir un soutien logistique, notamment en leur donnant accès à des vivres ou à un abri. De fortes pressions de la part de l'État sont alors exercées sur les Koçers : interrogatoires arbitraires, saisie de matériel, et amendes.

    À partir de 1987, l'instauration de l'état d'urgence dans les provinces kurdes renforce encore le contrôle militaire de ces territoires. Les autorités obtiennent des pouvoirs exceptionnels permettant les restrictions de circulation, les contrôles renforcés et les évacuations de villages considérés comme liés au PKK. Même les populations ne vivant pas dans des villages permanents, comme certains groupes koçers, sont touchées : leurs espaces de circulation deviennent des zones surveillées et leurs routes de migration sont interrompues.

    Les yaylas sont progressivement soumis à des restrictions d'accès, certaines zones sont déclarées interdites, et les itinéraires traditionnels de transhumance sont parfois minées. Des régions entières deviennent impossibles à parcourir pour les éleveurs. La migration saisonnière, autrefois organisée selon les besoins des troupeaux et les rythmes naturels, devient un déplacement soumis à des contraintes sécuritaires.

    Le campement hivernal d'une famille Koçer dans la province de Siirt.
    Crédit Nesali Media

    Dans certaines régions, notamment autour de Hakkari, Van et Şırnak, les familles doivent abandonner certains pâturages utilisés depuis des générations. Les troupeaux diminuent, les parcours sont modifiés et certains éleveurs cessent progressivement leur activité. Le territoire des Koçers est réorganisé. Là où, avant la guerre, la nature était un terrain libre d'accès, elle devient peu à peu un espace militarisé, jalonné de checkpoints et d'interdictions. La guerre rend le nomadisme difficile et produit une sédentarisation forcée des Koçers. Aujourd'hui encore, la plupart des terrains de pâturage appartenant à des familles koçers sont encore interdits d'accès par l'État.

    Ce n'est qu'avec les périodes d'accalmie et le processus de paix engagé entre Ankara et le PKK au début des années 2010, puis en 2025, que certaines familles ont commencé à reprendre progressivement ces routes ancestrales. Mais ce retour reste fragile. Malgré une diminution des combats, les checkpoints militaires demeurent présents sur certaines routes menant aux montagnes.

    Le système des gardiens de village korucu, un outil de contrôle territorial

    Créé dans le cadre de la loi sur les villages en 1924, le système des gardiens de village köy korucuları est réinstallé par l'État dans les années 1980 dans le cadre de la lutte contre le PKK et prend une nouvelle dimension. L'État s'appuie sur certaines tribus qui acceptent de collaborer avec lui, leur fournissant des armes, un salaire et un statut particulier. Présenté officiellement comme un dispositif de protection des villages, le système devient rapidement un instrument de contrôle des zones rurales du Kurdistan, pouvant s'apparenter à des milices pro-gouvernementales. À l'inverse, les groupes refusant de rejoindre le système peuvent être soumis à des pressions, voire à des représailles et à des évacuations forcées.

    Cette militarisation transforme profondément les équilibres locaux. Certains groupes alliés à l'État acquièrent une nouvelle influence politique et économique : ils peuvent renforcer leur contrôle sur les terres, les pâturages ou les ressources naturelles, parfois au détriment de tribus rivales. Le conflit ne modifie donc pas seulement les conditions de sécurité, mais aussi les rapports de pouvoir au sein des communautés rurales. Le système des korucu ne peut donc pas être considéré uniquement comme un outil militaire de contre-insurrection. Les gardiens de village deviennent des acteurs locaux capables de transformer les hiérarchies sociales, l'accès à la terre et les modes de subsistance.

    Dans plusieurs régions, l'adhésion ou le refus de collaborer avec l'État devient un facteur déterminant dans la redistribution des ressources : certains villages accusés de soutenir le PKK sont évacués, tandis que des groupes proches du pouvoir profitent de la situation pour renforcer leur contrôle foncier.

    Entre sédentarisation et préservation d'une identité koçer

    Nous retrouvons Jan à Batman. Ancien berger d'une trentaine d'années, membre de la tribu des Didêrî, il a abandonné la vie nomade il y a quatre ans pour devenir commerçant. Comme une grande partie de sa famille avant lui, il a choisi de se sédentariser. Jan nous emmène à la périphérie de la ville, là où les immeubles en béton s'arrêtent progressivement pour laisser place aux terrains en terre battue. Ici, les habitations modernes côtoient les abris en briques et les enclos où sont installés les moutons. Sa famille vit dans une maison à plusieurs étages, mais autour d'elle subsistent les traces du mode de vie koçer : des cabanes, des espaces de stockage et des abris pour les troupeaux. La famille de Jan est sédentarisée depuis plusieurs décennies. Les enfants n'ont jamais connu les longues migrations saisonnières entre les plaines et les montagnes. Pourtant, ils continuent de se définir comme Koçers. Pour eux, ce terme ne désigne pas seulement une activité économique ou une manière de vivre : il constitue une identité et un héritage culturel.

    À Batman, cette situation est commune. Ville récente née de l'exploitation pétrolière dans les années 1950, elle accueille depuis plusieurs décennies des familles koçers ayant abandonné progressivement la transhumance. La sédentarisation a rapproché ces familles des institutions publiques. L'installation permanente leur a permis un accès plus régulier à l'éducation, aux services de santé et aux démarches administratives, autant de dispositifs dont elles restaient souvent éloignées lorsqu'elles vivaient en mouvement. Néanmoins, elle a aussi créé une nouvelle forme d'existence, entre adaptation au monde urbain et maintien des pratiques héritées du pastoralisme,car la sédentarisation ne signifie pas toujours une rupture totale avec la vie koçer. Certaines familles continuent à élever des animaux dans les périphéries urbaines ou pratiquent encore une forme de semi-transhumance. Leur mode de vie s'est hybridé : moins fondé sur une mobilité permanente, mais toujours lié à l'élevage.

    Aujourd'hui, le mode de vie koçer n'existe plus à l'échelle d'autrefois. La pression de l'État et la réduction des espaces pastoraux, la militarisation des montagnes et la transformation des routes traditionnelles de migration ont progressivement réduit les territoires disponibles pour les Koçers. Le conflit armé a accéléré une sédentarisation déjà engagée depuis plusieurs décennies en rendant la poursuite du nomadisme trop risquée. À ces pressions politiques s'ajoutent des difficultés économiques de plus en plus importantes. Le coût de la nourriture destinée au bétail, du transport, et de la location des pâturages ont fortement augmenté. La production traditionnelle de lait, de fromage, de beurre, ou de laine diminue progressivement face à une économie qui s'industrialise.

    Le changement climatique et l'épuisement des ressources sont aussi des facteurs qui rendent le nomadisme de plus en plus complexe. La sécheresse, la diminution des ressources en eau et l'appauvrissement des pâturages fragilisent directement l'élevage. Sans pâturages suffisamment riches et sans ressources hydriques accessibles, maintenir des troupeaux importants devient impossible. Dans certaines régions comme Karacadağ, près de Diyarbakır, la multiplication des forages et les activités minières réduisent aussi les espaces disponibles pour les troupeaux.

    À ces transformations matérielles s'ajoute un changement profond des aspirations. Pour beaucoup de jeunes générations, la vie de berger paraît trop difficile face au confort qu'offre la sédentarisation et la vie moderne. Beaucoup de Koçers estiment que leur génération est la dernière à accepter les contraintes de l'estivage. Pour certains, quitter la montagne représente une amélioration des conditions de vie ; pour d'autres, cela signifie aussi la perte progressive d'un savoir-faire transmis de génération en génération.

    Pourtant, abandonner la transhumance ne signifie pas abandonner l'identité koçer qui repose sur une mémoire collective, une langue, des liens tribaux et une histoire commune. Selon l'analyse du chercheur Michaël Thévenin, le pastoralisme kurde peut être compris comme une forme de construction identitaire, où la mobilité et le territoire participent à la définition d'une communauté.

    L'inscription « Koçero » sur le mur d'un immeuble à Nusaybin, dans la province de Mardin, en Turquie. Cette inscription témoigne de la persistance de l'identité koçer malgré la sédentarisation progressive des familles nomades.
    Crédit Nesali Media

    Pour beaucoup de Koçers, leur identité dépasse donc la seule question du nomadisme. Elle raconte une relation particulière à la terre, à la montagne et au mouvement, mais aussi une longue histoire de rapports conflictuels avec l'État et de résistance culturelle. Les Didêrî illustrent cette transition. Autrefois entièrement composée de bergers, cette tribu compte aujourd'hui près de 90 % de membres installés durablement dans les provinces de Batman et de Siirt. Ceux qui continuent la transhumance appartiennent désormais aux dernières générations à perpétuer une pratique qui, pendant des siècles, a façonné les paysages et les sociétés du Kurdistan turc.

    Focus juridique : quand l'État turc entrave un mode de vie


    Pour les Koçers, se déplacer n'est pas seulement une liberté individuelle mais une condition essentielle de leur mode de vie. Les restrictions d'accès aux pâturages, les déplacements forcés et les politiques de sédentarisation peuvent ainsi constituer une atteinte à plusieurs droits protégés par le droit international.

    La liberté de circulation protège le droit de se déplacer librement à l'intérieur d'un État et de choisir son lieu de résidence [1]. Les restrictions à cette liberté peuvent être justifiées par des impératifs de sécurité nationale ou d'ordre public, mais elles doivent être prévues par la loi et rester nécessaires et proportionnées. Pour les Koçers, les interdictions d'accès aux yaylas, les contrôles militaires ou la fermeture durable des routes de transhumance ont limité leurs déplacements saisonniers nécessaires à leur activité pastorale.

    Bien qu'elle soit membre du Conseil de l'Europe depuis 1950, la Turquie n'a pas ratifié le Protocole n°4 de la Convention européenne des droits de l'homme. La liberté de circulation ne peut donc pas être invoquée directement devant la Cour européenne des droits de l'homme. Celle-ci protège néanmoins certaines conséquences de ces restrictions par le biais du droit au respect de la vie privée, familiale et du domicile, qui garantit les conditions essentielles dans lesquelles une personne organise sa vie personnelle et familiale [2].

    Pour les populations nomades, le domicile ne se limite pas nécessairement à une habitation fixe. Dans Chapman c. Royaume-Uni [3], la Cour européenne des droits de l'homme a reconnu que le mode de vie traditionnel des populations itinérantes pouvait relever de la vie privée et familiale protégée par l'article 8. Elle a notamment reconnu l'importance de ce mode de vie dans l'identité des personnes concernées. Pour les Koçers, les tentes, les campements, les troupeaux et les itinéraires de transhumance constituent le cadre dans lequel s'organise la vie familiale. Lorsque les restrictions sécuritaires rendent durablement impossible l'accès à ces territoires, elles peuvent donc porter atteinte à ce droit.

    Cette logique apparaît également dans l'arrêt Doğan et autres c.Turquie [4], dans lequel la Cour européenne des droits de l'homme a examiné la situation de personnes contraintes de quitter leur village et empêchées pendant plusieurs années d'y retourner. Elle a conclu à une violation du droit au respect de la vie privée et familiale ainsi que du droit au respect des biens.

    Le droit au respect des biens [5] protège les personnes contre les mesures de l'État qui les privent de leurs biens ou les empêchent d'en jouir.

    Dans le cas des Koçers, tous les pâturages utilisés pour la transhumance ne sont pas nécessairement des propriétés privées. En revanche, lorsque les familles sont propriétaires des terres concernées, une interdiction durable d'y accéder ou de les utiliser peut porter atteinte à leur droit au respect des biens.

    Jan explique par exemple que les terres appartenant à sa famille, situées dans la région de Şırnak, sont devenues inaccessibles après avoir été classées en zone de guerre avec le début du conflit entre l'État turc et le PKK. Depuis plus de quarante ans, sa famille ne peut plus y conduire ses troupeaux et n'a reçu aucune indemnisation.

    La perte d'accès à ces terres peut également avoir des conséquences économiques importantes lorsqu'elles sont indispensables à l'élevage des troupeaux. Le droit à un niveau de vie suffisant comprend notamment le droit à une alimentation suffisante [6]. Le Pacte reconnaît aussi le droit des peuples à ne pas être privés de leurs propres moyens de subsistance [7].

    Pour les Koçers, ces moyens de subsistance reposent principalement sur leurs troupeaux et sur l'accès aux pâturages nécessaires à leur élevage. Lorsque ces espaces deviennent inaccessibles, c'est l'ensemble de leur activité économique qui est fragilisé, conduisant de nombreuses familles à abandonner progressivement le pastoralisme. Cette dimension permet aussi de mieux comprendre la sédentarisation des Koçers. Lorsque les espaces nécessaires à l'élevage deviennent progressivement inaccessibles, l'abandon du nomadisme peut être moins un choix économique qu'une conséquence de l'impossibilité de poursuivre cette activité.

    Un père et ses fils, bergers koçers, dans la province de Siirt. La pratique pastorale, qui constitue leur principal moyen de subsistance, se transmet au sein des familles de génération en génération.
    Crédit Nesali Media



    Le droit à la culture protège la possibilité, pour les membres d'une minorité, de préserver et de transmettre leurs traditions et leur mode de vie [8].

    L'article 27 du PIDCP reconnaît aux personnes appartenant à une minorité le droit de jouir, avec les autres membres de leur groupe, de leur propre culture. Dans son Observation générale n°23 [9], le Comité des droits de l'homme précise que la culture peut notamment prendre la forme d'un mode de vie lié à l'utilisation des ressources naturelles et du territoire. Il cite notamment les activités traditionnelles liées à l'utilisation des terres et des ressources, dont la protection peut nécessiter des mesures particulières de la part de l'État.

    Le pastoralisme koçer peut être compris dans cette perspective. La transhumance ne constitue pas seulement une activité professionnelle. Elle repose sur des savoir-faire transmis entre générations, des itinéraires saisonniers, une organisation familiale et tribale et une relation particulière aux montagnes et aux pâturages. L'accès aux yaylas et aux différents territoires nécessaires à l'élevage est donc une condition matérielle de la transmission de cette culture.

    La Turquie a cependant formulé une réserve à l'article 27 du PIDCP. Elle se réserve le droit d'interpréter et d'appliquer cet article conformément aux dispositions de sa Constitution et au traité de Lausanne de 1923, qui ne reconnaît comme minorités que certaines communautés non musulmanes. Cette position constitue un obstacle à la reconnaissance des droits culturels des Kurdes au regard de l'article 27.

    Au-delà de la reconnaissance de leur culture, se pose donc également la question de savoir si les Kurdes et, parmi eux, les Koçers, bénéficient d'une protection égale dans l'exercice de leurs droits. Le principe de non-discrimination interdit qu'une personne ou un groupe soit traité de manière défavorable en raison notamment de son origine, de sa langue ou de son appartenance à une communauté [10].

    Pour les Koçers, cette protection peut être pertinente lorsque des politiques d'apparence générales ont des conséquences disproportionnées sur leur communauté. Une restriction qui s'applique à toutes les personnes présentes dans une zone peut, par exemple, affecter plus fortement une population dont l'existence dépend de la mobilité.

    Cette question prend une importance particulière dans le contexte de la question kurde en Turquie, où les restrictions territoriales et les politiques de sédentarisation se sont inscrites dans une histoire plus longue de contrôle des populations et des territoires.

    La loi d'établissement n°2510 de 1934, les politiques de sédentarisation et, plus tard, les restrictions militaires imposées dans les zones de conflit sont donc autant de mesures qui ont pu contribuer à limiter concrètement les droits des Koçers.

    Pris isolément, chacun de ces droits peut faire l'objet de restrictions. Mais leur accumulation au fil des politiques de sédentarisation, des déplacements forcés et de la militarisation des montagnes, a progressivement réduit les conditions permettant aux Koçers de poursuivre leur mode de vie traditionnel.


    [1] Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), article 12 ; Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH), article 13.

    [2] PIDCP, article 17 ; DUDH, article 12 ; Convention européenne des droits de l'homme (CEDH), article 8.

    [3] CEDH, Chapman c. Royaume-Uni, arrêt du 18 janvier 2001.

    [4] CEDH, Doğan et autres c. Turquie, arrêt du 29 juin 2004.

    [5] CEDH, Protocole n°1, article 1 ; DUDH, article 17.

    [6] Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), article 11.

    [7] PIDESC, article 1(2).

    [8] PIDCP, article 27 ; PIDESC, article 15.

    [9] Comité des droits de l'homme des Nations Unies, Observation générale n° 23, article 27, 1994.

    [10] DUDH, articles 2 et 7 ; PIDCP, articles 2 et 26 ; PIDESC, article 2 ; CEDH, article 14.

    Cet article, initialement paru le 2 août 2026 sur le site de NESALI, est republié ici dans le cadre d'un accord de partenariat éditorial. Il n'est donc pas reproductible selon la licence appliquée à l'ensemble de notre site (CC BY-NC-ND 3.0).

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    L'ECSI pour sortir de l'impuissance face aux nouveaux fascismes

    "On ne joue pas avec l'extrême droite, on ne "l'essaie" pas par curiosité ou par dépit ; on la combat, partout, tout le temps, au nom d'un idéal : la démocratie."
    Salomé Saqué, Résister

    Manifestation Journée droits des femmes à Paris le 8 mars 2026
    Crédit FreCha CC BY-SA 4.0

    Racisme décomplexé, stigmatisation des minorités ethniques, déshumanisation des personnes migrantes, suspicion envers le monde intellectuel (scientifique, universitaire...), restriction du raisonnement et de la critique, offensive contre les associations progressistes et les militant·es de gauche, mépris des femmes et des minorités de genre, restriction des libertés publiques et associatives, démantèlement des protections sociales, recul des droits sociaux et environnementaux, contrôle des médias par des oligarques réactionnaires et propagation de fake news, promotion décomplexée de la violence, du culte de la personnalité et des discours antidémocratiques... Les droites extrêmes ne se cachent plus, elles sont banalisées, normalisées et même soutenues par les partis politiques, les médias mainstream et les milieux d'affaires, ce qui les renforce.

    On n'hésite plus à parler de fascisme pour désigner la situation politique aux États-Unis mais ce n'est pas un cas isolé, la dynamique néofasciste est internationale et se consolide par des alliances. En France, l'extrême droite est aux portes du pouvoir.

    Il est nécessaire de rappeler ces constats pour prendre conscience de la gravité du phénomène mais aussi pour sortir de la sidération et du sentiment d'impuissance, en donnant à voir les formes de résistance ici et partout ailleurs.

    Les mobilisations contre l'extrême droite sont réelles et multiples mais réprimées et écrasées par les empires médiatiques. Cette lettre Du côté de l'ECSI a pour objectif de les mettre en lumière et de faire connaître plus particulièrement les initiatives d'éducation populaire visant à analyser et déconstruire la vision de l'extrême droite et qui promeuvent de nouveaux imaginaires et des futurs désirables.

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    En bref #2 : l'actu alternumériste de la semaine

    En bref #2 : l'actu alternumériste de la semaine

    Toutes les semaines, je vous propose une sélection d'actualités alternuméristes. Les sources sont francophones et anglophones, le plus souvent sans paywall. Pensez à activer votre traducteur si besoin.

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    Deux articles publiés cette semaine sur Alternatives numériques, dont un gros morceau, le test du FP6 sous /e/OS !

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    Khrys’presso du lundi 14 septembre 2026

    Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


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    Spécial pénibles candidats à la présidentielle

    • Olivier Faure reconnaît « une maladresse » après avoir comparé Le Porge et Oradour-sur-Glane (huffingtonpost.fr)
    • « Vivre ensemble » avec le patronat : Roussel en campagne pour 2027 (revolutionpermanente.fr)

      derrière cette volonté de reconquête de l’électorat populaire se dessine une stratégie de reconquête des « fâchés pas fachos » en misant sur les préjugés réactionnaires. Comme lorsqu’il annonce vouloir supprimer le RSA, reprenant le refrain rance de celui qui « se crève la paillasse » face au voisin allocataire. Mais aussi sur les tendances racistes et islamophobes, comme lorsqu’il se déclarait sur CNews en mars 2025 favorable à l’interdiction du voile dans le sport tout en validant l’existence du « racisme anti-blanc », au lendemain d’une manifestation antiraciste de masse. Dans la même veine, Fabien Roussel a apporté son soutien au gouvernement et au régime dans toutes leurs campagnes islamophobes et autoritaire, de la condamnation des manifestants de Sainte-Soline, à l’ouverture à l’abstention sur la loi immigration, en passant par la réclamation des peines « les plus fermes » contre les centaines de jeunes interpellés après la victoire du PSG.

    • Mélenchon et l’IA : la France Insoumise peut-elle proposer un programme de “rupture” en matière d’intelligence artificielle ? (synthmedia.fr)

      Le leader de la France insoumise propose d’ « encadrer et réguler » un secteur de l’intelligence artificielle capturé par les intérêts étasuniens, tout en investissant dans une IA tricolore.

    Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

    Spécial résistances

    Spécial outils de résistance

    • Loi RIPOST adoptée : faisons le bilan (laquadrature.net)

      Au cœur de l’été, le Conseil constitutionnel a validé la quasi totalité de la loi dite « RIPOST », dernier cadeau sécuritaire du ministre de l’intérieur Laurent Nuñez avant les élections de 2027. Si elle a concentré beaucoup d’attention en raison de la criminalisation disproportionnée des free-parties qu’elle instaure, cette loi augmente encore considérablement l’arsenal de surveillance – déjà bien fourni – de la police.

    • Fermeture de Noblogs et des services d’Autistici/Inventati dans 10 jours : instructions pour sauvegarder ses données (dijoncter.info)

      Dans un peu moins de 10 jours, les services fournis par Autistici/Inventati fermeront.Cela inclut : les adresses email, les listes mail, les services de visio/audioconférence, les sites web hébergés chez elleux, ainsi que le fameux noblogs.org. Cette page fournit des instructions pour exporter ses données depuis les services de l’infrastructure d’A/I.

    • Censure puis fermeture de Autistici/Inventati et noblogs.org : comprendre et agir (ai-support-fr.squat.net)
    • Stop Omarchy (stopomarchy.neocities.org)

      Omarchy is a political movement disguised as a Linux distro. Over $18 million dollars from powerful men and companies are funding it.

    Spécial MAGAM et cie

    Les autres lectures de la semaine

    Les BDs/graphiques/photos de la semaine

    Les vidéos/podcasts de la semaine

    Les trucs chouettes de la semaine

    Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

    Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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    Test complet du Fairphone 6+ sous /e/OS 4

    Test complet du Fairphone 6+ sous /e/OS 4

    (Je mets ici la vidéo Youtube parce que ça aidera le média et la chaîne d'avoir des vues sur ce canal, surtout au début, mais vous pouvez aussi accéder à la même vidéo sur Peertube 😇 Lire notre politique médias sociaux)


    Ces dernières semaines, j'ai eu le plaisir de tester le Fairphone 6+, tout juste sorti, propulsé par /e/OS 4 de Murena.

    Voici mon avis après un test en profondeur, en article et en vidéo. N'hésitez pas à commenter si vous avez des questions et autres retours d'expérience.

    💡
    Transparence : Murena m'a prêté un Fairphone 6+ pour que je puisse écrire un article dessus. Je n'ai reçu aucun paiement, je n'avais aucune obligation de publier cet article (et la vidéo l'accompagnant), et Murena ne l'a pas consulté avant sa mise en ligne. Les liens vers Murena sont affiliés et permettent de soutenir Alternatives Numériques.

    La base : c'est quoi /e/OS ?

    Pour simplifier, le monde des smartphones est bâti sur un duopole composé d'iOS, le système d'exploitation qui fait fonctionner les iPhone d'Apple, et Android, celui qui fait tourner les smartphones des autres constructeurs (Samsung, Xiaomi, Fairphone, Google, Motorola, etc.).

    La particularité d'Android, sans trop rentrer dans les détails techniques, est d'être largement développé et contrôlé par Google, mais d'être distribué en open source. La licence autorise les constructeurs qui intègrent Android dans leurs appareils à y apporter des modifications (des surcouches) leur permettant de se distinguer de leurs concurrents. C'est pour ça que si vous avez un Samsung, votre interface sera différente de celle de collègues et amis équipés d'un Fairphone ou d'un Xiaomi. Les trois tournent pourtant bien sous Android. Là où Google a été très malin, c'est qu'ils ont développé, au-dessus d'Android, les Services Google Play, indispensables pour faire fonctionner les applications. Là où Android est open source, les Services Google Play sont propriétaires. C'est par ce biais que Google verrouille l'écosystème Android.

    Test complet du Fairphone 6+ sous /e/OS 4
    Un petit schéma (simplifié) pour essayer de s'y retrouver dans toutes ces couches. Si vous n'y comprenez rien, ce n'est pas grave du tout

    Si l'on revient à notre duopole de départ, il n'est donc pas éloigné de la réalité de dire qu'il est en réalité composé d'Apple et de Google. Au niveau mondial, Android représente environ 70 % du marché, et Apple 30 %. Évidemment, un tel duopole est problématique, surtout que Google a progressivement transformé Android en un immense mouchard, alimenté par toutes les données qu'on peut récupérer sur un smartphone.

    C'est l'une des raisons pour lesquelles sont apparus, à partir de 2013, des systèmes d'exploitation alternatifs. LineageOS, GrapheneOS, ou encore /e/OS, chacun se développe avec ses objectifs et priorités propres. Tous sont basés sur Android, mais aucun ne propose les Services Google Play par défaut. /e/OS a été créé en 2017 par Gaël Duval, acteur pionnier du logiciel libre. Techniquement, il est dérivé de LineageOS et est livré avec les services microG (une alternative libre aux fameux Services Google Play).

    Quelle différence entre /e/OS et Murena ?

    /e/OS est développé par la e.foundation, une organisation à but non lucratif (association loi 1901) financée par les dons des particuliers et des entreprises.

    Murena est quant à elle une entreprise à but lucratif, de droit français. Elle porte la marque grand public qui commercialise des smartphones prééquipés d'/e/OS (comme les Murena Smartphones) ainsi que les services en ligne associés (Murena Cloud / Murena Workspace).

    En quoi /e/OS et Murena se démarquent ?

    Le point de départ d'/e/OS, c'est le respect de la vie privée, et la lutte contre la captation de données personnelles par Android et Google. /e/OS, c'est donc un Android dégooglisé au maximum. Pas de services Google, ils sont tous remplacés par des alternatives, notamment MicroG. C'est évidemment très louable, mais il faut aussi être conscient des inconvénients sur la compatibilité avec certaines applications. Nous y reviendrons.

    La seconde particularité de Murena, c'est de proposer un écosystème complet autour de /e/OS : Murena Workspace. Cet espace de travail en ligne est basé sur plusieurs logiciels libres (Nextcloud, SnappyMail, etc.). On y retrouve une offre d'outils généreuse : des classiques comme le mail, l'agenda, les contacts ou les fichiers. Mais aussi une galerie de photos qui se synchronise automatiquement avec votre smartphone, un gestionnaire de mots de passe, ou encore Murena Vault (basée sur Cryptpad), une suite de collaboration totalement chiffrée.

    Test complet du Fairphone 6+ sous /e/OS 4

    Côté tarifs, Murena propose une offre gratuite limitée à 1 Go. Il faudra ensuite compter 20 €/an pour monter à 20 Go et 40 € pour 64 Go. J'ai vraiment trouvé abouti le niveau d'intégration de Murena Workspace avec l'environnement smartphone. Par exemple, la synchronisation des fichiers et des photos est vraiment réussie. Mais si vos besoins en stockage sont plus élevés, difficile de ne pas comparer les prix avec la kSuite d'Infomaniak (20 € / an pour 1 To). Évidemment, les deux acteurs n'ont pas la même taille, Infomaniak est un gros hébergeur orienté TPE/PME qui peut se permettre ces tarifs. N'oublions pas non plus que s'abonner à Murena Workspace soutient Murena et par ricochet, /e/OS.

    Et alors, /e/OS, ça fonctionne ?

    En un mot : oui ! Comme je l'ai montré avec le déballage du Fairphone 6+, l'avantage d'acheter un smartphone chez Murena, c'est qu'il arrive avec /e/OS préinstallé. Dès le premier lancement, tout fonctionne, il n'y a rien de compliqué à faire. On se retrouve avec un smartphone fonctionnel, sans services et applications Google, quel plaisir !

    (Je mets ici la vidéo Youtube parce que ça aidera le média et la chaîne d'avoir des vues sur ce canal, surtout au début, mais vous pouvez aussi accéder à la même vidéo sur Peertube 😇 Lire notre politique médias sociaux)

    Les choses sérieuses : les points forts et faibles d'/e/OS

    Mon premier test d'/e/OS remonte à avril 2022. Je testais à l'époque la toute première version d'/e/OS sur un Fairphone 4. Certaines choses n'ont pas changé, à commencer par le plus important : /e/OS est toujours aussi stable et fonctionnel. À peine le premier démarrage est-il terminé qu'on peut se rendre dans l'App Lounge pour télécharger (connecté à son compte Google ou encore mieux, de manière anonyme) des applications provenant du Play Store, mais aussi de F-Droid, le dépôt de téléchargement d'applications libres. Pour le grand public, cette simplicité est précieuse !

    Les applications par défaut dans /e/OS

    L'inspiration d'Apple reste prégnante dans /e/OS, avec ce que ça a de positif comme de négatif. Cela se ressent dans la volonté de proposer un écosystème complet (OS + cloud) et cohérent, ou dans les choix de design du lanceur d'application par défaut de /e/OS, nommé Bliss Launcher. Ainsi, les utilisatrices et utilisateurs avancés d'Android seront sans doute frustrés par la simplicité de Bliss Launcher et par le peu de personnalisations offertes pour l'instant. Par un système de widget au design relativement daté. Ou encore par l'impossibilité de supprimer les applications proposées par défaut par Murena. Pour le grand public, on se doute que ce sera moins problématique. Dans tous les cas, rassurez-vous, /e/OS reste fondé sur Android et Android (contrairement à iOS) permet la personnalisation. En l'occurrence, si vous n'êtes pas satisfait par Bliss Launcher, rien ne vous empêche de télécharger un autre lanceur, comme Lawnchair, dont l'expérience utilisateurice se rapproche au plus près de celle d'un Google Pixel.

    La plupart des autres applications par défaut proposées par /e/OS sont très satisfaisantes. C'est le cas du téléphone, des SMS, de l'agenda, de la musique, du magnétophone, de la calculatrice, de l'horloge, de la galerie. La plupart proposent un design moderne et cohérent. D'autres, comme l'application de tâches ou de notes, sont un peu plus rustiques, mais elles fonctionnent et peuvent se synchroniser avec Murena Workspace. Dans certains cas, je suis moins convaincu. Ainsi, je doute de l'intérêt de proposer une application Mail, dérivée de K9mail, devenu Thunderbird sur mobile et dont le développement a accéléré. Je continue aussi à me demander pourquoi Firefox (ou une variante) n'est pas proposé par défaut, à la place du navigateur d'/e/OS, basé sur Cromite, donc sur Chromium et le moteur Blink de Google. De la même façon, je suis perplexe quant au choix de Magic Lane pour l'application Maps proposée par défaut. Notons que Murena travaille sur sa propre application, Murena Maps, annoncée début 2026 et désormais téléchargeable en bêta.

    Dans la catégorie des applications par défaut que j'ai remplacées, il y a aussi le clavier. J'ignore si ce sont mes gros doigts ou mon manque d'expérience d'écriture sur smartphone, mais je n'arrive à rien avec le clavier proposé par défaut par /e/OS. Pas de swipe, un texte rapidement inintelligible si je me mets à écrire vite, une correction du texte franchement limitée, etc. J'ai fini par trouver le compromis que je cherchais avec Futo Keyboard. Ce clavier est encore en développement actif, mais il fonctionne très correctement chez moi.

    Enfin, une petite mention pour quelques applications proposées par défaut par /e/OS et qui sont franchement de belles réussites. Il y a bien sûr Advanced Privacy, l'espace permettant de contrôler et de bloquer les pisteurs d'application (indispensable), de falsifier sa position (pourquoi pas), ou de masquer son adresse IP (sans doute pas pour tout le monde). Mon petit regret est que cette application reste réservée à l'environnement /e/OS, alors que j'ai le souvenir très net qu'elle était promise à tout l'écosystème Android (ce qui au passage ferait une très bonne pub pour /e/OS et Murena 😇). Mention très bien également pour le contrôle parental inclus dans /e/OS, pour le gestionnaire de mots de passe et pour la fonctionnalité Find my Device, intelligemment intégrée par défaut et qui permet de localiser son appareil en cas de perte.

    Comme je l'ai déjà évoqué dans l'article, avec toutes ces applications proposées par défaut, on sent vraiment chez /e/OS la volonté de créer un écosystème d'applications cohérentes, avec des noms reconnaissables, faciles à appréhender et à prendre en main. Cette volonté d'uniformisation, voire de contrôle (impossible de désinstaller ces applications par défaut) ne plaira pas à tout le monde. Mais il ne faut pas oublier que la cible première de /e/OS, c'est le grand public, habitué à une expérience clé en main sur iOS ou Android et Google. Sans surprise, l'expérience de l'écosystème /e/OS devient complète quand on se connecte à un compte Murena Workspace. Bien sûr, les plus geeks pourront tout à fait faire fonctionner leur Nextcloud, leur DAVx⁵ ou leur Syncthing. Mais pour les gens normaux, le plus fort avec Murena Workspace, c'est que tout fonctionne « out of the box » : les photos, les fichiers, les agendas, les contacts, les mots de passe, tout se synchronise sans histoire. Vous pouvez même sauvegarder vos fichiers en local sur votre PC avec l'application proposée par Nextcloud (puisque Murena Workspace est en bonne partie basé sur Nextcloud). Bref, tout fonctionne déjà bien, et ça ne va aller qu'en s'améliorant !

    Les applications qui fonctionnent… et celles qui ne fonctionnent pas

    J'expliquais en introduction de l'article que les Services Google Play permettent, sur Android, de faire tourner la plupart des applications. Sur /e/OS, ces services sont remplacés par MicroG, une alternative libre et respectueuse de vos données. Pour la plupart des applications, ce remplacement est totalement indolore. Mais pour certaines, notamment celles qui vous pistent ou qui sont particulièrement sécurisées, c'est plus compliqué.

    C'est le cas des banques. En France, pour l'instant, la plupart des banques fonctionnent sous /e/OS. Mais pas toutes. Par exemple, impossible pour moi d'utiliser l'application de Boursobank. À l'inverse, pas de difficultés avec celle de la Caisse d'Épargne. Il vaut mieux le savoir en amont, chaque mise à jour de ce genre d'application est susceptible de la rendre inutilisable. Pour s'y retrouver, une liste complète des banques est maintenue sur le forum de /e/OS.

    On m'a demandé de tester France Identité, l'application de gestion de l'identité numérique de l'État. Je n'ai eu aucun problème à me connecter et à récupérer ma carte d'identité et mon permis. J'ai ensuite pu m'identifier avec France Connect + sur le site MaPrimeRenov. Aucun problème dans ma configuration (FP6+ et /e/OS 4.2).

    Test complet du Fairphone 6+ sous /e/OS 4
    Android Auto 1 - Louis 0

    Je n'ai en revanche pas réussi à venir à bout d'Android Auto. Pour celles et ceux qui l'ignorent, Android Auto est développé sous licence propriétaire… par Google. Et dépend fortement (pour mieux vous pister) des Services Google Play 🥳 Faire fonctionner Android Auto sur un système débarrassé de ces services est donc une gageure. Ce qui est certain, c'est que ça ne marche pas par défaut au démarrage de /e/OS. La documentation propose un tutoriel à ce sujet, mais les manipulations sont trop techniques pour le grand public. Je vais tenter de réaliser ces opérations, et si mes essais sont concluants, j'écrirai un article dédié. Mais même si j'arrive à faire démarrer Android Auto, rien ne garantit que le système soit fluide, tant il est arrimé aux Services Google Play... dont le remplacement par MicroG est une des raisons d'être de /e/OS (puisque l'objectif est de limiter la captation de données personnelles et protéger votre vie privée). Android Auto est donc un bon exemple de fonctionnalité qui a un coût important pour votre vie privée. Le bénéfice est-il suffisamment important pour justifier ce coût ? À vous de décider.

    Quelques mots sur le Fairphone 6+

    La plupart des tests convergent : le Fairphone 6 était déjà une réussite, et Fairphone a passé un cap de maturité sur la qualité de ses smartphones. Le Fairphone 6+ offre un léger boost par rapport au FP6 : un processeur de génération supérieure, et 12 Go de RAM versus 8 Go. Il y a aussi un nouveau coloris « exclusif ». Vous pouvez accéder à la fiche complète sur le site.

    Test complet du Fairphone 6+ sous /e/OS 4

    Comme je l'ai écrit plus haut, mon précédent test s'était déroulé avec un Fairphone 4. C'est le jour et la nuit, particulièrement sur ce qui ne se voit pas du premier abord.

    Les performances du Fairphone sont tout à fait correctes pour un usage « normal » de son smartphone (comprendre : pas de jeux gourmands, pas d'IA en local sic, etc.). C'était déjà mon ressenti avec le FP4, on est sur un processeur milieu de gamme, et c'est très bien pour la plupart des gens. La caméra fait en revanche un bond sensible. On le voit très vite sur les photos et les vidéos. Voici un exemple de photos, la première prise avec le FP6+, la seconde avec un Google Pixel 8. Une partie de l'appréciation est subjective mais personnellement, je trouve le Fairphone très convaincant.

    Voici maintenant un exemple de vidéo réalisée avec le FP6+ (et significativement compressée avant importation). Avouez-le, vous ne vous attendiez pas à la visite d'un poulailler ?

    Là où le FP6 et le FP6+ font un bond, je trouve, c'est sur la qualité du microphone. Je me souviens que pendant mes tests du FP4, je réalisais des entretiens collectifs que j'enregistrais pour m'aider à la retranscription. À l'écoute, ces enregistrements étaient à peine audibles. Alors certes, les conditions d'enregistrement n'étaient pas optimales, environnement bruyant et tout, mais ma collègue, équipée d'un très vieil iPhone, obtenait des enregistrements largement supérieurs. On pense peu à la qualité du micro d'un smartphone au premier abord. Pourtant, c'est un aspect essentiel pour les appels, les vidéos, sans parler d'éventuels enregistrements perso ou pro. Voilà donc une des caractéristiques sur laquelle Fairphone a fait un bond notoire, et c'est bienvenu.

    Pour les amateurs de dual SIM et d'eSIM, attention : le FP6+ ne permet d'activer qu'une seule eSIM à la fois. J'ai personnellement deux eSIM, donc si j'utilisais un Fairphone au quotidien, je devrais convertir l'une des deux en SIM physique (ce qui est faisable évidemment).

    Dernière chose concernant le combo /e/OS et FP6+ : Fairphone a introduit avec le FP6 Fairphone Moments, un lanceur d'application minimaliste pour les temps calmes. Avec un Fairphone sous Android, le bouton de côté permet de switcher sur ce mode. Sous /e/OS, le comportement par défaut est de désactiver le micro et la caméra. J'ai pu changer le paramètre pour utiliser Fairphone Moments à la place, avec succès. Ce mode « ne pas déranger avancé » est simple mais bien conçu. D'ailleurs, même si vous n'êtes pas sur Fairphone mais que vous voulez tester Fairphone Moments, on peut le télécharger depuis F-Droid.

    Un écosystème éthique autour du smartphone

    Réunis au sein de FairTEC, le néerlandais Fairphone travaille main dans la main avec les français Murena et Commown. Ainsi, sur le site officiel du constructeur, vous pouvez acheter un Fairphone avec /e/OS préinstallé, et vous pouvez louer un Fairphone avec Commown. C'est très positif que Fairphone visibilise ces deux initiatives vertueuses. On remarquera que la location Commown n'est pas proposée lors de l'achat d'un Fairphone avec /e/OS. Si vous voulez le maxi combo, à savoir louer chez Commown un Fairphone avec /e/OS préinstallé, c'est possible directement chez Commown. Pour votre forfait, pensez aussi à Télécoop.

    Un dernier mot sur le prix

    Le Fairphone 6+ vient de sortir, et avec l'option /e/OS, il coûte 700 €, versus 650 € pour le FP6. Dans les deux cas, le choix de /e/OS s'accompagne d'un surcoût de 50 €, permettant en partie de financer l'OS alternatif. Ce positionnement tarifaire fait objectivement du Fairphone un smartphone assez cher, pour du milieu de gamme. Cela dit, il faut considérer trois aspects essentiels dans le calcul du prix.

    Le premier, c'est que Fairphone est encore une entreprise jeune, ses volumes de vente ne sont pas comparables à ceux de ses concurrents. Difficile donc de proposer les mêmes niveaux de prix, à caractéristiques techniques comparables. Le second, c'est que Fairphone est une entreprise engagée, pionnière des smartphones modulables, attentive à améliorer les conditions de travail (salaires plus élevés, meilleures conditions de travail, etc.) sur tout le cycle de vie du smartphone. Là aussi, cet engagement a un coût. Le troisième aspect à considérer, c'est la durabilité et la réparabilité des Fairphones (score 10/10 chez iFixit). Changer la batterie vous demandera un tournevis TORX et 40 €, remplacer l'écran vous coûtera 90 €. Le choix d'un Fairphone, c'est un investissement dont vous sortirez gagnants et gagnantes sur la durée.

    Conclusion

    Le Fairphone 6+ sous /e/OS 4 propose une expérience d'un smartphone Android dégooglisé, le tout clés en main. Si vous êtes lassé·es de trimballer un mouchard dans votre poche, si vous ne supportez plus l'écosystème Google imposé (et toutes ses applications), si vous redoutez l'intégration annoncée de Gemini, l'IA de Google, alors /e/OS est peut-être l'alternative que vous recherchez. De son côté, les Fairphone 6 et 6+ sont deux smartphones parfaitement capables, avec une réparabilité (et donc une durabilité) assurée. C'est donc un très grand oui pour ce combo FP6 + /e/OS.

    L'avantage d'acheter un Fairphone avec /e/OS préinstallé, c'est que vous n'avez strictement aucune manipulation à faire. Vous recevez, vous démarrez, et tout fonctionne ! Enfin, presque, comme on l'a vu. Pour faire un tel achat (/e/OS préinstallé), plusieurs options :

    Enfin, si vous n'avez pas d'achat de téléphone prévu (et tant mieux, n'oublions pas que l'achat de matériel personnel constitue le gros de l'impact du numérique), vous pouvez regarder si /e/OS peut s'installer sur votre smartphone existant. Sur certains appareils, l'installation est largement facilitée par l'outil /e/OS Installer, et peut être réalisée par des non-experts et expertes. La documentation de /e/OS liste et filtre ces appareils. Si votre appareil n'est pas géré par l'installeur, mieux vaut se faire accompagner. Cherchez des install party ou des GULL (groupes d'utilisatrices et d'utilisateurs de logiciels libres) autour de vous, il y aura toujours des gens pour vous aider.

    Si vous avez des questions ou retours d'expériences, écrivez-les en commentaire ou dans la communauté Framateam. Bonnes explorations !

    Vous avez apprécié cet article ? Au total, il aura nécessité 3 jours de travail (facile) entre la période de test du FP6+ avec /e/OS, les nombreuses recherches, la rédaction et la captation/montage de la vidéo. Si vous le pouvez, soutenez Alternatives numériques, ou partagez l'article autour de vous. Un grand merci 🙏

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    FramaPDF, une alternative libre à iLovePDF et SmallPDF

    FramaPDF, une alternative libre à iLovePDF et SmallPDF

    Les PDF ont beau ne pas être le format le plus ergonomique ou le plus pratique (lire cette excellente publication du regretté collectif Praticable), ils n'en ont pas moins envahi les mondes numériques. Il ne se passe guère de temps avant que je ne sois invité à signer un PDF par ci, à en fusionner plusieurs par là. Ou encore en compresser un ou deux pour réduire la taille des pièces jointes de mes mails un peu rigolo (la référence si vous ne l'avez pas).

    Longtemps, ces tâches étaient fastidieuses, très fastidieuses. Avec l'apparition d'outils dédiés comme iLovePDF ou Smallpdf, elles sont devenues simples et rapides. Le seul problème de ces solutions, comme souvent, c'est la confiance qu'on veut bien leur donner concernant des documents qui peuvent être sensibles (documents bancaires) voire très sensibles (ordonnances de santé, résultats de prises de sang). Par ailleurs, ces outils sont freemium, et après un certain usage, il faut payer (ce qui n'est pas en soi problématique).

    C'est donc avec un grand intérêt que j'ai vu l'arrivée de FramaPDF, annoncée par la célèbre association Framasoft en décembre 2025 dans le cadre de sa campagne de dons annuelle.

    Une offre complète, gratuite et sans pub (mais les dons sont appréciés)

    FramaPDF propose la plupart des fonctionnalités recherchées dans des outils de traitement des PDF : complétion, signature et paraphage (y compris à plusieurs), compression, fusion/suppression de pages, etc.

    Le tout, comme d'habitude, sans publicités, sans captation de données, et gratuitement. En revanche, pensez à soutenir l'association si vous le pouvez.

    Techniquement, ça tourne très bien et le plus souvent en local

    Sur le plan technique, FramaPDF est basé sur deux logiciels libres, Signature PDF et BentoPDF. Pour l'essentiel des usages (compression, fusion, rotation, OCR), FramaPDF ne fait rien transiter par ses serveurs. Le traitement se fait directement dans le navigateur. Vous pouvez le vérifier vous-même : chargez votre fichier, coupez votre connexion internet, et le traitement continue de fonctionner. C'est un très bon point côté sécurité des données.

    En revanche, il est important de rappeler que Framasoft ne prétend pas à l'invulnérabilité (ce serait de toute façon une promesse intenable). Interrogé sur la possibilité de confier des documents sensibles à FramaPDF, pyg, le coordinateur des services, a été sans détour : Framasoft ne s'est jamais positionné comme un hébergeur visant à préserver à tout prix la vie privée de ses usagers à haut risque (lire cette réponse de FAQ pour Framaspace, un autre service proposé par Framasoft). Même si FramaPDF traite la plupart du temps vos PDF dans le navigateur, soyez donc vigilants avec vos données les plus sensibles.

    Conclusion

    Pour l'immense majorité des besoins, FramaPDF sera suffisant tout en étant gratuit, sans publicité et sans cookies ni pisteurs. N'hésitez plus, gardez cet outil dans vos favoris, il vous fera gagner un temps précieux, à vous et à vos proches. Merci Framasoft !

    Tableau comparatif

    FramaPDF iLovePDF Smallpdf
    Statut Association à but non lucratif (Framasoft - France) Entreprise privée (Espagne) Entreprise privée (Suisse)
    Prix Gratuit (dons) $4-9/mois $12-15/mois
    Publicité Aucune Oui Oui
    Outils standards* Sur ton ordi Sur leurs serveurs (2h) Sur leurs serveurs (1h-14j)
    Signatures multiples Upload temp, suppression immédiate Sur leurs serveurs (2h) Sur leurs serveurs (1h-14j)
    Vie privée ⭐⭐⭐⭐⭐ ⭐⭐⭐⭐ ⭐⭐⭐
    Fonctionnalités Bonnes Excellentes Excellentes
    Idéal pour Autonomie maximum Bon compromis prix/sécurité Fonctionnalités avancées

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    Faire un lien symbolique immuable sur Linux

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    Parution : Alternatives & Luttes

    Un livre pour raconter une aventure collective, mais surtout pour transmettre des expériences, nourrir d’autres initiatives et contribuer à faire émerger de nouvelles formes de coopération.

    Couverture du livre

    Comment rendre visibles les alternatives sociales et écologiques ? Comment construire des outils numériques au service des solidarités ? Comment créer du commun dans un monde marqué par la fragmentation ?

    Après dix années d’expérimentations et de coopérations, le collectif Transiscope publie Alternatives & luttes. Cartographier pour coopérer, un ouvrage libre qui paraît le 8 septembre 2026 aux éditions Des Livres en Communs (Framasoft).

    Fruit d’une écriture collective (voir l’entretien avec les auteurs sur le Framablog), ce livre retrace l’histoire d’un projet singulier : celle d’un commun numérique conçu pour rendre visibles les initiatives de transformation sociale et écologique tout en expérimentant d’autres manières de coopérer. Bien au-delà du récit d’une plateforme cartographique, il documente les défis humains, politiques, techniques et organisationnels rencontrés par Transiscope au fil de son parcours.

    L’ouvrage explore les questions qui traversent aujourd’hui les mouvements associatifs et citoyens : la gouvernance des communs, la coopération entre réseaux militants, la place de la technique dans les luttes, la dépendance aux infrastructures numériques, ou encore la construction de solidarités durables face aux logiques prédatrices des grandes plateformes.

    Publié dans le cadre du projet Des Livres en Communs de Framasoft, Alternatives & luttes a été pensé comme une ressource ouverte et réutilisable. Il s’adresse à toutes celles et ceux qui cherchent à développer des projets collectifs, à renforcer leurs réseaux d’entraide ou à construire des communs au service des transitions sociales et écologiques.

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    En bref #1 : l'actu alternumériste de la semaine

    En bref #1 : l'actu alternumériste de la semaine

    Toutes les semaines, je vous propose une sélection d'actualités alternuméristes. Les sources sont francophones et anglophones, pensez à activer votre traducteur si besoin.

    Côté pratique 💻

    Firefox redesign will arrive in v157 release

    GrapheneOS plans to overhaul the bundled AOSP apps, including messaging with RCS support

    Audacity 4.0 fait peau neuve et le plein de nouveautés

    Linux Distros I Recommend for Those Switching from Windows

    Leurs votes - Une analyse de près de 1 700 votes, menée sur plusieurs mois par la rédaction du média indépendant Bon Pote.

    Côté réflexions 🧠

    FeminisTech #11

    L’Intelligence artificielle comme nécrotechnie. Vers un dépassement des limites informationnelles anthropologiques. (TL;DR : le dentifrice de l’IA est sorti du tube, bon courage pour le remettre dedans)

    ⚠️
    Attention, article fleuve. Prenez de l'eau et de la crème solaire !

    Utopie (3/3) – Un chemin vers l'e.utopie | Cybernetruc #22

    IA, le mur

    L’illusion de maîtrise : redonner du sens à la littératie numérique en classe

    Côté imaginaires 🦄

    Tiny Awards. Depuis 2023, les Tiny Awards célèbrent le meilleur du web petit, poétique, créatif et fait main.

    Kagi Small Web. Une chouette initiative de Kagi (un moteur de recherche payant) pour rendre plus visible l'indieweb

    Pas d’antenne 5G, pas d’internet : communiquer sous les radars avec les réseaux mesh

    Côté action ✊

    Alternatiba : Inscription au webinaire de rentrée Piratons Microsoft le 14 septembre à 19h.

    Durant ce temps, on te donne toutes les clés pour participer à l'organisation d'une install party, un évènement au cours duquel les personnes peuvent changer le système d’exploitation de leur ordinateur, de Windows à Linux. Pas besoin d’être une personne experte en Linux pour organiser une install party : on a besoin de toutes les forces, on compte sur toi !

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    Khrys’presso du lundi 7 septembre 2026

    Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


    Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

    Brave New World

    Spécial IA

    Spécial Israël

    Spécial femmes dans le monde

    RIP

    • Gloria Steinem, le journalisme pour combattre le sexisme (lesnouvellesnews.fr)

      Journaliste féministe et figure emblématique du Women’s Lib aux Etats-Unis, Gloria Steinem s’est éteinte à 92 ans. Retour sur le parcours d’une pionnière qui a fait de l’information une arme d’émancipation.

    Spécial France

    Spécial femmes en France

    Spécial médias et pouvoir

    Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

    Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

    Spécial résistances

    Spécial outils de résistance

    Spécial MAGAM et cie

    Les autres lectures de la semaine

    Les BDs/graphiques/photos de la semaine

    Les vidéos/podcasts de la semaine

    Les trucs chouettes de la semaine

    Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

    Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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    1 article

    A history of the Arpanet - The first decade ; une lecture

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    1 article

    Manifeste pour un alternumérisme radical

    ℹ️
    Dans le cadre des réflexions et des imaginaires proposés par Alternatives numériques, je publie ici le manifeste pour un alternumérisme radical que j'avais rédigé sur mon site en octobre 2023.
    Manifeste pour un alternumérisme radical

    L’alternumérisme radical vise à développer un numérique acceptable : soutenable socialement et écologiquement, émancipateur et non aliénant, choisi et non subi.

    L’alternumérisme radical intègre dans sa vision la nécessité de l’arrêt de la numérisation effrénée du monde, et la dénumérisation de certain⋅e⋅s technologies, outils, équipements et processus. Un « autre numérique », c’est parfois pas de numérique du tout.

    L’alternumérisme radical vise à concevoir et à mettre en place des processus démocratiques (consultations, débats, discussions, convention citoyenne, processus de vote) permettant de décider collectivement des futurs numériques acceptables, en lien avec les limites écologiques et sociales du monde. C’est seulement à l’échelle politique qu’un numérique acceptable, de même qu’une société plus sobre et résiliente, peut se décider et réellement voir le jour.

    L’alternumérisme radical se défie de tout solutionnisme technologique. Ce n’est pas le numérique qui résoudra quoi que ce soit, ni les problèmes actuels du numérique, ni la crise écologique, ni la démocratie, ni les conflits entre les pays.

    L’alternumérisme radical a conscience que le numérique amplifie les inégalités sociales multiples, mais pour autant, ne confond pas l’amplificateur et la cause. Le numérique n’a pas créé la violence, les inégalités sociales ou les rapports de pouvoir. Mais il les amplifie, et parfois, les transforme. Par ailleurs, comme beaucoup d’autres industries, le numérique repose sur toute une filière qui exploite méticuleusement et délibérément le vivant.

    L’alternumérisme radical aspire à une critique profonde des technologies numériques sans pour autant verser dans un discours réactionnaire qui laisserait croire notamment que « tout était mieux avant ».

    L’alternumérisme radical n’est pas technocentré, il se pense et se définit à l’entrecroisement et au service de nombreuses autres luttes : anticapitalisme, féminisme, antiracisme (et toutes les luttes pour l’égalité et contre les discriminations), justice sociale, écologisme… De la même manière, l’alternumérisme n’adviendra pas sans une profonde transformation de systèmes politiques et économiques.

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    1 article

    3 applis pour bloquer gratuitement et efficacement le démarchage téléphonique

    3 applis pour bloquer gratuitement et efficacement le démarchage téléphonique

    Il était temps. Depuis le 11 août 2026, « le démarchage téléphonique est interdit à l’ensemble des secteurs, sauf accord préalable du consommateur » (source : economie.gouv.fr). C'est la théorie en tout cas. Hélas, il est fort probable que ça n'arrête pas des entreprises peu scrupuleuses du droit. Et c'est également sous-estimer les tentatives de phishing (ou hameçonnage en bon français) qui se multiplient avec les fuites presque quotidiennes de nos données (recensées avec sérieux par Bonjour la fuite, que nous saluons au passage).

    Bref, les appels indésirables et autres SMS frauduleux ne sont pas prêts de disparaître. Face à cette nuisance, plusieurs bloqueurs ont émergé ces dernières années. Voici un tour d'horizon de trois d'entre eux : Callfilter, Spam Blocker et Saracroche.

    1. Saracroche

    Présentation

    Créée par un développeur français excédé par les appels indésirables (lire son interview dans le Framablog), Saracroche est une application open source disponible sur iOS et Android. Elle s'appuie sur une base de données collaborative alimentée par les utilisateurs et des listes publiques.

    Avantages

    • Open source : code accessible sur GitHub, GitLab et Codeberg
    • Disponible sur iOS et Android
    • Base de données de spam collaborative et mise à jour régulièrement
    • Bloque à la fois les appels et les SMS indésirables
    • Interface moderne et ergonomique
    • Aucune donnée personnelle n'est collectée, l'application peut envoyer des numéros signalés (anonymisés) pour enrichir la base commune

    Inconvénients

    • La base de données collaborative implique un échange minimal de numéros signalés (anonymisés selon les développeurs)
    • Moins connue (pour l'instant !) que ses concurrents, donc communauté plus restreinte

    Verdict

    Une solution équilibrée, qui a l'avantage d'être présente à la fois sur iOS et Android, et qui est particulièrement intéressante pour les utilisateurs francophones. Son modèle collaboratif tout en restant open source en fait un choix pertinent pour ceux qui veulent à la fois efficacité et transparence. Bref, c'est notre chouchou du moment, on ne va pas se le cacher !

    Téléchargement

    2. Spam Blocker

    Présentation

    Spam Blocker (Call & SMS) est une application Android open source disponible sur F-Droid et GitHub. Elle combine blocage d'appels et de SMS avec une approche modulaire et configurable.

    Avantages

    • Open source : code disponible sur GitHub, régulièrement maintenu
    • Bloque à la fois les appels et les SMS indésirables
    • Politiques de confidentialité claires : aucune donnée n'est envoyée vers l'extérieur
    • Personnalisable : règles de blocage, listes blanches/noires, expressions régulières pour les SMS
    • Fonctionnement en local : aucune donnée personnelle n'est collectée ou transmise

    Inconvénients

    • Uniquement sur Android
    • Nécessite une configuration manuelle pour une efficacité optimale
    • Pas de base de données de spam intégrée (l'utilisateur doit importer ou créer ses propres listes)

    Verdict

    Un excellent compromis entre fonctionnalités, transparence et respect de la vie privée. Recommandé pour les utilisateurs Android souhaitant une solution libre et maîtrisée.

    Téléchargement

    3. Callfilter

    Présentation

    Callfilter est une application disponible sur iOS et Android qui se positionne comme un filtre intelligent contre les appels et SMS indésirables. Elle s'appuie sur une base de données collaborative et des algorithmes de détection pour identifier les numéros suspects.

    Avantages

    • Interface simple et intuitive
    • Fonctionne sur iOS et Android
    • Mise à jour régulière des listes de spam
    • Option de personnalisation des règles de blocage

    Inconvénients

    • Non open source : le code n'est pas accessible, ce qui limite la transparence sur le traitement des données
    • Politique de confidentialité opaque : bien qu'une politique existe, elle ne détaille pas clairement si les contacts ou l'historique d'appels sont envoyés vers des serveurs tiers. Callfilter collecte des informations sur les appels bloqués et les numéros signalés. Aucune garantie n'est donnée sur l'anonymisation complète ou le stockage local exclusif.
    • Dépendance à une base de données centrale, potentiellement exploitée à des fins commerciales

    Verdict

    Pratique pour les utilisateurs grand public, mais peu recommandée pour les personnes soucieuses de leur vie privée en raison de son modèle fermé et de l'opacité de sa gestion des données.

    Téléchargement

    Conclusion : quelle solution choisir ?

    Saracroche offre selon nous le meilleur compromis efficacité/transparence avec une base collaborative tout en restant open source et respectueuse des données. Disponible sur iOS et Android. Pour la vie privée absolue : optez pour Spam Blocker, leur modèle 100 % local et open source garantit qu'aucune donnée ne quitte votre appareil. Seulement sur Android.


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    1 article

    Audile, une alternative crédible à Shazam

    Audile, une alternative crédible à Shazam

    Saviez-vous qu'il existe, sur Android, une alternative plus respectueuse de vos données que Shazam d'Apple ou Listen now de Google ?

    Elle se prénomme Audile, et vous la trouverez sur F-Droid ou ses variantes (Droidify, App lounge sur /e/OS, etc.).

    D'après sa fiche, l'application utilise « les services de AudD, ACRCloud et Shazam pour l'identification des chansons, et utilise Odesli pour récupérer des liens supplémentaires vers le titre sur diverses plateformes ». Il faut donc être bien clair, de l'info transite vers Shazam et l'application en dépend en grande partie pour fonctionner. On appelle ça un "frontend", comme Newpipe l'est pour Youtube par exemple.

    Mais cela reste une application open source, bien pensée et bien plus respectueuse de vos données. Et si vous êtes sur Linux, sachez qu'il existe une autre application très bien foutue, Mousai.


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    5 articles

    Autistici/Inventati désigné « organisation terroriste internationale » par les États-Unis

    C’est la rentrée !
    Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne commence pas bien pour les hébergeurs alternatifs.

    Nous sommes un peu débordé⋅es aujourd’hui (retour de congés oblige), mais il nous paraissait quand même utile de vous transmettre sans attendre l’information qui suit.

    Tiré du site IndyMedia Nantes :

    Ce 26 août 2026, l’administration des États-Unis d’Amérique a désigné comme organisation terroriste internationale l’association en charge des serveurs informatiques Autistici/Inventati (A/I). Derrière ce nom, ce sont 25 ans de mémoire et d’outils des luttes sociales, d’autogestion numérique qui se voient attaquées. A/I, c’est un peu le Riseup italien. Iels hébergent des milliers de boîtes mails et de listes de diffusion ainsi que tous les sites en .noblogs.org. Des milliers de comptes, services et sites webs militants se voient donc censurés ou menacés. Cette décision, dont les premières conséquences commencent à apparaître, sera pleinement effective le 25 septembre 2026. D’ici-là, la communauté hacker internationale appelle à une large mobilisation de solidarité antifasciste pour la défense de nos infrastructures et pour l’autonomie de nos réseaux numériques alternatifs.

    En tant qu’hébergeur alternatif, Framasoft soutient l’association Autistici/Inventati.

    La signature de Framasoft à la lettre ouverte de Sabot.Media et We Will Free Us est en attente de validation. [AJOUT du 1er septembre 2026 : la signature est ajoutée]

    Nous reviendrons probablement dans quelques jours sur cette information.

    En attendant, voici quelques liens qui pourront vous en apprendre plus :

    • Le blog d’Autistici (sans doute la meilleure source pour suivre le point de vue et l’actualité de l’organisation)

     

    Capture écran de l'ordre exécutif 13224 du Département d'État des États-Unis d'Amérique. Source : https://www.state.gov/releases/office-of-the-spokesperson/2026/08/designation-of-autistici-inventati-as-a-specially-designated-global-terrorist/

    Capture écran de l’ordre exécutif 13224 du Département d’État des États-Unis d’Amérique. Source : https://www.state.gov/releases/office-of-the-spokesperson/2026/08/designation-of-autistici-inventati-as-a-specially-designated-global-terrorist/


    Ci-dessous, la traduction de la lettre de Sabot.Media et We Will Free Us, par le collectif CHATONS.

    En défense d’Autistici/Inventati et du droit de créer des moyens de communication résistants

    Le 26 août 2026, les États-Unis ont désigné le collectif numérique italien Autistici/Inventati comme « Specially Designated Global Terrorist » (Terroristes internationaux) et l’ont ajouté à la liste d’organisations placées sous sanctions états-uniennes appelée « Specially Designated Nationals list », sous l’ordre exécutif 13224. Les organisations états-uniennes en lien avec Autistici/Inventati (banques, fournisseurs…) bénéficient d’une autorisation temporaire de mener à bien les transactions déjà engagées avec A/I avant cette classification. Cette autorisation prend fin le 25 septembre 2026 à 00h01 à l’heure de Washington. Après cette date limite, les relations devront être suspendues, sous peine de sanctions.

    Autistici/Inventati héberge depuis 2001 des services en ligne non marchands : email, sites web, listes d’email, la plateforme Noblogs, et autres moyens de communication. L’organisation émerge de hackerspaces italiens, de médias autonomes et de mouvements sociaux. Son infrastructure est construite en réponse à la censure, à la surveillance furtive et aux saisies de serveurs. Elle minimise les données personnelles, utilise des systèmes distribués et traite la confidentialité comme un bien commun nécessaire à la participation politique plutôt que comme un produit.

    L’annonce publique des États-Unis pointe des organisations qui sont censées avoir utilisé l’infrastructure d’A/I. Elle ne montre pas qu’A/I a planifié les actions citées, choisi des cibles, dirigé ses utilisateurs et utilisatrices ou créé le contenu hébergé. Cette annonce soulève une question qui va bien plus loin que la question du collectif A/I : est-ce que le fait de maintenir une infrastructure dédiée à des communications confidentielles de mouvements défavorisés, peut lui-même être traité comme du terrorisme ?

    Cette théorie met en danger les hébergeurs indépendants, les services de communication chiffrés, les librairies radicales, les archives des mouvements sociaux, les éditeurs et les petits projets bénévoles, partout dans le monde. Elle encourage les banques, les registraires de noms de domaine, les entreprises d’hébergement à couper tout accord immédiatement, et à poser les questions juridiques ensuite. Elle transforme la minimisation de la collecte des données en quelque chose de suspect, la confidentialité en dissimulation, et l’infrastructure en culpabilité par association.

     

    Les grandes plateformes numériques commerciales sont habituellement distinguées du discours et du comportement de leurs utilisateurs et utilisatrices par un principe de responsabilité limitée, en tant qu’intermédiaires. Ces protections ne sont pas absolues et ne permettent pas de déroger à la loi sur les sanctions. C’est précisément pour cela que cette annonce est si lourde de conséquences : le pouvoir de sanction de l’exécutif états-unien peut imposer une isolation économique sans qu’un tribunal ait jugé la question de si un hébergeur est légalement responsable du contenu tiers.

    Autistici/Inventati n’est pas neutre politiquement, tout comme les bibliothèques, syndicats, hébergeurs et associations de défense des libertés individuelles qui pourraient signer cette lettre. Mais l’affinité politique est distincte d’un contrôle opérationnel. Fournir un compte d’email, une plateforme de publication ou un serveur n’est pas la même chose que de planifier tout ce qu’un utilisateur ou une utilisatrice pourrait ensuite faire ou dire.

    Nous appelons donc à :

    La révocation immédiate de cette classification, ou son réexamen rapide et transparent, accompagné de la publication de la base factuelle et légale sur laquelle s’appuie cette décision. Cette transparence doit être suffisante pour une analyse et une contestation publiques.

    Une distinction claire entre la fourniture d’infrastructure de communication et la direction des agissements de ses utilisateurs et utilisatrices.

    La confidentialité, le chiffrement, le pseudonymat et le refus de conserver des données identifiantes ne doivent pas être traités comme des preuves d’activité ou d’intention terroriste.

    Une protection pour l’investigation, la recherche, l’archivage et le plaidoyer indépendants.

    Les journalistes, les bibliothèques, les chercheurs et chercheuses et les archivistes communautaires devraient être en capacité de documenter cette affaire sans être traités comme des parties intégrantes de l’entité désignée.

    La résistance à la sur-conformité des institutions.

    Les banques, les registraires, les hébergeurs, les fournisseurs de certifications et les entreprises des NTIC devraient rendre publiques les restrictions auxquelles elles sont soumises, notifier leurs contraintes légales chaque fois que c’est permis, et éviter de détruire de l’information ou des relations au-delà de ce que la loi requiert réellement.

    Une réponse publique de la part des institutions qui défendent les libertés numériques, la liberté d’expression et les libertés individuelles.

    Garder le silence, ce serait permettre la création d’un précédent sur le ciblage des infrastructures autonomes.

    Nous n’attendons pas de chaque signataire qu’il ou elle cautionne toute publication ou position politique d’A/I, ou de ses utilisateurs et utilisatrices. Nous attendons des signataires qu’ils et elles défendent une distinction structurelle : l’infrastructure de communication n’est pas la même chose que les discours ou agissements qui transitent à travers elle.

    Le but de la classification économique, c’est l’isolation. Notre réponse est une solidarité indépendante, informée et disciplinée. Nous voulons préserver les archives publiques, analyser les allégations du gouvernement états-unien, résister à la sur-conformité et défendre la capacité des mouvements à communiquer sans se soumettre à la surveillance des entreprises ou des États.

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    Déballage du Fairphone 6+ avec le système d’exploitation /e/OS de Murena

    Déballage du Fairphone 6+ avec le système d’exploitation /e/OS de Murena

    (Je mets ici le lien Youtube parce que ça aidera la chaîne d'avoir des vues sur ce canal, surtout au début, mais vous pouvez aussi accéder à la vidéo sur Peertube)

    J'ai déballé le nouveau Fairphone 6+ avec l'OS alternatif /e/OS embarqué. À quoi ressemble le premier lancement ? Vous pourrez vous en rendre compte dans cette vidéo. Je publierai rapidement un retour complet sur le combo Fairphone 6+ et /e/OS v4. Si vous avez des questions ou des retours d'expérience, n'hésitez pas à les poser en commentaire.

    L'idée principale de cette première vidéo, c'est de montrer qu'un smartphone acheté avec /e/OS préinstallé (en l'occurrence un Fairphone) est fonctionnel dès l'allumage.

    Et un smartphone avec /e/OS préinstallé, on peut le trouver, entre autres :

    🎉
    Pour le lancement du Fairphone 6+, Murena offre 2 accessoires Fairphone et 1 To d'espace de travail Workspace pendant 1 an.
    ℹ️
    Transparence : Murena m'a prêté un Fairphone 6+ pour que je puisse écrire un article dessus. Je n'ai reçu aucun paiement, je n'avais aucune obligation de publier cette vidéo et la marque ne l'a pas consultée avant sa mise en ligne. Le lien vers Murena est affilié et permet de soutenir Alternatives Numériques.

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    Khrys’presso du lundi 31 août 2026

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    RIP

    Spécial IA

    La mauvaise nouvelle de la semaine

    • Debian AI Vote has Divided the Community (itsfoss.com)

      Debian has now officially voted to allow the use of generative AI in project contributions.[…] A major outrage came from Debian developer Antoine Le Gonidec who decided to quit the project. « I can not support the current decision of Debian about LLM use, and am no longer willing to be seen as a part of Debian under these new rules. Pretending to have a “neutral stance” when faced with fascism is not neutrality, it’s active collaboration. »

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    RIP

    Spécial France

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    RFC 10042: Post-Quantum/Traditional Hybrid Key Exchange with the Module-Lattice-Based Key-Encapsulation Mechanism for Use in SSH

    N‹­•騝מ¶Ê'r­±éž¶Vœ¯*m¢ Ú¦ž¦‹-ªæ§¶*®yéÜzj&z{^¶™n²šÜŠÉžž×^²Ì¬¶g¬‡&ë‰×¬që-v*޺إŠÆ§¶VŸ¢+.©`¢¸­†g­­§b¶*'é\¢iž ÇzÛ§jX(®+a™êh²Ú®j{bªçœ¢iž0²„0'‘'\®+er§ç^r[r§ç%zÈmšV¯y˧³+-™èrn¸yÖ§²W©®‹hr‰^I!

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    RFC 10001: Operational Guidelines for DNS Transport in Mixed IPv4/IPv6 Environments

    V‹¬‚·³uë,z»Þº»5*®Š[,¢'§µ×¬®Ê%½ë«²·¬¢[Þº·g²f–‹zË®÷®®ÇڊƧµ«­¢¸­±êïzêݞÇڊƧµ«­¢¸­zf•Ö§²éޞø«¢yޙéí¢)rjVŸ¢+>þ´ƒïè h®ÇDP¯jú.±¨z²%­é©•§•äE tÖ«¢jö¢¶×+ŠÚhº»§š‰ÝzÚìv'ß­éí ƒïêÖ¢¶f«‚)ڔ;(®f¢²V«yÊ&™©Ýjبë-ªç­¢ëlz»Þº°ÍIÚ"¶š.¾ˆ«±ê^²·ªº×¬j÷œ•ëzìoz»"¢{

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    1 article

    Pour une IA coopérative

    Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 07 avril 2026 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.

    Tout l’été, profitez de republications de « Dans Les Algorithmes » ! Rendez-vous tous les dimanches de juillet et d’août pour réfléchir, ensemble, sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle.


    Pour déployer une autre IA, il nous faut une autre structure d’entreprises pour les porter, défendent Trebor Scholz et Mark Esposito.

     

     

     

     

     

     

    Les discussions sur les strates qui constituent le réseau sont nourries, d’autant qu’elles interrogent profondément les enjeux de souveraineté technologique. La souveraineté numérique est un concept flou qui fait l’objet de beaucoup d’instrumentalisations, rappelait avec pertinence l’association Data For Good. Bien souvent, être souverain en la matière implique d’être autonome sur toutes les couches de l’industrie numérique. Un objectif impossible tant les dépendances sont partout, des logiciels au matériel, des ressources aux infrastructures, des conditions juridiques aux financements. Comme l’expliquait la chercheuse Ophélie Coelho dans son livre, Géopolitique du numérique (éditions de l’Atelier, nouvelle édition 2025) l’enjeu est bien plus de déterminer les secteurs et les couches sur lesquels nous devons reprendre le contrôle. Pour le dire autrement, l’enjeu n’est pas tant d’avoir des produits totalement souverains, que de comprendre là où la souveraineté doit s’exercer et comment.

    Construire la strate de l’autonomie

    Cette autonomie stratégique à laquelle aspirer est très souvent présentée comme un enjeu nationaliste ou patriotique, qui confond la souveraineté avec le leadership technologique, sans toujours voir que ces leaderships peuvent reposer sur des dépendances innombrables, à l’image de l’enjeu à déployer des centres de données sur le territoire au prétexte de souveraineté, sans questionner le fait que leur financement ou leurs équipements puissent être totalement entre les mains d’acteurs étrangers.

    L’IA est en passe de devenir une couche supplémentaire dans le mille-feuille des couches sociotechniques du numérique. Et elle requestionne en profondeur ces enjeux, explique  Raffi Krikorian, directeur technique de Mozilla, dans une tribune pour Rest of World. « Dans un monde de plus en plus polarisé et protectionniste, où les plateformes technologiques sont de plus en plus instrumentalisées par les politiques étatiques, construire des infrastructures nationales critiques sur des systèmes dont on n’est pas propriétaire, que l’on ne peut ni auditer ni adapter, représente un risque considérable et croissant. Ce défi comporte une dimension tant économique que politique. Un État soucieux de sa souveraineté en matière d’IA en 2026 ne pourra pas justifier de manière crédible le financement d’une infrastructure d’IA étrangère et verticalement intégrée tout en négligeant les investissements dans des alternatives nationales et open source. Investir dans les hyperscalers peut minimiser les coûts à court terme, mais cela consolide également les rentes numériques versées à des entités étrangères, maximise la dépendance à long terme envers des partenaires peu fiables et augmente considérablement les coûts de sortie. Si les gouvernements financent la dépendance, c’est bien la dépendance qu’ils obtiendront. »

    Pour Raffi Krikorian pourtant, l’enjeu n’est pas tant de construire une souveraineté de l’IA nationaliste, que de bâtir des Communs maîtrisés. « L’absence actuelle de financements privés à grande échelle pour les infrastructures d’IA ouvertes reflète leur nature de bien public, et non leurs capacités. Les modèles open source atteignent déjà couramment 90 % ou plus des performances des systèmes propriétaires, pour un coût bien moindre. Investir dans les cadres d’IA ouverts, c’est investir dans les infrastructures publiques numériques, car cela génère des avantages grâce à des coûts réduits, au maintien de l’autonomie politique et à des gains de productivité à l’échelle de l’économie. L’IA ouverte offre également ce que les systèmes propriétaires ne peuvent pas : la légitimité démocratique. Les pays ne créent pas de valeur en revendant des solutions étrangères, mais en développant des produits différenciés sur des bases partagées, ouvertes et moins coûteuses. Il s’agit d’une politique industrielle qui encourage la concurrence et le développement des compétences nationales, et non d’un rejet de l’industrie nationale. »

    « Internet n’est pas né de la seule initiative d’acteurs privés, mais d’investissements publics soutenus dans les technologies ouvertes. De Linux à Apache, les fondations open source partagées sont devenues l’épine dorsale de l’économie numérique mondiale, favorisant l’innovation privée tout en empêchant la mainmise sur l’infrastructure. Du CERN à Airbus en passant par Galileo, la leçon est claire : lorsque les États cofinancent des fondations ouvertes ou partagées, l’innovation privée prospère. En revanche, lorsqu’ils financent l’accès, la dépendance s’accentue. L’IA se trouve précisément à ce tournant. »

    Souveraineté ne rime pas avec isolement, rappelle-t-il. « Les coûts de développement de l’IA open source peuvent être partagés. Comme l’a déclaré le Premier ministre canadien Mark Carney à Davos : « Investir collectivement dans la résilience coûte moins cher que de construire sa propre forteresse. » L’enjeu n’est pas que chaque pays construise son propre jardin clos. Il appartient aux nations de collaborer autour de standards ouverts et d’infrastructures partagées, en rejetant la fausse dichotomie entre dépendance et isolement des plateformes, et en construisant plutôt un avenir de l’IA qu’elles maîtrisent réellement. »

    « Si nous voulons des écosystèmes d’IA résilients, ouverts et fiables, nous devons les financer comme tels – non par idéalisme, mais comme un investissement concret dans la souveraineté, la résilience et la légitimité démocratique. Les pays qui aspirent à la souveraineté en matière d’IA doivent participer à ce débat, non pas en simples observateurs, mais en tant que co-investisseurs et co-constructeurs. Plus nous attendons, plus il sera difficile de changer de cap », conclut le responsable de Mozilla en appelant à construire des protocoles plus que des plateformes, des cadres ouverts plus que des solutions, des systèmes de valeurs plus que des contraintes économiques ou techniques. Une proposition qui rappelle que c’est bien le cadre de la souveraineté qu’il faut discuter, pour comprendre là où nous pouvons avoir des dépendances et là où nous devons les refuser. L’enjeu n’est pas de construire des investissements nationaux mais bien d’investir dans des infrastructures communes porteuses de valeurs démocratiques et émancipatrices, libres et ouvertes. « La souveraineté en matière d’IA ne viendra pas de la location des modèles des géants de la tech ». Elle ne viendra pas des factures de tokens des systèmes d’IA des grands acteurs de la Tech. Elle consiste d’abord à construire une autre tech, non pas nationaliste ou patriotique, mais qui promeut une souveraineté distribuée, choisit, capacitante.

    La coopération comme architecture solidaire

    On se souvient que, récemment, l’économiste Francesca Bria avait évoqué le risque d’une soumission à une strate autoritaire fomentée par les géants de la Silicon valley : « derrière les strates qui composent le réseau, comme l’avait défini Benjamin Bratton dans son livre, Le Stack (UGAP, 2020), comme autant de régimes de souveraineté qui se superposent et s’imbriquent, la strate autoritaire semble l’envers de la proposition d’autonomie stratégique que propose EuroStack  ». Mais le risque est bien, sous couvert de souveraineté, de produire des strates nationalistes voire militaristes, comme semble le proposer l’annonce récente d’un « Deutchland Stack » Allemand. 

    D’où l’importance de faire un pas de côté.

    C’est la piste que proposent les chercheurs Trebor Scholz et Mark Esposito dans la revue d’innovation sociale de Stanford. Pour contrebalancer l’extractivisme des plateformes, « nous avons besoin de construire la strate solidaire de l’empilement numérique ». Lorsque les systèmes technologiques sont conçus uniquement pour l’extraction et l’efficacité, ils isolent et brisent les personnes qui les font vivre, rappellent les deux chercheurs. L’exploitation des travailleurs du clic par exemple est le « symptôme d’une industrie structurée pour transférer les risques vers le bas via des chaînes contractuelles opaques, tout en concentrant les profits et le contrôle au sommet ». Pour Scholz et Esposito, « sans intervention délibérée, ces logiques d’extraction se généraliseront à l’échelle mondiale, concentrant encore davantage le pouvoir entre les mains des plus puissants, à moins que nous ne choisissions de construire un système fondamentalement différent ». Jusqu’à présent, les chercheurs invitaient à investir dans des entreprises inclusives, dans des coopératives de travailleurs, que Scholz a beaucoup défendu. Trebor Scholz est professeur à la New School for Social Research de New York depuis 2009. Il est l’un des premiers à s’être attelé à analyser le phénomène du Digital Labor (Routledge, 2013). Il est aussi l’un des promoteurs du coopérativisme de plateformes (voir par exemple notre article de 2015), notamment dans son livre Le coopérativisme de plateformes (FYP, 2017) ainsi que dans Own this ! (Verso, 2023). Il est également le fondateur du Platform Cooperativism Consortium un réseau de promotion du mouvement coopérativiste, qui organise notamment des conférences sur la coopération, comme celle sur l’IA coopérative qui se tenait il y a peu à Istanbul. Pourtant, écrit-il dans son article, « la réponse aux méfaits de l’IA ne peut se limiter à la régulation des plateformes dominantes ».

    En fait, la concentration du pouvoir des géants du numérique rend de plus en plus vulnérables même les institutions internationales les plus critiques aux politiques autoritaires et aux pressions des dirigeants, comme l’illustre la dépendance de la Cour pénale internationale à l’égard de l’infrastructure Microsoft face aux menaces proférées sous l’administration Trump. Les coopératives, les institutions publiques et les mouvements sociaux doivent donc activement construire et connecter des alternatives grâce à ce que Scholz appelle la « pile de solidarité », une économie numérique coopérative émergente.

    « L’extraction ne se résume pas à des algorithmes biaisés ou à des violations de la vie privée. C’est un problème structurel  : l’IA actuelle fonctionne grâce à ce que nous appelons une « strate d’extraction » verticalement intégrée, comprenant le matériel, l’infrastructure cloud, les modèles, la main-d’œuvre et les applications. Seules quelques entreprises contrôlent la construction, la gouvernance et l’utilisation de ces technologies et les personnes qui en dépendent n’ont aucun droit de regard démocratique. »

    Les critiques et les régulateurs soulignent à juste titre que les seules directives éthiques ne peuvent résoudre les problèmes posés par la logique extractiviste des plateformes. Les systèmes d’IA reposent sur des modèles de propriété, des chaînes d’approvisionnement et des architectures techniques qui privilégient le profit, le passage à l’échelle et le contrôle. « Ces incitations structurelles déterminent la collecte des données, le traitement des travailleurs, les décideurs et les bénéficiaires de la création de valeur, privant ainsi les directives éthiques de tout pouvoir pour remettre en cause la logique sous-jacente du système. Une IA démocratique ne peut se contenter de louer un espace sur la strate extractiviste ! Elle exige que les travailleurs, les communautés, les coopératives et les institutions publiques se réapproprient l’infrastructure elle-même, couche par couche, de la terre au nuage. »

    Scholz et Esposito plaident pour construire une architecture solidaire. Un défi qui nécessite de rejeter la notion d’intelligence artificielle, qui sous-entend une force magique et autonome, au profit d’une intelligence collective, reconnaissant le travail humain et le savoir partagé qui alimentent ces systèmes. Cependant, parvenir à la coordination nécessaire pour contester les monopoles mondiaux de l’IA demeure un défi de taille. Même des organisations établies comme l‘Alliance coopérative internationale, qui représente un mouvement d’environ un milliard de membres et des milliers de coopératives employant près de 10 % de l’emploi mondial, sont structurées principalement pour la représentation et le plaidoyer plutôt que pour la coordination et l’exploitation d’une infrastructure numérique partagée.

    De la gouvernance coopérative…

    Pour les deux chercheurs, plusieurs initiatives menées par des communautés, des coopératives et des institutions publiques permettent déjà de reprendre le contrôle de ces niveaux économiques, notamment des ressources, des infrastructures, des données, du travail comme du savoir.

    Une approche solidaire exige des chaînes d’approvisionnement transparentes, la propriété communautaire des ressources minérales et des mécanismes de partage équitable des bénéfices. Elle permettrait également de distribuer l’infrastructure sur des serveurs fédérés, appartenant à la communauté et interconnectables sans contrôle central. Butler Rural Electric offre un précédent historique éloquent. Fondées dans les années 1930 avec le soutien du gouvernement fédéral et une gouvernance coopérative, les coopératives électriques rurales ont permis aux communautés de financer, construire et gérer leur propre infrastructure énergétique, un modèle qui continue aujourd’hui de fournir de l’électricité à environ 42 millions de personnes dans les zones rurales américaines. Des coopératives numériques telles que Hostsharing eG en Allemagne et Som Connexio en Espagne, ainsi que plusieurs coopératives de vente au détail au Royaume-Uni, appliquent cette même logique en mutualisant les ressources de leurs membres, en utilisant une gouvernance coopérative et en collaborant avec des partenaires publics pour construire et exploiter une infrastructure numérique partagée. Cela permet aux communautés de réduire leur dépendance aux fournisseurs de cloud propriétaires, de conserver le contrôle local de leurs données et d’assumer la responsabilité de la gestion des coûts environnementaux liés à la consommation d’énergie. Bien que ces initiatives soient explicitement expérimentales et de portée modeste, elles suggèrent que la capacité de calcul peut fonctionner comme un bien public. Les décideurs politiques et les responsables municipaux pourraient même appliquer ce modèle pour créer une option publique d’accès à la puissance de calcul.

    Dans le modèle d’extraction, les données personnelles sont une matière première prélevée auprès des utilisateurs pour alimenter des modèles propriétaires. Cette logique considère les individus non pas comme des participants ou des détenteurs de droits, mais comme des sources passives de valeur. Le modèle de solidarité, lui, réinvente les données comme une ressource partagée, gérée démocratiquement. Par exemple, MIDATA, une plateforme suisse de données de santé détenue et gérée par des patients agit comme une fiducie pour ses membres. Elle maintient une infrastructure sécurisée permettant aux patients de consulter leurs données agrégées et de décider démocratiquement de les partager ou non à des fins de recherche médicale. MIDATA démontre qu’il est possible de créer des ensembles de données de haute qualité, issus de sources éthiques, sans surveillance. Les membres partagent volontairement leurs données car ils font confiance à la gouvernance et à la gestion des données de la coopérative, ce qui élimine le besoin d’extraction ou de surveillance coercitive.

    Au travail, l’IA implique une rétroaction entre contenus et modérateurs. Les travailleurs étiquettent, examinent, corrigent et leurs décisions enregistrées sont utilisées par les systèmes pour reconnaître, classer, améliorer. Ce processus contraint les individus à absorber le fardeau psychologique des contenus. Dans le modèle solidaire, ces travailleurs ont des garanties de salaires, de droits, bénéficient de soutiens… et pilotent la gouvernance de leurs outils et missions, comme c’est le cas de nombreuses coopératives de travailleurs, comme celle de la Gamayyar African Tech Workers au Kenya, Facttic en Argentine, Outlandish à Londres… et de nombreuses autres (comme la plateforme danoise Hilfr qu’on avait évoqué dans notre article sur les plateformes du secteur du nettoyage).

    … à l’IA coopérative

    Scholz et Esposito proposent d’appliquer les principes coopératifs à l’IA. « L’accès à l’IA seul est insuffisant quand les outils fonctionnent comme des boîtes noires, incapables d’expliquer ou de remettre en question leurs résultats, et si leurs valeurs reposent sur des principes imposés plutôt que sur des valeurs démocratiquement établies. L’approche solidaire propose de réhabiliter le domaine du savoir comme un espace de gouvernance collective, favorisant l’explicabilité, la contestabilité, des normes partagées » pour construire d’autres IA.

    AI4Coops, en Argentine, est une initiative de petite envergure qui réunit des praticiens et des technologues du monde coopératif afin d’étudier comment l’intelligence artificielle pourrait soutenir la gouvernance coopérative et l’apprentissage partagé. Elle veille à ce que la culture algorithmique ne soit pas réservée aux institutions d’élite ni concentrée au sein des géants de la technologie, mais soit largement accessible aux travailleurs, aux coopératives et aux communautés. Elle développe des outils d’IA adaptés à des problématiques locales avec des acteurs locaux, comme des systèmes de reconnaissance d’images pour du contrôle qualité dans une usine, un système d’analyse d’images satellites pour des coopératives agricoles… La coopérative britannique Animorph développe des outils de réalité augmentée pour la prise en charge de la démence, utilisant la narration immersive et des supports visuels pour soutenir la mémoire, la communication et le lien affectif des personnes atteintes de démence et de leurs aidants. Puisqu’elle est détenue par ses employés, elle refuse de monétiser la vulnérabilité des patients et conçoit des outils qui privilégient les soins aux indicateurs d’engagement. « Ces exemples montrent que l’IA au service du bien commun ne saurait se réduire à de la simple posture vertueuse, à du marketing éthique, ni à des formes d’écoblanchiment ou de blanchiment d’image. La construction d’une infrastructure solidaire exige que les modèles économiques alternatifs soient véritablement ancrés dans la démocratie au travail, la propriété partagée et une gouvernance responsable », expliquent les chercheurs. Ces modèles locaux ont d’autres vertus encore, comme la souveraineté linguistique, la maîtrise des processus, la sobriété…

    Reste que, comme nous le disions, « les plateformes coopératives, qui privilégient les pratiques éthiques, des normes de travail et sociales plus élevées, peinent à être compétitives. L’absence de législation spécifique aggrave ce problème, permettant aux plateformes capitalistes d’opérer en toute impunité et de saper les efforts des acteurs de bonne foi, tels que les coopératives de plateformes. » Pour Scholz et Esposito également, l’infrastructure solidaire nécessite, pour émerger et s’imposer, une articulation stratégique des politiques, des financements et de l’organisation communautaire. Il faut que les développeurs technologiques « s’accordent régulièrement sur des principes partagés, l’interdépendance matérielle, des institutions durables, des rituels et un récit politique commun que les individus choisissent consciemment de défendre, notamment sous pression ».

    Ici, Scholz et Esposito prennent l’exemple des organisations autonomes décentralisées (DAO), où la blockchain aide à formaliser la gouvernance partagée. Pas sûr que l’exemple soit convaincant, tant le mouvement est devenu à bien des égards problématique. Par contre, ils pointent vers le Public AI Network, un réseau de défense et promotion d’une IA publique intégrée, « qui fournirait des services d’IA au même titre que l’électricité ou l’eau », accessible à tous, contrainte à rendre des comptes, durable, fiable. Ou encore le projet Lestac AI en France, pour tester des services d’IA écoresponsables. Ou le modèle multilingue et open source Apertus, développé par l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) et l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)…  Le protocole OpenCourier, par exemple, crée une base technique commune permettant aux plateformes de livraison gérées par leurs travailleurs de se connecter et de collaborer. Ou encore le projet d’IA coopérative du réseau des collectivités locales britanniques qui s’engage à respecter les principes coopératifs et démocratiques dans la prestation de services publics.

    Pour Scholz et Esposito, ces « cercles » de strates solidaires, locales, conçoivent le développement d’infrastructures comme une forme d’action politique collective, que ce soit par le biais de fiducies de données municipales, de services cloud coopératifs ou de modèles linguistiques gérés publiquement. « Le discours dominant sur l’IA laisse faussement entendre qu’un contrôle centralisé par les entreprises est inévitable. Pourtant, des modérateurs de contenu au Kenya, des gestionnaires de données en Suisse et d’autres encore démontrent que les composantes d’un avenir numérique démocratique sont déjà présentes. Notre mission est de les relier et, ce faisant, d’exercer notre pouvoir d’agir, de refuser le désespoir et de créer un système où la technologie est au service de la majorité. »

    Hubert Guillaud

    Signalons encore que dans le syllabus (.pdf) du cours qu’il a donné au premier semestre à la New School sur le thème d’une « IA sans patrons », Trebor Scholz pointait encore vers bien d’autres exemples. En estimant que les infrastructures solidaires peuvent être mises en place à chaque niveau de la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’IA, il évoquait les mines coopératives au Pérou, en Colombie, en Zambie ou en Mongolie, ou des centres de données coopératifs en Allemagne ou aux Pays-Bas. Il signalait par exemple, la tribune de la doctorante Tara Merk, contributrice au Metagovernance Project, sur les limites de projets de centres de données coopératifs. Face aux data centers dominés par les géants de la Tech, Merk défendait « une plus grande diversité dans la propriété et la gouvernance des centres de données », notamment coopératifs. « Et si les centres de données étaient détenus et gérés de manière coopérative par les personnes vivant à proximité immédiate et souvent directement desservies par eux ? » Dans ce modèle, les opérateurs citoyens pourraient recevoir une part des bénéfices générés par le centre de données (à l’instar des parcs éoliens citoyens). Cela entraînerait une redistribution indirecte des bénéfices générés par les données des utilisateurs en ligne – une idée qui prend d’autant plus d’importance que ces données gagnent en valeur à l’ère de l’IA. Les centres de données coopératifs offriraient également aux citoyens un meilleur contrôle sur l’impact de ces infrastructures sur leur environnement physique local. Par exemple, les citoyens pourraient décider si et quand la quantité d’énergie ou d’eau utilisée par le centre de données entre en conflit avec d’autres besoins locaux et pourraient décider de réduire l’approvisionnement énergétique du centre de données en cas de situation critique. Guidé par les valeurs coopératives d’équité et de solidarité, de tels centres de données pourraient décider de renoncer à des bénéfices plus élevés afin de rendre son infrastructure plus accessible à tous, comme aux associations et coopératives. Cela pourrait à son tour encourager une plus grande diversité dans le développement de l’IA et inciter les entreprises à adopter une identité coopérative. De plus, en s’appuyant sur une infrastructure de centres de données coopérative, les coopératives d’IA renforceraient leur autonomie et leur indépendance, offrant à leurs membres un meilleur contrôle sur l’ensemble de la pile technologique, y compris les moyens de production de l’IA. Tara Merk est en train de faire une étude sur GAD eG, une coopérative qui pendant 50 ans a été l’un des grands fournisseurs de services informatiques allemand notamment pour les services financiers (jusqu’à sa fusion en 2015 avec une autre entreprise). Pour la chercheuse, l’exemple de GAD démontre « que les centres de données coopératifs constituent une option économiquement viable et évolutive, capable de fonctionner de manière fiable dans des secteurs critiques ». 

    Dans son syllabus, Scholz aborde d’autres exemples de coopératives pour montrer comment les valeurs coopératives peuvent guider des alternatives concrètes au développement technologique, comme le propose Read-Coop, la coopérative européenne à l’origine de la plateforme de reconnaissance d’écriture manuscrite Transkribus. Et pointe vers nombre de ressources sur le sujet des technologies pour la coopération.

    À compléter encore par le numéro de Nature consacré aux modèles d’IA des pays du Sud, qui offre un autre regard sur d’autres façon de faire de l’IA.

    PS : nous avions déjà donné ce titre à une brève de l’année dernière qui recensait encore d’autres initiatives.

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    Khrys’presso du lundi 24 août 2026

    Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


    Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

    Brave New World

    Spécial IA

    Spécial Israël

    Spécial femmes dans le monde

    Spécial France

    RIP

    • Yvette Roudy, première ministre des Droits des femmes, est morte (nouvelobs.com)

      Figure historique du féminisme français et ancienne ministre socialiste de François Mitterrand, Yvette Roudy est morte à l’âge de 97 ans. Première titulaire d’un ministère des « Droits de la femme », elle avait notamment obtenu le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale et porté la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle.

    Spécial femmes en France

    Spécial médias et pouvoir

    Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

    Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

    Spécial résistances

    Spécial outils de résistance

    • DeltaChat (sebsauvage.net)

      DeltaChat est une superbe application de messagerie chiffrée avec des fonctionnalités tout à fait comparables à WhatsApp ou Signal.

    • Open Slopware (codeberg.org)

      Free/Open Source Software tainted by LLM/AI usage, along with alternatives and last untainted commit so you can fork.

    • Plugin « Qui possède les Médias ? » (dl.hckr.fr)

      Une poignée de milliardaires possède l’essentiel de la presse française. Une extension qui vous le dit pendant que vous lisez, sans que vous ayez rien à chercher.

    Spécial MAGAM et cie

    Les autres lectures de la semaine

    Les BDs/graphiques/photos de la semaine

    Les vidéos/podcasts de la semaine

    • Russie : la justice exclut le parti anti-guerre des législatives – Entretien avec Nikolaï Rybakov (humanite.fr)

      La Cour suprême russe a, sans surprise, confirmé la demande d’exclusion de Iabloko au scrutin des 18, 19 et 20 septembre. La formation sociale-libérale, qui n’avait plus siégé au Parlement depuis 2007, a connu un soutien populaire inédit autour de sa participation et de son programme plaidant pour la paix en Ukraine.

    • En Italie, Roberto Vannacci déborde Giorgia Meloni sur sa droite (humanite.fr)

      Quelques mois après avoir lancé son parti politique, Roberto Vannacci se hisse dans les sondages en exploitant les thèmes xénophobes, misogynes et anti-LGBT. Un mouvement qui contraint la cheffe du gouvernement à sortir l’artillerie lourde comme elle l’a fait lors du drame de Ceuta.

    • Exposing the Invisible (exposingtheinvisible.org)

      Through a series of documentary films, video interviews and recorded talks, Exposing the Invisible captures different techniques, tools and most importantly the mindset and motivation of those working at the new frontiers of investigation.

    • Economist Baker explains : AI bubble is about to burst (therealnews.com)
    • Avoir raison… avec Mary Shelley (radiofrance.fr)

      Derrière le mythe de Frankenstein se trouve Mary Shelley. Ce roman fondateur de la science-fiction explore les limites éthiques de la création scientifique et, à travers la figure unique de la créature aux multiples dimensions, révèle le génie visionnaire d’une femme dans son siècle.

    Les trucs chouettes de la semaine

    Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

    Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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    Intelligence artificielle générale : le délire complotiste de la tech

    Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 18 novembre 2025 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.

    Tout l’été, profitez de republications de « Dans Les Algorithmes » ! Rendez-vous tous les dimanches de juillet et d’août pour réfléchir, ensemble, sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle.


    « Le mythe de l’intelligence artificielle générale ressemble beaucoup à une théorie du complot et c’est peut-être la plus importante de notre époque »

     

     

     

     

     

     

    « Le mythe de l’intelligence artificielle générale ressemble beaucoup à une théorie du complot et c’est peut-être la plus importante de notre époque  ». Obsédées par cette technologie hypothétique, les entreprises d’IA nous la vendent avec acharnement, explique le journaliste Will Douglas Heaven dans la Technology Review.

    Pour élaborer une théorie du complot, il faut plusieurs ingrédients, rappelle-t-il : un schéma suffisamment flexible pour entretenir la croyance même lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu ; la promesse d’un avenir meilleur qui ne peut se réaliser que si les croyants découvrent des vérités cachées ; et l’espoir d’être sauvé des horreurs de ce monde. L’intelligence artificielle générale (IAG) remplit quasiment tous ces critères. Et plus on examine cette idée de près, plus elle ressemble à un complot. Ce n’en est pas totalement un, bien sûr, pas exactement, concède Heaven. « Mais en nous penchant sur les points communs entre l’IAG et les véritables théories du complot, je pense que nous pouvons mieux cerner ce concept et le révéler pour ce qu’il est : un délire techno-utopique (ou techno-dystopique, à vous de choisir) qui s’est ancré dans des croyances profondément enracinées et difficiles à déraciner  ».

    Une histoire de l’IAG

    Dans son article, Heaven retrace l’histoire du terme d’intelligence artificielle générale, initié par Ben Goertzel et Shane Legg. Quand ils discutent de cette idée, l’idée d’une IA capable d’imiter voire dépasser les capacités humaines était alors une plaisanterie. Mais Goertzel en tira un livre sous ce titre (Springer, 2006) qui se présentait sous les atours les plus sérieux, puis organisa en 2008 une conférence dédiée au sujet (une conférence devenue annuelle et qui continue encore). En rejoignant DeepMind en tant que cofondateur, Shane Legg y importe le terme, légitimant le concept. Proche de Peter Thiel et de Eliezer Yudkowsky, Goertzel a beaucoup discuté avec eux du concept. Mais si l’iconoclaste Ben Goertzel était enthousiaste, le sombre Yudkowsky, lui, était beaucoup plus pessimiste, voyant l’arrivée de l’AGI comme une catastrophe. Malgré tous ces efforts, le concept n’a alors rencontré que peu d’échos et semblait surtout tenir de la pure science-fiction.

    C’est la publication de Superintelligence par le philosophe Nick Bostrom en 2014, qui  va changer les choses. Bostrom rend acceptable les concepts spécieux de Yudkowsky. Aujourd’hui, l’IAG est évoquée partout, que ce soit pour annoncer l’arrivée de temps immémoriaux ou pour prédire l’extermination de l’humanité.

    Dans son récent livre, apocalyptique, If Anyone Builds It, Everyone Dies : why Superhuman AI Would Kill Us All (Si quelqu’un le construit, tout le monde meurt, Little Brown, 2025, non traduit), coécrit avec Nate Soares, Yudkowsky accumule les déclarations extravagantes pour une interdiction totale de l’IAG. Un ouvrage « décousu et superficiel  », comme l’explique le journaliste Adam Becker – auteur lui-même de More Everything Forever : AI Overlords, Space Empires, and Silicon Valley’s Crusade to Control the Fate of Humanity (Hachette, 2025, non traduit) – dans sa recension critique pour The Atlantic, qui « tente de nous faire croire que l’intelligence est un concept discret et mesurable, et que son accroissement est une question de ressources et de puissance de calcul  ». L’IA superintelligente hypothétique des Cassandre « fait ce dont rêvent toutes les start-ups technologiques : croître de façon exponentielle et éliminer ses concurrents jusqu’à atteindre un monopole absolu », expliquait déjà l’écrivain de science-fiction Ted Chiang. La superintelligence évoque bien plus un capitalisme débridé porté par des individus parfaitement néoréactionnaires qu’autre chose, comme l’analysait Elisabeth Sandifer dans son livre sur l’extrême-droite technologique américaine, ou encore les livres de Thibault Prévost ou Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet que nous avons déjà chroniqué. « En réalité, l’apocalypse de l’IA qui inquiète tant Yudkowsky et Soares n’est autre que notre propre monde, vu à travers le prisme déformant d’un miroir de science-fiction  », une « vision simpliste du salut technologique  », conclut Becker.

    Malgré sa vacuité, l’ouvrage de Soares et Yudkowsky est un des bestsellers du New York Times. Pour Heaven, comme toutes les théories du complot les plus puissantes, l’intelligence artificielle générale s’est infiltrée dans le débat public et a pris racine.

    Le mythe d’une machine plus intelligente que l’humain, capable de tout faire, se retrouve pourtant dès l’origine de l’IA, chez Alan Turing comme chez John McCarthy. « Mais l’IAG n’est pas une technologie, c’est un rêve  », affirme Becker. Comme nombre de théories du complot, il est impossible de réfuter une idée aussi protéiforme que l’IAG. Discuter d’IAG consiste en un affrontement de visions du monde, et non en un échange de raisonnements fondés sur des preuves, puisqu’il ne peut y en avoir autour d’un objet hypothétique pour lequel il n’existe pas de définition précise et partagée. Les prédictions sur l’avènement de l’IAG sont formulées avec la précision de numérologues annonçant la fin des temps. Sans véritable enjeu, les échéances sont repoussées sans conviction. « L’IAG, c’est toujours ce qui arrivera, la prochaine fois, mais son arrivée imminente est la vérité que partagent ses adeptes  ».

    Du conspirationnisme

    Pour l’anthropologue des religions Jeremy Cohen, qui étudie les théories du complot dans les milieux technologiques, la vérité cachée « est un élément fondamental de la pensée conspirationniste ». Pour Ben Goertzel et les thuriféraires de l’IAG, les raisons du scepticisme envers l’IAG tiennent du scepticisme global. « Avant chaque grande avancée technique, du vol humain à l’énergie électrique, des hordes de prétendus experts vous expliquaient pourquoi cela n’arriverait jamais. En réalité, la plupart des gens ne croient qu’à ce qu’ils voient. » Si vous n’êtes pas convaincus par l’IAG, c’est que vous êtes un idiot naïf disent ses partisans, inversant la charge de la preuve, alors qu’ils sont bien plus que d’autres les idiots utiles de ce qu’ils dénoncent et vénèrent à la fois.

    « L’idée de donner naissance à des dieux-machines est évidemment très flatteuse pour l’ego », affirme la philosophe Shannon Vallor de l’Edinburgh Futures Institute (voir notre article sur son livre, « L’IA n’est qu’un miroir »). « C’est incroyablement séduisant de penser que l’on pose soi-même les fondements de cette transcendance ». C’est un autre point commun avec les théories du complot. Une partie de l’attrait réside dans le désir de trouver un sens à un monde chaotique et parfois dénué de sens et dans l’aspiration à être une personne consciente du danger. Pour David Krueger, chercheur à l’Université de Montréal et ancien directeur de recherche à l’Institut de sécurité de l’IA du Royaume-Uni, nombre de personnes travaillant sur l’IA considèrent cette technologie comme notre successeur naturel. « Ils voient cela comme une forme de maternité » dont ils ont la charge, explique-t-il. Jeremy Cohen, lui, dresse des parallèles entre de nombreuses théories du complot moderne et le mouvement New Age, qui connut son apogée dans les années 1970 et 1980. Ses adeptes croyaient que l’humanité était sur le point d’accéder à une ère de bien-être spirituel et d’éveil de la conscience, instaurant un monde plus paisible et prospère. L’idée était qu’en s’adonnant à un ensemble de pratiques pseudo-religieuses, les humains transcenderaient leurs limites et accéderaient à une sorte d’utopie hippie. Pour Cohen, nous sommes confrontés aux mêmes attentes à l’égard de l’IAG : que ce soit par la destruction ou la sublimation de l’humanité, elle seule permettra de surmonter les problèmes auxquels l’humanité est confrontée. Pour Yudkowsky et Soares, les enjeux de l’IAG sont plus importants que le risque nucléaire ou le risque climatique.

    Pour beaucoup de ceux qui optent pour cette croyance, l’IAG arrivera d’un seul coup, sous la forme d’une singularité technologique introduite par l’auteur de science-fiction Vernor Vinge dans les années 80. Un moment transcendant où l’humanité, telle que nous la connaissons, changera à jamais. Pour Shannon Vallor, ce système de croyance est remarquable par la façon dont la foi en la technologie a remplacé la foi en l’humanité. Malgré son côté ésotérique, la pensée New Age était au moins motivée par l’idée que les gens avaient le potentiel de changer le monde par eux-mêmes, pourvu qu’ils puissent y accéder. Avec la quête de l’IA générale, nous avons abandonné cette confiance en nous et adhéré à l’idée que seule la technologie peut nous sauver, explique-t-elle. C’est une pensée séduisante, voire réconfortante, pour beaucoup. «  Nous vivons à une époque où les autres voies d’amélioration matérielle de la vie humaine et de nos sociétés semblent épuisées », affirme Vallor. La technologie promettait autrefois un avenir meilleur : le progrès était une échelle que nous devions gravir vers l’épanouissement humain et social. « Nous avons dépassé ce stade », déclare Vallor. « Je pense que ce qui redonne espoir à beaucoup et leur permet de retrouver cet optimisme quant à l’avenir, c’est l’IA générale. » Poussons cette idée à son terme et, une fois encore, l’IA générale devient une sorte de divinité, capable de soulager les souffrances terrestres, affirme Vallor. Kelly Joyce, sociologue à l’Université de Caroline du Nord, qui étudie comment les croyances culturelles, politiques et économiques façonnent notre rapport à la technologie, considère toutes ces prédictions extravagantes concernant l’IA générale comme quelque chose de plus banal : un exemple parmi d’autres de la tendance actuelle du secteur technologique à faire des promesses excessives. « Ce qui m’intrigue, c’est que nous nous laissions prendre au piège. »

    « À chaque fois », dit-elle. « Il existe une conviction profonde que la technologie est supérieure aux êtres humains. » Joyce pense que c’est pourquoi, lorsque l’engouement s’installe, les gens sont prédisposés à y croire. « C’est une religion », dit-elle. « Nous croyons en la technologie. La technologie est divine. Il est très difficile de s’y opposer. Les gens ne veulent pas l’entendre. »

    Le fantasme d’ordinateurs capables de faire presque tout ce qu’un humain peut faire est séduisant. Mais comme beaucoup de théories du complot répandues, elle a des conséquences bien réelles. Elle fausse notre perception des enjeux, déstabilise l’industrie pour l’éloigner d’applications immédiates… Et surtout, elle nous invite à la paresse. À quoi bon s’acharner à résoudre les problèmes du monde réel, quand les machines s’en chargeront demain ? Le projet pharaonique de l’IA engloutit désormais des centaines de milliards de dollars et détourne nombre d’investissements de technologies plus immédiates, capables de changer dès à présent la vie des gens.

    Tina Law, spécialiste des politiques technologiques à l’Université de Californie à Davis, s’inquiète du fait que les décideurs politiques soient davantage influencés par le discours selon lequel l’IA finira par nous anéantir que par les préoccupations réelles concernant l’impact concret et immédiat de l’IA sur la vie des gens dès aujourd’hui. La question des inégalités est occultée par la notion de risque existentiel. « Le battage médiatique est une stratégie lucrative pour les entreprises technologiques », affirme Law. Ce battage médiatique repose en grande partie sur l’idée que ce qui se passe est inévitable : si nous ne le construisons pas, quelqu’un d’autre le fera. « Quand quelque chose est présenté comme inévitable », rappelle Law, « les gens doutent non seulement de leur capacité à résister, mais aussi de leur droit à le faire. » Tout le monde se retrouve piégé.

    Selon Milton Mueller, du Georgia Institute of Technology, spécialiste des politiques et de la réglementation technologiques, le champ de distorsion lié à l’IAG ne se limite pas aux politiques technologiques. La course à l’IA générale est comparée à la course à la bombe atomique, explique-t-il. « Celui qui y parviendra en premier aura un pouvoir absolu sur tous les autres. C’est une idée folle et dangereuse qui faussera profondément notre approche de la politique étrangère. » Les entreprises (et les gouvernements) ont tout intérêt à promouvoir le mythe de l’IA générale, explique encore Mueller, car elles peuvent ainsi prétendre être les premières à y parvenir. Mais comme il s’agit d’une course sans consensus sur la ligne d’arrivée, le mythe peut être entretenu tant qu’il est utile. Ou tant que les investisseurs sont prêts à y croire. Il est facile d’imaginer comment cela se déroule. Ce n’est ni l’utopie ni l’enfer : c’est OpenAI et ses pairs qui s’enrichissent considérablement.

    Voilà. Le grand complot de l’IAG est enfin résolu, ironise Heaven. « Et peut-être cela nous ramène-t-il à la question du complot, et à un rebondissement inattendu dans cette histoire. Jusqu’ici, nous avons ignoré un aspect courant de la pensée conspirationniste : l’existence d’un groupe de personnalités influentes tirant les ficelles en coulisses et la conviction que, par la recherche de la vérité, les croyants peuvent démasquer cette cabale ». L’IAG n’accuse publiquement aucune force occulte d’entraver son développement ou d’en dissimuler les secrets. Aucun complot n’est ourdi par les Illuminati ou le Forum économique mondial… ici, ceux-là même qui dénoncent les dangers fomentent la cabale. Ceux qui propagent la théorie du complot de l’IAG sont ses principaux instigateurs. Les géants de la Silicon Valley investissent toutes leurs ressources dans la création d’une IAG à des fins lucratives. Le mythe de l’IAG sert leurs intérêts plus que ceux de quiconque. Comme le souligne Vallor : « Si OpenAI affirme construire une machine qui rendra les entreprises encore plus puissantes qu’elles ne le sont aujourd’hui, elle n’obtiendra pas l’adhésion du public nécessaire. » « N’oubliez pas : vous créez un dieu et vous finissez par lui ressembler », ironise Heaven. « Beaucoup pensent que s’ils y parviennent en premier, ils pourront dominer le monde ».

    À bien des égards, conclut Heaven, je pense que l’idée même d’IAG repose sur une vision déformée de ce que l’on attend de la technologie, et même de ce qu’est l’intelligence. En résumé, l’argument en faveur de l’IA générale repose sur le postulat qu’une technologie, l’IA, a progressé très rapidement et continuera de progresser. Mais abstraction faite des objections techniques – que se passera-t-il si les progrès cessent ? –, il ne reste plus que l’idée que l’intelligence est une ressource dont on peut augmenter la quantité grâce aux données, à la puissance de calcul ou aux réseaux neuronaux adéquats. Or, ce n’est pas le cas. L’intelligence n’est pas une quantité que l’on peut accroître indéfiniment. Des personnes intelligentes peuvent exceller dans un domaine et être moins douées dans d’autres. Tout comme les babioles dopées à l’IA peuvent exceller dans une tâche et être nulles dans bien d’autres, surtout toutes celles, innombrables, qui échappent à leurs données et continueront de leur échapper.

    De l’IAG au fantasme des trombones

    Ce fantasme d’automatisation totale que produirait l’IAG est aussi la symbolique du jeu du maximiseur de trombone. Le jeu met en scène, très concrètement, une idée développée par le chantre du transhumanisme d’extrême droite, Nick Bostrom, dès 2002, à savoir celle du « risque existentiel » que ferait peser sur nous cette intelligence artificielle superintelligente, capable de créer des situations pouvant détruire toute vie sur terre. Pour Bostrom, l’usine à trombone est un démonstrateur, où une IA qui aurait pour seul objectif de produire des trombones, pourrait exploiter toutes les ressources pour ce faire jusqu’à leur plus total épuisement, en optimisant son objectif sans limites.

    Cette démonstration, pourtant extrêmement simpliste, a marqué les esprits. Son aporie même, qui fait d’un objectif absurde le démonstrateur ultime de l’intelligence des machines, demeure particulièrement problématique. Puisqu’il n’y a ici aucune intelligence des machines, mais bien au contraire, la démonstration de leur pure aberration. Or, la crainte que les systèmes d’IA puissent interpréter les commandes de manière catastrophique « repose sur des hypothèses douteuses quant au déploiement de la technologie dans le monde réel », comme le disaient les chercheurs Arvind Narayanan et Sayash Kapoor. Le jeu est bien plus un simulateur de marché qu’un jeu sur l’IA. Universal Paperclips incite les joueurs à l’empathie avec ses buts, notamment en proposant de nouvelles fonctionnalités pour les assouvir, et c’est bien notre empathie avec le jeu qui conduit l’IA à détruire l’humanité pour accomplir son but absurde de productivité sans limite. Son créateur, Frank Lantz, raconte d’ailleurs que ce n’est pas l’augmentation des chiffres, mais la manière dont ils augmentent qui incite les joueurs à cliquer et à faire cœur avec les objectifs du jeu. « Les jeux incrémentaux sont très bruts. Ils s’attachent à un processus pour faire que les joueurs deviennent obsédés par sa croissance ». L’interface épurée hypnotise par la répétition. « Le joueur détruit l’univers avec le même sentiment d’éloignement que lorsqu’on commande un pull en ligne ». Cette fiction est censée nous prévenir que l’IA pourrait avoir des motivations très différentes de l’homme.

    Pourtant le jeu, très scripté, ne montre en rien que l’IA pourrait raisonner, planifier ou comprendre le monde physique ou le dominer. Il masque surtout que des fonctionnalités déclenchent des possibilités et que celles-ci sont prévues par l’interface et le concepteur du jeu. La fable du maximiseur de trombone ne démontre en rien que l’IA pourrait prendre le contrôle du monde, mais que ses objectifs et fonctions, eux, sont le produit de celui qui les a programmés. Le maximiseur de trombone n’accomplit aucune démonstration qu’une intelligence artificielle générale conduirait à l’extermination du genre humain. Comme l’ont dit Kate Crawford ou Melanie Mitchell, les voix les plus fortes qui débattent des dangers potentiels de la superintelligence sont celles d’hommes blancs aisés et racistes, et, pour eux, la plus grande menace est peut-être l’émergence d’un prédateur au sommet de l’intelligence artificielle, mais qui est certainement personne d’autre qu’eux-mêmes. Le capitalisme est un bien plus grand maximiseur que l’IA. Les entreprises maximisent le cours de leurs actions sans se soucier des coûts, qu’ils soient humains, environnementaux ou autres. Ce processus d’optimisation est bien plus incontrôlable et pourrait bien rendre notre planète inhabitable bien avant que nous sachions comment créer une IA optimisant les trombones.

    Hubert Guillaud

    MAJ du 8/12/2025 : « L’intelligence artificielle générale n’aura pas lieu. Il n’y a pas de marché de l’IA, rien qu’une poignée d’entreprises qui fait mine de gagner de l’argent le temps d’en finir avec la démocratie ». Thibault Prévost.

    MAJ du 27/12/2025  : Cessons de considérer l’intelligence artificielle générale comme l’objectif ultime de la recherche en IA, préviennent un collectif de chercheurs. L’IAG compromet notre capacité à choisir des objectifs efficaces, expliquent-ils en pointant 6 pièges majeurs : l’illusion du consensus, la promotion de recherches scientifiques erronées, la présomption de neutralité axiologique, la loterie des objectifs, la dette de généralité et l’exclusion normalisée.

    Pour éviter ces écueils, les chercheurs soutiennent que la communauté de recherche en IA doit :

    • privilégier la spécificité des objectifs techniques et sociétaux ;
    • placer le pluralisme au centre des préoccupations, en considérant la pluralité des approches pertinentes pour atteindre de multiples objectifs importants ;
    • et encourager l’innovation par une plus grande inclusion des disciplines et des communautés.

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    Khrys’presso du lundi 17 août 2026

    Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


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    Brave New World

    Le rapport de la semaine

    Spécial IA

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    Spécial France

    Spécial femmes en France

    RIP

    Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

    Spécial recul des droits et libertés, violences policières, montée de l’extrême-droite…

    Spécial résistances

    Spécial outils de résistance

    Spécial MAGAM et cie

    Les autres lectures de la semaine

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    Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

    Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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    L’IA appliquée à la science… rêve de progrès

    Cet article est une republication, avec l’accord de l’auteur, Hubert Guillaud. Il a été publié en premier le 02 juin 2026 sur le site Dans Les Algorithmes sous licence CC BY-NC-SA.

    Tout l’été, profitez de republications de « Dans Les Algorithmes » ! Rendez-vous tous les dimanches de juillet et d’août pour réfléchir, ensemble, sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle.


    L’application de l’IA à la science ne promet pas tant des progrès qu’une concentration renforcée.

     

     

     

     

     

     

    Ce que l’IA accélère

    Les promesses de l’IA pour découvrir de nouveaux matériaux ou révolutionner les découvertes scientifiques sont fortes. L’idée que l’IA serait l’avenir de la science comme on l’entend très souvent est bien plus un moyen d’orienter les investissements qu’une vérité scientifique, au risque d’augmenter la dépendance de la science à l’IA.

    Dans le domaine de la fabrication de médicament, on attend là encore que l’IA permette de nouvelles percées, explique The Economist. Pourtant, les partenariats entre entreprises pharmaceutiques et sociétés d’IA se multiplient, notamment dans l’espoir de mieux identifier des molécules, de raccourcir le temps de développement des essais cliniques et de diminuer le taux d’échec de ceux-ci (actuellement, « les médicaments candidats entrant en essais cliniques ont un taux d’échec de 90 %, ce qui porte le coût de développement d’un médicament efficace à la somme astronomique de 2,8 milliards de dollars »). « Même des gains d’efficacité marginaux représenteraient des avantages considérables. Des rapports provenant de l’ensemble du secteur suggèrent que l’IA a commencé à apporter ces gains. Elle a réduit la phase préclinique (celle qui précède les essais cliniques sur l’homme) à 12-18 mois, contre trois à cinq ans auparavant. Et elle a amélioré le taux de réussite. Une étude publiée en 2024, portant sur les performances de molécules proposées par l’IA lors des premiers essais cliniques, a révélé un taux de réussite de 80 à 90 %. À titre de comparaison, les moyennes historiques se situaient entre 40 et 65 %. »

    « La conception d’un nouveau médicament commence généralement par le criblage de petites molécules organiques afin d’identifier celles présentant une activité biologique prometteuse afin de sélectionner les plus probables. L’IA peut analyser des bibliothèques de dizaines de milliards de molécules, en testant des propriétés telles que la puissance, la solubilité et la toxicité grâce à des émulations logicielles de ces molécules, sans qu’il soit nécessaire d’utiliser les molécules réelles en laboratoire. Jim Weatherall, l’un des responsables de cette activité chez AstraZeneca, une autre grande entreprise pharmaceutique, affirme que cette méthode permet de trier les molécules prometteuses deux fois plus vite qu’auparavant, et que plus de 90 % du processus de découverte de petites molécules de l’entreprise est désormais assisté par l’IA. » 

    L’IA sert donc d’abord à optimiser les investissements. L’IA contribue également à améliorer la conception des essais cliniques. Par exemple en formulant une hypothèse sur une maladie et en tentant de confirmer ou d’infirmer ces hypothèses par une recherche bibliographique.

    L’IA se révèle également prometteuse dans la sélection des patients pour les essais cliniques. Elle peut analyser les dossiers médicaux, les biopsies et les examens d’imagerie des candidats afin d’identifier ceux qui pourraient tirer le meilleur parti d’un nouveau médicament. Une meilleure sélection des participants permet de réduire la taille des essais, et donc de les rendre plus rapides et moins coûteux. Une autre utilisation de l’IA consiste à créer des patients synthétiques permettant de comparer un patient réel et son double numérique pour comparer l’évolution prédite sans traitement par rapport au patient testé. À terme, les patients synthétiques permettraient de réduire les groupes témoins et leurs coûts (au risque tout de même que ces comparaisons aient une fiabilité relative).

    L’optimisation des essais cliniques via l’IA représente une réduction considérable des risques, avec une diminution concomitante des coûts de développement des médicaments.

    Mais si l’IA promet de produire de nouveaux médicaments, elle ne promet pas que nous ayons les capacités industrielles de le faire, comme le montrent les innombrables pénuries que nous traversons. Elle ne résout pas le risque d’abandon de la santé pour tous, qu’évoquait par exemple le philosophe Alexandre Monnin dans AOC il y a quelques mois (voire notre synthèse).

    Au contraire. Dans le domaine de la médecine, comme le soulignaient l’avocate américaine des sans-abris Leah Goodridge et la médecin et chercheuse, Oni Blackstock, directrice de l’association Health Justice, dans une tribune pour The Guardian, l’IA risque bien plus d’être utilisée pour refuser des soins que pour faire progresser la médecine. En Californie du Sud, où le nombre de personnes sans abris est l’un des plus élevés du pays, Akido Labs gère des cliniques pour les personnes sans domicile fixe et celles à faibles revenus. Mais ces patients sont vus par des assistants médicaux qui utilisent l’IA pour écouter les conversations, puis proposer des diagnostics et des plans de traitement potentiels, qui sont ensuite examinés par un médecin. L’objectif de l’entreprise, a déclaré son directeur technique à la Technology Review, est de « supprimer le médecin de la consultation ».

    Cela s’inscrit dans une tendance plus large où l’IA générative est de plus en plus intégrée au système de santé, rappellent Goodridge et Blackstock. En 2025, une enquête de l’Association médicale américaine a révélé que deux médecins sur trois utilisaient l’IA dans leur travail quotidien, notamment pour diagnostiquer les patients. Une start-up spécialisée en IA (OpenEvidence, qui n’est pas accessible en Europe) a levé 200 millions de dollars pour fournir aux professionnels de santé un ChatGPT pour médecins. Et les législateurs américains examinent actuellement un projet de loi qui autoriserait l’IA à prescrire des médicaments. Bien que cette tendance à l’intelligence artificielle dans le secteur de la santé affecte presque tous les patients, son impact est plus profond sur les personnes à faibles revenus, qui rencontrent déjà d’importants obstacles à l’accès aux soins. « Les personnes sans domicile fixe et à faibles revenus ne devraient pas servir de cobayes pour l’IA dans le domaine de la santé. Au contraire, leurs voix et leurs priorités devraient déterminer si, comment et quand l’IA sera mise en œuvre dans leurs soins ».

    La saturation des hôpitaux, les coûts d’accès au soin… expliquent en grande partie ces développements. D’autant que ces contraintes « sont souvent amplifiées dans les communautés économiquement défavorisées, où les établissements de santé sont souvent sous-financés et les patients non assurés, avec un fardeau plus lourd de maladies chroniques dû au racisme et à la pauvreté ». Les très documentés biais des IA de santé, « qui diagnostiquent bien moins les problèmes des patients noirs et hispaniques, des femmes et des patients bénéficiant de l’assurance Medicaid, promettent surtout d’aggraver les inégalités de santé pour les patients qui rencontrent déjà des obstacles à l’accès aux soins ». Pire, comme on le lit dans la TR, les patients ne sont même pas informés que leur professionnel de santé ou leur système de santé utilise l’IA. Un assistant médical explique ainsi que ses patients savent qu’un système d’IA les écoute, mais qu’il ne leur dit pas qu’elle formule des recommandations diagnostiques. Ces discriminations sont renforcées par la tendance croissante à l’utilisation de l’IA pour déterminer les remboursements de santé des personnes à faibles revenus (voir ce que nous disions d’United HealthCare connu pour sa politique de refus de remboursement de soins de santé). Bref, si l’IA d’un côté promet une amélioration de la production de médicaments, elle risque bien plus d’empêcher les publics d’y accéder. 

    Il y a d’autres domaines que l’IA accélère, comme le pointait Cade Metz dans le New York Times. Notamment la recherche en mathématiques, en biologie et en chimie. Mais là encore, bien des annonces tonitruantes se révèlent souvent assez décevantes une fois que les spécialistes les décortiquent. C’était le cas notamment lorsqu’une startup d’IA, Harmonic a annoncé avoir résolu un problème mathématique, avant que les experts ne constatent que ses solutions ne différaient guère des travaux antérieurs de mathématiciens. L’IA parvient à identifier des solutions existantes, enfouies dans des décennies d’articles de recherche plus qu’elle n’en invente. « On a l’impression d’être face à un élève brillant qui a tout mémorisé pour l’examen, mais qui ne comprend pas vraiment le concept », assène le mathématicien Terence Tao. L’IA permet bien plus de suggérer des hypothèses ou des expériences qui permettent de cibler les recherches, explique un spécialiste du cancer, qui constate lui aussi que cela permet d’accélérer les processus. Mais un chercheur expérimenté est toujours nécessaire pour guider le système. Pour Terence Tao, interviewé dans Nature, l’IA peut commettre des erreurs invérifiables dans nombre de domaines, mais en maths, elles sont vérifiables. Les inconvénients sont donc bien plus limités. « On commence à voir des exemples où l’IA – peut-être par chance – résout des problèmes importants pour les mathématiciens. C’est encore très rare et l’IA présente encore de nombreuses faiblesses ; elle ne remplace pas le travail humain. Mais il devient de plus en plus difficile de nier l’efficacité de ces outils. » Mais définir de nouveaux concepts et déterminer les problèmes à résoudre restera probablement du ressort des mathématiciens humains… au moins pendant un certain temps encore, estime le médaillé Fields.

    … au risque de réduire le champ d’investigation de la science

    Si l’IA pour la recherche scientifique promet, elle pourrait aussi avoir des effets délétères, rappelle la journaliste Grace Huckins pour la Technology Review et réduire à terme le dynamisme de la science. Une étude publiée dans Nature a révélé que si certains scientifiques perçoivent des avantages professionnels à adopter l’IA, la science dans son ensemble pourrait en pâtir, car l‘IA réduit le champ d’investigation de la communauté scientifique. Cela pourrait s’expliquer par le fait que l’IA excelle particulièrement dans l’analyse de données et de publications existantes, ce qui incite les scientifiques qui l’utilisent à se concentrer sur des domaines établis où des données à grande échelle sont disponibles. Il pourrait en résulter un nombre réduit de scientifiques disponibles pour étudier des problèmes moins adaptés à l’IA. Intégrer efficacement l’IA dans la science est plus qu’un simple défi technique : préserver le dynamisme et la diversité de la science à l’ère de l’IA pourrait nécessiter un effort concerté de la part de la communauté scientifique.

    Dans un éditorial pour Science, Julio Ottino et Brian Uzzi enfoncent le clou et dénoncent le risque d’une « progression sans progrès ». « Les progrès réalisés dans l’utilisation de l’intelligence artificielle pour faire progresser la découverte scientifique rendent de plus en plus réaliste l’idée de systèmes automatisés de « science de bout en bout » : des chaînes de traitement intégrées capables de générer des hypothèses, de mener des expériences (in silico ou robotisées), d’analyser les résultats et de produire des résultats publiables avec une intervention humaine minimale. La question cruciale n’est pas de savoir si l’IA peut « faire » de la science, mais si la science – en tant que système social et évolutif produisant des connaissances fiables – peut survivre à la manière dont l’IA la pratique. »

    Or, « la science n’est pas simplement une suite de tâches optimisables. Elle progresse par un processus analogue à l’évolution darwinienne : variation à travers de nombreux efforts indépendants ; sélection par la critique, la réplication et la compétition ; et conservation des résultats robustes. Cette structure distribuée permet à la science de s’autocorriger et de générer de la nouveauté. L’indépendance n’est pas fortuite ; elle est le mécanisme qui produit à la fois la fiabilité et la découverte. »

    Mais, la science n’a jamais pleinement atteint cet idéal, rappellent-ils. Elle a aussi été façonnée par les biais, les erreurs et la fraude. Les partisans de l’intelligence artificielle arguent que l’automatisation pourrait atténuer certaines de ces limitations tout en accélérant les découvertes et en élargissant la participation. Reste donc à savoir si l’IA en science réduit ces imperfections ou les amplifie à l’échelle des machines.

    L’intégration de l’IA à la science risque de modifier fondamentalement la structure de la science. Notamment en favorisant des plateformes dominantes, entraînées sur des données similaires et optimisées pour certains objectifs. « Comme sur d’autres marchés de technologies numériques, la concentration est un résultat plausible. Le risque est fort qu’une poignée de systèmes façonnent la majorité de la production scientifique […]. La diversité simulée au sein d’un système ne saurait se substituer à la diversité épistémique entre des approches véritablement concurrentes. »

    La conséquence n’est pas seulement institutionnelle ; elle est bien épistémique, c’est-à-dire qu’elle concerne toutes les connaissances. « Le système scientifique prospère grâce à l’inefficacité : efforts redondants, tentatives infructueuses et chemins divergents. Il ne s’agit pas de coûts à éliminer, mais de sources de découverte. À l’inverse, les pressions d’optimisation favorisent la convergence. Il risque d’en résulter une production accrue, mais une exploration moindre de l’inattendu. »

    « Ce rétrécissement a des implications sur la créativité. Une grande partie de la force de l’IA réside dans l’exploration combinatoire, le réarrangement des connaissances existantes en de nouvelles configurations. Or, nombre d’avancées majeures en science ne sont pas des combinaisons ; ce sont des ruptures, des changements conceptuels qui contredisent les hypothèses des cadres antérieurs. Parce que ces avancées s’écartent des schémas encodés dans les données existantes, elles sont les moins susceptibles d’émerger de systèmes entraînés sur le passé. »

    « L’indépendance n’est pas seulement une garantie de fiabilité ; elle est la condition de la rupture conceptuelle. » À l’inverse, « l’optimisation de chaque composant ne garantit pas l’intégrité de l’ensemble. » Au contraire, elle peut la compromettre.

    « Il ne s’agit pas de rejeter l’IA, mais de la considérer comme un simple progrès technique. Préserver les propriétés fondamentales d’un système scientifique évolutif devient désormais une contrainte de conception. Les résultats scientifiques doivent garantir une traçabilité claire – une chaîne de responsabilité identifiable qui ne se dissout pas dans des systèmes opaques. Les dispositifs institutionnels et techniques doivent assurer des approches véritablement distinctes, et non de simples variations au sein d’une architecture partagée. »

    « Ces exigences ne sont pas des inefficacités à éliminer par l’ingénierie. Elles représentent les solutions accumulées au problème de la fiabilité des connaissances. Un système d’IA peut produire des résultats impressionnants. Mais s’il remplace un processus évolutif par un processus artificiel, il risque de restreindre non seulement le champ de nos découvertes, mais aussi notre capacité de découverte tout court. »

    Le financement de la recherche : submergé par l’IA

    Geraint Rees et James Wilsdon pour Nature tirent la sonnette d’alarme. L’IA est en train de submerger les appels à projets et demandes de financement de la recherche, améliorant le nombre, la qualité, le volume des demandes au risque de provoquer l’effondrement même du système. Les réponses générées par l’IA peuvent être entraînées sur les publications des chercheurs, sur les critères d’attribution des subventions et même sur les projets retenus pour ajuster les demandes aux résultats attendus. Et l’effet se constate déjà, pointent les chercheurs. Dans une étude qui a regardé les projets de 12 organismes de financement de la recherche de l’Union européenne, les chercheurs montrent une augmentation des candidatures depuis 2022.

    « Les décideurs politiques et les organismes de financement vont devoir repenser l’allocation des fonds de recherche avant que le système ne devienne ingérable. » Confrontés à un afflux de réponses de qualité, ils devront alors faire des choix largement arbitraires quant aux projets à financer et aux candidats.

    Jusqu’à présent, les organismes de financement de la recherche ont principalement réagi à ces évolutions en restreignant l’utilisation de l’IA par les candidats et les évaluateurs, certains déclarant les demandes inéligibles si elles sont élaborées avec de l’IA. Mais ces préconisations sont impossibles à appliquer, car la probabilité de détection est faible et ne constitue pas une réponse au problème. Le risque est fort que toutes les propositions répondent aux critères de financement et que les différences entre elles soient minimes. « Lorsque les propositions et les évaluations sont toutes deux gérées par des agents entraînés sur le même corpus de travaux déjà financés, le système n’évaluera plus la qualité des idées, mais plutôt la capacité des agents à simuler les idées précédemment récompensées par les financeurs. »

    « Parmi les propositions visant à remédier à la surcharge des systèmes de financement figurent le recours à des tirages au sort (attribution aléatoire de fonds à des demandes de subvention correspondant à un certain niveau de qualité) et des modèles distribués d’évaluation par les pairs, où les chercheurs qui soumettent des demandes de subvention sont chargés d’évaluer celles d’autres chercheurs. Ces mesures permettent de lutter contre le volume de demandes, mais elles restent inefficaces si les indicateurs de qualité deviennent peu fiables. »

    Geraint Rees et James Wilsdon proposent plutôt que les organismes de financement envisagent de recentrer l’évaluation non plus sur les propositions écrites, mais sur le chercheur principal, son équipe et ses programmes de recherche passés et en cours. « Les financeurs devraient investir dans la vérification des antécédents afin d’examiner la performance de recherche d’un individu ou d’un groupe sur une période prolongée, ainsi que dans des entretiens et des évaluations de portefeuilles de la performance d’équipe sur la durée. » Mais cette solution écarte de fait les plus petites ou plus jeunes équipes : les aides risquent alors d’aller uniquement aux projets les plus établis.

    En mars, le Conseil de la recherche médicale du Royaume-Uni a annoncé le rétablissement des entretiens pour tous les candidats présélectionnés : une approche chronophage et laborieuse et peu adaptée aux grands volumes de candidatures. Le NIH américain, regroupant l’ensemble des Instituts nationaux de la santé, lui, a limité à 6 dépôts par an le nombre de candidatures individuelles, après avoir constaté que certains chercheurs en soumettaient plus de 40. Les financeurs pourraient également envisager des approches plus radicales, suggèrent les deux chercheurs. Il pourrait s’agir d’instaurer un quota fixe de propositions par chercheur ou pour l’ensemble de sa carrière, toutes sources de financement confondues. Ils pourraient aussi répartir le budget disponible entre les chercheurs éligibles à l’échelle nationale et attribuer le même montant à tous, éliminant ainsi la concurrence.

    D’autres solutions proposent aux organismes de recherche de s’appuyer sur l’IA pour l’évaluation. « L’IA pourrait ensuite servir à prioriser et à présélectionner les candidatures, en comparant les données selon ces différents profils afin d’identifier les candidats dont le parcours est cohérent avec les informations fournies dans leur dossier. Ce processus de présélection serait transparent, auditable et conçu pour favoriser la diversité, et non la freiner, à travers les différentes étapes de carrière, disciplines et institutions. » Mieux (ou pire, c’est selon), certains modèles proposent de prédire l’impact d’un article ou d’une recherche, fléchant les financements vers les projets les plus porteurs.

    Quelles que soient les solutions retenues, la nécessaire transformation du financement de la recherche risque de se faire dans la douleur et la contestation, estiment les chercheurs. La mise en place d’infrastructures IA nécessite des investissements soutenus, des tests rigoureux et une gouvernance continue. Les financeurs confrontés à des contraintes budgétaires pourraient hésiter. C’est oublier pourtant que le système gaspille déjà des ressources considérables en comités d’experts et en nouvelles soumissions, sans parler du temps consacré par les chercheurs à répondre aux appels. Un système basé sur l’IA native et bien conçu pourrait constituer un investissement judicieux, défendent les chercheurs. Reste que des systèmes d’évaluation entraînés sur des données de financement historiques intégreront les inégalités passées, risquant d’amplifier, plutôt que de corriger, l’effet Matthieu, c’est-à-dire la concentration au profit des plus dotés. « Il s’agit d’un risque réel, mais nous pensons que la conception et la gouvernance peuvent contribuer à l’atténuer. Les biais dans les systèmes d’IA sont mesurables, ce qui permet de les examiner et d’y remédier », soulignent-ils, certainement trop rapidement, car les biais ne sont ni  mesurables ni corrigeables facilement. Troisièmement, les chercheurs et les institutions pourraient se montrer réticents face aux décisions façonnées par des algorithmes qu’ils ne peuvent pas interroger. La transparence et les mécanismes d’appel pourraient contribuer à instaurer la confiance, défendent-ils encore.

    Le système de financement par subvention conçu pour un monde pré-IA est devenu défaillant. Les financeurs doivent s’adapter, estiment les chercheurs. Il pourrait en résulter un système plus performant : un système qui exploite la puissance de l’IA et la combine à des connaissances spécialisées, et qui réduit le temps et l’énergie gaspillés dans la rédaction de demandes de subventions improductives pour les réorienter vers une recherche novatrice. Un constat plus facile à déclamer qu’à mettre au point.

    Prédire les résultats de la science… au risque de l’y enfermer

    Certains modèles proposent de prédire l’impact d’un article ou d’une recherche, fléchant les financements vers les projets les plus porteurs, expliquaient donc Geraint Rees et James Wilsdon. Qu’en est-il ?

    Savoir si une étude changera le monde ? C’est pourtant l’idée que propose Funding the Frontier : un tableau de bord pour prédire l’impact de la recherche. L’outil (non disponible) utilise le Big data pour retracer l’impact sociétal des projets de recherche sur les politiques, les médicaments ou les produits, explique Nature (voir également l’article de recherche qui montre des captures d’écran du tableau de bord et la vidéo promotionnelle). Le projet porté par Dashun Wang « intègre des données sur les publications de recherche, les brevets, les documents d’orientation et les essais cliniques, et présente ces informations de manière visuelle et intuitive. Ils ont également combiné cet outil à un algorithme prédictif basé sur l’apprentissage automatique pour prédire les études et les domaines susceptibles d’apporter les plus grands bénéfices sociétaux à l’avenir – par exemple, les subventions les plus susceptibles de déboucher sur un brevet ». « Même sans son aspect prédictif, disposer d’un outil permettant de rechercher l’impact des recherches sur la société » est déjà une information importante, estime un chercheur.

    Un chef de projet d’une importante agence de financement américaine l’a utilisée pour examiner les impacts sociaux généraux des subventions de l’agence, lui permettant de constater l’impact de certaines recherches ailleurs dans le monde. « Un autre utilisateur, investisseur dans le domaine de la recherche biomédicale, a constaté que dans le domaine de la recherche sur la maladie d’Alzheimer, l’impact clinique le plus important au cours des 20 dernières années provenait d’études visant à comprendre la maladie, mais que l’impact futur le plus important prévu se concentrait sur les études portant sur les systèmes de soutien social des personnes atteintes de la maladie, ce qui laisse entrevoir de nouvelles opportunités d’investissement ».

    L’aspect prédictif est pourtant préoccupant, estime le même James Wilsdon qui en évoquait les perspectives précédemment. Le spécialiste des politiques de recherche estime que ce tableau de bord pourrait créer des prophéties autoréalisatrices et des décisions d’investissements plus conservatrices, au détriment de recherches plus originales, capables d’ouvrir d’autres possibilités.

    Coincés dans l’Academic Slop ?

    En attendant, le travail académique commence à crouler sous la « prolifération métastatique de publications  » truffées d’hallucinations et de distorsions de contenus, comme s’en plaint sur Facebook la philosophe du droit, Antoinette Rouvroy. L’Academic Slop est arrivé, constate également le chercheur Seva Gunitsky dans sa newsletter. Il raconte que dans la revue dont il s’occupait le nombre de soumission a doublé voire triplé depuis l’apparition de l’IA générative, et que le taux de rejet s’est envolé. Techniquement compétents, certains de ces articles respectent les normes et sont tout à fait convenables. Faciles à produire et exigeant peu de créativité, ils constituent néanmoins le type de travail incrémental légitime que le philosophe des sciences Thomas Kuhn appelait la fabrique de la « science normale ». Pour Gunitsky la valeur d’une théorie originale va continuer à prendre de l’importance. « Les travaux quantitatifs de qualité deviennent bon marché et abondants ; une bonne théorie reste difficile à élaborer ».

    Mais l’effet le plus important est que l’évaluation par les pairs repose désormais davantage sur le discernement. Si n’importe qui peut produire un article empirique compétent sur n’importe quel sujet, le principal obstacle devient l’identification des questions importantes à poser. « Dans ce contexte, la question pour les évaluateurs et les éditeurs n’est plus tant « est-ce juste ? » que « pourquoi est-ce important ? ». Cette question est inévitablement subjective, mais pas totalement, car elle exige une solide connaissance des débats en cours. Elle nécessite néanmoins de connaître les tensions et les lacunes productives, les énigmes intéressantes et les idées reçues apparemment établies. »

    « Ce concept porte un nom : la phronesis. C’était le terme employé par Aristote pour désigner la sagesse pratique, ou la capacité à discerner la conduite à tenir dans des circonstances particulières. Contrairement à l’épistémè (la connaissance scientifique) ou à la technè (le savoir-faire technique), la phronesis ne peut se réduire à des règles ou à des algorithmes. Elle requiert de l’expérience, du jugement et ce qu’Aristote appelait la « perception ». Cela signifie non seulement l’intelligence, mais aussi la capacité intellectuelle de percevoir les caractéristiques essentielles d’une situation donnée. »

    La philosophe Isaiah Berlin appelait cette qualité « le sens du réel » dans le jugement politique : la capacité de percevoir ce qui est possible et ce qui compte à un moment historique donné. Or, il n’est pas certain que les IA possèdent cette capacité voire ne la possèdent jamais. « Si le discernement devient le critère ultime de qualité, nous nous dirigeons encore davantage vers un système à deux vitesses dans l’édition scientifique. Les revues les plus prestigieuses privilégieront les articles d’une originalité remarquable ou présentant des avancées théoriques ou empiriques majeures, tandis que toutes les autres publieront les articles produits par l’IA qui font progresser, de manière graduelle, notre compréhension de sujets spécifiques. Et peut-être que la théorie gagnera en prestige au détriment des méthodes sophistiquées d’analyse des données. »

    Pas sûr que la théorie et l’empirisme puissent ainsi si facilement se scinder en deux. Le risque que les publications automatisées se transforment en matière noire scientifique, que personne ne lit ni ne consulte est fort. À nouveau, ici aussi, le risque est fort que s’accentue  davantage les hiérarchies de prestige comme critère d’importance. « Paradoxalement, l’effet uniformisant de l’IA pourrait rendre le monde universitaire plus élitiste encore ».

    « La technologie qui nous a inondés de dissertations étudiantes façonnées avec l’IA va maintenant inonder de nos propres travaux, et nous aurons besoin de ce même discernement dont nous nous plaignons de l’absence chez nos étudiants. » Pas sûr que ce soit plus facile pour les experts. L’IA fait peut-être gagner beaucoup de temps à certains, mais la pollution des travaux de recherche qu’elle engendre en fait perdre énormément aux lectrices et lecteurs. Le goulot d’étranglement de la lecture et de la vérification s’annonce plus resserré que jamais.

    La seule chose dont on soit sûr, en observant toutes ces perspectives… ce n’est pas que l’IA apporte un progrès scientifique notable, c’est que l’IA en science renforce les inégalités dans toutes les couches de la science. 

    Hubert Guillaud

    MAJ du 02/06/2026 : Une analyse de 7,3 millions d’articles de revues scientifiques publiés entre 2020 et 2025 révèle qu’en 2025, un peu plus de la moitié présentent des signes d’influence des LLM, avec des variations importantes d’utilisation selon la région du monde, le prestige de l’établissement, l’éditeur et la discipline. « Le développement économique et la proximité de l’anglais comme langue principale sont des facteurs prédictifs clés de ces variations régionales. Les établissements moins bien classés affichent des taux d’adoption plus élevés que les universités d’élite, les jeunes éditeurs à but lucratif présentent des taux supérieurs à ceux de leurs concurrents, et l’adoption varie considérablement selon les disciplines universitaires. L’adoption des LLM dans la rédaction académique est répandue, mais socialement stratifiée. »

    MAJ du 21/06/2026 : Dans leur newsletter, Tim O’Reilly et Ilan Strauss, proposent de garantir un exosquelette pour appliquer l’IA à la science. Cet exosquelette est constitué d’innombrables systèmes permettant de garantir les références, comme le DOI (l’identifiant d’objets numériques qui attribue un numéro à chaque publication scientifique), RetractationWatch (la base de données des articles scientifique dé-publiés et rétractés), Orcid (qui fournit un identifiant unique aux chercheurs), Open Alex (un graphe de connaissances scientifiques)… ou encore le projet Vraix du MIT (cherchant à créer une toile du savoir pour distinguer les contenus possiblement génératifs des autres)… et nombres d’autres, qui n’ont pas été intégrés aux systèmes d’IA, alors qu’ils pourraient permettre de résoudre de nombreux problèmes : diminuer les citations erronées, réduire l’emprise de la littérature scientifique non valide… une infrastructure fondée sur des principes ouverts qui cherchent à garantir que les contenus scientifiques ne puissent être ni accaparés ni dégradés. Ces infrastructures sont des biens publics que les entreprises d’IA ignorent pour la plupart ou, pire, fragilisent. « À l’heure actuelle, la relation entre l’IA et l’infrastructure scientifique est presque exclusivement extractive. Les entreprises d’IA entraînent leurs modèles sur des articles scientifiques. Elles créent des produits capables de générer et de manipuler des textes scientifiques. Elles se disputent le marché de l’« IA au service de la science ». Pourtant, elles ne contribuent pratiquement pas à l’infrastructure qui, à la base, garantit la fiabilité des connaissances scientifiques. »

    Les entreprises d’IA consomment du contenu scientifique sans rien apporter en retour. Strauss et O’Reilly font une analogie avec Content ID de YouTube : face à l’utilisation non autorisée de leurs œuvres, la première réaction de l’industrie musicale a été d’exiger leur retrait. La réponse de YouTube a été : « Et si nous vous aidions plutôt à les monétiser ? » Cette approche a permis d’aligner les intérêts et de créer une économie dynamique pour les créateurs. Nous devrions appliquer le même raisonnement à la science. Les entreprises d’IA ne devraient pas seulement utiliser l’infrastructure scientifique pour améliorer leurs produits (elles le devraient pourtant), mais elles devraient surtout chercher à aider la science à gagner en valeur, en pérennité et en exhaustivité.

    Pour cela, les systèmes d’IA devraient améliorer la validation de leurs sources et références. L’infrastructure existe, il leur suffit de l’utiliser. Ils pourraient également réinjecter les métadonnées extraites dans OpenAlex, améliorant ainsi le graphe de données pour tous. Ils pourraient utiliser et financer RetractationWatch pour améliorer leurs modèles et réponses. Les fournisseurs d’IA pourraient également financer cette infrastructure scientifique très fragile qui constitue le socle technique de la crédibilité de la science. « Les entreprises d’IA, qui génèrent des milliards de revenus grâce à des produits reposant sur la crédibilité scientifique, devraient contribuer à l’infrastructure qui garantit cette crédibilité. Il ne s’agit pas de philanthropie, mais d’un intérêt bien compris. » Elles pourraient également contribuer à améliorer cette chaîne qui identifie la provenance du contenu scientifique. « Lorsque l’IA contribue à un article scientifique, cette contribution doit être traçable : elle ne doit pas simplement faire l’objet d’une déclaration standard, mais être liée à des affirmations, des sources et des étapes de vérification précises. »

    « Les entreprises d’IA qui s’appuieront sur cette infrastructure créeront de meilleurs produits. Mais surtout, elles investiront dans l’infrastructure civilisationnelle qui rend possible, à la base, l’existence de connaissances fiables. À condition toutefois que les entreprises d’IA cessent de considérer cette question comme le problème d’autrui et commencent à la voir comme un socle sur lequel bâtir — un socle dont dépend leur propre succès dans le domaine scientifique. »

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    Sept réflexes pour une IA plus frugale

    Nous vous avons déjà expliqué en quoi les impacts environnementaux de l’intelligence artificielle sont en pleine augmentation, et comment nous pouvons évaluer ces derniers. Et si on parlait maintenant des solutions IA frugale ? Ou plutôt des bons réflexes pour réduire ses impacts ? Car rassurez-vous, il existe des méthodes dont l’efficacité est scientifiquement prouvée. […]

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    Configurer Firefox et Vivaldi pour bloquer complètement les pubs, les bannières de cookies et autres nuisances

    Configurer Firefox et Vivaldi pour bloquer complètement les pubs, les bannières de cookies et autres nuisances

    Nous le disions dans un précédent article : le web dominant (comprenez le web marchand) est devenu un véritable enfer pour ses utilisateurices. Voyez plutôt. Des pisteurs par milliers, des bannières qui vous harcèlent pour arracher votre « consentement » à vous faire pister, de la publicité agressive partout. Plus d'infos sur ce site dédié, porté par plusieurs associations dont RAP et la Quadrature du Net.

    En attendant qu'on arrive collectivement à influer sur la régulation, voici un court tutoriel pour vous expliquer comment configurer au mieux Firefox ou Mozilla pour bloquer un maximum de ces nuisances.

    Sur Firefox avec uBlock Origin

    Firefox ne possède pas de bloqueur de publicité natif complet, l'installation de l'extension Ublock Origins est donc indispensable.

    Installation de Ublock Origins : Ouvrez Firefox, et allez sur la page d'extension de Ublock Origins. Cliquez sur « Ajouter à Firefox » puis confirmez l'installation. Assurez-vous de choisir la version développée par Raymond Hill (icône rouge avec un bouclier), et non les copies nommées simplement « uBlock » ou « uBlock Plus ».

    Paramétrage de Ublock Origins : pour supprimer les bannières de cookies, les boutons « J'aime », « Partager » et autres traceurs de réseaux sociaux qui ralentissent la navigation, cliquez sur l'icône uBlock Origin dans votre barre d'outils, puis sur l'engrenage (Tableau de bord). Allez dans l'onglet « Listes de filtres », et déroulez les sections « Bannières de cookie », « Widgets de réseaux sociaux » et « Nuisances ». Pour chacune, cochez la liste d'Easylist ou d'Adguard, voire les deux. Cliquez sur « Appliquer » en haut de la page. Les listes seront mises à jour.

    Bravo, le tour est joué !

    Sur Vivaldi avec le bloqueur intégré

    Vivaldi intègre nativement un moteur de blocage puissant qui ne nécessite aucune extension supplémentaire. Mais ici aussi, quelques petits réglages sont nécessaires pour un fonctionnement optimal.

    Paramétrage du bloqueur intégré à Vivaldi : Ouvrez Vivaldi, cliquez sur l'icône d'engrenage (Réglages) dans la barre latérale. Dans le menu de gauche, sélectionnez « Sécurité et vie privée ». Repérez la section « Blocage des traqueurs et des publicités ». Assurez-vous que l'option « Bloquer traqueurs et publicité » est activée. Pour une protection complète incluant bannières de cookies, les réseaux sociaux et autres nuisances, cliquez sur « Gérer les sources ». Puis, dans « Sources de blocage des publicités, » décochez « Autorisez les publicités de nos partenaires », et cochez les sources suivantes : « Français (Liste FR) », « Supprimer les alertes de cookies » et « Supprimer les éléments gênants ».

    Configurer Firefox et Vivaldi pour bloquer complètement les pubs, les bannières de cookies et autres nuisances

    Bravo, le tour est joué !

    Conseils et remarques pour les deux navigateurs

    Certains sites peuvent détecter les bloqueurs de publicité et vous demander de les désactiver. D'autres ne vont pas bien fonctionner (ou pas du tout) avec le bloqueur activé, ce qui montre bien d'ailleurs à quel point ils sont agressifs dans leur pistage de nos données, sic. Dans ces deux cas, il vous suffit de cliquer sur l'icône de l'extension (sur Firefox) ou le bouclier (dans la barre d'url de Vivaldi) et de désactiver le bloqueur sur ce site en particulier.

    Notez également que vous pouvez réaliser les mêmes configurations que ce soit sur votre PC ou sur smartphone. Sur Android, Firefox permet d'installer des extensions, dont Ublock Origins. Et le bloqueur intégré à Vivaldi pourra être configuré exactement comment sur PC. Sur iOS, j'aurai tendance à vous conseiller Vivaldi et son bloqueur intégré, puisque vous ne pourrez pas installer l'extension Ublock Origins sur Firefox (à cause des blocages nombreux d'Apple, re-sic).

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    Pourquoi une IA Responsable est nécessaire, et possible

    La révolution de l’IA générative a commencé avec le produit technologique le plus rapidement adopté de toute l’histoire : ChatGPT. Elle continue aujourd’hui, trois ans plus tard, à une vitesse qui laisse peu d’espace à une prise de recul pourtant essentielle. Comment en est-on arrivés là ? Qu’a-t-on sacrifié au nom de la productivité que […]

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    Accessible Font Checker : un outil Figma pour évaluer la lisibilité des polices et rendre vos contenus plus inclusifs

    L'accessibilité numérique dépend de la typographie, souvent ignorée dans le design. Accessible Font Checker est un outil gratuit sur Figma qui aide à tester la lisibilité des polices pour les personnes dyslexiques et malvoyantes. Il permet d'identifier les problèmes typographiques et favorise une conception inclusive et durable.

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    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie

    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie

    Depuis trois ans maintenant que je travaille exclusivement sous Linux (plus précisément sous Fedora et l'environnement de bureau Gnome), j'ai découvert, testé et approuvé des dizaines de logiciels que j'utilise désormais quasi quotidiennement. Parfois dans un cadre personnel, parfois professionnel, souvent les deux.

    Et globalement, qu'on se le dise, le niveau d'ergonomie des applications Linux a fait un vrai bond ces dernières années. Voici une sélection de 10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d’ergonomie.

    Newsflash

    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie

    Newsflash est un agrégateur de flux RSS. Il se distingue par son interface épurée et ses fonctionnalités avancées, telles que la gestion des abonnements, la lecture hors ligne et de l'« article complet », des options de partage (par mail, sur les réseaux sociaux, mais aussi sur des outils plus poussés, par exemple je peux partager directement sur mon outil de veille). Il peut fonctionner en local, ou avec les agrégateurs de flux suivant : Miniflux, FreshRSS, NewsBlur.

    Newsflash est idéal pour ceux qui souhaitent rester informés sans être submergés par les informations. Il est activement maintenu et mis à jour.

    Eloquent

    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie

    Eloquent est un logiciel de correction ultra-basique et minimaliste, mais puissant car basé sur LanguageTool. Il corrige plus de 20 langues dont le français, l'anglais et l'espagnol. Ultra pratique d'autant qu'il fonctionne hors ligne.

    Gradia

    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie

    Gradia est une application qui permet de réaliser des captures d'écran, de les annoter, et de les partager simplement avec vos amis, collègues, communautés. L'interface est très léchée, le rythme de mise à jour impressionnant, et les nouvelles fonctionnalités, régulières.

    Apostrophe

    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie

    Apostrophe est un éditeur de texte markdown minimaliste. Il se concentre sur la simplicité et l'efficacité, offrant une expérience de rédaction fluide et sans distractions. Apostrophe est idéal pour les écrivains, les blogueurs et tous ceux qui ont besoin d'un outil de rédaction rapide et efficace. Personnellement, j'adore, et mention spéciale pour les modes hemingway et concentration.

    Foliate

    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie

    Foliate est un lecteur de livres électroniques pour Linux qui se distingue par son design épuré et ses fonctionnalités riches. Il prend en charge une large gamme de formats de fichiers, offre des options de personnalisation avancées et permet une lecture confortable grâce à son mode nuit et ses polices ajustables. Une appli d'excellente facture, très régulièrement mise à jour.

    Geary

    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie

    Geary est un client de messagerie électronique pour Linux qui mise sur la simplicité et l'efficacité. Il offre une interface conviviale, une gestion intuitive des courriels et des fonctionnalités de recherche performantes. Geary est parfait pour ceux qui cherchent un client de messagerie léger et facile à utiliser. Une alternative très séduisante à l'usine à gaz que peut parfois représenter Thunderbird.

    Dessin

    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie
    Capture de Dessin avec une illustration de David Revoy - CC BY

    Un éditeur d'images tout ce qu'il y a de plus basique. Il permet de redimensionner, recadrer ou faire pivoter une image, d'appliquer des filtres simples, d'insérer ou de censurer du texte, et de manipuler une partie sélectionnée de l'image (couper/copier/coller/glisser/…). Bref, c'est Gimp, l'alternative libre bien connue de Photoshop, mais en beaucoup beaucoup plus simple !

    Gapless

    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie

    Gapless est un lecteur de musique pour Linux. Il offre une interface épurée, une gestion facile de votre bibliothèque musicale et des fonctionnalités de lecture avancées. Encore un must, très régulièrement mis à jour. Mentionnons également son « concurrent » Amberol.

    Podcast

    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie

    Podcast est comme son nom l'indique une application de gestion de podcasts pour Linux qui permet de découvrir, de télécharger et d'écouter vos émissions préférées. Là encore, une interface très conviviale et les fonctionnalités qu'il faut pour rechercher (via les moteurs de recherche de Fyyd ou Itunes), s'abonner et écouter ses podcasts préférés (il faut que j'actualise les miens d'ailleurs).

    Errands

    10 applications Linux qui n'ont plus rien à envier à celles d'Apple en terme d'ergonomie

    Impossible pour moi de survivre sans outil de gestion des tâches. Errands est donc venu remplacer l'application de tâches d'Apple, sans friction. Je synchronise avec mon smartphone Android grâce au protocole (ouvert) Caldav auquel j'ai accès avec ma kSuite (lien sponsorisé).

    Pour conclure

    J'espère que cet article vous aura montré qu'il existe déjà de très nombreuses applications sur Linux dont l'ergonomie, le niveau apporté au détail, la fiabilité égalent, voire surpassent leurs alternatives sur Apple (sans parler de Windows, toujours deux niveaux en dessous). J'aurais pu ajouter Tuba (parcourir le fédivers), Kooha (réaliser des captures d'écran vidéo), Cozy (écouter des livres audio), Shortwave (écouter la radio), Pitivi (éditer des vidéos), Déjà Dup (automatiser ses sauvegardes), Pipeline (regarder des vidéos Youtube sans fioriture) et plein d'autres !

    Les plus connaisseur·ses de Linux noteront que beaucoup de ces applications proviennent de l'écosystème Gnome, et il y a deux explications à cela. D'abord un biais assumé de ma part, puisque j'évolue sous cet environnement de bureau. Ensuite le fait, à mon sens, que l'environnement Gnome est celui qui travaille le plus, et depuis le plus longtemps, sur la cohérence des applications de son écosystème (avec ce que ça peut comporter comme limites, mais ce n'est pas du tout le sujet de l'article). Toutes ces applications fonctionnent bien entendu sur toutes les distributions Linux, et peuvent être téléchargées sur Flathub.

    Si vous voulez installer Linux sur votre PC, c'est très certainement à votre portée ! Essayez Linux Mint, Fedora ou Ubuntu. Au besoin, faites-vous aider par un groupe local d'utilisateurices de Linux. Et si vous ou votre proche prévoyez un achat de PC, épargnez-vous du temps (et de l'argent), et achetez le directement avec Linux préinstallé !

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    Et si le problème des réseaux sociaux, c'étaient les phares ?

    Et si le problème des réseaux sociaux, c'étaient les phares ?

    Quand j'ai écrit que Le web progressiste aurait intérêt à migrer sur Mastodon, pas sur Bluesky, j'ai tout de suite senti qu'il y avait un problème. Ou une limite à mon raisonnement. En réalité, il y en a plein, et je voudrais vous en partager une.

    Pour faire simple, je suis en train de me demander si le problème, c'est TwitterX (dans le cas présent, je suis certain que demain ou après-demain, ce sera Bluesky), ou si ce n'est pas plutôt un certain type de réseaux sociaux numériques.

    Dominique Cardon, dans l'illustration ci-dessous, issue de son incontournable Culture numérique, typologise quatre familles de relations en ligne. Parmi elles, il y a la famille des réseaux « phares ». Ce sont eux qui m'empêchent de dormir en ce moment.

    Et si le problème des réseaux sociaux, c'étaient les phares ?

    Les caractéristiques d'un réseau phare sont les suivantes : des réseaux affinitaires, où l'on suit potentiellement de très nombreuses personnes, sans que ce ne soient des ami⋅e⋅s ou même des connaissances. Ce type de réseau favorise donc structurellement l'émergence d'influenceur⋅se⋅s, qui capitalisent (car il s'agit bien d'un capital social) plusieurs milliers (millions) de followers. C'est également un réseau qui encourage la valorisation de soi, puisque chaque publication a pour objectif (conscient ou inconscient) de générer de l'engagement (de nouveaux abonnés, un like, une republication, etc.). C'est enfin un réseau qui peut devenir une incroyable (et déformée) chambre d'écho, quand elle attire à elle deux profils particuliers d'influenceur⋅se⋅s : les journalistes et les politiques. Notons que ce sont ces derniers qui ont le plus d'intérêt à rester sur ces réseaux sociaux, y compris quand ceux-ci sont toxiques.

    Mon interrogation est simple : ce type de réseau social est-il encore utile, désirable, acceptable ? Est-il émancipateur, quand on voit les logiques algorithmiques qui viralisent le buzz au détriment de la qualité, ou quand on liste les fonctionnalités qui génèrent de l'égo (y compris sur Mastodon) ? Est-il soutenable, quand on voit ce qu'il génère comme fatigue mentale (l'infobésité en partie), ou encore quand on se pose sur la question, insoluble en réalité, de la modération d'un très gros réseau ? Et que penser de cette logique d'influenceur⋅se⋅s (les « phares » du réseau) : est-ce désirable, soutenable ? Est-ce pérenne, pour les influenceur⋅se⋅s et les influencé⋅e⋅s ? On voit bien que ce sont les gros comptes de X qui n'arrivent pas à quitter le réseau, même si quelques exceptions sont notables.

    Cette interrogation m'a ensuite fait réaliser que nous n'avons en réalité pas été très « radicaux », ou audacieux en matière de design de réseaux sociaux alternatifs. C'est peut-être le plus gros reproche que je ferais au Fédivers : celui de répliquer (en moins bien, puisqu'on préfère toujours l'original à la copie) des réseaux sociaux dominants comme TwitterX, Instagram, Reddit, etc.

    Quand on lit des articles sur la fin des réseaux sociaux tels qu'on les a connus. Que des études montrent que deux tiers des influenceurs américains sont des hommes, très majoritairement conservateurs (et on voit difficilement pourquoi ce serait différent chez nous). Que nos vies sociales sont limitées biologiquement à 150 interactions en moyenne. On peut se poser la question : et si le problème des réseaux sociaux, c'étaient les phares ?

    Et si on essayait de construire des bistrots à la place ? De plus petits réseaux, où l'on retrouverait quelques amis après le boulot, mais aussi des inconnus, favorisant les rencontres imprévues. Des petits réseaux dont on changerait régulièrement, parce que chacun nous réserve une ambiance particulière. Des petits réseaux où on se ficherait bien du nombre de followers qu'on a, du nombre de republications que notre dernier post a reçu. Des petits réseaux où les influenceur⋅se⋅s retrouveraient un périmètre plus raisonnable, et préserveraient ainsi leur égo. Est-ce que ce ne serait pas plus sain pour tout le monde ?

    Soyons créatifs. Arrêtons d'essayer de construire des phares. (Re)construisons et (ré)investissons plutôt des bistrots. Ou des cafés. Ou des salons de thé. Ou des marchés couverts.

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